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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Chronique de l'Université
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1929-02, Collections de BAnQ.

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CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ A la Sorbonne.— Nos morts.— Un prix.— L'Ecole de Chimie.¦— Et la politiqueI— Noces d’or.— Nouveau Recteur.— Saint François de Sales.L’honorable M.Rodolphe Lemieux, président de la Chambre des Communes, vient de rentrer au pays après une absence de plusieurs semaines.Il a donné à la Sorbonne, au cours de l’automne dernier, une série de conférences sur l’évolution politique du Canada de 1763 à 1867.La presse parisienne ne tarit pas d’éloges dans ses comptes rendus de ces leçons d’histoire canadienne.Notre distingué compatriote les mérite bien.Car s’il est un homme chez nous parfaitement renseigné sur cette époque, c’est bien lui.Professeur d’histoire du droit à l’Université de Montréal, M.Lemieux a eu maintes occasions de parcourir le vaste champ du status politique du Canada.Observateur sagace, objectif jusqu’au scrupule, féru de la vérité, de la vérité intégrale, il a traité son sujet avec une maîtrise incomparable que, du reste, ses nombreux et intéressés auditeurs ont plusieurs fois soulignée de leurs enthousiastes applaudissements.Le voyage à Paris, les leçons à la Sorbonne de notie honorable concitoyen auront plusieurs avantages que nous ne pouvons tous signaler dans cette chronique.Outre l’heureuse fortune qu’ont eue ses auditeurs de pouvoir se renseigner à bon escient sur notre situation dans le vaste Empire Britannique, ajoutons qu’ils ont pu se convaincre à nouveau que nous ne parlons pas patois au Canada français, comme l’a encore déclaré tout récemment un journal de Paris.En entendant M.Lemieux ils ont dû constater une fois de plus que le beau verbe de France était chose familière à nos hommes d’État, et que, malgré toutes les causes inévita- 428 Le Canada français blés d’altération, de corruption rencontrées sur les bords du Saint-Laurent, il ne s’est pas moins conservé pur de tout alliage, au point qu’un Français du vieux pays le reconnaît facilement lorsqu’il parcourt nos villes et nos campagnes.Loin de moi la pensée d’affirmer que tous les nôtres, même les plus cultivés, ont la distinction de langage de l’honorable M.Lemieux.Mais ces exceptions, dues à des contingences toutes particulières, toutes locales, dont les principales sont la négligence, la crainte de trop bien faire et le manque d’idéal, n’affectent en rien la thèse générale et depuis toujours établie, à savoir que notre langue est bel et bien la langue française parlée en Sorbonne et à la Chambre française aujourd’hui comme dans tout le reste de la France.Reçu à l’Institut Catholique de Paris le 19 décembre, l’honorable M.Lemieux a prononcé un très remarquable discours où, pourrions-nous dire, il a mis toute sa tête et tout son cœur.Il a parlé de ce que nous devions à la France, il a parlé aussi de l’œuvre admirable du clergé canadien qui continue noblement ici le geste héroïque des premiers missionnaires.Il a vanté la paroisse et dit en termes magnifiques qu’elle a été et qu’elle sera toujours chez nous le ferme et solide rempart contre lequel viendra sans cesse se briser le flot envahisseur qui menace notre foi et notre nationalité.Et il continue en ces termes : 11 fallut près d’un siècle pour faire comprendre au vainqueur qu’on ne supprime pas une nationalité, que cette tentative fut toujours impuissante et que celles dont on croyait abolir l’existence, ont refleuri toujours vivantes, indestructibles.Depuis, des jours meilleurs ont lui sur le Canada.L’apaisement s’est fait.Anglais et Français, réconciliés dans la liberté sous le signe de l’égalité, sont devenus des compagnons de route.Ils sont tous largement Canadiens.Chacune des deux races a ses aspirations particulières.Une race qui n’aurait pas sa mentalité propre, ses passions ardentes même, ne serait pas éloignée de perdre sa raison d’être.Qu’est-ce que la patrie ?Si ce n’est une âme sensible, vibrante et frémissante, des espérances et des déceptions, des joies et des douleurs, des triomphes et des angoisses du peuple auquel elle sert de refuge et de temple. Chronique de l’Université 429 Et voilà ce qui explique pourquoi mes compatriotes, Canadiens par l’âme, n’en ont pas moins, fixée au cœur, la volonté tenace, l’espérance invincible de continuer dans les champs du nouveau-monde, l’âpre et immortel sillon de l’ancienne Mère patrie.C’est par l’éducation qu’ils voudront atteindre ce noble idéal.Mesures énergiques pour la diffusion de l’enseignement au sein des masses populaires, collèges classiques, universités, voilà où s’est organisée depuis les origines notre course au flambeau.Elle se poursuit toujours cette course, des rives de la riante Acadie jusque par delà les Montagnes Rocheuses.Ce n’est pas une lumière vacillante, aux lueurs indécises ; voyez comme elle rayonne et resplendit dans la vallée du Saint-Laurent jusqu’aux Grands Lacs, dans l’immensité des prairies de l’Ouest, depuis la Baie d’Hudson jusqu’au cercle polaire, où je vois se profiler sur la glace la haute silhouette de ce doyen des missionnaires, Monseigneur Grouard, que la Croix de la Légion d’Honneur est allée rejoindre là-bas pour briller à côté de sa croix d’oblat, beau geste qui honore le gouvernement de la République.Nobles paroles, rapportées par toute la presse française.Vraiment, à l’Institut Catholique de Paris, l’honorable M.Lemieux a soutenu sa haute réputation reconnue par tous lors de ses leçons à l’Université de l’État.Et ce qui est de nature à nous plaire, et, ce pour quoi il mérite les sincères compliments de tous les siens, c'est qu’aux deux endroits il s’est montré patriote éclairé et franc catholique.Preuve nouvelle de son incontestable valeur morale et intellectuelle.Après bien d’autres nous dirons qu’il fait honneur à sa race et à sa foi.Sa belle intégrité de vie, son sens aigu de la justice, lequel en maintes circonstances l’a fait intervenir auprès de qui de droit pour la défense des nôtres menacés dans leurs biens les plus chers, voilà ce que nous aimons à reconnaître publiquement en lui, et voilà qui nous justifie de le proposer en exemple à notre jeunesse montante, à notre jeunesse universitaire surtout.Cette chère jeunesse, espoir de l’avenir,elle est tant sollicitée aujourd’hui par des courants contraires, elle est si exposée aux offres alléchantes et donc dangereuses d’un arrivisme bas et malsain, qui la fait trop souvent écraser du pied les principes les plus infrangi- 430 Le Canada français blés, les idées les plus essentielles et les plus simples, qu’il lui faut quotidiennement sous les yeux des modèles capables de l’entraîner toujours plus haut.Et l’honorable président de la Chambre des Communes à Ottawa est l’un de ces plus vivants et attirants modèles.Que notre jeunesse le suive généreusement, gaiement! Et notre pays, notre chère Province surtout, continuera de marcher dans la voie du vrai progrès, continuera de tendre vers la supériorité, continuera de mettre en pratique les vertus nécessaires, à elle enseignées par les valeureux pionniers,prêtres et laïques,venus de France il y a plus de trois siècles.* * * Prêtres et laïques ! Les uns et les autres ont fait notre race.Les uns et les autres, dans une paifaite entente, travaillent au maintien des vérités essentielles dans notre si catholique et si heureuse Province.Aussi bien aux uns et aux autres toute notre reconnaissance.Incomparable harmonie que le peuple admire et qui fait notre force! Dès lors, lorsqu’ils descendent dans la tombe, ces travailleurs acharnés, ces travailleurs courageux, ils méritent, avec notre reconnaissant souvenir, une mention toute spéciale.Et pour nous conformer à la rubrique de cette chronique mensuelle, rappelons que trois de nos prêtres viennent de successivement disparaître.Le 30 décembre dernier, mourait à Saint-Zacharie, sous le toit paternel, M.l’abbé Apollinaire Allaire, curé de Saint-Martin de Beauce.Ancien élève du Séminaire de Québec et de l’Université Laval, ce digne prêtre a toujours fait la consolation et l’honneur de son Alma Mater.C’est dire qu’il est resté scrupuleusement fidèle aux leçons de ses maîtres d’antan.Il faut avouer, sans vouloir diminuer le moindrement le mérite des professeurs de l’abbé Allaire, que ceux-ci eurent la tâche relativement douce et facile.Car leur élève était un sujet d’une rare valeur.D’une dignité Chronique de l’Université 431 innée, l’âme très haute, plaçant bien au-dessus des contingences quotidiennes l’idéal qu’il poursuivait, le jeune Allaire progressa très rapidement en science et en vertu.C’est pourquoi il a été le prêtre impeccable que l’on sait.Une certaine roideur apparente, froide, semblait tenir à distance ceux qui l’approchaient pour la première fois.On pourrait dire de lui ce que l’on a écrit à propos de l’un des nôtres élevé à l’épiscopat : Monseigneur X a toujours été un peu évêque J Eh bien! oui le curé de Saint-Martin a toujours été un peu Monsieur.Ce fut, ça toujours été Monsieur Allaire Mais n’exagérons pas.Sous cet extérieur distingué, même guindé, se cachait le meilleur cœur du monde fait de compassion intelligente et de bonhomie continue.Et ces qualités natives ne nuisaient en rien à ce grand esprit surnaturel qui, en toutes circonstances, fut le leitmotiv de ses moindres actes.Le R.P.Caron, de la Congrégation du Très Saint-Rédempteur, décédé à Ottawa le 6 janvier, a fait tout son cours classique au Séminaire de Québec.Ses études terminées, il entra au Grand Séminaire, et fut ensuite vicaire à Saint-Charles de Bellechasse.C’est le seul poste qu’il occupa comme prêtre séculier.Devenu Rédemptoriste, il exerça le saint ministère dans les différentes maisons de sa Congrégation, entre autres, aux Antilles.Homme du bon Dieu, le R.P.Caron le fut on ne peut mieux.Confesseur attitré, à cause de son extrême et ferme bonté, il a ramené bien des âmes dans la bonne voie.Encore la veille de Noël il entendit les confessions.Religieux jusqu’à la moelle, il était l’exemple vivant de sa communauté.Modèle authentique de la vertu véritable et intelligente, pour ses jeunes et ses vieux confrères, comme Notre Seigneur, il a passé en faisant le bien La cécité dont il souffrait depuis quelques années ne lui avait rien enlevé de son entrain habituel.Il a pratiqué dans toute son intégrité Yesto fidelis.Les constitutions, les us et coutumes de sa Congrégation, il en avait le culte obstiné.Bref, il fut un vrai fils de saint Alphonse.Cheis 432 Le Canada français lui une grande distinction naturelle, un tempérament de gentilhomme s’alliait admirablement à un esprit largement évangélique.Il dort maintenant son dernier sommeil, à Sainte-Anne de Beaupré, pays de ses ancêtres, non loin du monastère où il a vécu nombre d’années pour la plus grande édification de tous.M.l’abbé Charles Tessier était, sans conteste, l’un des prêtres les plus distingués du diocèse de Québec.Aussi sa mort, arrivée au pensionnat Saint-Louis de Gonzague, le lundi, 21 janvier, crée un vide profond dans les rangs de notre clergé Malade depuis quelque dix ans, plusieurs, j’oserais dire, l’avaient presque oublié.Et d’ailleurs, durant même ses meilleures années, ses années de pleine activité comme vicaire et curé, on entendait peu ou prou parler de lui.Mais n’empêche qu’il fut l’un des esprits les plus pénétrants, les mieux doués, les plus cultivés de sa génération.Au Grand Séminaire de Québec où il entra au mois de septembre 1896, après un très brillant couis d’études à Nicolet, il se fit vite remarquer par l’à propos et la justesse de ses réponses.Il était de taille à décrocher haut la main les diplômes de licencié et de docteur.Une timidité native, et puis une humilité,— que plusieurs ont toujours blâmée, et à bon droit,— c’est ce qui l’a fait rester toujours à l’arrière-plan.En présence de sa tombe à peine fermée, disons que ses exceptionnels talents, il en a fait bénéficier partout les âmes à lui confiées.Ses sermons, ses catéchismes étaient ni plus ni moins lumineux.On était en présence de quelqu’un qui comprenait ce qu’il disait, se l’était merveilleusement assimilé, le vivait, et particulièrement, possédait à un haut degré la manière de le communiquer.Sa curiosité intellectuelle, Dieu sait qu’il ne négligeait rien pour la satisfaire.Pensons maintenant au dur sacrifice lorsque son médecin, et cela assez longtemps avant sa mort, lui défendit toute lecture ?D’un jugement sûr, il était un conseiller recherché et discret.Comme tant d’autres, il n’a eu que l’ambition de servir Chronique de l’Université 433 Dieu et l’Église de son mieux.On peut regietter qu’un homme si supérieurement doué ait toujours voulu, de parti pris presque, rester dans une demi obscurité.Tout de même consolons-nous en songeant que cette existence volontairement effacée n’en a pas été moins féconde pour cela.Dans la maison du Père Céleste il y a plusieurs demeures.L’important, après tout, est qu’on fasse bien son devoir, tout son devoir là où on est.Condition essentielle pour l’harmonie de l’ensemble.Et ce n’est qu’au jugement qu’on apprendra combien qui eussent pu briller au premier rang ici-bas ont exercé un apostolat éminemment salutaire pour avoir toujours souhaité de rester tout au bas de l’échelle.Us comprennent ainsi le dogme fondamental de la communion des saints, sachant depuis toujours que leurs mérites de simples auxiliaires ne peuvent manquer d’être profitables à ceux qui sont sur le boisseau.A ces trois anciens l’Université Laval adresse le suprême adieu et les assure du secours de ses humbles suffrages pour le repos de leurs âmes.Bons et fidèles serviteurs du Dieu qu’elle leur a appris à mieux connaître, partant, à aimer davantage, ils s’en sont allés pleins de mérites, ils sont partis pour le grand voyage d’où on ne revient pas.Opera enim illorum sequuntur illos.* * * C’est dire que notre clegé travaille, et rudement.Il se dépense, pour la très grosse majorité, au ministère paroissial.Le petit nombre, mais qui augmente de jour en jour, se consacre à l’éducation de la jeunesse.Quelques autres, spécialistes au vrai sens du mot, sont voués à des travaux plus particuliers qui, sans toucher directement au salut des âmes, n’en jettent pas moins d’éclat sur l’Église canadienne.Parmi ces derniers, nous saluons M.l’abbé Ivanhoë Caron, sous-archiviste de la Province, membre de la Société Royale du Canada, auteur de plusieurs travaux historiques très 434 Le Canada français remarqués.Et il nous fait plaisir de dire à nos lecteurs que tout récemment cet ancien a reçu un prix de l’Académie française pour son ouvrage sur la Colonisation dans la Province de Québec.Ce n’est pas la première fois que M.l’abbé Caron est récompensé par la docte Académie.Et ce nouvel honneur qui tombe sur ses épaules rejaillit aussi sur son Alma Mater qui aime lui dire de nouveau que ses succès répétés font sa joie et son bonheur.Travailleur acharné, méthodique, M.l’abbé Caron est un bel exemple pour les jeunes.De retour d’un très long voyage en Australie et aux Indes, il a dû, suivant son habitude, observer hommes et choses pour en faire bénéficier ensuite ses compatriotes.Passionné pout notie histoire, et surtout pour notre petite histoire, il a le culte des choses et des gens de chez nous.A sa manière,et combien efficace,il travaille au maintien des traditions qui font la force de notre peuple.Qu’il continue avec le même succès ses patientes recheiches dans nos vieux papiers pour instruire et intéresser tant d’autres qu’une besogne plus prosaïque retient chaque jour, et pour que se complète son œuvre d’historien, qui déjà s’annonce grandiose ! Et puis, nous ne pouvons pas laisser passer inaperçue la nomination de M.l’abbé Alexandre Yachon, Directeur de l’École de Chimie, comme président de la Canadian Chemical Association.Poste qui la première fois échoit à un prêtre, et à un prêtre canadien-français.Grand honneur certes pour l’Université Laval dont le nouveau titulaire est l’un des professeurs les plus écoutés et les plus estimés.A cette occasion, les étudiants de l’École de Chimie ont donné un banquet au Château Frontenac, le mardi, 15 janvier.Présidées par M.Paul Jean, ces agapes réunissaient autour de l’hôte d’honneur, M.l’abbé Vachon, Mgr Camille Roy, représentant de l’Université, M.l’abbé Cannon, secrétaire, et les professeurs de l’École.Il y eut discours.Car c’est Y obligato des banquets, même des banquets de chimistes ! Après le compliment d’usage finement tourné par Chronique de l’Université 435 le président des étudiants, M.Paul Jean, M.l’abbé Vaction répondit avec non moins d’esprit.Entre autres bons conseils il demanda aux chimistes de demain de devenir des compétences.M.le Directeur de l’École de Chimie ne pouvait parler plus censément.Car c’est ce dont nous avons le plus besoin, actuellement, des compétences, des compétences surtout dans le domaine scientifique pour que les nôtres puissent faire face à la concurrence.Monseigneur Camille Roy parla dans le même sens.Et pour caractériser d’une façon pratique cette carence que nous déplorons tous, il rapporte qu’à la Société Royale, sur 150 membres qui font partie des trois sections scientifiques, il n’y a que cinq Canadiens français! Et le pro-recteur de l’Université Laval de demander à l’École de Chimie de fournir à notre Académie Canadienne des savants de notre race aux sections scientifiques.Ambition bien légitime.Espérons que ce souhait, exprimé en circonstance pareille, sera tôt ou tard pleinement réalisé.Sans doute notre déjà si florissante École de Chimie doit fournir à plusieurs des nôtres les moyens de gagner honorablement leur vie, de devenir des gens pratiques.Épithète chère à plus d’un, en nos temps d’agitation à outrance.Tout de même, n’allons pas oublier que pour être vraiment pratique, il est besoin de spéculation, c’est-à-dire de théorie, de science pure, de culture.Celles-ci seules peuvent conduire à une action sérieusement efficace.Et donc, en exprimant le vœu que notre École fournisse des candidats à la Société Royale, Monseigneur Camille Roy reste dans la note juste, et il rappelle à bon escient l’un des buts, je dirais le principal, de cette fondation dont se glorifie à bon droit le Canada tout entier.Très sages conseils aussi que ceux donnés par M.Ferdinand Roy, magistrat-en-chef, le lendemain de ce banquet, le 16 janvier, aux membres de l’Association du Jeune Barreau, venus en très grands nombre pour entendre ce légiste distingué qui a traité un sujet d’une prenante actualité : 436 Le Canada français les jeunes avocats et la politique.Et il a posé comme suit la question à son auditoire : “ avocats qui débutez dans la vie.y gagnerez-vous, y perdrez-vous à faire, dès vos années de jeune barreau, de la politique active ?” L’érudit magistrat, après bien des précisions, se prononce pour la négative.Et pour ne point défigurer sa pensée, nous citons textuellement une partie de la conclusion de sa très brillante conférence.Résumons.Parce que vous êtes jeunes, de vous aventurer dans la politique active cela peut vous en faire concevoir une idée malsaine et donc desservir au lieu de servir votre pays ; cela peut entraver la gestation de l’élite cultivée, savante, dont votre profession ne peut pas se priver ; et cela ne peut, pour votre progrès matériel ou intellectuel, vous être d’un secours certain.Nul devoir, donc, individuel, professionnel ou patriotique, sauf réserve de cas exceptionnels, ne paraît vous commander de courir le risque d’une désertion prématurée.Plus tard, car un jour viendra.plus tard bien équipés pour l’accomplir, vous répondrez à l’appel d’un devoir devenu bien clair.Car la question que nous nous sommes posée n’est pas celle de savoir s’il est bon ou mauvais que les avocats se donnent à la politique.On dit parfois que c’est un mal nécessaire mais que c’est un mal.On a tort.Ce qui est mauvais, pour la politique, c’est qu’elle attire et retienne trop d’avocats qui, bien instruits, ni du droit, ni de l’art de gouverner, lui communiquent le vice de leur insuffisante préparation.Bien outillés pour cette double tâche, les avocats ne lui apporteraient que du bien, un grand bien.Précisons.11 ne s’est agi, entre nous, à propos de politique active, que de savoir si votre bagage de connaissances techniques est assez complet pour vous y embarquer, et donc de savoir à quel âge vos pas affermis peuvent passer de la voie sûre du droit aux sentiers plus scabreux de la vie publique.Vous n’êtes pas des enfants ?•— Même si c’était chose certaine,—-je sais bien,— car tous je vous connais,—• que pas un d’entre vous, surtout parmi les plus brillants, ne pense que ses études sont terminées.Or, si vraiment, la politique, comme le droit, est une science de conquête lente et difficile ; si vous tenez compte des trois années que vous avez dû consacrer à l’étude théorique du droit et du fait qu’il n’y a pas, chez nous, d’École des sciences politiques.croyez-vous que vos dix années de jeune barreau sont une période trop longue pour acquérir une compétence que Chronique de l’Université 437 seul vous donnera un travail intermittent, fait en marge de vos codes et de vos dossiers ?On ne saurait plus sagement parler.Et il faut savoir gré à M.le magistrat-en-chef de cette opportune et nécessaire leçon donnée aux jeunes avocats.Il leur a rappelé, et avec quelle autorité, la nécessité d’une sérieuse péparation pour faire de la politique active, de la vraie ! La crise de l’apprentissage est à l’ordre du jour.Partout on la déplore.Eh bien! cette crise, elle n’existe pas seulement dans le monde des métiers manuels.Elle se fait sentir aussi dans le monde des intellectuels ou des professionnels.Il faudrait que nos étudiants des différentes Facultés lisent attentivement la docte et fouillée conférence de M.Ferdinand Roy.Qu’ils la méditent, qu’ils mettent en pratique les excellents conseils qu’elle contient.Ainsi ils éviteront les déboires et les insuccès de beaucoup de leurs devanciers qui ont voulu aller trop vite.- * * * Cette chronique de février serait sans doute incomplète si elle ne relatait pas les fêtes grandioses qui ont marqué le cinquantenaire de la fondation de la Congrégation de la Sainte Vierge au Collège de Lévis Commencées le mercredi soir, 23 janvier, ces solennités se sont terminées le lendemain matin par une messe pontificale célébrée par S.E.le Cardinal Rouleau.Le prédicateur de cette fête de famille a été Mgr Laflamme, curé de la Basilique de Québec, et ancien élève du Collège de Lévis.Sans contredit, les générations de prêtres remarquables et de laïques distingués sortis de cette florissante institution affiliée à l’Université Laval, doivent beaucoup à leur chère Congrégation dont on a chanté les bienfaits en ces jours inoubliables.Le jeudi, 24 janvier, le Séminaire de Nicolet était aussi en liesse.C’étaient les noces d’or sacerdotales du Supérieur Mgr Zéphyrin Lahaye.C’est Mgr C.-N.Gariépy qui est 438 Le Canada français allé représenter l’Université Laval à cette célébration.Le vénérable jubilaire voudra bien agréer nos vœux et nos félicitations les meilleures.Cinquante ans de prêtrise, voilà qui compte dans une existence, et surtout une existence en très majeure partie consaciée à l’éducation de la jeunesse! Nicoletajoué et joue encore un très beau rôle dans l’histoire religieuse et civile de notre pays.Puisse son vénéré et distingué supérieur vivre encore de longs, très longs jours pour le plus grand bien de cette glorieuse maison qui a donné à l’Église et à l’État tant de sujets qui sont restés intégiale-ment fidèles aux leçons puisées dans ses vieux murs ! Mgr Amédée Gosselin ayant, pour cause de santé, donné sa démission comme Supérieur du Séminaire de Québec et Recteur de l’Université Laval, a été remplacé, le dimanche, 27 janvier, par Mgr Camille Roy.Le nouveau Recteur est très avantageusement connu.Sa réputation d’écrivain a depuis longtemps franchi les bornes de notre Province, voire de notre pays.Avec nos félicitations respectueuses qu’il voudra bien agréer, nous lui souhaitons sincèrement tout le succès que nous donne droit d’espérer sa haute valeur morale et intellectuelle.Quant à son prédécesseur immédiat, Mgr Gosselin, c’est notre vœu le plus cher que sa pauvre santé se refasse au total.Et cela, nous tenons à le lui dire, afin qu’il puisse continuer longtemps encore à travailler efficacement au bien de la maison sur laquelle ses deux rectorats ont jeté un si vif éclat.Et le 29 janvier on a célébré la fête de Saint-François-de-Sales, second patron du Séminaire de Québec.Le matin messe pontificale par S.G.Mgr Plante, auxiliaire de Québec.S.E.le Cardinal Rouleau assistait au trône.C’est M.l’abbé Joseph Boutin, vicaire à la Basilique, qui a donné le sermon.Puis, le dîner traditionnel, présidé par S.E.le Cardinal Rouleau, et auquel assistaient beaucoup de dignitaires ecclésiastiques et un nombreux clergé, fut occasion de rappeler de bien chers souvenirs. Chronique de l’Université 439 Avec laSaint-François-de-Sales finit le premier semestre au Grandet au Petit Séminaire.La moitié de l’année académique déjà passée ! Quelques jours de repos à la Faculté de Théologie, puis le second et le dernier teime qui commence.C’est l’histoire qui se répète incessamment.Les ans passent rapidement.Chacun de leurs jours, chaque heure, chaque minute marque pour des centaines le moment du départ pour l’autre vie.En attendant notre tour, le plus sage est de suivre le conseil de saint Paul qui nous dit de “ vivre dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété.” Laval.
de

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