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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Archipel acadien
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1927-04, Collections de BAnQ.

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Vol.XIV, N ° 8.Québec, avril 1927.LE CANADA FRANÇAIS l Publication de l’Université Laval ARCHIPEL ACADIEN Pictou, 30 juillet 1926 .L’embarquement est annoncé pour midi.J’ai juste le temps d’aller faire un tour dans cette petite ville, où je suis arrivé à minuit, quand le violent orage qui nous avait assaillis, après notre départ de Truro, venait à peine de se calmer.L’atmosphère était encore toute mouillée, et ponctuée de larges gouttes.Ce matin, l’air est chaud, de cette chaleur humide spéciale aux climats maritimes.L’ardeur du soleil s’atténue dans les vapeurs qui flottent.Au firmament se balancent de gros nuages mous et ronds, qui ont l’air de sacs d’eau prêts de se déverser.Ces outres grisâtres font paraître plus foncés les pans d’azur.Départ .Me voici à bord.Le paquebot est fort élégant, et tout neuf.Il s’appelle le Lovât.Il a été construit en Écosse.On dirait un grand yacht.A l’intérieur courent de belles boiseries en chêne naturel : simple et riche revêtement.Le maître d’hôtel, M.Thériault, un acadien des îles, me donne l’unique cabine du pont supérieur, destinée au futur opérateur du 522 Lb Canada français sans-fil.Cet homme a les traits fins, délicats, et il est extrêmement poli.J’aurai l’occasion d’en faire l’expérience : la politesse est la note dominante des acadiens de ees régions.Ils ôtent leur chapeau pour saluer et pour parler.Ils disent " monsieur ” avec la gentillesse d’autrefois.Une fois installé dans mon logis d’un jour, je redescends causer avec les passagers.Leurs formes de langage me plaisent.Leur prononciation a des singularités.Je remarque, par exemple, qu’ils escamotent les r, qu’ils mettent comme un u à la place.Chez les femmes et les jeunes filles, physionomie naïve et pure.Beaucoup d’yeux bleus.La baie de Pictou est d’un dessin compliqué.Je ne me démêle pas bien dans toutes ces anses et ces échancrures.Après une heure et demie de navigation, nous apercevons les côtes de l’Ue-du-Prince-Edouard.Nous y ferons escale ce soir, vers six heures et demie, à Souris.Tout seul là-haut, je lis un peu, je regarde et je rêve.Le firmament a toutes les nuances, je m’amuse à suivre les incessantes métamorphoses des nuages.Comme nous touchons Souris, un orage épouvantable éclate : pluie, éclairs, tonnerre dont les roulements se répercutent à l’infini dans les lointains du golfe.C’est sublime.A cela s’ajoute la grêle qui crépite comme une vaste fusillade : les toits, les champs, les flots sont criblés de mitraille.Ai-je jamais vu pareille tempête P Et pourtant, le soleil joue à travers les éléments déchaînés ; tout ce fracas s’éclaire de longs rayons.Je jouirais de ce spectacle, si la pensée des ravages que la grêle va causer dans les moissons en herbe ne me le défendait.Demain, j’apprendrai sans doute que, sur de longues étendues, les tiges vertes ont été fauchées, et que moins d’une heure aura suffi aux puissances de l’air pour réduire à néant les plus légitimes espoirs.L’Ile du Prince-Edouard — combien je préfère son ancienne appellation d’Ile Saint-Jean ! — est surnommée le jardin du Golfe.Son sol est d’une extrême fertilité.Partout la terre est arable et riche.Rien autre chose que le plus Archipel Acadien 523 fécond humus, à base d’ocre, comme à Grand-Pré.La ligne des falaises, d’un rouge-brique, ne semble pas s’élever à plus de quarante ou cinquante pieds.Nous repartons.Les côtes s’effacent.La mer, de tous bords.Très loin, là-bas, le soleil couché teint de rose un tout petit coin de ciel.Nuages moutonnants.Je salue l’étoile du soir.La lune arbore son demi-disque parfait.Charme des nuits sur les flots.Le vaisseau nous emporte en de longs bercements.81 juillet.Six heures du matin.Je regarde par les fenêtres de ma cabine.Nous venons de faire escale au Hâvre-au-Ber.Cette première vision de l’Archipel m’attriste profondément.Pas d’arbres.Des maisons éparses, sans ordre, au hasard des accidents du sol.La pluie, qui tombe avec abondance, accentue la désolation dont ce paysage est empreint.J’éprouve ce sentiment que tous les voyageurs connaissent bien : le regret d’être parti de chez soi, de s’être donné tout ce mal, quand la vie à la maison était douce, régulière.Cette déception passera-t-elle ?Ce n’est pas l’arrivée au port de débarquement, une heure plus tard, qui la fait se dissiper.Le ciel pleure de plus en plus.Je vois un gros rocher coupé perpendiculairement, veiné de gris, de rouge, de sombres traits, de vert : c’est le Cap-aux-Meules.D’où vient le nom ?Sans doute de la nature de sa pierre.Aujourd’hui on la fait servir à des travaux de terrassement.L’on en a empli les caissons du quai.Le Cap a perdu sa physionomie.Il est très fortement entamé.Pour peu que l’on continue à le ravager, il ne restera plus de lui qu’un souvenir.Ainsi, même dans ces régions perdues, l’utilité générale l’emporte sur le pittoresque.Je demande une voiture : il n’y en a pas.Du temps s’écoule avant qu’on m’en amène une.Je reste là devant des paysages noyés.Enfin, voici cheval et voiture. 524 Le Canada français Ah ! ce n’est pas brillant.Pas de capote.Je n’ai pour me protéger que mon parapluie : ce qui est tout-à-fait insuffisant.Je dois me rendre au Hâvre-aux-Maisons, dont j’aperçois la blanche église, là-bas, de l’autre côté de la Baie de Plaisance.La route est boueuse.En quel état je suis ! Il faut franchir un goulet.Des phoques sortent de la Baie d’en dedans et gagnent le large, leur tête lisse et ronde hors de l’eau.Ils font ainsi chaque jour : le matin ils s’en vont à la haute mer chercher leur subsistance pour rentrer vers le soir.Ils n’ont pas l’air farouche.Sur le rivage voltigent de nombreuses alouettes.J’arrive au presbytère.Le bon curé, natif des Iles, M.Turbide, me reçoit avec toute la courtoisie traditionnelle chez les Acadiens, où l’hospitalité est en grand honneur.Je l’avais rencontré à Montréal, chez son ami de cœur, M.Perrier.Il m’avait fort invité à venir le voir.Je lui avais écrit pour m’annoncer.Il ne m’attendait guère cependant.Il ne s’imaginait pas que je pusse me décider jamais à faire un séjour dans ces lointaines solitudes.Avec son sourire moqueur, il me dit en regardant mes valises, car j’apporte avec moi toute une bibliothèque : “ Venez-vous passer l’hiver ?” — L’on m’installe au couvent, tout proche, tenu par les Dames de la Congrégation, grande maison de pierre, la seule qu’il y ait dans tout le pays.De mes appartements, j’ai vue sur la mer.On la contemple de partout, dans cette île du Hâvre-aux-Maisons, qui n’a que huit milles de tour.J’en suis tout près.J’entendrai le bruit éternel des flots.Je suivrai les jeux changeants de la lumière sur l’immensité.Je déjeûne au presbytère.Puis, M.le curé me mène visiter son royaume.Il y est né.Après des études au collège et au Séminaire de Montréal, il y est revenu comme missionnaire et curé.Car, avec le Hâvre-aux-Maisons, il dessert la Pointeaux-Loups et l’Ile de la Grande-Entrée.C’est un prêtre de grand mérite, pétillant d’esprit.Inutile de dire qu’il connaît par cœur son troupeau.A notre gauche s’allonge la Baie- Archipel Acadien 525 d’en-Dedans, prise entre notre île et la Dune-du-Nord dont le ruban jaune semble se dérouler à l’infini.Je remarque, ça et là, le long du chemin, de maigres bois de pruches.C’est tout ce qui reste des forêts primitives.Les îles ont perdu leur parure de beaux arbres.Les premiers colons ont eu grand tort de mettre la hache dans l’abondante végétation qui régnait en ces lieux.La physionomie du pays est désormais austère et dénudée.Il serait possible de le reboiser méthodiquement.Cela se fera-t-il ?Les champs, les coteaux ont été dépouillés de leur mystère.Le pittoresque s’est évanoui avec l’ombre des forêts.Il n’y a pas de beauté là où manquent les feuillages.Ils sont la grâce et l’harmonie de la nature.Et les arbres sont utiles au sol où ils entretiennent la fraîcheur et l’humidité.Ils sont l’aliment des foyers.Pour se chauffer, les habitants doivent faire venir à grands frais le charbon.Pourquoi les pères ont-ils ainsi dévasté la richesse dont la Providence avait revêtu ces terres ?L’arrivée à la Dune-du-Sud me tire de ces réflexions mélancoliques.Quelle plage superbe et inviolée.Elle a quinze milles de longueur, s’étendant jusqu’au goulet de la Grande-Entrée, cette île qui barre l’horizon, là-bas.Elle est en forme d’immense faucille.L’une des curiosités de cet endroit, ce sont les falaises d’ocre rouge, incessamment battues des flots.Ils y ont creusé des grottes qui se prolongent loin sous les terres, constituant une menace pour les habitations voisines.Un jour arrivera où la mer sera la plus forte et où tout s’écroulera sous sa tenace poussée.Qui peut dire tout ce qu’elle a rongé de ce coin de l’île ?Et son oeuvre n’est jamais finie.Elle se continue avec la fatalité propre aux lois de la nature.A quelque distance du rivage, il y a un énorme bloc d’un rouge éteint.L’on dirait une ruine de château-fort.Fragment cyclopéen de la côte, île éphémère dont l’océan finira bien par avoir raison.Du point de vue esthétique, tout cela est splendide : royales architectures, contreforts puissants, portiques, couloirs, nefs de cathédrales, façades comme 526 Le Canada français travaillées par la main des hommes.L’on se croirait à l’entrée d’une ville morte que des géants auraient bâtie.Aujourd’hui le flot est doux et caressant ; il vient seulement lécher le tapis d’or, d’une trame si fine, si serrée, où il n’y a pas le plus petit caillou, pas un coquillage d’entremêlé, rien pour briser le ferme dessin,— étendu sous ces colossales murailles, autour de ces piliers dont les dimensions me confondent, dont pas un ne ressemble à l’autre ; le flot vient franger d’argent la somptueuse étoffe, mourir au seuil de ce temple, élevé là pour on ne sait quel culte.Sa voix timide n’éveille qu’un faible écho à travers ces formes majestueuses.Et pourtant c’est lui qui a érigé ces voûtes, creusé ces profondes absides, dressé ces frontons et ces pilastres.Ces merveilles sont sorties de son patient et forcené labeur.Ses larges nappes, soulevées par la tempête, recommenceront d’incessantes métamorphoses à même cette argile couleur vieille brique.Le soir, je vais faire une marche vers la pointe.Le soleil anéantit dans les flots son orbe rose.Tout est silence sur nie.J’écoute la rumeur de la mer, si harmonieuse dans la nuit.La lune lui verse une coulée d’argent qui s’écaille en touchant les flots agités d’un frisson.1er août.Ciel bleu.Vent violent.La mer fait grand bruit.Très beau soleil.Je passe la matinée sur la grève, au pied des caps, “ à l’ombre des rochers qui pendent sur la mer ”.Je scrute les lointains et cherche à bien me rendre compte de la physionomie du pays.Elle est assez complexe, capricieuse.Les dunes sont l’une de ses singularités les plus intéressantes.Elles courent d’une île à l’autre, les reliant presque, par endroits, servant de ceinture à des lagunes où pousse abondamment l’herbe aux outardes.L’après-midi, j’erre par les champs de trèfle et de val en colline.Il y en a qui s’élèvent à cinq cents pieds.Ça et là Archipel Acadien 527 paissent des moutons et des vaches.J’aime à voir ces grosses brebis qui broutent juste à la crête des coteaux.Les falaises du Hâvre-au-Ber, coupées verticalement, ont l’air d’une rangée de maisons de briques.Je reviens à mon hôtellerie.Les religieuses me parlent de leurs élèves, en général intelligentes, et fort studieuses.Elles sont environ une soixantaine chaque année à suivre les cours.Le couvent contient une bibliothèque à l’usage du public.Les livres sont très demandés.L’on me cite tel abonné, un Arsenault, qui les a lus, et avec profit, qui en réclame de nouveaux.De fin décembre à avril, la navigation se ferme.Plus de communications avec la terre ferme, si ce n’est par le sans fil dont un poste a été installé sur l’Ile de l’Etang-du-Nord.Les nouvelles les plus saillantes qui arrivent par cette voie sont insérées dans un bulletin.Celui-ci “ se publie ” chaque samedi.On se le procure moyennant vingt-cinq sous pour la saison.Quelle aubaine pour les insulaires ! Il n’est peut-être pas de journal au monde qui ait une clientèle plus fervente.Cette innovation est de date assez récente.Auparavant, c’était le curé qui, du haut de la chaire, le dimanche, leur apprenait ce qu’il pouvait savoir des événements du monde, transmis par le télégraphe.La moisson était maigre.Cela valait encore mieux que rien du tout.Ici aussi le progrès devait se faire sentir.Ils ont maintenant leur hebdomadaire, dont l’on me montre un spécimen : humble feuillet où la matière est tapée au dactylo.— Ce couvent où j’habite, M.le curé m’en raconte l’histoire.Les Sœurs logeaient dans une maison bien pauvre et bien étroite.Il fut décidé de leur construire une demeure confortable, assez grande pour servir de pensionnat, et en pierre, ce qui ne s’était pas encore vu sur ces îles.Il sut intéresser ses gens à son entreprise.De la pierre, il y en avait tout un cap à la Pointe Basse.Encore fallait-il aller l’y chercher.Tout le monde se mit de la partie : des corvées s’organisèrent pour extraire et tailler les blocs, les charrier sur place, en même 528 Le Canada français temps que le sable nécessaire.Aux travaux volontaires s ajoutèrent des dons en argent.Il paraît que l’on peut tout obtenir des Acadiens, si l’on sait les prendre.Le Hâvre-aux-Maisons possède maintenant un édifice qui ne déparerait pas une grande ville.2 août.C’est dimanche.Il y a de la brume.L’horizon se limite à la ligne grise du rivage.Impossible de rien voir au delà.De la galerie du presbytère, je regarde les fidèles arriver pour la grand’messe, un à un ou par petits groupes.Il y en a qui entrent tout de suite à l’église.D’autres restent à fumer leur pipe aux abords, jusqu’au moment où tintera le dernier coup de cloche.C’est là une antique coutume française.On ne s’est pas vu de la semaine.On est heureux de se rencontrer le dimanche.L’on échange les nouvelles de la famille, l’on parle de ses affaires.Je suis frappé de la simplicité des vêtements.Habits et chapeaux d’hommes évoquent les vieilles estampes.La tenue des femmes n’est pas plus à la mode.Elle est ce qu’elle était au temps de nos grand’mères.Je trouve charmante cette vision d’autrefois.Ah ! ce n’est pas ici que les prêtres ont à rappeler la décence dans le costume.L’après-midi, M.le Curé, deux de ses paroissiens et moi, nous nous rendons faire visite à M.l’abbé Blaquières, curé de l’Ile de l’Etang-du-Nord.— Pour le dire en passant, tous ces noms dont on a baptisé le pays ne sont-ils pas extrêmement expressifs de sa figuration ?Ils font image ; ils rendent bien le caractère des lieux.Nos ancêtres savaient peindre par les mots.Leur langage était tout plein de couleur locale.Je souhaite que les Iles de la Madeleine gardent toujours ces beaux vocables.Mais je ne suis pas sans inquiétude sur ce point.Car il y a des cartes géographiques anglaises où les appellations primitives ont disparu, remplacées par des noms quelconques.— M.Blaquières est né sur l’Ile du Archipel Acadien 529 Prince-Edouard.Il a fait son grand séminaire à Québec.Il est docteur-en-théologie et Vicaire-Forain.Nous frappons au presbytère.Le curé est à l’église où nous allons le rejoindre.C’est la fin de sa leçon de catéchisme aux enfants qui seront confirmés mercredi prochain.Il y a là plus de trois cents petits acadiens et acadiennes, à la mine candide et intelligente.La longue église regorge de cet espoir de l’avenir.La race acadienne n’est pas près de s’éteindre.Anglais, anglais, vous avez joliment manqué votre coup.Que peuvent les hommes contre un peuple que Dieu bénit ?En voyant cette enfance en laquelle s’incarnent les promesses, je me rappelle le mot du patriarche Isaac à son fils Jacob : Sicut odor agri pleni.M.le curé vient à nous, très aimable, et nous conduit à la maison presbytérale, flambante neuve, aux parquets en bois d’érable, aux murs et plafonds lambrissés en pin de savane.Nous y prenons le goûter.La paroisse de l’Etang-du-Nord compte environ trois cent cinquante familles.M.Blaquières la dessert seul.C’est un homme de taille moyenne, de forte carrure.Il suffit à la tâche.“ Je n’ai jamais été malade, je ne me sens jamais fatigué ”, nous dit-il.Qu’il est heureux d’avoir pareille santé ! Il y a ici une moyenne de cent trente baptêmes et de quarante mariages par an.Le nombre d’enfants est ordinairement de dix par famille.Elles ne sont pas rares celles qui en ont quatorze et seize.Les adoptions sont communes par toutes ces îles.Comme il n’y a pas d’orphelinat, l’on se partage les pauvres petits que la Providence prive de leur père ou de leur mère.Il y a toujours place pour un de plus à un foyer qui déjà déborde.Charité magnifique, auguste tradition qui remonte aux premiers temps de la colonie.L’enfant adopté fait partie intégrante de sa famille nouvelle.L’on aura même pour lui, à cause de son malheur, des tendresses particulières.On l’appelle d’un nom charmant : c’est un “ élève Deux prêtres, messieurs Arsenault, viennent nous saluer.Nous causons de l’œuvre à laquelle 530 Le Canada français ils se dévouent, l’académie commerciale, qui va devenir préparatoire au cours classique.Ils ont eu cette année cinquante élèves internes et externes.Ce collège en est presque à ses débuts.La fondation en est surtout due au zèle du curé, qui y voit le germe d’une institution d’enseignement secondaire.Le jour arrivera où les garçons des îles ne seront plus obligés de s’expatrier pour recevoir une formation classique.Combien de vocations au sacerdoce n’ont pu éclore, faute de n’avoir pu être cultivées sur place ! En attendant cette évolution qui marquera un si grand progrès, l’académie donne une instruction qui complète celle qui est dispensée par les petites écoles, dont il y a vingt-six sur ces îles.Le couvent de la Congrégation sert d’école normale pour les maîtresses.Les vêpres sonnent.L’heure est venue de prendre congé de notre hôte.Redescendons-nous par la même route ?Je le crois.Occupé à causer avec mon compagnon, je n’avais pas remarqué son caractère accidenté, tout en lacis.Voici, à notre gauche, comme accroché à une pente, à la lisière d’un bois d’épinettes, le petit temple protestant, morne, fermé.Pas de vie autour ni à l’intérieur.Il se cache dans l’ombre maigre des arbres.Il y a quelques protestants, des membres de la Low Church, sur Pile de l’Étang-du-Nord.Ils ont leur église et leur ministre.A quoi cela sert-il ?Quel contraste entre ce petit temple, silencieux, désert, et la grande église que j’ai vue tout-à-l’heure, frémissante de vie, ornée de sa belle parure d’enfants, avides d’écouter la parole de vérité ! Le soleil se couche.Tout l’occident est rose.De larges moires roses flottent sur la lagune.La Baie de Plaisance est mauve et violette.Une paix infinie règne sur le paysage terrestre et marin.Tout est enveloppé d’extraordinaire silence.Déjà la lune verse des flots de crème.L’air est aromatisé de sainfoin.J’aimerais rester dehors longtemps à contempler les calmes étendues, à respirer le parfum de la nuit.Henri D’Arles.(à suivre)
de

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