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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
L'oeuvre d'irréligion
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1925-11, Collections de BAnQ.

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L’ŒUVRE D’IRRÉLIGION Tel est le sous-titre qu’Eugène Tavernier a donné à son récent ouvrage : Cinquante ans de politique.(1) Le biographe et ancien collaborateur de Louis Veuillot est un journaliste de talent ; il a connu tous ceux qui depuis un demi-siècle ont travaillé à l’œuvre d’irréligion.Érudit, travailleur, esprit doué de pénétration et de sagacité, porté à l’observation, habile à juger d’un coup d’œil, logicien vigoureux et historien méticuleux et précis, il était parfaitement qualifié pour écrire cette page honteuse de l’histoire de France.Récit objectif, sans déclamation, agrémenté de l’ironie toute naturelle au journaliste philosophe, cet ouvrage constitue en même temps qu’un cinglant réquisitoire, un recueil documentaire qui trouvera sa place définitive dans toute bibliothèque d’études sociologiques, philosophiques, politiques et religieuses.Le sociologue comme le philosophe s’étonnera certainement de constater qu’un pays qui a produit jusqu’au 18e siècle et au 19e des œuvres de parfaite et sereine intelligence ait été comme frappé de rétrécissement dans son intelligence politique même.L’historien constatera que la démocratie telle qu’elle a été instituée et pratiquée en France n’est pas ce que depuis Aristote et Cicéron les grands esprits politiques l’ont conçue et proposée.Aussi se félicite-t-on généralement, et dans le peuple réfléchi et dans l’élite intellectuelle, du renouveau des doctrines monarchistes qui ont de plus en plus la faveur populaire.Tous ceux qui sous toutes les latitudes ont gardé au caractère et à l’esprit français un culte reconnaissant et affectueux s’attristent de voir la France faire une si vilaine tache dans (1) Eugène Tavernier, Cinquante ans de politique.Editions Spes, 17 rue Soufflot.Paris, 15 fr. 160 Le Canada français la géographie spirituelle du globe.Certes ils font le partage entre le peuple et ses dirigeants, mais ils ne parviennent pas à comprendre que ce peuple n’ait pas plus d’esprit politique et de sens civique, que son activité rationnelle, sociale, ait de telles limitations et qu’elle ne se porte pas aux affaires pratiques de la vie puérile et honnête, peut-on dire.Les institutions démocratiques ne constituent donc pas un état de grâce en France puisqu’il n’en résulte qu’une suite ininterrompue de déchéances ?A tous ceux, et ils sont nombreux, qui se chagrinent à bon droit de l’enlaidissement moral de ce doux pays, je conseille de ne pas prononcer de jugement de simple bon sens, mais d’entrer dans le fond du problème angoissant, d’en considérer avec application les facteurs divers et d’en tirer au moins pour eux-mêmes un enseignement de sagesse et d’édification.Le livre de Tavernier les y aidera.* * * L’auteur dit en commençant : “ Dans le long intervalle de leurs deux grandes guerres avec l’Allemagne, c’est-à-dire depuis le milieu de 1871 jusqu’au mois de juillet 1914, la principale occupation des Français fut de combattre les uns contre les autres.” Puis il énumère sommairement toutes les lois de combat établies par la haine et la passion en vue de réaliser “ la grande affaire républicaine ”, c’est-à-dire la grande bataille contre le cléricalisme, à savoir les doctrines, les aspirations, les sentiments et les usages du peuple chrétien.C’était, selon l’expression de Naquet, pour faire de la France “ un champ d’expérience irréligieuse ”, instituer “une morale séculariséest montrer l’incompatibilité radicale et absolue de la religion avec la civilisation moderne ! ” Ces lois, décrets et simples arrêtés complétés par des circulaires ministérielles, formeraient une bibliothèque considérable.Tout cet arsenal, toute cette alchimie sortie de L’œuvre d’irréligion 161 cerveaux mesquins, a produit dans le domaine moral et social une floraison de gangrène et de misère dont témoignent les statistiques et qui fait le scandale de la raison.Voici, telles qu’on les peut résumer dans ses grandes lignes, les chapitres principaux de cette réforme malfaisante : Réorganisation du Conseil supérieur de l’Instruction publique (1880).— Création des lycées et collèges de jeunes filles (1880).— Laïcisation de l’enseignement (1882).— Laïcisation du personnel de l’enseignement (1886).— Laïcisation des écoles primaires publiques.—- Renforcement des attributions minicipales sur la police des cultes.— Rétablissement du divorce (1884).— Loi sur la liberté des funérailles (1887).—Astreinte des séminaristes au service militaire (1889).— Lois fiscales contre les excès de la main-morte congréganiste (1884, 1890, 1892).— Lois sur le prétendu droit d’accroissement, sur le droit dit d’abonnement et sur la comptabilité des fabriques (1895).— Lois contre l’enseignement des congrégations, puis contre leur existence (1901, 1902, 1904).— Retrait aux fabriques du monopole des inhu-' mations (1904).— Abolition du concordat.— Laïcisation des hôpitaux.— Suppression du repos dominical (1880).— Laïcisation de la justice (formule du serment) (1904), etc.A la fin de son ouvrage, M.Tavernier fera le bilan sommaire des ruines et des destructions opérées par cette série de laïcisations et ces lois d’ostracisme.Il semble que, par respect pour sa race et son pays, l’auteur a abrégé volontairement ce tableau unique dans le monde civilisé.Nous ne le lui en ferons pas reproche, d’autant qu’on trouvera dans d’autres ouvrages récents cet étalage humiliant.Par contre il s’est appliqué à exposer les apôtres de cette réforme, leurs principes et leurs tendances au mépris de l’homme qui pense, mépris que partage, du reste, l’homme moyen, autrement dit “ l’homme de la rue”. 162 Le Canada français On trouvera dans cet ouvrage soigné une décortication et un dépouillement magistral des pontifes de l’irréligion et du libéralisme rachitique qui d’Auguste Comte à F.Buisson, en passant par la Revue des Deux Mondes, Le Temps, Gambetta, Ferry et les philosophes juifs de la Sor'oonne, furent es artisans de cette réforme.Adeptes du radicalisme anglais qui, dès son origine au milieu du 18e siècle, réclamait simplement le suffrage universel, ces philosophes, politiciens, économistes, professeurs, ont, à partir de 1830, assimilé ce vocable à celui de républicanisme.Avec les Jacobins à l’emporte-pièce comme Proudhon, Michelet, Quinet, Berthelot, Jaurès, les littérateurs et philosophes Comte, Renan, Taine, les publicistes et écrivains de la Revue des Deux Mondes et du Temps (Buloz, Georges Sand, Havet ; Nefftzer, Schérer, Sabatier) se forme et se précisela doctrine radicaliste française, autrement dit la politique anti-religieuse, celle qui doit continuer 89.C’est le sujet de la première partie de l’ouvrage de Tavernier.Dans la deuxième partie, l’auteur, serrant de plus près son sujet, analyse l’anticléricalisme, son programme et sa tactique.C’est dans cette partie qu’est lumineusement mise à jour la dialectique politicienne qui use du double langage, du “ mensonge nécessaire ” et de l’équivoque pour la corruption de l’esprit public, corruption pire que celle de l’argent, au dire de Cicéron, et qui s’accomplit par l’éloquence.Il s’agit de déchristianiser les Français pour aboutir à la rupture du Concordat : “ il faut commencer par dénouer ou par rompre l’un après l’autre tous les liens qui unissent les deux puissances d’ordre différent (l’Église et l’État).La République a déjà beaucoup fait en ces matières.Quand tous les citoyens en opposition avec l’Église auront pris le parti d’être conséquents avec eux-mêmes ; quand ils ne demanderont plus l’assistance du prêtre dans aucune circonstance de leur vie ; quand le mariage et l’enterrement civils se seront généralisés, ce jour-là la séparation de l’Église et L’œuvre d’irréligion 3 63 de l’État se fera facilement, elle sera déjà faite.” Ainsi s’exprime La République française, journal de Gambetta en 1882.Pour laïciser, c’est-à-dire déchristianiser, on a recours à la neutralité, que M.Viviani qualifiait de “ mensonge nécessaire ”, dans un article de l’Humanité, en 1904.On lira avec intérêt ce que l’auteur rapporte de ruses, de fraudes et de falsifications dans les règlements d’écoles comme dans les textes même : on en arriva à laïciser La Fontaine et même la grammaire française de Larive et Fleury pour en enlever les mots non-neutres : Le vers Pourvu que Dieu lui prête vie devient : Pourvu quon lui prête vie.Dans les manuels de morale, on supprime le chapitre des “ Devoirs envers la Divinité * * * La troisième partie du livre passe en revue succinctement les ruines causées par cette politique — il n y a qu en France qu’on appelle cela de la politique— dans toutes les carrières et tous les domaines de la vie française.“ Plus de culte social.En tant que nation, la France a cessé de prier ; fière de ne plus croire ; empressée à publier qu’elle a rompu avec Dieu et qu’elle se passe de lui.Désormais les actes les plus importants et les plus solennels de notre vie nationale s’accomplissent sans que le moindre hommage soit accordé à Dieu.Les pouvoirs officiels ne construisent plus d’églises.Aucun nouvel édifice national ou municipal n’exhibe l’emblème des croyants.” Un Président du Conseil français a même déclaré un jour que la “ Maçonnerie doit succéder aux religions usées, dans l’apostolat de la morale ”.Mais cette morale et cette nouvelle philosophie que les Pontifes de l’anticléricalisme ont voulu instaurer n’existe 164 Le C anada FRANÇAIS même pas, de leur propre aveu : “ La morale, il est très raisonnable de prétendre que c’est l’humanité qui la fait pour son propre usage.On ne voit pas de motif de chercher a la morale un autre fondement que cette volonté même de 1 homme.On n en voit même pas le moyen ”.Ainsi s’exprime le philosophe Belot.La volonté de l’homme ! C’est donc la faillite de la morale laïque comme de celle de Kant qui a exercé tant de séduction sur la Sorbonne depuis un demi-siècle.Alors rien d’étonnant que les ruines constatées dans les consciences et dans les moeurs, dans la littérature et dans la politique, composent un spectacle si affligeant.Lisez le tableau du régime de vie dans les hôpitaux laïcisés, dans les colonies pénitentiaires ; consultez les annales judiciaires, les statistiques de la criminalité.Observez les résultats de l’enseignement proprement dit ; les élèves ne savent rien ; ils ont une teinture de notions diverses, ils n’ont pas de fonds solide ni en lettres, ni en sciences, ni en histoire, ni en.orthographe ! “ Depuis l’école primaire jusqu’à la Sociologie sorbonnienne, notre monde laïcisé se trouve désormais sans philosophie et sans morale, sans principes et sans idées dignes de ce nom.” Telle est la conclusion de l’auteur.Edmond Buron.
de

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