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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Études d'histoire religieuse (suite et fin)
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1926-06, Collections de BAnQ.

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ÉTUDES D'HISTOIRE RELIGIEUSE (Suite et fin) Les historiens s'entendent pour organiser l’histoire de l’Église dans l’ordre et l’unité avec ces quelques idées et ces quelques dates.Si des divergences existent entre eux pour ce qui est de la division des siècles, elles sont rares et peu graves.Au sujet de la distribution de la matière en dedans des âges et des époques, ils s’accordent assez bien dans l’emploi des méthodes analytique ou synthétique, selon qu’ils ont en vue une œuvre de longue haleine ou un simple livre de classe.Dans le premier cas, certains auteurs alignent les événements d’après leur simultanéité dans le temps et les font s’avancer de front.En tête de chaque rang, ils placent un pontife romain.C’est à lui qu’ils s’arrêtent plus ou moins longtemps selon l’importance de son règne ; c’est par rapport à lui, autant que possible, qu’ils rassemblent les faits divers d’ordre gouvernemental, d’ordre intellectuel, d’ordre moral.Parfois la lutte entre le bien et le mal éclate de l’exposé plutôt que de la disposition des matériaux.Ainsi Pastor dans l’Histoire des Papes et Mourret dans sa grande Histoire de l’Église.Analyse qui a le grand avantage de présenter les faits tels qu’ils se produisent dans la réalité, enchevêtrés à l’égal des complexités de la vie.Elle offre bien^quelques inconvénients.A toujours regarder les actions des hommes côte à côte, dans le sens de leur contemporanéité, on risque d’oublier de les considérer à la file, dans leur dépendance de cause à effet.Peut-être conviendrait-il alors de terminer chaque période par une synthèse ample et fournie où les faits, sériés d’après les pouvoirs de gouvernement, de magistère et de sanctification de l’Église, seraient vus comme passés dans la chaîne de leur cause fondamentale respective.La mémoire, retenant surtout les connaissances ordonnées logiquement, en recueillerait d’immenses profits.(1) Voir le Canada français, mai 1926. Études d’histoire religieuse 691 Si l’ouvrage a peu d’étendue, cette méthode hache trop la matière.Chaque tableau devient une miniature sans saillie, écrasée.Il faut donc recourir à une autre voie.Imaginons un parallélogramme de quelque dimension représentant nos vingt siècles de christianisme.Divisons-le, dans le sens de sa longueur, en trois parties correspondant aux trois âges chrétiens.Partageons-le également, de haut en bas, d’après les trois pouvoirs inhérents à l’Église.Puis que chacune de ces trois sections soit séparée en deux, la droite étant reservée au bien, la gauche au mal.Nous aurons avec cinq idées et trois dates le plan très simple et complet de l’histoire de l’Église et nous y pourrons situer les puissances de la Cité du mal à côté des puissances de la Cité de Dieu, les faux docteurs et leurs erreurs en regard des maîtres et de la doctrine véritable, les passions et leurs écarts en opposition aux bonnes mœurs et à la sainteté chrétiennes.Contrastes de lumière et d’ombres jaillissant des personnes et des événements avec lesquels Dieu dessine sur le poème général de l’histoire la figure à la fois humaine et divine du beau Christ mystique.Ajoutez maintenant à la fin de chaque période, en guise d’épilogue, une analyse décomposant les synthèses et rétablissant les faits dans l’ordre de leur accomplissement et il me semble que vous aurez une assez bonne, si non la meilleure manière de façonner un manuel d’histoire religieuse.A notre humble avis, Marion et beaucoup d’autres écrivains ont négligé, à tort,1 ce complément utile, voire indispensable.Il est vrai qu’il est bon de laisser quelque chose à faire au professeur.Vous conclurez, sans soulignement de ma part, que la cause matériel de l’histoire de l’Église, ce sont les faits ecclésiastiques.Non pas cependant isolés des accessoires considérables et variés qui les accompagnent.“ Les cordes d’une harpe et de tout autre instrument de musique, note saint Augustin, sont seules disposées pour l’harmonie, et cependant elles ne peuvent vibrer qu’à la condition d’être liées à d’autres parties du mécanisme instrumental que ne touche point le doigt de l’artiste.Ainsi faut-il que la Cité terrestre soit suffisamment mise en évidence pour relever par la comparai- 692 Le Canada français son la gloire de la Cité divine.”(1) C’est pourquoi, il est de toute nécessité que l’histoire de l’Église parle en une bonne mesure des hérésies, des schismes et de l’incrédulité.Que la cause formelle de notre histoire, prise comme fait ou comme récit, soit la nature viciée par le péché ou sanctifiée par la grâce, ou bien les principes fondamentaux de l’anthropologie surnaturelle et de l’ecclésiologie, cela ressort, j’ose l’espérer, de tout ce qui précède.Comment les deux causes intimes doivent s’unir et agir réciproquement l’une sur l’autre pour constituer une vraie histoire, écoutons le même philosophe-historien nous l’apprendre : “ Il suffit de tout embrasser sous un coup d’œil général, en faisant un choix des événements les plus merveilleux, les plus capables de captiver l’esprit, et en les distribuant par époques.Loin de faire passer rapidement ce tableau sous les yeux, sans lever pour ainsi dire le rideau, il faut s’arrêter pour l’analyser en quelque sorte et le mettre dans tout son jour, afin de le présenter avec toute sa grandeur à la vue et à l’admiration des auditeurs : sur tout le reste il faut passer légèrement et le faire rentrer dans l’ensemble.Grâce à cette méthode, les faits que nous voulons signaler sont mis en relief, l’auditeur les aborde sans fatigue et s’abandonne au mouvement de la narration ; sa mémoire n’est pas surchargée et il recueille aisément nos leçons.Chaque événement, chaque acte doivent être rattachés à leurs causes.Toutefois, gardons-nous de sacrifier la suite du récit au développement des causes, en laissant notre enthousiasme et notre parole se perdre dans le dédale d’une discussion trop abstraite : la vérité seule du raisonnement doit relier les faits comme un fil d’or qui rassemble des -pierres précieuses sans en troubler Vagencement par un éclat trop vif.”(2) 30 Propriétés.— Par ses principes matériel et formel, l’histoire de l’Église se rattache visiblement à la théologie et c’est cette relation qui nous amène à considérer ses propriétés ou son excellence.(1) Cité de Dieu, XV, 8 ; XVI, 2.(2) Traité du catéchisme, III, VI. Études d’histoire religieuse 693 Rappelons que l’objet de la théologie sacrée, c’est l’ordre divin surnaturel, Dieu et la créature intelligente élevée à la grâce, l’un et l’autre contemplés avec la raison illuminée par la foi.Tantôt la théologie étudie son objet à l’état statique, si je puis ainsi m’exprimer : le scrutant tel qu’il s’est manifesté dans la Bible, chez les Pères et par les définitions des conciles et des papes ; le coordonnant logiquement pour répondre aux exigences scientifiques de l’esprit ; tirant de sa nature des règles de vie et de conduite.C’est la théologie soit positive; biblique, patristique, et symbolique ; soit systématique ou scolastique : dogme et morale.Tantôt la théologie observe son objet, en activité, à l’état dynamique, vivant dans l’humanité.C’est l’histoire de l’Église, celle des dogmes et celle de la spiritualité.Toutefois il importe de le signaler : de près ou de loin, d’une manière ou de l’autre, c’est invariablement le même objet, l’ordre divin surnaturel, qui est étudié par la raison éclairée de la foi.D’où l’on saisit que l’histoire de l’Église participe à la noblesse de la théologie et qu’elle ne saurait être apprise et possédée indépendamment de la foi.C’est ce que contient expressément le serment anti-moderniste prêté par les professeurs d’université au commencement de chaque année académique.“ Nous rejetons la doctrine, leur faut-il jurer, qui tient que le docteur ou l’écrivain enseignant ou exposant les sciences théologico-historiques doit se dépouiller tout d’abord de ses croyances antérieures concernant l’origine surnaturelle de la tradition catholique ou le secours divinement promis pour assurer la conservation et la pérennité à chacune des vérités révélées.Nous rejetons, de même, la doctrine de ceux qui soutiennent que les écrits des Pères, s’agit-il d’un seul, peuvent être interprétés sans tenir compte de l’autorité religieuse, avec la liberté de jugement qui sied à l’étude des œuvres purement profanes.” Si les Papes entourent de tant de précautions cette connaissance, c’est sans doute qu’ils la jugent de première valeur.L’histoire de l’Église ne révèle-t-elle pas comment la législation canonique s’est élaborée, à quelles discussions nos dogmes ont résisté, par quel héroïsme les vertus chré- 694 Le Canada français tiennes se sont perpétuées jusqu’à nos jours ?Du fait qu’elle manifeste la transcendance de nos lois, de nos croyances, de notre morale, n’est-elle pas une excellente preuve apologétique de la religion catholique ?Si elle met en relief toutes les branches de la théologie, ne sert-elle pas davantage à les réunir, à les grouper, à leur donner l’éclat qui jaillit du rapprochement de leurs similitudes et de leurs contrastes ?Il y a longtemps que Gratry a démontré la nécessité et les avantages des études comparées.L’histoire de l’Église est donc utile au savoir théologique.Il est vrai qu’elle ne le prépare pas, qu’elle ne le sert pas, qu’elle ne le pénètre pas comme font, par exemple, les mathématiques dans leurs rapports avec l’astronomie et la mécanique ; mais elle l’achève et le parfait comme l’histoire de la philosophie donne le fini à nos spéculations philosophiques.Le rôle des laboratoires à l’égard des sciences naturelles, elle le remplit auprès de notre Évangile en observant sa bienfaisante efficacité sur les familles et les sociétés.Elle infuse sa vie à tout l’enseignement chrétien comme, autrefois, les paroles d’Ézéchiel ranimèrent les ossements arides entrevus dans un songe merveilleux.Car ce n’est plus une politique, un droit, une doctrine qu’elle expose, ce sont des souverains, des canonistes, des savants, des saints qu’elle peint tout frémissant dans l’apostolat et la défense de leurs idées et de leurs sentiments.De ce chef, elle apparaît singulièrement apte à former les jeunes gens, notamment les étudiants ecclésiastiques.En étalant devant eux, non pas seulement des idées, mais des idées incarnées, elle laisse voir la pensée en action, les saints, les héros, les personnages célèbres, évoluant dans le concret et le multiple.A ce jeu, elle éveille les intelligences aux entreprises généreuses ; elle tend et affermit les caractères ; elle développe, affine et rassit le sens pratique, cette force véritable de l’homme désireux d’agir puissamment sur ses semblables.Elle décèle bien aussi que les idées ne mènent pas tout, que les hommes ne sont pas toujours sincères.Elle déniaise donc, mais sans blaser.La marge qu’elle découvre entre l’idéal et la réalité, effet de la faiblesse plus que de la méchanceté humaine Études d’histoike religieuse 695 elle la comble des exemples où les bonnes volontés qui s’appuient sur Dieu remportent de solides et de brillants succès dans la vie.N’eût-elle pour effet que d’adoucir l’âpreté et l’aigreur dégénérant si souvent en suffisance et en fanatisme chez les esprits qui n’ont jamais suivi et observé les hommes dans leurs incertitudes, leurs lutteset leurs angoisses, qu’elle mériterait toutes nos attentions.Ses leçons reçues sans frais valent mieux que toutes les expériences coûteuses d’une longue et pénible carrière.Qu’est-ce donc que Cicéron eût pensé de l’histoire ecclésiastique lui qui estimait l’histoire profane “ la maîtresse de la vie et le flambeau de la vérité ” ?c) Cause finale L’histoire de l’Église initie aux secrets de la Providence et du gouvernement de Dieu touchant les affaires humaines.Jadis le Prophète royal demandait à son Seigneur de lui révéler les voies par où il appelle les nations à la foi.Depuis lors, saint Augustin et Bossuet ont cherché dans la marche générale de l'histoire ces voies augustes du Maître et du Sauveur qui convertit et guérit les peuples.Ils nous les ont enseignées dans leurs œuvres de génie.Après les avoir lus, on aime, guidé par leurs principes, à retracer leur chemin, à pousser plus avant, jusqu’aux frontières de l’éternité, quand l’économie de la Rédemption ayant produit tous ses fruits, il apparaîtra à la créature intelligente que rien n’a été accompli sur la terre qu’en vue d’édifier le Christ mystique et de procurer par lui la gloire et l’honneur à Celui qui les doit recevoir dans le siècle sans fin.Cette gloire, c’est-à-dire la manifestation de la science, de la bonté, de la miséricorde, de la justice, de la puissance de Dieu, dans l’œuvre de la formation du Christ total, voilà la fin que l’histoire vivante poursuit dans le moindre de ses agissements.L’historien qui oublierait un instant de faire ressortir cette fin dans les pages de sa composition ne mériterait pas ce titre glorieux. 696 Le Canada français Je sais que certaines écoles objecteront qu’une telle conception de l’histoire côtoie le mysticisme.Est-ce que Donoso Cortès n’a pas écrit avec raison que toute question repose sur la théologie ou s’y ramène ?Loin donc de redouter et de parer l’accusation, je l’accepte et m’en glorifie.Depuis trop longtemps les incroyants racontent l’histoire, même l’histoire de l’Église.Assez pour les fils des croisés de subir le rationalisme hautain des fils de Voltaire.Il nous faut restituer à notre histoire son inspiration franchement catholique.Aussi je ne crains pas d’affirmer que “ le professeur d’histoire ecclésiastique a, tout d’abord, à se créer, s’il ne la possède déjà, une mentalité qui convienne à cette science, en fréquentant les ouvrages où sont exposés les principes de la philosophie religieuse du monde, tels que les Épitres de saint Paul, la Cité de Dieu, le Discours sur l’histoire universelle.De plus,— je voudrais ne rien omettre d’essentiel,— il doit se pénétrer de la pédagogie propre à son enseignement : à cet effet, lire, disons le Traité du Catéchisme de saint Augustin, la préface du Discours sur l’histoire universelle, et, aux endroits qui traitent de la méthode et de la critique historiques, la lettre de Fénelon sur les occupations de l’Académie française, les Sources de Gratry, les Causeries pédagogiques de Bainvel, la Logique de Castelein.On commettrait une naïveté en rappelant qu'il lui importe, au premier chef, d’apprendre la matière dans les auteurs les mieux documentés et les plus orthodoxes.”(1) Telles sont, à la lumière de la théologie et de la philosophie, les causes ultimes où se résolvent les causes immédiates et prochaines de l’histoire de l’Église.Ill — L’ HISTOIRE DE L’ÉGLISE DU CANADA Appliquer ces principes à notre histoire est tout ce qu’il y a de plus facile au monde.Elle aussi a sa double cause efficiente : Dieu et les Canadiens.Elle peut se définir Gesta Dei per Canadenses, ou les actions de la société catholique canadienne, ou la formation (1) Revue Dominicaine, mai 1921. Études d’histoire religieuse 697 de cette partie du Christ mystique que Dieu daigne tirer des races habitant notre immense pays.Écrite, elle devient le récit ordonné des manifestations de notre Église canadienne.Elle ne remonte pas plus haut que les temps modernes.Les explorations de Cartier et des navigateurs marchands, les fondations de de Monts et de Champlain pourraient la préfacer fort bien.Elle ne commence officiellement qu en 1615, alors que des missionnaires, munis de pouvoirs qu’ils tiennent bien authentiquement de Rome, arrivent à Québec pour y desservir la colonie naissante et évangéliser les Peaux-Rouges.Elle ne compte encore que trois cents ans qui se divisent en deux périodes, la cession du Canada impliquant des conséquences religieuses autant que politiques, vu le protestantisme de l’Anglais vainqueur.Où la difficulté surgit, c’est vraiment dans la disposition des matériaux à l’intérieur des grands cadres chronologiques.On connait le passage de Fénelon relatif au projet d’un traité sur l’histoire : “La principale perfection d’une histoire consiste dans l'ordre et dans l’arrangement.Pour parvenir à ce bel ordre, l’historien doit embrasser et posséder toute son histoire ; il doit la voir tout entière comme d’une seule vue ; il faut qu’il la tourne et qu’il la retourne de tous les côtés, jusqu’à ce qu’il ait trouvé son vrai point de vue.Il faut en montrer l’unité et tirer, pour ainsi dire, d’une seule source tous les principaux événements qui en dépendent.”(1) S’il s’agissait de contenir notre matière dans un livre de classe, peut-être serait-il convenable de la présenter en trois tableaux dont je marquerai quelques traits afin d’en laisser deviner le genre.Le premier tableau rapprocherait les chefs spirituels des chefs civils de la société canadienne, montrant comment les uns et les autres gouvernent les hommes dont ils ont la charge, s’ils accomplissent leur mandat qui est de coopérer à l’œuvre de Dieu.Sous l’action des religieux, récollets et jésuites, puis de Mgr de Laval et de ses successeurs, nous verrions à mesure que la colonisation et les naissances aug- (1) Lettre sur les occupations de l’Académie française. 698 Le Canada français mentent la population, à mesure que la parole évangélique conquiert des âmes, nous verrions les paroisses et les centres de missions, puis les diocèses et les provinces ecclésiastiques de toutes races et de toutes nationalité, se fonder, se multiplier, atteindre leur plénitude.Les puissances laïques collaborant avec nos apôtres et nos pasteurs zélés seraient placées comme eux, à la droite, parmi les bons.Si elles les contrecarraient, eh ! bien, c’est à la gauche qu’il les faudrait situer : ainsi les compagnies marchandes plus âpres au gain qu’avides de la conversion des sauvages ; certains gouverneurs français jouant au césarisme gallican sur le rocher de Québec à l’instar de Louis XIV sur les bords de la Seine ; nos seconds maîtres s’immisçant à tort dans nos affaires religieuses souvent, dans nos questions d’enseignement toujours ; quelques-uns des nôtres, trompés par leur siècle, éconduisant l’Église des domaines où la religion entre comme partie avec la politique.Regardez maintenant dans un modeste couvent sis non loin de la rivière Saint-Charles : un religieux récollet y enseigne les lettres à des petiots ; c’est le Père Le Caron, premier maître d’école au Canada.Bientôt Marie de l’Incarnation et Jeanne Mance le suivront.Ensemble ils battront la marche à la légion d’instituteurs qui, chez nous, ont soutenu avec tant de désintéressement l’effort de l’instruction et de l’éducation primaire.Voici les fondateurs de notre enseignement secondaire: les jésuites, les prêtres du séminaire de Québec, les sulpiciens, des séculiers nombreux, des religieux de toutes dénominations ; puis les organisateurs de nos universités catholiques.En racontant l’histoire intime de ces institutions, nous nous garderons bien d’omettre l’étude de leurs programmes.Nous aurons à mentionner quels maîtres vaillants, laïques ou clercs, ont prélevé sur leur labeur quotidien le temps requis à la composition de quelques écrits concernant les questions ecclésiastiques.Nous indiquerons la valeur et l’objet de ces ouvrages.Surtout soulignerons-nous fortement comme notre corps professoral s’est montré particulièrement docile à l’égard des Souverains Pontifes dans ce qui a trait à l’enseignement des doctrines Études d’histoire religieuse 699 catholiques et romaines.Tout de même, ce corps vénérable, il a traversé le gallicanisme d’Église et d’État, le jansénisme ; il est le contemporain du protestantisme, de l’incrédulité, du libéralisme, du naturalisme américain, du modernisme.S’est-il préservé absolument de toute contamination ?La doctrine qu’il a versée aux générations assoiffées de vérité a-t-elle toujours été saine ?Jusqu’à quel point 1 esprit public de chez nous a-t-il trempé dans les folies des temps modernes ?Autant de points de vue intéressants en ce second tableau où la vérité et l’erreur s’opposent dans le développement intellectuel de notre Canada.Pour ce qui est de notre vie religieuse, elle s'allume au souffle tendre et confiant des récollets.En bons franciscains qu’ils sont, l’un de leurs premiers actes liturgiques, c’est de placer la petite chapelle de Québec sous le vocable et la protection de la Vierge Immaculée.Leurs premiers aides, les jésuites, transportent chez nous leur ascétisme volontaire et personnel.Les Messieurs de Saint-Sulpice implantent à Montréal le théocentrisme grand seigneur d’Olier, de Coiidren et de Bérulle.Mgr de Laval qui relève à la fois des jésuites, ses maîtres à La Flèche et à Clermont, et de l’école française à laquelle Monsieur de Bernières l’avait initié en son ermitage de Caen, apporte le moule où se formera pour des siècles l’âme sacerdotale de notre clergé.Les nombreuses communautés, venues de France s’établir en Canada, nous enrichissent également de leurs façons d’entendre et de pratiquer la substance et les nuances de la spiritualité.Nos évêques et nos prêtres, nos religieux et nos religieuses ont-ils vécu ces principes ?Se sont-ils dépensés aux œuvres d’apostolat et de charité ?Ont-ils conduit leurs ouailles dans les sentiers de la religion et de la vertu ?Les ont-ils amenées à l’observation sainte des dimanches et des fêtes, à la fréquentation assidue des sacrements ?à la visite pieuse de nos lieux de pèlerinage ?Les églises qu’ils ont construites rehaussent-elles par l’art notre culte et nos cérémonies ?En un mot, notre vie chrétienne est-elle éclairée, sincère, généreuse, profonde, intense, féconde en vertus et en bienfaits ?Sinon, quels défauts, quels travers, quels vices peut-être, 700 Le Canada français l’anémient ?Une connaissance quelque peu superficielle des vérités de la foi, une certaine légèreté dans la tenue, un amoindrissement du sens de la justice, le désir des honneurs, une opiniâtreté ombrageuse et chicanière ?Si l’on protestait que ce sont là sujets bien délicats, il me semble que Léon XIII, du fond de sa tombe, nous crierait que “ la première loi de l’histoire est de ne pas oser mentir ; la seconde de ne pas craindre de dire vrai.”(l) En épilogue, rapprochons donc sans hésitations les événements principaux de ces trois tableaux, groupons-les tels qu'ils se sont passés dans la réalité afin d’en reconstituer la synthèse vivante et nous aurons, je crois, le plan logique d’un assez bon manuel d’histoire.Il y aurait lieu de procéder en sens inverse s’il s’agissait d’ouvrages très étendus.En outre, je les voudrais pleins de mouvement, de souffle et de vie et, sous le rapport du style, comme les commentaires de César au témoignage de Cicéron : “ simples, purs, gracieux, dépouillés de toute pompe de langage.Telle une beauté sans parure.” Non à la mode de l’Apollon du Belvédère portant son unique vêtement sur son bras, mais bien ainsi que le Moïse de Michel-Ange dont l’habit sert à quelque chose.Car l’histoire de l’Église n’est pas précisément une vie de saints, de saints du genre de saint Stanislas de Kostka et de sainte Thérèse.Dans son ensemble, elle a assez l’air d’une existence humaine montant au Thabor à travers des luttes constantes et malgré quelques défaillances.Toutes ses pages ne sont pas également édifiantes.Elles lui appartiennent pourtant.L’historien catholique doit s’en souvenir, non pour dénaturer les faits, mais pour les raconter avec la pudeur de Sem et de Japhet couvrant la nudité de leur père, plutôt qu’avec l’irrévérence de Cham qui la trahit, de crainte de malédifier les lecteurs au lieu de les instruire profitablement.Qui se comporterait autrement n’aurait rien compris au caractère d’une science, auguste, sacrée, dans ses moindres parties comme dans son ensemble, puisqu’elle considère toujours le même objet dans la même lumière supérieure.(1) Lettre sur les études historiques, 1883. Études d’histoire religieuse 701 Aussi ne m’arrêterai-je pas à appliquer à notre histoire religieuse ce que j’ai affirmé touchant l’excellence et l’importance de l’histoire générale de l'Église.Il me suffira d’ajouter ici quelques considérations d’intérêt plus immédiat pour nous.Si De Maistre a pu écrire que “les évêques ont fait la France comme les abeilles font leur ruche ”, serait-il exagéré de soutenir que l’Église pour une bonne part, sinon pour la plus grande part, a contribué à l’édification de notre pays ?Comment dès lors connaîtrions-nous notre histoire générale si nous ne pénétrions à fond notre histoire religieuse ?Et puis, en un siècle, où, phénomène étrange ! le nationalisme déterre les morts pour raviver chez les vivants les sentiments de race et de patriotisme, serait-il assez déplorable que les catholiques ne cherchassent pas dans leurs annales un tonique qui stimulât leur religion ?Pour affermir dans la fidélité et la patience les juifs chrétiens que la persécution achève de déraciner de Jérusalem, saint Paul évoque, dans une page des plus émouvantes de l’épître aux Hébreux, la longue lignée des croyants, ses ancêtres qui, depuis Abel jusqu’aux prophètes, ont livré vaillamment les combats de la foi.N’avons-nous pas nous aussi une ascendance valeureuse où nous trouverions de quoi éclairer et remuer nos espérances et notre destinée P Nos espérances et notre destinée ! Issu de la France comme une récompense divine donnée aux descendants de Clovis pour les luttes qu’ils viennent de soutenir contre la religion réformée, le rejeton canadien, après avoir été béni par les plus saints personnages du dix-septième siècle, par saint Vincent de Paul, par le vénérable Olier, traverse l’océan, porté par les mains pieuses de Champlain et de Maisonneuve, ces héros glorieux d’une épopée mystique sans pareille dans les fastes de la colonisation.Sur les rives du Saint-Laurent, des femmes admirables, Marie de l’Incarnation, Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys, et nos aïeules intrépides, bercent et forment le nouveau-né.Malgré l’inclémence de notre ciel, malgré les cruautés des Iroquois, malgré les attaques réitérées d’un voisin dont l’appétit ne convoite rien de moins 702 Le Canada français que le nord américain, nos pères eurent la force de vivre et de savoir grandir.Un instant l’antique ennemi de leur mère, en les enveloppant dans des institutions rigides et trop étroites, espéra les étouffer.Mais leur vitalité triomphant du mauvais vouloir de la marâtre, ils continuèrent leur croissance, gardant leur foi et leur langue, tenant allumé, parmi cent millions d’Américains hérétiques ou infidèles, le flambeau du plus pur catholicisme.Si ce n’est là du surnaturel, qu’est-ce donc que le surnaturel ?La sainteté de nos origines, notre miraculeuse survivance, notre accroissement prodigieux ne témoignent-ils pas assez que la Providence, qui suscite les races pour les besoins de sa cause, nous a assigné la mission d’implanter, de maintenir et de propager en terre d'Amérique la foi catholique, apostolique et romaine ?Accomplir cette mission, voilà pour nous la vraie manière de travailler à la gloire de Dieu.Pour de nobles coeurs et des âmes d’apôtres, la tâche est réalisable et nous la réaliserons si nous ne doutons jamais de notre vocation.Nous ne douterons jamais de notre vocation si nous étudions constamment les événements et le sens de notre histoire.Car l’histoire, mémoire et conscience qui manifestent aux peuples leurs actes et leurs forces, saura mettre en notre propre vie nationale l’unité, la suite et l’élan par quoi nous parviendrons à notre sublime destin.Qu’il luise donc le jour où nos élèves, les maîtres, nos classes instruites, notre peuple tout entier apprendront dans des livres remplis de l’héroïsme des ancêtres l’art et les secrets merveilleux qui ont fait grands, nobles, incomparables les trois siècles de notre existence nationale.Ce jour-là, une ère nouvelle s’ouvrira pour l’Église et la patrie canadiennes- Georges Simard, O.M.I.,
de

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