Le Canada-français /, 1 décembre 1926, La fonction sociale de la philosophie. Suite et fin
LA FONCTION SOCIALE DE LA PHILOSOPHIE O» {suite et fin) Mesure et hiérarchie, tous en admettront l’urgente nécessité dans notre monde en désordre.Leur absence, ici partielle, là totale, engendre ces bouleversements, ces soubresauts plus qu’inquiétants.Et l’un des signes les plus incontestables de la méconnaissance de la hiérarchie des valeurs, c’est certainement la crise de l’autorité, laquelle, au dire d’un sociologue distingué contemporain, “ passe à l’heure présente pour la plus aiguë des questions sociales Temps de démocratisme a outrance celui que nous vivons, temps même de démagogie.Avec les nouveaux riches la guerre nous a amenés les nouveaux chefs qui sont multitude.Crise de l’autorité dans la famille d’abord, et peut-être la plus grave, où trop de pères et mères sont descendus au niveau quand ce n’est pas au dessous de leurs enfants ; crise de l’autorité dans les gouvernements dont quelques-uns ont à leur tête des socialistes convaincus et de farouches communistes ; crise de l’autorité dans l’école où les programmes sabotés, où le prestige nécessaire des maîtres ridiculisés font de chaque élève un potentat et un petit tyran ; crise de l’autorité en chacun de nous où trop souvent les facultés inférieures déplantent celles qui doivent occuper la première place, où trop souvent les sens émoussés, exigeants, font avec succès la guerre à la droite raison, où les caprices, à certains jours, enténèbrent tellement nos intelligences que nous sommes comme désemparés et prêts, dirait-on, a toutes les pires vilenies.Hiérarchie des valeurs, par conséquent, hiérarchie des droits et des devoirs.En tout premier lieu les devoirs de justice, viennent immédiatement après les devoirs de charité, (1) Voir le Canada français du mois de novembre 1926. 256 Là Canada français tout en n’oubliant pas que la charité est la première de toutes les vertus.Droits naturels d’abord, droits imprescriptibles, ensuite les autres que confère telle ou telle loi.Les droits naturels, comme il y a encore des gens qui semblent en douter.Hiérarchie des valeurs, et donc le bien de l’ensemble, le bien du tout l’emporte sur celui du particulier, les intérêts supérieurs d’un peuple, ce peuple s’appelât-il le peuple ca« nadien-français, ce bien l’emporte sur les vues mesquines de quelques têtes mal faites et trop mal faites pour comprendre que jamais la force ne prime le droit.Hiérarchie des valeurs, et donc la toute première place aux idées générales, aux idées nobles, larges, inspiratrices de sublimes dévouements qui méprisent les bassesses, qui se nourrissent de l’effort héroïque et du sacrifice obscur de tous les jours.Hiérarchie des valeuis, et donc avant tout et par dessus tout le salut des âmes.Hiérarchie des valeurs, et donc en arrière la recherche de la renommée terrestre, en arrière la recherche de l’or.Bel exemple de cette hiérarchie que nous ont donné les pionniers de l’Évangile chez nous, les fondateurs de notre civilisation chrétienne que l’Église vient de glorifier, et tous les bâtisseurs de notre race française.Bel exemple de cette hiérarchie que nous donnent encore tant des nôtres, missionnaires sur toutes les plages du monde, porteurs du verbe divin aux sauvages des régions arctiques, — et ici je salue en passant la très glorieuse Congrégation des Oblats de Marie Immaculée,— porteurs du Verbe divin aux païens des pays orientaux où travaillent tant de Canadiens français religieux ou prêtres des missions étrangères.Hiérarchie des valeurs enfin, nous la voulons maintenir en cette terre libre d’Amérique, nous fils de France, oui nous voulons garder invariables notre caractère ethnique et notre langue, sachant que ces précieux héritages, avec notre foi, doivent, selon les vues de la Providence et de la nature, ne La fonction sociale de la philosophie 257 le céder à aucun autre bien et se conserver non seulement intacts mais progresser toujours.Tout autour de nous circulent et montent d’autres valeurs exotiques : elles circulent cherchant qui dévorer.Influences cosmopolites de toutes provenances, forces sans patrie de l’argent, elles veulent, et les unes et les autres, soit par érosion continuelle, soit par endosmose digne d’un meilleur sort, entamer notre type façonné par une longue et glorieuse hérédité.Et n’oublions pas,— et sur ce point notre culte de la hiérarchie des valeurs doit être à son maximum d’intensité,— que “ cernées par les métèques ou par les puissances du matéiialisme grandissant, les vertus nationales s’énervent et se vident peu à peu de leur spiritualité propre Cette hiérarchie des valeurs, ce sens de la mesure dont la saine philosophie nous inspire le culte et nous démontre l’opportune nécessité, ne fait pas sentir sa bienfaisante influence seulement dans la région supérieure des idées,— ce qui serait déjà beaucoup,— non, des hauteurs elle descend jusque dans le détail de nos multiples façons de vivre, de nous vêtir, voire de meubler nos maisons.Qui, par exemple, n’entend parler de nos excès dans les dépenses, de nos excès dans les modes, de nos excès dans l’habitation P Tout cela n’est que la mise en pratique d’un manque d’accord, d’un manque d’harmonie, ou mieux, d’une confusion dans la région éthérée des principes.Et ces excès, dont tout le monde gémit, sont une de nos plus grandes plaies sociales.On manque de simplicité ; la réalité vraie nous échappe trop souvent, et aussi notre ambition est parfois de réaliser des chimères qui prennent naissance dans nos cervaux fatigués et ignorants.D’où vous voyez que considérée à ce point de vue la saine philosophie, mettant chaque chose à sa place, créatrice de lumière, mène tout naturellement au contentement, à la satisfaction véritable, à la paix en chacun, et puis, à la paix de tous, à la paix sociale. 258 Le Canada français Principe d’ordre, la saine philosophie corrige assurément les défauts qui déparent notre vie en société.Sans vouloir vous la présenter comme la panacée universelle, je suis en droit de vous dire cependant que si on l’écoute, que si on la suit à la lettre, on a grande chance de guérir promptement des maux dont nous souffrons tous socialement.Mais où donc se trouve-t-elle cette saine philosophie ?Ne vous semble-t-il point qu’à travers le dédale de tant de systèmes qui s’échelonnent le long des siècles, inventés tous au fur à mesure pour expliquer le problème de la vie et de tant d’autres qui sont comme ses succédanés, ne vous semble-t-il pas que l’on puisse difficilement rencontrer une doctrine capable de répondre à nos exigenges de gens quelque peu désabusés.Soyons tranquilles, cette doctrine, on la rencontre, mais certes, point dans ce labyrinthe où trop déjà se sont perdus.Oh ! non, la saine philosophie, elle ne se trouve certainement pas dans cette littérature contemporaine qui prêche le désordre sous toutes ses formes.En effet, les théories de la plupart des écrivains en vogue à notre époque sont plutôt destructives que constructives.Théories qui foulent au pied les droits les plus sacrés et s’en moquent ni plus ni moins.Dieu, la littérature contemporaine n’en a cure, ou si elle daigne en faire mention, c’est pour le tourner en ridicule, encore que trop souvent elle le maudit et l’accable de sarcasmes sans nom.Non, la vraie, la saine philosophie, ce ne sont pas les romans actuels qui en font profession.Romans, admettons-le sans ambages, où l’art prime, où le style enchante, où le rythme berce et enivre, mais où le venin avec son odeur âcre vous monte au nez et vous empoisonne.Romans qui font la moue sur les familles nombreuses et sur le mariage-sacrement ; romans qui montrent toujours comme dignes de pitié et d’un meilleur sort ceux qui font leur devoir, et par contre, présentent sans cesse triomphants et heureux ceux qui vivent en marge des obligations les plus sacrées. La fonction sociale de la philosophie 259 Non, encore une fois, la philosophie, la vraie, ne trouve point gîte en ces pages ostensiblement scabreuses, en ces pages onctueuses, édulcorées, qui, sous les apparences trompeuses d’une neutralité irréprochable, sapent la religion, la famille et nos traditions les plus chères.Elle se trouve encore moins la saine philosophie dans cette presse quotidienne qui suinte le jaunisme et le mensonge à pleines colonnes, dans cette presse qu’on peut sans crainte qualifier de salmigondis de la meilleure eau, où se coudoient journellement les choses les plus saintes et les plus ignobles ; dans cette presse dite d’information dont le but avoué est d’avoir beaucoup, beaucoup de lecteurs, de faire de l’argent, et qui, pour cela, fait appel aux plus bas instincts.Ils ont certes leur philosophie ces journaux, mais combien fausse, mais combien dangereuse ! Ils ne sont pas franchement antichrétiens, et c’est sans doute dans cette situation toute négative que réside leur force, leur puissance, puisque cette situation leur permet de ne point mettre en éveil la défiance des braves gens.et quand on songe que les braves gens constituent la grosse, la très grosse majorité ! Elle ne se rencontre point la saine philosophie au cinéma et au théâtre corrupteurs, qui gâtent à jamais nos enfants, nos jeunes filles et nos jeunes gens.Ils sont en train de nous préparer des générations de désabusés pour qui la vie n’est plus qu’un jeu de perd-gagne où nous sommes classés d’avance, et où, par conséquent, il est inutile de réagir contre le sort à nous depuis toujours dévolu.Le mieux donc, crient-ils ces pauvres hères, est de prendre son bien là où on croit le trouver, et de s’étourdir le plus possible.Et n’êtes-vous pas effrayés à certains jours par cette vague montante de pessimisme qui menace d’envahir de plus en plus tout ce qu’il y a de beau, tout ce qu’il y a de jeune.Les blasés de vingt ans, aujourd’hui, ne se comptent plus.Qui tue donc cet enthousiasme qui devrait être le partage des jeunes ?Qui leur rend donc si pénible ou intolérable le grand, le noble devoir de vivre ? 260 Le Canada français Ce sont la plupart du temps ces doctrines subversives que les vues animées et les theatres mettent en scène devant leurs yeux et leurs oreilles captivés et satisfaits.Et l’on explique ainsi, un peu, même beaucoup, pourquoi tant d’œuvres périclitent dans nos milieux catholiques, pourquoi tant de causes, pourtant de toute première importance, n’arrivent pas au succès où elles devraient normalement aboutir.C’est que l’on ne peut pas compter sur le dévouement de ceux qui à 1 avance sont gagnés à une abstention honteuse quand ce n’est pas à une scandaleuse hostilité.Un pioverbe lusse dit que les poissons commencent toujours à pourrir par la tête.Voilà je dirai en grande partie l’œuvre du mauvais théâtre.Il corrompt d’abord les intelligences ; et de l’esprit, la corruption descend vite au cœur, à la volonté.Et alors, quelle est la cause, si sainte soit-elle, qui sera capable de mettre en branle une intelligence, une volonté ainsi anémiées, ainsi viciées et complètement déroutées ?Elle n’est pas non plus la saine philosophie dans ces feuilles qui ne cessent de prêcher la tolérance envers ceux qui nous persécutent ; dans ces feuilles qui toujours recommandent la lutte pacifique et ont une peur bleue de se battre, dans ces feuilles défaitistes qui, inconsciemment ou non, font belle et bien l’affaire de nos ennemis ; dans ces feuilles qui ne font que parler de modéracion dans les procédés, de charité dans les moyens, comme si le tort était toujours de notre côté.C’est la philosophie du moyen terme.Mais il ne faut pas oublier que le moyen terme n’existe qu’en fonction des termes extrêmes.La modération n’est pas l’abdication.Au contraire, elle est une façon de rester debout, de rester soi-même ; elle est une manière d’être ferme, elle est une manière d’être fort.Comme le veulent trop d’entre nous malheureusement, elle est une fin au lieu d’être un moyen, elle est une faiblesse au lieu d’être une force.Modération.voilà encore l’un de ces mots que l’on tourmente, que l’on sollicite et auquel on ne rend pas assez justice.Cela me rappelle le fier langage de ce La fonction sociale de la philosophie 261 député catholique qui, à la Chambre française, s’opposait à l’abolition de la peine de mort.Que Messieurs les assassins commencent les premiers, dit-il, alors il ne sera plus question de peine de mort.Et nous aussi nous dirons : que ceux, et encore, malgré tout, très nombreux, qui désirent notre suppression en ce pays, notre chez nous, commencent les premiers, alors nous les laisserons tranquilles, alors il ne sera plus question de lutte, de combat, alors ils ne nous taxeront plus de modération ou d’exagération.* * * Vous attendez tous que je vous nomme enfin le livre qui contient cette vraie philosophie si nécessaire à notre vie sociale.Probablement devant vos mémoires anxieuses passent et repassent les noms de maints auteurs connus, fort appréciés, et parmi lesquels nous n’avons qu’à faire le choix.Et aussi bien, avez-vous hâte de savoir quelles sont mes préférences.Mes préférences, elles sont les vôtres j’en suis sûr.Les voici.Cette philosophie saine appuyée sur le bon sens, celle qui seulement peut être notre guide éclairé, cette philosophie qui nous apprend à nous respecter nous-mêmes, à rester debout et aussi à respecter les autres ; cette philosophie qui nous sera toujours le plus ferme rempart contre les nombreux ennemis du dedans et du dehors, savez-vous où elle est ?Elle est en premier lieu, elle est premièrement dans nos traditions catholiques et françaises que nous ont léguées nos pères, elle est ensuite dans notre admirable histoire qu’ils ont écrite de leurs hauts faits et de leurs gestes sublimes.Nos pères, tous appartenant à l’humble noblesse de la charrue, n’ont certainement pas pioché Aristote ou saint Thomas.Mais, sans le savoir, ils en ont été certainement les disciples fervents et intelligents puisqu’ils furent les types incompa- 262 Le Canada français râbles de ce bel équilibre mental qui maintient les facultés à leur place et leur permet chacune, dans son ordre, de travailler efficacement au bien de l’ensemble.Oui, nos traditions, oui, notre incomparable histoire sont pour nous le meilleur manuel de philosophie qui se puisse trouver, et dont nous n’avons qu’à mettre en pratique les précieuses leçons si nous voulons rester dignes de nos grands ancêtres.Oui, de tout notre passé se dégage une philosophie douce et ferme à la fois, satisfaisante et pour l’esprit et pour le cœur ; une philosophie bien humaine qui prend l’homme tel qu’il est au milieu des contingences de son existence, dans les circonstances toujours empiriques qui l’entourent.Au vrai, nos pères étaient loin d’être des rêveurs ou des utopistes ne se nourrissant que de chimères, faisant sans cesse château en Espagne.Rudes travailleurs, en contact perpétuel avec les difficultés sans nombre de la vie, en butte souvent à bien des persécutions, leur philosophie peu compliquée se ramenait à quelques directives d’où quotidiennement ils déduisaient les solutions aux problèmes qui les préoccupaient davantage.Ce sera l’immortel mérite et l’immortel honneur de nos historiens actuels, et surtout, de l’honorable M.Chapais et de M.l’abbé Lionel Groulx d’avoir su extraire des mille et un événements, des mille et un incidents qui se sont joués à la surface de notre existence nationale, le grand facteur moral, et donc philosophique, sans lequel l’histoire d’un peuple, quel qu’il soit, se ramène à une sèche nomenclature, à une sorte de squelette sans vie qui rappelle un mouvement pour jamais disparu.Cette philosophie que nous enseigne notre histoire, que nous enseignent nos traditions, le principe fondamental d’où elle tire toutes ses conclusions, c’est cette claire conscience qu’avaient nos pères de continuer sur nos bords le geste de France, c’est-à-dire le geste de Dieu et de son Église qui est l’Église catholique.Philosophie spiritualiste s’il en fut, et donc la véritable, puisque dans la hiérarchie La fonction sociale de la philosophie 263 des principes, dans la hiérarchie des valeurs, elle maintient tout au haut le premier principe, la valeur première, indépendante de toute autre, et qui est Dieu.Mais en dehors de notre histoire, en dehors de nos traditions où la vraie philosophie est comme vécue, comme mise en action, et cela pour notre exemple, pour notre facilité, pour notre entraînement, il y a toute une littérature philosophique, je dirai, qui propage l’énorme influence des idées justes, des idées droites.Car, nécessairement, il faut tenir compte des élites, des dirigeants que suit la foule et sur qui se calquent, se modèlent les multitudes.Cette littérature, ce sont les œuvres de vulgarisation des principes chrétiens ; ces œuvres dépouillées des allures d’école dont on a toujours peur, sont plus faciles d’accès au grand nombre parce que sous des aspects alléchants elles présentent les vérités les plus arides.A ce point de vue, aujourd’hui, il faudrait être plus qu’exigeant pour ne point être satisfait et demander davantage, car nos bibliothèques regorgent de volumes où les doctrines salutaires sont exposées, défendues avec une science, avec une habileté que les adversaires même se plaisent à reconnaître.De nos jours, la philosophie catholique mène crânement le bon combat, avec, à son service, toute une armée des mieux équipées delivres, de revues et de journaux.Sans doute lorsque nous jetons les yeux sur les puissantes troupes des ennemis, nous constatons qu’il y a beaucoup de chemin à faire, tout de même les chefs, nos chefs, ont tous les motifs de se réjouir en escomptant sur un avenir qui promet davantage.Les multiples dangers que court notre vie sociale, on les a cent fois signalés.Mais pour y parer avec succès, pour leur présenter un front unique capable de supporter les coups sans subir de graves dommages, il faut de plus en plus faire pénétrer la lumière des vrais principes dans nos intelligences.Car, on ne saurait jamais trop le répéter, ce sont les esprits qui sont malades.C’est de ce côté surtout qu’il faut diriger 264 Le Canada français nos efforts constants.Et je le sais, l’orientation de l’intelligence canadienne-française, sa formation, sa culture bien dosée, c’est l’un des buts de votre cercle qui, dans cette capitale au milieu de tant d’éléments hétérogènes, est comme une école supérieure de philosophie, d’où comme d’un foyer ardent s’échappent les rayons lumineux qui réchauffent et vivifient.C’est pourquoi vous méritez toutes les félicitations et tous les encouragements des honnêtes gens.Il faut de plus en plus se mettre en garde contre une philosophie matérialiste qui essaye toujours de nous pénétrer, de nous saturer.Sans cesse nous avons besoin de nous imbiber des pieds à la tête de spiritualisme chrétien si nous voulons résister victorieusement à l’influence délétère des mauvaises doctrines.Le peuple canadien-français, son élite intellectuelle, de ce côté est encore privilégiée.Dans les maisons où elle se forme, cette élite, Dieu merci, on suit à la lettre les sages directions des Souverains Pontifes.Et là on enseigne, on commente la philosophie éternellement vraie, puisée dans les ouvrages de saint Thomas d’Aquin, le prince des philosophes.Ottawa, en commençant par cette université, est entouré de maisons d’études ecclésiastiques qui sont comme autant de forteresses dont l’Ange de l’École est le maître toujours mieux compris, et par conséquent de plus en plus vénéré.Mais l’ennemi veille toujours.Et c’est pourquoi, chaque matin, il nous faut recommencer.Les offres d’infidélité sont alléchantes parfois.Malgré ces offres, suivons l’exemple de Moïse, et rappelons-nous qu’il vaut certainement mieux renoncer au titre de fils de la fille de Pharaon, qu’il vaut mieux être maltraités avec le peuple de Dieu que de jouir des délices passagers du péché, c’est-à-dire, des joies bien superficielles qui sont le partage des nations qui abdiquent et sacrifient tout au veau d’or.Rendons-en grâces à Dieu.Tel n’est pas encore notre cas.Les événements qui chez nous se sont déroulés depuis une La fonction sociale de la philosophie 265 quinzaine d’années marquent notre ascension continuelle vers la supériorité intellectuelle, morale, et donc nationale.C’est le devoir de nos classes dirigeantes de rester scrupuleusement fidèles aux principes d’ordre, aux principes chrétiens qui sont les bases de la famille et de la société.Le peuple, notre peuple, instinctivement marchera toujours dans les sillons que ces mêmes classes lui auront creusés.Sachons-le bien, notre société ne pourra se maintenir sur les hauteurs où elle est en train de monter que par le culte intelligent, persévérant, des idées générales, culte que seule peut lui procurer une sérieuse formation philosophique, je dirai, thomiste.Au vrai, l’enseignement bien dosé de saint Thomas d’Aquin,— l’expérience l’a prouvé depuis longtemps,— est assez élastique pour s’adapter aux exigences contemporaines les plus légitimes.A ce mouvement spirituel personne d’entre nous n’a le droit de rester étranger.Chacun, dans sa sphère propre, si humble soit-elle, a l’obligation de faire sa quote-part.A cette condition nous avons grande chance que s’accomplisse à la lettre la belle mission de la race française en Amérique.Arthur Robert, ptre.
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