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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Les Beaucerons
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1929-04, Collections de BAnQ.

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LES BEAUCERONS(1) Nul sujet ne m’a paru mieux convenir à la réunion de ce soir que les Beaucerons.Et si l’on me demande pourquoi je l’ai choisi, je répondrai : Comme le dit un vieil adage, Rien n’est si beau que son pays ; Et de le chanter c’est l’usage : Le mien — la Beauce, les Beaucerons — je chante à mes amis.Voilà toute ma justification et mon excuse.Dans une brève esquisse, j’essaierai donc de vous faire voir ce que furent les Beaucerons au point de vue familial, social et religieux.I La vie familiale Les familles de la Beauce viennent pour la plupart de l’Ile d’Orléans et de la côte de Beaupré.C’est en 1736 que commença véritablement la colonisation sur les bords de la Chaudière par ceux qui en avaient obtenu la concession du gouvernement : Joseph Fleury, sieur de la Gorgendière, (2) qui, agent de la Compagnie des Indes, avait été à même d’acquérir une grande fortune, et ses deux gendres, François- (1) Travail lu à la séance annuelle du Parler français, le mercredi, 6 février 1929.(2) Jos.Fleury de la Gorgendière, né à Montréal, était le fils de Jacques Alexis Fleury d’Eschambeault, avocat en parlement, et lieutenant général à Montréal (Jos.-Ed.Roy :|Histoire de la Seigneurie de Lauzon) Il devint un des plus riches négociants du pays.Mort à Québec en 1755. Les Beaucerons 541 Pierre de Vaudreuil (1) et Thomas-Jacques Taschereau (2).Cette région où fleurissent aujourd’hui les familles beauceronnes, les aborigènes l’appelaient « Sartigan » (rivière ombreuse) ; le fondateur Fleury de la Gorgendière l’appela, lui, la Nouvelle-Beauce.Pour quelle raison « donner à ce pays de vallons et de collines abondamment arrosé par des rivières et des sources d’eau vive le nom de ce grand plateau de France qui n’a ni collines, ni fontaines, ni ombrages » ?C’est que tous deux, dit Jos.-Ed.Roy, ont la même fertilité du sol, tous deux sont greniers d’abondance pour leur pays.Ce sont généralement des familles nombreuses que l’on trouve depuis longtemps dans la Beauce.L’exemple avait été donné par le seigneur de la Gorgendière qui eut de son épouse Claire Joliette, fille du célèbre découvreur, la bagatelle de trente-deux enfants.Il n’est pas rare d’apercevoir dans les salons beaucerons de grandes photographies où l’on voit l’arrière grand-père, encore vivant, entouré de 150 enfants, petits-enfants ou arrière-petits enfants.La généalogie des familles a été faite par l’abbé Beaumont dans les régistres de Saint-Joseph.(3).Les Beaucerons allaient jadis prendre femme surtout dans la région de Lauzon.La Beauce se suffit plus tard à elle-même.Aujourd’hui, on sort plus facilement du comté : on vient jusqu’en ville.Il faut dire aussi que plusieurs Québécois vont chercher des Beauceronnes, prétextant qu’il (1) Le Sieur Pierre Rigaud de Vaudreuil devint acquéreur et possesseur de la Seigneurie de Saint-François de la Beauce.Il devait cependant, pour mieux dire, la posséder en compagnie de son frère Pierre François Rigaud de Vaudreuil, gouverneur de Montréal (Abbé Demers : Notes sur la paroisse de Saint-François).(2) Thomas-Jacques Taschereau, originaire de la Touraine, était fils de Christophe Taschereau, conseiller du roi, directeur de la monnaie et trésorier de la ville de Tour.Il occupa d’abord un emploi dans les bureaux de File Royale, puis fut envoyé à Québec où il entra à la trésorerie.Il habitait une maison située à peu près où est l’évêché actuel.Il y mourut en 1749 et fut inhumé dans le cimetière de la ville.Madame Taschereau, son épouse mourut en 1797 à Sainte-Marie et fut inhumée dans l'église paroissiale.(D’après Pierre-Geo.Roy : La famille Taschereau).(3) Cette « généalogie » a été publiée, en 1906, dans les Archives Canadiennes d’Ottawa, par les soins de l’abbé P.O’Leary. 542 Le Canada français arriva jadis aux Romains eux-mêmes de préférer les Sabines aux Romaines.Le développement de la contrée fut rapide.A la cabane en bois rond des premiers colons succéda bientôt une bonne et solide demeure familiale dont la construction s’harmonisait merveilleusement avec le site et le décor d’alentour.De jolis manoirs (la Gorgendière (1) Taschereau (2), Duchesnay (3), De Léry (4), Pozer (5), Lindsay (6)) s’échelonnèrent plus tard le long de la Chaudière.C’étaient nos « châteaux de la Loire ».Si le bonheur habite quelque part, c’est bien, il me semble, dans ces comtés ruraux, loin des bruits de la grande cité.Où peut-on plus facilement élever les enfants dans la salubrité physique et morale ?Où leur faire mieux admirer dans la grande nature l’œuvre magistrale du Créateur ?Là se prépare l’avenir d’une race.Aussi René Bazin a-t-il pu écrire : « L’habitation rurale,.c’est là qu’est l’origine de toutes les patries, la source cachée des familles devenues illustres, et la force principale des États durables ».C’est dans un de ces milieux que poussa la famille beauceronne.Les mœurs restées généralement graves y furent longtemps patriarcales.(1) Le manoir la Gorgendière, dont l’enceinte renfermait la première église de Saint-Joseph, était situé sur la rive gauche de la Chaudière, en face du village actuel.(Jos.-Ed.Roy, p.199).(2) Il y a, pour ainsi dire, deux manoirs Taschereau, à Sainte-Marie : l’un à droite de la chapelle Sainte-Anne, qui est le véritable manoir seigneurial (c’est là que festoyèrent les soldats d’Arnold en 1776, aux dépens du seigneur Gabriel-Elzéar Taschereau — voir l’Album du Touriste, p.184) l’autre, à gauche de la chapelle, où est né Son Éminence le Cardinal Taschereau en 1820 (Voir : les Evêques de Québec, par Mgr Têtu).(3) Dans l’histoire de la « Famille Taschereau », M.Pierre-Geo.Roy donne d’intéressants renseignements sur les Duchesnay.(4) Pour l’histoire de la famille De Léry, voir les « Noies sur la paroisse de Saint-François » par l’abbé Demers, p.21-23.(5) M.le Notaire Philippe Angers a écrit l’intéressante histoire de la famille Pozer.(6) Ce manoir Lindsay, situé entre Scott et Sainte-Marie, porte le nom de « Milly ».Le juge Routhier le chante dans ses « Échos ».A mi-côte du manoir s’élevait jadis une jolie grotte de Lourdes qui dominait la rivière Chaudière. Les Beaucerons 543 L’agriculture, l’industrie laitière ou sucrière ont toujours été les principales occupations du Beauceron.Ses coteaux se dorent de blé ou d’orge.Ses troupeaux animent de gras pâturages.Les sucres font la spécialité de la région.Quelle joie c’était pour les sucriers de descendre, à la fin du printemps, leurs produits à la ville ! On voyait alors — les vieux s’en souviennent — des trentaines de voitures allant en caravanes au marché, s’arrêtant de place en plaec à des auberges déterminées, passsant avec peine dans « la Piée» ou tourbière de Saint-Henri, arrivant en ville dans un équipage tout couvert de boue, ce qui fit donner aux ancêtres le nom de (( jarrets noirs » (1).Et les écoliers beaucerons d’aujourd’hui s’honorent de porter encore dans nos collèges le nom glorieux de ces anciens chevaliers de la Jarretière.Toute la famille se donnait la main pour les travaux.Pendant que les marmots joufflus de santé allaient à l’école du rang apprendre un peu de grammaire et de catéchisme la femme vaquait au ménage avec ses filles, tissait ou taillait des habits d’étoffe, cuisinait ou cuisait au four avec la vieille servante.Comme le bonhomme Chrysale, elle pouvait dire : « Je vis de bonne soupe et non de beau langage ».Elle ne « parlait pas Vaugelas », mais elle savait tenir une maison.Nulle part la femme n’eut plus d’ascendant dans la vie morale et dans les décisions financières de son mari.On aurait dit la souveraine de qui tout dépend dans la ferme, qui a soin de tous les gens et de coûtes les choses.Affable pour « les vieux », dans la maison, bienveillante pour les passants, charitable pour les pauvres, elle était le rayon de soleil qui éclaire et anime tout.Pendant que le grand’père restait pour le train ordinaire de la ferme, le père, lui, partait avec les fils pour les champs ou les bois où bien souvent ils faisaient des journées de quatorze et de quinze heures.Et quand venait l’hiver, s’il 1) Voir : Histoire de la Seigneurie de Lauzon, T.III, p.188 et T.VI, p.33 544 Le Canada français y avait des dettes à solder, on allait parfois aux chantiers, sur les bords des lignes américaines.Taillés dans le granit de nos coteaux, doués d’une force herculéenne, ces Beaucerons émerveillaient leurs rivaux dans l’abattage du bois de forêt.Le printemps venu, ils redescendaient à la maison, rapportant une somme assez rondelette pour aider à « payer la terre », heureux de se sentir de plus en plus chez eux.Ainsi se développait le sens familial.Puissent les jeunes d’aujourd’hui se rappeler ce qu’ont fait pour eux les ancêtres ! Qu’ils conservent l’esprit de la famille et lui apportent le meilleur de leur cœur, de leur dévoûment et de leurs forces.Se souvenant qu’ils sont un anneau dans la chaîne des traditions, qu’ils n’aillent pas déserter sans raisons nos belles campagnes beauceronnes, mais qu’après avoir étudié l’agriculture dans nos Écoles, ils s’attachent plus que jamais au bien des ancêtres! C’est là le secret du bonheur et de la prospérité.même en dehors de la Beauce.II La vie sociale La vie sociale du Beauceron n’a jamais manqué de charmes.Alors qu’il n’y avait pas encore de chemin de fer (l’inauguration s’en fit en 1875 (1) on se visitait quand même, on (1) Dans une lettre du 26 janvier 1929, Monsieur Pierre-Georges Roy me dit : “ Il y a aurait tout un volume et peut-être plusieurs volumes à écrire sur l'histoire de cet ancien chemin de fer Lévis-Kennebec.Je me rappelle en avoir entendu beaucoup parler dans mon enfance, et bon nombre de Lévisiens en ont conservé un souvenir cuisant.Notre ville, qui avait souscrit un assez fort montant pour ce chemin de fer, en fut endettée pendant plusieurs années.Comme vous le verrez dans la petite brochure que je vous envoie (Glanures lévisiennes, par P.-G.Roy, T.I, p.222 et T.II, p.60) l’inauguration eut lieu en 1873 je crois, mais le chemin de fer ne commença à marcher régulièrement qu’en 1875.Le 23 juin 1875, deux trains d’excursionnistes se rendaient jusqu’à Scott, qui était alors le terminus temporaire.L’entrepreneur du chemin de fer en question était M.Napoléon Larochelle qui devint, plus tard, conseiller législatif.Le capital manquait et le pauvre chemin de fer dont les locomotives chauffaient au bois prenait quelquefois toute une journée pour se rendre jusqu’à Scott, trajet que nous faisons aujourd’hui en machine en une demi-heure.En tous cas, en 1877, les difficultés augmentèrent et le Lévis-Kennebec fut Les Beaucerons 545 s’aidait en frères.Les noces du temps, dignes de l’épousée de Bretagne, réunissaient toute la parenté et les connaissances, et duraient une grande semaine.On y faisait des fricots de Lucullus.La corvée était encore plus connue qu’aujour-d’hui.C’était le seul moyen de secourir un malheureux sinistré.On ne manquait pas d’arroser, quelque fois un peu fort, le bouquet qui couronnait la ferme ou la maison reconstruite.Les gens du loin se rencontraient chez le marchand du faubourg, les affaires se traitaient souvent à la porte de l’église, et les veillées entre amis du rang se tenaient au son du violon et de la musique.On lançait « des plans », on contait des histoires tout étincelantes de verve, où les images et les comparaisons jaillissaient plus nombreuses en une seul soirée, dirait défunt Laharpe, que pendant toute une année à l’Académie Française.Aujourd’hui, c’est une agréable distraction pour les villageois de regarder passer les trains du Québec Central.En ce temps-là, c’était la diligence (1).A l’entrée des faubourgs, on aimait à voir le postillon annoncer son arrivée aux sons de la trompette : « Voilà le clairon du roi qui passe, mesdames ».“Et alors, dit J.-Ed.Roy, les bonnes ménagères en train de filer arrêtaient leurs rouets, et les moissonneurs dans les champs interrompaient le mouvement rythmique de leurs longues faulx pour voir passer les voyageurs ».C’était l’âge d’or.Le Beauceron a toujours été attaché à sa paroisse, à sa terre natale.N’est-ce pas là un des premiers devoirs sociaux ?« J’aime mon village plus que ton village », semblait-il dire avec le poète, non peut-être sans une légère pointe d'outrance.Il se montra aussi toujours fier de son comté.C’est qu’il lui paraissait le plus beau de la Province.Contenu dans de justes limites, le régionalisme présente ses avantages : c’est une question de hiérarchisation et de mesure.Qui repromis sous séquestre ; il finit par discontinuer complètement de circuler.C’est alors que quelques capitalistes de Sherbrooke aidés du capital anglais fondèrent le “ Québec-Central ”.(1) Sur l’établissement de la diligence dans la Beauce, voir : Histoire de la Seigneurie de Lauzon, T.V.p.436. 546 Le Canada français chera à Mistral d’avoir aimé sa Provence, et travaillé, avec Roumanille et Aubanel, à en conserver les usages et les coutumes ?Pourquoi le Beauceron n’aurait-il pas aimé sa vallée et sa « Chaudière )) ?Elle est parfois une cavale indomptable et rebelle.Elle engendre ses ennuis (1), mais aussi ses plaisirs.A la vérité, elle est le plus souvent — sans métaphore ¦— la rivière, j’oserai même dire, le fleuve qui berce nos joies et nos chants.Qui ne se rappelle les fêtes nautiques de tel village beauceron, avec ses illuminations et ses chansons de gondoliers : fêtes de l’été comme la plantation du mai sur la glace était jadis fête du printemps.Au surplus, elle a son histoire, notre rivière Chaudière.N’était-elle pas la grande voie de communication des peuplades de la forêt qui voyageaient entre Québec et la Nouvelle-Angleterre ?Le Père Druillette, jésuite, la remonta le premier en 1646.Elle vit plus tard passer sur ses rives le colonel Arnold descendant avec ses troupes pour prendre Québec.Les temps devenant plus paisibles, les forts érigés après l’invasion américaine disparurent (2), et elle ne vit plus guère en son cours que des équipes de Beaucerons (3) montant tranquillement cageux et radeaux pour piloter, vers la ville, les « flottes )) de bois de construction.On est fier des personnages illustres nés sur les bords de la Chaudière.Une plaque historique y rappelle le souvenir de Son Éminence le Cardinal Taschereau (4).On parle encore du poète Chapman (5), de tel député, de tel sénateur, de (1) Les principales inondations eurent lieu en 1896, 1917 et 1927.(2) Jos.-Edm.Rot parle de ces forts, ainsi que l’abbé Demers dans : Saint-François de Beauce, p.56.(3) M.-J.Lemoine en fait le portrait dans Y Album du touriste, p.167.(4) Prêtre du Séminaire de Québec, il passait ses vacances à Sainte-Marie.On montre encore, au milieu de la rivière, la « roche » où il aimait souvent aller pêcher.Il célébrait la messe à la chapelle de Sainte-Anne, comme il le fît quelquefois d’ailleurs après son élévation sur le siège de Québec.(5) William Chapman est né à Saint-François.Dans ses Feuilles d’érable publiées en 1882, il écrit sur la Beauce : J’adore cet Eden de coteaux et de landes Ce frais Eldorado tout peuplé de légendes Où je vois rayonner mon village natal. Les Beaucerons 547 tel juge-en-chef qui ont fait la gloire du comté ; de tel professionnel ou de tel agriculteur qui émergeaient parmi leurs concitoyens.Mais il faut bien avouer que l’américanisme a parfois un peu trop fleuri en Beauce.Où ne fleurit-il pas ?On voit qu’en 1775 les habitants y sont sympathiques aux Boston-nais, au point d’encourir le blâme de leur évêque Mgr Briand (1).Plus tard, on ne se garda pas suffisamment de ce qui pouvait faire perdre l’apparence d’une région vraiment canadienne-française (2).Disons, comme excuse, que les noms géographiques y aidaient : Broughton, Scott, Tring, Lambton.Les routes furent trop souvent sillonnées d’affiches anglaises, d’annonces américaines.Même de nos jours, le train de vie y devient peut-être un peu trop outre-quarante-cinquième : dépenses inutiles, automobilisme de millionnaires, dettes, marchés, procédés qui ne s’accordent pas toujours avec la justice.Mais n’est-ce pas là l’histoire de plus d’un comté ?On a aussi accusé les Beaucerons d’être un peu Normands, de trop jouer le rôle de Chicaneau dans les procès : c’était quelquefois pour une question scolaire ou municipale, pour un cours d’eau ou un droit de passage, pour une part de mine (3) ou un échange de chevaux, car en certaines paroisses beauceronnes, on fut toujours maquignons, de père en fils.Qui dira l’intérêt que prenaient les courses de chevaux sur les pistes ou sur la glace ?L’habitant lui-même n’aime pas à se faire passer au nez.C’est à qui aurait le meilleur cheval trotteur.De là des discussions, des rivalités (1) Voir ce qu’en dit l’abbé Auguste Gosselin dans : l’Êqlise du Canada, T.II, p.13.(2) J.-M.Lemoine en parle dans VAlbum du touriste, p.167.(3) En 1881, Chapman publie une brochure sur les mines d’or de la Beauce. 548 Le Canada français qui n’avaient d’égales en importance que les luttes politiques.Car elles étaient chaudes autrefois ces luttes entre candidats.Les anciens n’ont pas oublié celles des Pozer et des Taschereau, des Bolduc et des Blanchet, les violences de « l’appel nominal » à Saint-François, ni les rixes des fiers à bras des environs.Mais tout cela est aujourd’hui de l’Ancien Testament.Le Beauceron se flatte d’être maintenant plus calme.Sa vie tout de même est encore parfois assez trépidante.Il habite un pays de plus en plus ouvert, traversé presqu’en toute sa longueur par la grande artère Lévis-Jackman dont le flot charroie souvent bien autre chose que des vertus sociales.A lui de se garder des apports dangereux.Qu’il pratique l’urbanité, mais aussi la tempérance ! Qu’il ne se laisse pas éblouir par la richesse et le plaisir qui passent à sa porte.Que dans chacune de ses relations sociales, il n’oublie pas le respect du nom de Dieu et des choses sacrées, la sainteté du serment.A cette seule condition, il restera fort et heureux comme les ancêtres.III La vie religieuse Elle a été apportée dans la Beauce par les Récollets (1) qui la desservirent jusqu’à la Conquête.Le Frère Justinien surtout y a laissé un souvenir impérissable de ses sept années de ministère (1753-1760).Il aidait les Beaucerons, non seulement au point de vue spirituel, mais aussi temporel.Il les guidait dans le choix de leurs terres.On voit même qu’à Sainte-Marie il prépara plusieurs contrats au nom du seigneur.C’est lui qui fit ouvrir la route qui va de Scott à (1) Pour l’historique des Récollets et des premiers curés de la Beauce, voir la brochure de l’abbé Demers : Saint-François. Les Beaucerons 549 Saint-Henri et qui porte encore le nom de « route justi-nienne » (1).Il repose dans l’église de S.-Joseph.La piété enracinée par les Récollets fut ensuite cultivée par les prêtres séculiers, comme Monsieur Verreau (2), curé à la fois des trois grandes paroisses ; plus tard par M.Villade (3), un exilé de la Révolution française ; et, plus près de nous, par les Bois, les Tessier, les Demers à Saint-François; les Catellier, les Bernier, les Montminy, à Saint-Georges ; les Poiré, les Martel, les Gosselin, à Saint-Joseph ; les Auclair, les Proulx, les Chaperon à Sainte-Marie.Le besoin ne tarda pas à faire diviser les paroisses, et le ministère pastoral devint ainsi plus facile et plus efficace.Dans ces vingt-cinq dernières années, une quinzaine de clochers ont surgi, qui se mirent aujourd’hui dans la Chaudière ou se découpent sur la forêt qui s’enfuit rapidement.Des quatre grandes paroisses qui s’échelonnent sur la rivière, quelle est la plus remarquable : Saint-Georges ?(4) Saint-François ?Saint-Joseph ?(5) Sainte-Marie ?Poser la question.ce n’est pas la résoudre.D’ailleurs chacune d’elles a toujours revendiqué la primauté.On est un peu comme les fils de Zébédée : c’est à qui sera premier dans le royaume que le Seigneur prépare.En Beauce, on a de tout temps aimé les belles églises, les belles fêtes religieuses : une délicieuse messe de minuit, un vibrant congrès, un éloquent sermon.Beaucoup de chant et de musique.Cantiques et chansons bercèrent notre enfance.Le Beauceron est comme l’armailli : il chante tou- (1) Histoire de la Seigneurie de Lauzon, T.II, p.202.(2) Monsieur Verreau mourut curé de Saint-Thomas de Montmagny en 1817.De Gaspé en fait l’élog- dans Les Anciens Canadiens, p.371.(3) Les vieillards de Sainte-Marie racontaient que pour échapper aux horreurs de la Révolution, Monsieur Villade dut se cacher pendant trois jours dans un puits.Le Docteur N.-E.Dionne en donne la biographie dans Les Ecclésiastiques et les Royalistes français au Canada, p.275.(4) Saint-George-Aubert Gallion fut concédé en fief le 24 septembre 1736, à Dame veuve Thérèse de Lalande Gayon, veuve de François Aubert, en son vivant conseiller au conseil supérieur de Québec (J.-M Lemoine).(5) On trouvera dans l’Almanach del’Action Sociale Catholique, de 1923, une monographie de S.Joseph par l’abbé J.-Th.Nadeau. 550 Le Canada français jours.Il aime les pèlerinages.Assez souvent vous verrez, sur la route, des croix de bois (j’en sais une plantée jadis par Mgr Forbin-Janson (1) ) ou de petites chapelles.La plus célèbre de ces dernières est bien celle de Sainte-Marie — une véritable église aujourd’hui (2) — élevée à la gloire de Sainte-Anne, il y a 150 ans, par la famille de Son Éminence le Cardinal Taschereau, et qui a vu et voit encore chaque année de nombreux pèlerinages.Le Beauceron a toujours aimé le prêtre.Il lui est bien arrivé parfois quelque démêlé avec lui.Ainsi, on a été (horresco referens ! ) jusqu’à couper la queue du cheval de M.le Curé, mais c’est là un cas légendaire qui se perd déjà dans la nuit des temps.On est fier de son curé : on aime à recevoir sa visite, on veut qu’il soit bien logé, bien habillé ; on ne lésine pas sur la dîme ou la capitation.S’il chante ou s’il prêche bien, on ne manque pas de le laisser savoir aux paroisses voisines.On a recours à tous ses bons offices.Il fut longtemps le notaire, l’architecte, l’agronome, et quelquefois le médecin de la paroisse.Le curé a de même toujours aimé ses Beaucerons.Il sait qu’ils sont généreux, aumôniers à l’excès, comme on disait jadis.Aussi n’a-t-il jamais manqué de faire appel à leur cœur d’or pour son église, son école, son hôpital, pour ses pauvres de la Saint-Vincent de Paul.S’il peut leur faire souvent des compliments sur leur esprit religieux, il les estime assez pour leur dire parfois de sérieuses vérités qu’ils acceptent, non pas béatement, mais filialement.M.le Vicaire est depuis longtemps l’enfant gâté de la paroisse.Il possède à volonté l’oreille et le cœur des jeunes gens.S’il est un tant soit peu organisateur pour le chant, les séances, une fête quelconque, il montera les Beaucerons jusqu’au plus haut degré de l’enthousiasme.Il les fera (1) A Sainte-Marie, en 1848.Sur son séjour au Canada, voir N.-E.Dionnb Mgr Forbin-Janson.(2) Pour l’historique des chapelles de Sainte-Marie, voir l’abbé Victoria Germain : Sainte-Marie de la Beauce en 1928. Les Beaucerons 551 contribuer à toutes les œuvres, comme par exemple, la guignolée, ou encore les études d’un enfant pauvre à qui il a commencé l’enseignement du latin.La Beauce n’a jamais manqué de fécondité pour les vocations : c’est le rêve de plus d’une mère au berceau de son enfant.Les couvents — le plus ancien remonte à 1823 — fournissent un grand nombre de religieuses à la maison-mère.Les collèges des Frères — celui des Écoles Chrétiennes date de 1855 — se recrutent par leurs propres sujets.Des élèves qui ont étudié au Séminaire, à Sainte-Anne ou à Lévis, plusieurs sont devenus prêtres ou religieux.Que sera-ce donc quand, outre le collège actuel des Vocations tardives, la suite des années aura créé le collège classique proprement dit ?Chaque paroisse prie pour être à l’honneur et fait entendre (à qui veut l’entendre) le “ Rorate cœli desuper », et termine sa supplique en disant tout humblement : « Ecce civitas sancti.Jerusalem ».Tel est, Mesdames et Messieurs, le portrait en miniature que j’avais à vous présenter du Beauceron considéré au point de vue familial, social et religieux.Quelque malin dira peut-être que, sans manquer à la vérité, j’aurais pu souligner davantage certains petits défauts.Je répondrai tout ingénument que, sans manquer non plus à la vérité, j’aurais pu accentuer probablement mieux encore certaines qualités.Que voulez-vous ! Il est toujours délicat de crayonner les traits moraux d’un personnage.qui n’est pas mort.Et comme le Beauceron vit encore.il faut donc laisser à l’avenir le soin de tracer un portrait définitif.A vous, ô Beaucerons mes frères, d’en préparer le mieux possible les éléments.Gardez donc jalousement ce qui a fait la force et la gloire de vos ancêtres : l’amour de votre famille, l’amour de votre petite patrie qui fortifiera l’amour de la grande patrie.Sans verser dans le parochialisme étroit ou le régionalisme outrancier, faites-vous une âme commune. 552 Le Canada français par votre paroisse intelligemment aimée et servie, attachez-vous de plus en plus à votre comté, à votre pays et à l’Église.Rappelez-vous qu’il n’y a de progrès que par la tradition.Et pour la connaître cette tradition, et surtout la conserver, me serait-il permis, en terminant, d’exprimer un souhait : c’est que nous, les Beaucerons, nous travaillions sans délai à la fondation d’une Société historique destinée à recueillir tous les souvenirs de notre région.En nous ouvrant les pages de notre petite histoire, « écrins de perles ignorées », cette Société contribuera à nous faire mieux connaître, aimer et servir la Beauce, et par là, la Province de Québec et le Canada tout entier.Wilfrid Lebon, ptre.
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