Le Canada-français /, 1 novembre 1926, La physionomie de saint François
LA PHYSIONOMIE DE SAINT FRANÇOIS D’ASSISE(1) Douze cent ans s’étalent écoulés depuis que le sénevé évangélique avait été jeté dans le sol palestinien.Le grain divin y avait germé, poussant sa tige et sa ramure, abritant sous son feuillage l’Orient et l’Occident.L’œuvre accomplie par les premiers apôtres et les évêques auprès des juifs, des grecs, des romains, des peuples acquis à la culture latine, les bénédictins, aidés quelque peu toutefois de la lourde épée de Charlemagne, l’avaient renouvelée pour une très grande part, auprès des teutons et des goths, les germains nos ancêtres et nos pères.Le travail des mains, l’effort de l’esprit, les longues prières liturgiques, les guerres saintes achevaient de désintoxiquer l’Europe de son paganisme tant de fois séculaire.Son tempérament purifié était sur le point de produire les plus beaux fruits du christianisme.Non qu’elle n’eût plus à redouter aucun danger du monde antique.A l’âge romain de l’Église, la foi, déposée dans des cerveaux formés aux disciplines hellénique et alexandrine, avait eu à supporter le choc des hérésies trinitaires et christologiques ; après plusieurs siècles, n’aurait-elle pas à subir d’autres crises intellectuelles si les hommes incultes qu’elle avait agenouillés devant Dieu prenaient subitement contact avec les mêmes connaissances d’antan P Le problème n’était pas oiseux.Car le droit de Rome, la philosophie d’Aristote, bientôt les lettres grecques et latines, comme trois vagues formidables soulevées par la vieille civilisation, allaient déferler sur la pensée occidentale.Autant donc pour couronner le passé que pour sauvegarder l’avenir, Dieu se devait de susciter des saints et des grands chrétiens.(1) Conférence donnée aux Trois-Rivières, à l’occasion du septième centenaire franciscain. LA PHYSIONOMIE DE SAINT FRANÇOIS D’ASSISE 161 Innocent III, l’élève des universités de Bologne et de Paris, où il s’était familiarisé avec le droit romain, le droit canonique et les sciences sacrées, saint Thomas qui fusionnerait la théologie augustinienne et la philosophie retouchée du Stagyrite, témoigneraient à jamais que l’Église peut enfanter des merveilles lorsqu’elle parvient à féconder de sa grâce les génies politique et philosophique.Mais quel type de vertus morales, de sainteté éclatante, d’héroïsme surnaturel incomparable montrerait-elle aux âmes, aux générations avides de contempler et d’imiter un idéal indiciblement beau ?Vous devinez que je vais nommer François d’Assise.Même si je possédais les qualités d’un peintre psychologue, comment me serait-il possible d’ébaucher en la durée d’une heure une physionomie que Dieu ne se lasse pas de préciser et d’enluminer depuis maintenant une semaine de siècles ?Si j’étais en classe, au milieu d’élèves avec qui je me sens en communion d’idées depuis longtemps, libre de la contrainte d’un texte, j’essaierais avec plaisir de tracer quelques lignes de la figure du Père Séraphique.Mais ici, devant un auditoire composé de l’élite de la société trifluvienne, si je porte la parole, c’est qu’il ne m’aurait pas été facile de me dégager de cet honneur écrasant.Je ne suis pas venu toutefois dans la disposition d’esprit d’un Isaac gravissant sa montagne de Moria avec la conscience de son sort.J’ai trop foi en votre indulgence pour craindre un instant que vous allumerez le bûcher quand l’heure de la critique aura sonné.La grandeur morale de François d’Assise, celle qu’il acquit durant sa vie terrestre, se mesure au prodigieux tournant d’histoire dont il fut l’un des acteurs principaux.I Nous sommes aux environs de 1182.La querelle du Sacerdoce et de l’Empire vient de s’apaiser.L’empereur Frédéric 162 Le Canada français Barberousse et le pape Alexandre III ont scellé leur amitié au troisième concile œcuménique de Latran.L’Église va s’occuper de sa vie intérieure avec une sollicitude moins distraite.Ce n’est pas sans besoin.Dans le système féodal qui, a la façon d une cotte gigantesque, enveloppe l’Europe entière, les évêques et les abbes mîtrés entrent comme mailles nécessaires.Ils sont riches et ils sont puissants.Ils possèdent de vastes domaines terriens et ils commandent à des sujets nombreux.Trop souvent ils sont obligés de se mêler aux guerres de leurs suzerains, rois ou empereur.Leur vie, à la fois ecclésiastique et séculière, exige les qualités des gens d’Église et des hommes d’Etat.Mais hélas ! il arrive quelquefois que ce sont les défauts des deux qu’ils manifestent ostensiblement.Leurs collègues, les seigneurs laïques, puis les bourgeois qui organisent alors les communes et les villes libres poursuivent âprement la fortune: des terres et de l’argent.Pour les obtenir, les premiers se battent, les seconds trafiquent.Les uns et les auties s adonnent au luxe que les croisades leur ont révélé.Et, bizarrerie de l’époque, tandis que les princes, les nobles, les riches s’habillent pesamment, leurs compagnes, nos aïeules, poitent — manière de dire — les toilettes plutôt légères de leurs sœurs d’Asie., .Saint Bernard, dont la voix éteinte depuis vingt ans taisait encore écho dans le ciel de l’Europe, avait bien tonné contre les abus de la richesse et les maux plus déplorables encore qu’ils amènent touchant l’austérité des mœurs.Mais qu etait-ce qu’une voix, fût-elle d’une éloquence sans pareille, pour dominer le tumulte des intérêts et des passions de tant de personnages considérables ou prétentieux ?En même temps que lui, et après lui, d’autres prédicateurs, souvent sans mandat, au zèle toujours amer et peu éclairé, ne distinguant pas suffisamment entre les dignitaires et leurs faiblesses entre les richesses et l’abus des richesses, critiquaient et réprouvaient en bloc les uns et les autres.Ainsi Pierre \ aud LA PHYSIONOMIE DE SAINT FRANÇOIS d’aSSISE 163 et ses pauvres de Lyon.Ainsi cet Arnaud, chanoine de Brescia, si différent par sa turbulence des confrères paisibles que Boileau immortalisera plus tard au Lutrin de sa muse méchante.D’autres, plus radicaux encore, combattaient la même plaie sociale par un remède pire que le mal, une métaphysique qui renversait l’économie chrétiennè.Semblable à un fleuve qui, le long de son trajet, coulerait ici sous le sol, là à ciel ouvert, cette métaphysique, partie de la Perse, tantôt cachée, tantôt visible, s’appelant successivement la gnose et le manichéisme, avait fini par atteindre le nord de l’Italie et le sud de la France.Elle s’était répandue du reste dans presque toute l’Europe.Elle reposait essentiellement sur une conception triste de la vie.Je puis comprendre qu'un incrédule, ainsi Maurras, estime courte la philosophie de l’optimisme.Pour accepter comme devise de l’existence humaine le felix culpa du plus personnel, du plus original, du plus pénétrant de nos penseurs, il faut avoir la foi.Ce que je saisis assez mal, c’est que le pessimisme nous soit venu de l’Asie, du pays de la lumière et du soleil.Serait-ce que sur cette terre la vie toujours en ébullition s’écoule trop par les sens pour ne pas laisser vides les cœurs créés, là comme ailleurs, principalement pour les joies de l’esprit et la béatitude en Dieu ?Il se peut.Quoi qu’il en soit, le credo persan, avec son double Dieu si ressemblant aux deux Manitous de nos sauvages, s’enseignait publiquement sur les rives méditerranéennes, sous les vocables nouveaux de catharisme et d’albigéisme.Il soutenait que la matière est mauvaise ainsi que les sens, et donc que la propriété et le mariage sont condamnables.Il prônait le communisme et tolérait le libertinage.Par où l’on voit que certaines théories et certaines pratiques modernes sont fort moyenâgeuses.Les moindres conséquences d’un tel système eussent été que l’Europe se fût appauvrie et dépeuplée, que Cartier et Champlain, qui seraient à naître, n’auraient pas découvert l’Amérique, ni fondé Québec, que nos Indiens, conservés à la vie grâce à leur 164 Le Canada français ignorance des enseignements de mort de l’hérésie albigeoise, s’ébattraient encore seuls, populeux et redoutables, aux bouches de nos rivières et sur les bords de notre Saint-Laurent.Comme les hommes sont rarement aussi bons que leurs principes, ainsi, et fort heureusement, vont-ils à peu près jamais aussi loin que leurs idées fausses.Seul un petit nombre d’Albigeois, formé des parfaits, des élus, nous dirions aujourd’hui des haut gradés, s’engageait à suivre de tels dogmes.Avec quel succès, nous ne l’apprendrions pas sans rougir.Les simples croyants, les initiés du premier degré, qui constituaient la masse, ne s’engageaient guère à autre chose qu’à recevoir avant de mourir le consolamentum, sorte de baptême spirituel nécessaire au salut.Leur embarras était grand, s’ils revenaient à la santé.Ne se sentant point de fer, ils craignaient de retomber dans le péché.C’est alors que pour éviter ce malheur, beaucoup recouraient a une médication criminelle.Les uns, précurseurs de MacSwiney, s’imposaient l’endura qui consistait à se laisser périr par la faim.Les autres, plus pressés d’en finir avec la crainte de la tentation et la possibilité de la chute, s’ouvraient une veine ou absorbaient un poison.En sorte que si une telle erreur eût prévalu en Europe, nos pères, lorsqu’ils eussent été las de broyer du noir, n’auraient eu pour se consoler qu’à se suicider.Belle philosophie vraiment que celle qui assombrit à ce point la religion, la morale, la vie ! Le moment était bien choisi pour répandre une erreur asiatique.Après quatre-vingt-huit ans d’indépendance, Jérusalem venait de retomber aux mains des infidèles.L’espoir de la reconquérir diminuait, si ce n’est au cœur des papes qui ne se lasseront jamais de faire appel aucourage chrétien.Par contre la culture mulsumane s’était révélée aux Occidentaux avec son éclat, son luxe, sa puissance, ses doctrines sans mystères, sa morale sans Sacrifices, l’extraordinaire prestige de son prophète.Il y avait à craindre que les braves qui partaient pour étouffer l’erreur croissant sur le tombeau du Christ LA PHYSIONOMIE DE SAINT FRANÇOIS D’ASSISE 165 s’en revinssent avec une foi attiédie et des idées capables d’ébranler les fidèles.Ce n’est jamais sans risques, dans les moments de troubles, que des religions fausses apparaissent soudain aux masses peu instruites.II Dans un milieu où de si graves périls menaçaient les plus fermes espérances, Dieu allait susciter l’homme destiné à arrêter la croissance de l’ivraie et à hâter la maturition des blés en fleurs.François d’Assise sera l’opposé des maux, l’épanouissement des biens de son époque.Il s’élèvera à une telle hauteur de vertu qu’il demeurera pour des siècles, sinon pour jamais, la reproduction la plus vive du Christ, son Seigneur et son Dieu.Et d’abord, pour réhabiliter la pauvreté trop méconnue, Dieu le voulut pauvre.Il l’avait fait naîtfe d’un commerçant italien richissime et d’une provençale de noblesse.Sans doute qu’en ce temps-là le mariage des races ne comportait pas les mêmes inconvénients que de nos jours, puisque François, quoiqu’il eût hérité de son père un esprit fort avisé dans les affaires, et de sa mère une âme toute chevaleresque, posséda toujours un caractère parfaitement équilibré.Bourgeois et seigneur, il l’était par naissance, il le fut toute sa vie.Seulement, la grâce ayant élevé et perfectionné ses dons naturels, il se montra calculateur dans l’acquisition des biens du ciel et libéral dans le sacrifice des biens de la terre.Dès sa jeunesse, il secourt les miséreux.Il met même parfois dans la distribution de ses aumônes la munificence des rois.A preuve le cadeau qu’il fait de son riche costume militaire à un gentilhomme dépourvu de fortune.Il se plaît à restaurer les églises délabrées et à aider les prêtres dont la portion est moins que congrue.A ces fins pieuses, il verse des sommes fort considérables.Voici que son père s’indigne de tant de libéralités.Non par avarice, mais plutôt dans 166 Le Canada fkançais l’espoir d’arrêter un fils tendrement aimé sur une pente qu’iî croit conduire à la folie.Alors le jeune homme se dépouille de ses vêtements et les remet avec ses dernières pièces de monnaie à celui de qui il les tenait.Son évêque, un homme de Dieu qui l’a deviné, le couvre de son manteau, puis l’habille modestement.Et le pauvre volontaire s’enfonce dans la nuit et la forêt chantant en français la joie de son renoncement.Plus tard, dans une église où il assiste a la sainte messe, il entend ces paroles : “ N’ayez ni or, ni argent dans votre bourse, ni sac pour le voyage, ni souliers, ni bâton.” Le conseil évangélique lui est une lumière.Dorénavant il sera pauvre, en réalité comme de cœur, afin d imiter Celui qui, pour vivre, daigna travailler et mendier, quoiqu il eût évoqué du néant et qu’il possédât la terre, le ciel et toutes leurs richesses.Une telle vie ne pouvait pas ne pas attirer l’attention.Bientôt des disciples se mettent à l’école de François.Le premier sacrifice qu’il leur demande, c est 1 abandon de leurs biens.Demeurer sous des huttes de branches, dans les grottes ou les cavernes ; pour entretenir son corps, boire l’eau des sources et des torrents, se nourrir des aliments gagnés par le travail obscur ou obtenus par la mendicité: tel fut le programme sommaire de pauvreté que François imposa à ses premiers compagnons.Oh ! bien avant lui des hommes avaient vécu de fort peu ! Vêtus de peaux de bête ou couverts de haillons, saint Jérôme dans son désert de Chalcis'et saint Paul au fond de sa Thébaïde calmaient leur faim, le premier avec des herbes crues, le second avec du pain mystérieux qu’un corbeau divinement dressé lui apportait chaque jour.Plus près de nous, saint Benoît, sous sa bure grossière, avec ses jeûnes constants, son unique repas quotidien à la tombée du jour, ne s était pas montré prodigue, ni large à l’égard de ses moines.Mais si les anachorètes pratiquaient une pauvreté héroïque, ils LA PHYSIONOMIE DE SAINT FRANÇOIS D’ASSISE 167 s’y adonnaient à leurs risques et périls.Si les bénédictins vivaient avec une extrême frugalité, c’était individuellement.Leur pauvreté personnelle pouvait compter sur la richesse collective.Le moine ne possédait rien, pas même le droit de posséder.La communauté, elle, avait des revenus, des couvents, des terres et des églises.Ces biens, elle les tenait de la générosité des fidèles ou elle les avait acquis par le travail ardu de ses sujets innombrables.Elle les employait à solder les frais du culte, de l'instruction et de la charité publiques.Il n’en reste pas moins vrai que dans l’usage et la gérance de tant de fortunes, des abus pouvaient se glisser.De fait, il s’en était glissé, et les esprits myopes, qui sont de tous les siècles, arguaient d’eux contre la vie religieuse elle-même.Saint François, désireux de parer à ces inconvénients, voulut que sa famille spirituelle, comme corporation, ne possédât ni meubles, ni immeubles.Innocent III, qui avait du génie plein la tête, jugeait quelque peu chimérique une telle manière d’organiser le vœu de pauvreté.On rapporte, est-ce légende ou histoire, qu’il reçut assez froidement le fondateur venu, en 1210, chercher auprès de lui l’approbation de son genre de vie.Dès qu’il eût vu en songe la basilique du Latran soutenue par le Poverello d’Assise, il comprit; mais, en vrai romain prudent, il se contenta pour cette fois d’encourager le pèlerin de la pauvreté à poursuivre son dessein.Les vocations affluèrent si nombreuses et si solides à la Portioncule et dans les centres italiens, où les fils de François s’étaient fixés sans tenir à rien,que le plus glorieux des papes n’eut pas à se repentir d’avoir autorisé le nouvel institut religieux.Effectivement, l’Église bénissait et consacrait l’union de François avec la Dame Pauvreté.Par là les ordres mendiants étaient reconnus.Dans son humilité et sa joie, le fils de l’opulent Bernadone ne s’arrêta peut-être même pas à penser qu’il avait opéré une profonde révolution dans la pratique de la pauvreté évangélique. 168 Le Canada français Dans leur beau livre intitulé Chrisius, Huby et Rousselot, deux jésuites, ne sont pas loin d’insinuer que François d’Assise recherche la pauvreté au point d’avoir un peu l’air de la priser comme une fin.Apparence trompeuse à coup sûr.Car le détachement de François est réel, total, absolu.Il se détourne de toutes richesses afin de se convertir plus entièrement à Dieu.Mais une fois cette opération accomplie, comment compose-t-il la trame de sa vie spirituelle ?A la façon du contemplatif priant jour et nuit pour lui-même et pour autrui ?Ou comme l’apôtre qui court par toutes les routes répandant à plein cœur les trésors de sa foi.François ressentait pour la contemplation un attrait irrésistible.Vivre en ermite dans quelque grotte, y consacrer des heures entières à la méditation et à l’oraison le satisfaisaient comme la plus forte jouissance possible.Il n’avait pourtant pas fui ses semblables : les grâces qui le poussaient à l’apostolat ne le lui avaient jamais permis.Un jour cependant que sur ce point il était inquiété par quelques doutes, il envoya un Frère consulter l’abbesse du couvent de Saint-Damien et le premier prêtre qui fût entré dans sa famille religieuse.Claire d’Assise et le Père Sylvestre s’accordèrent, sans s’être concertés, pour lui signifier, au nom de Dieu, qu’il continuât à évangéliser.De ce moment François n’hésita jamais plus.Lui, comme les siens, seront, par état, les annonceurs de la bonne nouvelle.La gente poverella s’élancera à la conquête du monde.C’était encore une nouveauté que cette création d’un ordre apostolique.Jadis les anachorètes avaient abandonné la société romaine pour ne pas s’y perdre.Les bénédictins, en s’enfermant dans leurs abbayes, songeaient tout d’abord à leur propre salut.S’ils avaient converti l’Europe, c’était par surcroît pour ainsi dire, parce que, sur leur nombre prodigieux, certains, particulièrement bien doués pour la parole publique, avaient été délégués par leurs supérieurs ou appelés par les évêques et les papes à l’œuvre si importante des LA PHYSIONOMIE DE SAINT FRANÇOIS D’ASSISE 169 missions.Rompant leur vie sédentaire, ils s’en étaient allés prêcher la vraie religion aux peuples païens ou la réforme aux chrétiens relâchés.Cette fois, le secondaire devenait le principal.Certes le franciscain demeurera contemplatif pour une bonne part de sa vie, puisque, comme le bénédictin, il psalmodiera l’office et le jour et la nuit; mais pour l’autre part, il sera apôtre : migrateur, nomade, il ira partout prêcher l’évangile du Christ.Voici donc François d’Assise apôtre, missionnaire, vir apostolicus.Mais quel apôtre, quel missionnaire ! Jamais homme n’a parlé comme lui.Son éloquence n’est cependant pas faite de science ni de savoir variés et profonds.En somme, il est assez peu instruit sur les connaissances qui dépassent le cercle des vérités religieuses.Les prêtres de l’église St-Georges lui ont enseigné l’italien, et sans doute l’écriture et le calcul, s’il ne les avait appris au foyer paternel.Les syllabes de France, il les avait cueillies petit sur les lèvres de sa mère.Il serait donc tout à fait amusant d’imaginer notre héros suivant ce que nous appelons un cours classique.Les écoles de son époque, d'ailleurs, ressemblaient beaucoup plus à celles de la Grèce et de la Rome anciennes qu’à celles des siècles postérieurs à la Réforme.Elles étaient moins rigides, plus légères dans leurs programmes.Etait-ce mieux ou pis pour le mouvement, l’essor, l’originalité de la pensée ?C’est un point à débattre entre les adversaires et les tenants de la Compagnie qui a marqué de sa forte empreinte notre système d’instruction secondaire autant que les exercices de notre spiritualité.Non plus François étale-t-il du génie dans ses prédications.Mais ses vertus, sa sainteté y brillent.Ajoutez qu’il a le don des miracles, qu’il se joue dans le surnaturel comme dans son milieu normal.Vous croiriez Adam au paradis terrestre tant il a d’emprise sur les êtres inférieurs.Les animaux lui obéissent, le respectent, le servent.Il est comme le roi de la création.La belle difficulté d’être orateur dans 170 Le Canada français ces conditions ! Pourtant me permettrez-vous de le penser tout haut : le secret de l’éloquence de saint François n’est pas uniquement là.Il se rattache aux meilleurs, aux plus grands dons que Pierre Bernadone et la Dame Pica Bour-lemont aient légués à leur fils : un cœur sain, tendre, loyal, généreux, magnanime, intrépide ; une imagination vive et puissante, l’imagination d’un dramaturge et d’un animateur.Si l’on peut parler ainsi, François, par nature, a du génie, mais dans le cœur et dans l’imagination.(à suivre) Georges Simard, O.M.I.
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