Le Canada-français /, 1 décembre 1928, Chronique de l'Université
CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ Le timbre bilingue.— Fière réponse.— Paul Claudel.— En avant le bilinguisme.-— Un document.— Vive l'agriculture.— Un centenaire.— La Sainte-Catherine.Nous avons un timbre bilingue ! Et l’on trouve cela tout naturel.Tellement qu’on se demande pourquoi ce joli timbre,— car il est très artistique,-— n’est pas venu plus tôt ! Il faudrait plus d’une page de cette chronique pour rappeler toutes les tractations dont ce petit morceau de papier timbré est l’aboutissement.Inutile d’épiloguer.Et remercions le Seigneur de ce beau succès.Remercions aussi l’honorable M.Veniot qui a été l’instrument de la bonne Providence.Il a fait preuve d’un tact, et surtout, d’un courage dont il lui faut savoir infiniment gré.Fort du droit que personne ne saurait contester il a pris résolument les devants.La vieille inertie que l’on rencontre partout, inertie qui s’explique mais qui n’en compromet pas moins souvent les meilleures causes, il l'a prise par les cornes.C’est encore la meilleure méthode.Et tous de l’admettre.Quelques roquets ont jeté des cris.Mais l’honorable ministre des postes a depuis longtemps accoutumé de faire son devoir sans peur et sans reproche.Aussi bien tous les Canadiens français lui doivent-ils un sincère merci.Nous devons être d’autant plus contents qu’il y a tout autour de la question du timbre un principe en jeu.C’est celui de l’égalité pratique et juridique des deux langues officielles du Canada.C’est dire toutes les répercussions que peut avoir le noble geste de l’éminent Acadien.Puisque la victoire remportée sur ce terrain nous fait augurer d’autres triomphes.Au vrai, avouons-le franchement, la partie n’est pas définitivement gagnée.Quoi qu’il en soit, ce significatif 264 Le Canada français succès nous rassure sur l’issue heureuse des luttes qui continuent.Et, à propos du timbre bilingue, on voudra bien nous permettre une réflexion.C'est que la persévérance intelligente finit toujours par emporter le morceau.Plusieurs se souviennent des récriminations de certaines gens lorsqu'on osa parler, oh ! tout timidement, les premières fois d’un timbre officiellement bilingue ! Exagération.telle fut le mot cher à plusieurs, et qui cache une crainte mal venue, partout lancée à bouche que veux-tu.Mais petit à petit l’éducation s’est faite, petit à petit on a découvert qu’il n’y avait pas exagération du tout, mais simplement un généreux effort pour faire admettre la plus élémentaire justice.Et nous avons aujourd’hui l’excellent résultat de cette campagne si sagement menée.Puissions-nous en faire notre profit ! Donc l’honorable M.Veniot a droit à la reconnaissance de tout un peuple.Canadiens français, Acadiens français s’unissent pour lui dire tous leurs remerciements sincères.Et ceux qui ne sont pas de notre race, qui nous coudoient tous les jours, quelques-uns exceptés, et dont il ne faut point tenir compte •outre mesure, sont fiers de ce qu’enfin nous sommes à peu près sur le même pied qu’eux.Le fair play britannique, nous le savons depuis longtemps, n’est pas un vain mot, Dieu merci.A nous d’être crânes, à nous de nous bien tenir sur les deux pieds, et nous serons respectés.Autrement, c’est le préjugé qui prend racine.Bientôt il usurpe les honneurs dus à la seule vérité, et les bonnes gens, même les plus intelligents, deviennent ses dupes.De ce phénomène nous avons tous les jours de frappants exemples.Qu’on nous permette d’en citer un entre cent.Le Devoir des 27 et 30 octobre dernier publiait deux articles de S.G.Mgr Breynat, O.M.I., intitulés les Oblals chez les Esquimaux et à la Baie d'Hudson.Le Vicaire apostolique du MacKenzie qui, comme tous les missionnaires authentiques, fait le bien sans tapage et sans réclame, a cru prudent de sortir de sa réserve ordinaire afin de mettre les Chronique de l’Université 265 points sur les i.Imaginez, on était en train de colporter la nouvelle fausse et tendancieuse “ que les Pères Oblats n’ont rien fait dans le passé pour l’évangélisation des Esquimaux ’’.Certaines revues ont été même jusqu’à parler “ d’invasion de prêtres français en pays esquimau Elles ont même “ tenté de représenter les Pères Oblats comme des intrus qui, n’ayant pas eu le courage d’aborder jadis les sauvages encore païens, se contentent aujourd’hui d’envahir le champ déjà cultivé par les ministres d’une autre Église.” Voilà qui est plus qu’étonnant, quand on sait tout ce que la glorieuse Congrégation a fait et fait encore pour les Esquimaux du MacKenzie et ceux de la Baie d’Hudson.Voilà qui est plus que surprenant ! Et pourtant cela a été bel et bien écrit ; cela, malheureusement, sera cru par un trop grand nombre.La fière réponse de S.G.Mgr Breynat aura-t-elle pour effet de convaincre ceux qui ont encore des yeux pour voir et des oreilles pour entendre ?C’est à souhaiter ! Et pour résumer ces deux superbes articles qu’il serait trop long de citer en entier ici, rappelons que le vaillant évêque missionnaire, documents en mains, n’a pas de misère à prouver d’abord que dès 1860 les Pères Oblats ont été les premiers à baptiser les Esquimaux du MacKenzie-Ouest.Les premiers encore dans tout le Canada à publier un dictionnaire de la langue esquimaude, les premiers enfin à ouvrir un hôpital en pays esquimau.Tandis que au MacKenzie-Est ils sont aussi et toujours les premiers “ à rencontrer les Esquimaux blonds, dont Stephanson devait tant faire parler peu après ”.Quant à la Baie d’Hudson, les fils de Mazenod y furent encore les pionniers.Avant eux aucun ministre d’une autre Église n’avait pénétré à l’intérieur du pays.Et à eux revient la gloire d’avoir fondé une mission pour les Esquimaux à cet endroit.Dès lors, Mgr Breynat a cent fois raison d’écrire : “ Sur quoi se base-t-on pour dire que le prêtre catholique n’a rien fait pour les Esquimaux ?pour dire que les ministres de l'Église anglicane ont tant fait, ont 266 Le Canada français tout fait, ont été les seuls à faire quelque chose pour les Esquimaux ?“ Mieux vaudrait s’en tenir aux faits.” Oui, les faits sont là qui racontent éloquemment tout le dévouement héroïque des missionnaires oblats de l’extrême-nord.Oui les faits répondent d’une façon péremptoire à ces affirmations superficielles inspirées par un étroit fanatisme, tout juste le contre-pied du véritable esprit apostolique.Et pour ne parler que de la Baie d’Hudson, le monde est témoin de l’œuvre admirable que Mgr Turquetil et ses missionnaires poursuivent là-bas.Ils sont là aujourd’hui au nombre de neuf sur la côte ouest à prêcher l’Évangile du Christ.La bonne semence jetée en terre en 1912 commence de lever, et ce coin lointain de notre pays, enseveli sous la glace, deviendra bientôt une florissante chrétienté.Dignes de notre admiration, ds le sont certes, ces braves Oblats en train d’écrire une épopée comparable à celle des premiers siècles de l’Église.Aussi bien, sommes-nous heureux de les saluer en passant, dans cette chronique mensuelle où nous commentons les principaux événements, pour en tirer quelques leçons profitables à notre jeunesse étudiante.Et nous ne pouvons pas, ce semble, à cette jeunesse ardente, qui brfde de se dépenser, dire choses plus édifiantes que celles qui se passent en ces pays de missions.Façon on ne peut plus recommandable de les intéresser à l’évangélisation des païens.C’est aussi répondre au vœu du Pape Pie XI qui désire tant la diffusion rapide de l’Évangile parmi les nations qui n’ont pas encore entendu parler de Jésus-Christ.Quand on songe à toute l’activité que déploient les sectes protestantes, surtout ces dernières années, on est tout à fait dans la note en mettant souvent sous les yeux des jeunes les besoins de leur Église afin de les stimuler, afin de créer chez eux cet enthousiasme de bon aloi si nécessaire aux missionnaires.Depuis toujours les Pères Oblats sont à l'honneur, non seulement au MacKenzie et à la Baie d’Hudson, mais Chronique de l’Université 267 partout où les appellent les âmes, partout où le Pape confie à leur sollicitude une portion de l’univers, destiné, de par la volonté du Sauveur, à faire partie de cette Église qu’il a fondée au prix de son sang.* * * Avez-vous lu Baruch ?Je pensais tout naturellement à cette question du bon La Fontaine, le soir du 5 novembre dernier, après la conférence de Paul Claudel à l’Université Laval.Oui, avez-vous lu Baruch, ou mieux, avez-vous lu Claudel?Sans doute, les jours suivants, nos intellectuels et ceux qui croient l’être, de se demander mutuellement s’ils connaissaient, s’ils avaient lu les œuvres du grand poète.Vraiment, Claudel, beaucoup viennent de le découvrir ! Certes, n’allons pas leur en chercher noise.Je connais plus d’un, et des plus renseignés, pour qui cet écrivain était à peu près inconnu avant sa visite à Québec.L’ambassadeur de France à Washington a été officiellement reçu à la salle des promotions de l’Université Laval, le lundi 5 novembre, vers la fin de l’après-midi.Tout le corps universitaire, à peu près au complet, S.É.le cardinal Rouleau, en tête, était présent.Après l’allocution de Mgr Camille Roy, parlant au nom du Recteur de l’Université, allocution charmante, marquée au coin de la plus élégante et la plus discrète distinction, et qu’aurait volontiers signée le fin lettré qu’est Paul Claudel, le Chancelier de l’Université remit à ce dernier le diplôme de docteur en droit honoris causa.Ému, M.l’ambassadeur, remercia en termes délicats et appropriés S.É.le cardinal, Mgr Camille Roy et l’Université pour le témoignage de haute estime dont il venait d’être l’objet.Et le même soir, devant une salle toute remplie à déborder, M.Claudel parla de sa poésie.Nous n’avons nullement l’intention de résumer ici ce qu’il a dit à son auditoire intéressé. 268 Le Canada français Du reste, dans ce même numéro de notre revue, l’un de nos collaborateurs écrit avec infiniment d’esprit ce qu’il faut penser du claudélisme.Mais qu’on nous permette de citer les lignes suivantes empruntées à l’œuvre de Paul Claudel du R.P.de Tonquédec, passage qui est la conclusion de cette belle étude de l’éminent jésuite, que nous recommandons instamment à nos lecteurs.L’œuvre de Paul Claudel nous apparaîtra comme infiniment riche de substance, comme contenant, ce semble, à peu près tous les éléments constitutifs d’une œuvre de génie.Force nous sera seulement de constater que, pour une part, elle présente l’aspect d’une beauté qui se cherche et qui n’a point trouvé jusqu’ici un parfait équilibre intérieur.De vagues puissances d’anarchie et de ténèbres le travaillent encore, des partis pris singuliers et des systèmes bizarres mettent des entraves à son achèvement.Mais n’oublions pas que le talent de l’artiste a déjà considérablement évolué depuis la première version de Tête d’or.Souhaitons-lui de se développer encore dans l’avenir.Que Paul Claudel continue à s’affranchir des affectations et des tics littéraires, restes des influences de cénacle, et que les snobs imitent.Qu’il épure et qu’il clarifie son art en le filtrant, pour ainsi dire, à travers la discipline classique.En remontant vers les primitifs pour chercher en eux ses modèles, qu’il s’arrête un peu plus dans notre dix-septième siècle.Qu’il stationne à loisir dans cette belle lumière ordonnatrice, où chaque détail prend sa forme juste et ses vraies proportions.Son génie s’y épanouira.Abandonnant les attitudes factices où il s’emprisonne et qui l’isolent, il sera enfin tout à fait lui-même et tout entier à tous.11 sera en plénitude, tout ce qu’il peut être et tout ce que nous attendons : un grand poète, chrétien, populaire et mystique, profond et simple.Claudel a-t-il répondu au vœu du P.de Tonquédec ?Nous n’avons pas l’autorité pour le dire, surtout en ce qui concerne spécialement ses idées sur l’art.N’ayant pas en main la 3e et dernière édition de l’ouvrage du Révérend Père, paru il y a un ans.Mais ce que nous savons, ce que nous aimons affirmer bien haut, c’est que l’illustre poète est aussi un grand chrétien, un fervent catholique.Ce qui ne nuit en rien à sa haute valeur littéraire.Sa noble vie est preuve nouvelle, et très Chronique de l’Université 269 persuasive, que l’Évangile mis quotidiennement en pratique, loin de rétrécir l’esprit de ceux qui en ont, au contraire l’élargit notablement, lui ouvre des horizons insoupçonnés aux intelligences trop fières pour s’incliner devant celui qui, à la face du monde, s’est proclamé la Vérité ! Le passage trop rapide de M.Claudel dans notre ville, nous fait chérir encore mieux la belle clarté française, le beau verbe de France.A l’entendre l’autre soir nous remerciions Dieu comme instinctivement de parler cette langue si souple, si logique, qu’il manie avec une facilité prestigieuse surtout en ses écrits.Et les étrangers, qui se piquent de posséder une culture vraie, se font gloire de l’apprendre et de la parler.Bel exemple de cet état d’esprit avons-nous eu à Québec, le samedi 17 novembre, lors du banquet offert par le Club Canadien à Sir Austen Chamberlain et Sir James Rennell Rodd, en partance pour l’Angleterre, après un court séjour au Canada.Tous deux, à cette occasion, ont parlé en français.Et quel français ! On eût dit que c’était leur langue maternelle, tant ils se sont exprimés avec une facilité et une pureté étonnantes.Us ont fait l’un et l'autre des déclarations de nature à nous causer un vif plaisir, puisqu’elles justifient bel et bien la conduite que nous tenons depuis toujours en ce pays d’Amérique où vivent deux grandes races faites pour s’entendre.La langue maternelle, a dit l’ancien ambassadeur de la Grande Bretagne en Italie, est un obstacle à l’union.Mais cet obstacle cède sous l’influence de l’éducation.Dans une nation qui aura un grand rôle à jouer, il n’y a rien de plus important que d’être bilingue.Et donc, vive encore une fois le bilinguisme ! Sir James Rennell Rodd est bien placé pour l’affirmer.Qui pourrait contester la justesse de sa déclaration ?De son côté Sir Austen Chamberlain, le Secrétaire des Affaires étrangères, nous dit de continuer à respecter nos traditions, d’y rester fidèles, et de conserver tout ce que nous avons de précieux et qui nous est venu de nos pères.Or la 270 Le Canada français langue, notre langue, fait sans doute partie de ce noble héritage à nous transmis par nos ancêtres.Et la délicate attention de Sir Austen à notre égard, en faisant usage de la langue française, la langue maternelle de la très grande majorité des convives, voilà une façon très pratique de nous prêcher ce culte de nos us et coutumes, et donc, de notre idiome.Il faut remercier ces deux nobles personnages de l’excellente leçon qu’ils ont donnée discrètement à plusieurs Canadiens tout court qui sont loin de penser comme eux.Il n’y a pas un siècle qu’en notre pays on tenait à faire croire à force de règlements et de sanctions que placer les deux langues sur le même pied d’égalité était un sérieux obstacle à l’éducation des jeunes.Prétention anti-pédagogique qui heureusement a perdu de son crédit.L’expérience s’est chargée de prouver combien elle est nullement fondée.Aussi bien ses adeptes se font-ils de moins en moins nombreux.Par contre, augmentent sans cesse ceux qui sont convaincus de l’opportunité, voire de la nécessité du bilinguisme dans un pays comme le nôtre.Et les cours d’été inaugurés à Sillery il y a quelque deux ans pour les institutrices et les professeurs de l’Ontario sont un signe des temps.Belle initiative dont il faut grandement féliciter l’honorable Surintendant de l’Instruction publique, de la Province de Québec, M.C.-F.Delâge, qui y voit avec raison un moyen excellent, très pratique et très efficace aussi, de rapprocher de plus en plus les deux races, puisqu’il leur permet de se mieux connaître, partant, de se mieux apprécier.* * * Cette entente faite du respect des droits de chacun, elle est source de paix et d’harmonie.Entente que l’Église désire pour toutes les nations du monde.Catholique, elle fait sans doute abstraction de tous les particularismes, mais n’empê- Chronique de l’Université 271 che qu’elle souhaite voir l’Évangile prêché dans la langue propre à chaque peuple.Cette pensée se présentait spontanément à mon esprit à la lecture du document que vient d’adresser aux évêques des États-Unis, S.G.Mgr P.Fumasoni Biondi, Délégué Apostolique à Washington.Document, de toute première importance, et qui, en bref, porte principalement sur le recrutement et la formation du clergé.Cette instruction, émanée de la Sacrée Congrégation des Séminaires et des Universités, insiste sur la nécessité des écoles paroissiales.En passant, et sans chauvinisme, c’est une belle approbation de ce qu’a toujours fait le clergé franco-américain au pays voisin.On sait tous les sacrifices que s'imposent nos prêtres et leurs ouailles pour maintenir leurs écoles paroissiales.Dans ces écoles les enfants franco-américains apprennent l’anglais et le français également.Us n’en sont pas moins excellents sujets de Y Uncle Sam.C’est dans ces écoles que se préparent les futurs prêtres qui défendent là-bas et notre foi et notre langue.L’espace nous manque pour faire une plus longue analyse de cette lettre.Rappelons seulement que la Sacrée Congrégation, s’appuyant sur les canons, exige que les cours de théologie dogmatique et morale, de droit canon aussi bien que de philosophie, soient donnés en latin.Faut-il dire que les séminaires de chez nous ont toujours suivi à la lettre ces prescriptions de l’Église.Et puis l’athlétisme ! Il en faut.La plus élémentaire hygiène le réclame.Pourtant, à certains endroits on est en train de lui donner la principale place.La Sacrée Congrégation recommande ici la prudence.En raccourci, c’est un document à lire et à méditer.Car il résume admirablement toutes les directives de l’Église concernant l'organisation et la régie interne des grands et des petits séminaires.Je laisse à regret cette importante instruction à l’épiscopat américain dont s’est emparée toute la presse du monde.Nul doute que les évêques des États-LTnis, dont le dévouement 272 Le Canada français au Saint-Siege est connu de tous, suivront scrupuleusement ces directions.D’ailleurs, il convient de mentionner ici que les grands séminaires de là-bas sont florissants, qu’ils regorgent de bons sujets, lesquels se préparent dans le silence et la prière à travailler dans le champ du Seigneur.L’Église veille avec un soin jaloux à la formation de ses futurs ministres.Après tout, c est la première de ses préoccupations : donner aux peuples un clergé capable de les conduire au ciel.C’est dire que l’œuvre des œuvres est l’éducation des prêtres.Et l’éducation des fidèles, elle dépend de celle de ses guides.Pas besoin de longues et savantes démonstrations pour convaincre nos gens de cette vérité.Tout spontanément, ils vont demander lumière et appui à leurs pasteurs, à leurs évêques.Dieu merci, nous ne sommes plus au temps où le prêtre était confiné à la sacristie.De multiples problèmes se présentent aujourd’hui qui sollicitent son zèle et son dévouement.A côté de la question ouvrière, laquelle, au dire de Léon XIII, se ramène à une question morale, il y a, et surtout, dans notre Province, le problème agricole qui se pose de plus en plus au tableau de notre vie nationale.Usant de leurs droits, et pour suivre les enseignements de l’Église, nos cultivateurs ont fondé une union, et par-dessus le marché une union catholique.Les 13 et 14 novembre dernier ils ont eu leur congrès annuel à Québec.Le soir du premier jour, à une, séance publique, S.É.le Cardinal Archevêque, qui encourage on ne peut plus cette œuvre, a prononcé une allocution, toute remplie de doctes enseignements et de précieux conseils.C’est pour l’U.C.C.un magnifique programme.Et en s’y conformant avec scrupule elle évitera certainement les multiples écueils qu’elle ne cesse de rencontrer sur sa route.Nous en extrayons le passage suivant : Ah ! si les jeunes gens pouvaient comprendre les biens qu’ils perdent en s’éloignant de la campagne pour s’engouffrer dans les villes, ils aimeraient la terre.Par la connaissance des habitudes du sol, augmentée de l’expérience paternelle, ils acquerraient la science Chronique de l’Université 273 approfondie qui fait les habiles cultivateurs ! Le cœur joyeux, ils s’engageraient dans une carrière qui procure à l’homme laborieux et honnête l’indépendance et le bonheur.Aussi, l’Église, qui doit sa sollicitude à tous les groupes de fidèles, ne peut être indifférente à ce qui peut favoriser les intérêts du pays en assurant le salut éternel des citoyens.Elle a aidé la classe dirigeante ; elle s’est préoccupée des masses ouvrières ; elles s’est penchée avec un amour de prédilection vers les familles de la campagne.Dans tous les pays et dans tous les temps le prêtre a été le compagnon du défricheur.Dans notre pays, après avoir fondé des collèges classiques, des prêtres ont organisé des écoles d’agriculture.Ils se sont enfoncés dans la forêt avec nos intrépides colons.Des missionnaires agricoles ont été chargés de répandre la connaissance des méthodes capables de perfectionner la culture.Le secours qu’ils ont donné dans le passé, ils le continueront dans l’avenir, car le cœur va vers ceux qu’il aime et qu’il estime.Que votre Société prospère de plus en plus, toujours fidèle à son programme.Vous vous êtes conformés aux directions générales de l’Église en vous abstenant de mêler votre société aux disputes de la politique.Vous continuerez de défendre nos intérêts professionnels, sans vous inféoder à aucun parti, qui, de droite ou de gauche, d’en haut ou d’en bas, tenterait de vous entraîner dans son orbite, mais en vous tenant toujours, selon les prescriptions du Souverain Pontife, en dehors et au-dessus des partis politiques, afin de poursuivre avec intelligence, courage, prudence et ferme union la prospérité de votre association.Conseils qui valent leur pesant d’or, et dont, nous en sommes sûr, tiendront intégralement compte nos cultivateurs, pour le plus grand bien de leur union, d’abord, et conséquemment, pour le progrès de la classe agricole en général, sur qui le pays fonde tout particulièrement ses meilleurs espoirs d’avenir.* * * Et pour conclure cette trop longue chronique, j’aime à dire aux jeunes gens de chez nous, et spécialement, à la gent étudiante, que le 4 novembre dernier marquait le cente- 274 Le Canada français naire de la naissance d’Ernest Hello.Combien parmi eux le connaissent ?Combien parmi eux ont lu ses principaux ouvrages, et surtout l’Homme?Question qui peut paraître oiseuse, surtout quand elle est faite à des intellectuels.Pourtant, parmi nos jeunes, il s’en rencontre, j’en connais beaucoup, qui n’ont jamais lu une seule ligne de cet auteur.A l’occasion de son centenaire, mes jeunes amis de la classe écolière et universitaire me permettront bien de leur conseiller d’aller puiser dans les livres d’Hello les principes dont ils ont toujours besoin.Ce grand homme, outre l’amour de la vérité, leur apprendra la nécessité de plus en plus urgente des normes, des directives immuables qui doivent guider toute vie qui veut être utile.Ainsi ils ne seront plus à la remorque de cet empirisme, de ce relativisme qui gâche les plus belles existences.En d’autres termes, Ernest Hello leur apprendra la vraie philosophie de la vie.Cette philosophie, sainte Catherine, la patronne des philosophes, la leur apprend aussi.Et, pour rester fidèles à la tradition, les élèves de philosophie de première année, ont célébré dignement celle qui a réfuté avec tant de succès les sophistes de son temps en train de la convaincre de la fausseté de la religion qu’elle professait.Le Bourgeois Gentilhomme de Molière et l’Ut dièze, comédie de E.Grange et Jules Moineaux, étaient les deux pièces au programme.Qu’ils soient satisfaits du beau succès remporté ! Mais pour que cette célébration ait un résultat pratique, ils devront vouer à la philosophie un culte qui ne finira qu’avec la mort ! Car en vieillissant ils se convaincront, avec leurs aînés, que cette science est la compagne inséparable de toute existence humaine.Et un peu comme M.Jourdain, tous les jours nous faisons de la philosophie.souvent sans le savoir ! Laval.
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