Le Canada-français /, 1 mai 1929, Chronique de l'Université
CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ Encore des disparus.— A la Société Royale.— Nouveau professeur.— Une réception.— Sages conseils.— La question romaine.— L'éducation religieuse.¦— Un cinquantenaire.— Des nominations.— De retour.A la fin de notre dernière chronique nous étions heureux de ne mentionner aucun décès.Mais avant que parût la livraison d’avril, deux de nos anciens, dont l’un d’une façon soudaine et imprévue, descendaient dans la tombe : MM.les abbés Gaudiose Brousseau et Antonio Huot.M.l’abbé Brousseau a passé plus de trente ans de sa vie sacerdotale aux États-Unis, où il fut successivement vicaire et curé dans différents centres franco-américains.Retiré à l’Hospice Saint-Dominique depuis près de sept ans, c’est là qu’il est décédé, le samedi, 6 avril.Malade depuis assez longtemps, sa mort n’a surpris personne.Cet ancien élève était remarquablement intelligent.Il avait beaucoup d’esprit, trop peut-être, penseront quelques-uns.D’une curiosité intellectuelle qui allait de pair avec la facilité de son talent, il passait ses journées à lire.Dieu sait tous les volumes qu’il a dévorés, c’est le mot, durant son séjour chez les Sœurs Dominicaines ! D’une conversation très intéressante, et qui ne manquait pas d’être caustique à ses heures, il gagnait beaucoup à se faire connaître.C’est dire que sous un extérieur assez souvent brusque, il cachait un cœur d’or.Son grand esprit de foi ne s’est point démenti.Et le dernier jour, il l’a vu venir avec calme, s’y préparant avec le soin et la confiance que tout bon prêtre sait y mettre.Et maintenant il dort au cimetière de Saint-Charles, dans le lot de famille, tout à côté de son père et de sa mère, décédés depuis de nombreuses années. Chronique de l’Université 655 Et le lendemain de la mort de l’abbé Brousseau, le dimanche, 7 avril, M.l’abbé Antonio Huot, Directeur de la Semaine Religieuse, expirait presqu’à l’issue d’un sermon prononcé à Saint-Malo à l’occasion d’une convention des Artisans canadiens-français dont il était l’aumônier.Disparition soudaine qui a créé une profonde émotion dans tout le diocèse, où le cher défunt était universellement connu, et unanimement estimé.Car il n’était point quelconque.Et l’épithète distingué, si souvent employé, lui conviendrait totalement.Distingué par l’esprit, distingué par le cœur, rien de banal, en un mot, chez ce prêtre de feu, dont l’unique ambition a été de faire aimer Dieu et son Église.Il a exercé au meilleur sens l’apostolat intellectuel.Il avait tout ce qu’il fallait pour y réussir : formation doctrinale des plus sûres, une prudence qui s’affirmait avec les années, une plume exercée, prime-sautière, et finement aiguisée, un zèle qui ne se démentait point, un optimisme du meilleur aloi, et pardessus tout, une charité sans bornes, vraiment salésienne, qui excusait tout, qui pardonnait tout.Voilà, en bref, les qualités qui l’ont fait soldat clairvoyant et brave, soldat toujours à l’affût, fidèlement soumis à ses chefs de file, et prêt à répondre à leur moindre appel.Il n’y a qu’une chose qui ne trouvait point grâce à ses yeux, c’était l’erreur.L’erreur sous toutes ses formes, et spécialement l’erreur édulcorée, minimisée, qui se présente sous les dehors de la vérité.C’est dire qu’il fut romain, catholique jusqu’à la moelle.Aussi bien la vie de l’Église l’intéressait-il au suprême.Le mouvement des idées religieuses le passionnait.Rien ne lui échappait.Au courant de tout, il était devenu une publiciste chrétien d’une autorité incontestable.Sa documentation sûre, abondante, variée, plusieurs, qui aujourd’hui regrettent vivement son départ, y allaient puiser souvent, très souvent.Avouons qu’ils les recevaient bien.Son affabilité, sa cordialité, son amabilité étaient proverbiales.Et sa porte était toujours ouverte, surtout à ceux qui voulaient se renseigner, 656 Le Canada français avoir de la lumière sur les faits concernant le monde religieux, le Saint Siège, la question romaine, en un mot, sur tout ce qui peut éclairer l’esprit, le mieux orienter, raffermir les convictions, et., par suite, apprendre à vivre plus chrétiennement.Et l’on sait quel zèle il mettait à défendre les principes, les vérités immuables qui sont la base de la famille, de la Société.Enthousiaste, il est vrai, jamais, pourtant, au point de vue doctrine, il ne dévia d’une ligne.Sa boussole c’était l’Évangile, c’était saint Thomas d’Aquin, c’étaient les Encycliques des Papes.L’essentiel pourrait-on dire de son information, le pivot sur lequel elle tournait.Il avait le sens, le flair très catholique.Conséquence de ses études philosophiques et théologiques faites à Québec et à Rome sous les meilleurs maîtres, conséquence aussi de cet esprit de soumission qui était celui d’un enfant, de cette humilité vraie puisée dans sa messe de chaque matin et dans ses exercices de piété inviolablement accomplis jusqu’à sa mort.Prêtre à vingt-deux ans et demi, après un très brillant cours d’étude au petit et au grand Séminaire de Québec, bachelier-ès-aits, Docteur en théologie et en philosophie, il avait tous les titres universitaires, et la science aussi, pour professer les matières à qui il voua un culte, toute sa vie durant, la philosophie et la théologie.Mais après quelques mois d’enseignement, il dut abandonner pour cause de santé.C’était en 1901.Et depuis vingt-huit ans, grâce aux forces qui lui revinrent, mais pas entièrement, et dont il abusa un peu, il a mené une existence des plus besogneuses, des plus fécondes et des plus utiles.Sans doute, il était servi par un remarquable talent d’écrivain.Mais le plus beau talent tue vite son homme s’il n’est pas développé, s’il n’est pas soumis à une rigoureuse discipline.C’est ce qu’a admirablement compris l’abbé Huot.Et non seulement, il le comprit, mais, ce qui est plus beau, ce qui est plus héroïque, je dirai, étant donné son état physique peu florissant, ça été de se river à sa Chronique de l’Université 657 plume, de s’attacher à son bureau, à sa table de travail, chaque matin, pour mener le bon combat.Bel exemple qu’il laisse à ses confrères dans le sacerdoce.Il fut un prêtre travaillant, il ne perdit aucune minute de son temps.Quel beau compliment ! Et ce jeune prêtre, il y a trente ans, condamné presque, par la faculté, à un repos éternel, voilà ce qu’il a fait, voilà ce qu’il a été.Il fut une intelligence d’élite au service d’une volonté de fer, soutenue par une bonne humeur toujours égale et une façon béate d’envisager les choses, qui cache sans cesse leurs plus mauvais côtés.Et sa piété, et son grand esprit surnaturel, et son désintéressement, et son détachement ! Il ne viendra à la pensée de personne de contester tant soit peu toutes ces qualités, toutes ces vertus chez l’abbé Huot.Sur sa pierre tombale on pourra inscrire qu’il fut par-dessus tout et avant tout un prêtre.C’est le meilleur résumé que l’on puisse donner de cette vie qui vient de finir, de cette existence qui vient de s’achever.Il eût pu fournir encore plusieurs années de bon, de fructueux travail.Mais disparu, mais parti pour un monde meilleur, il n’en continuera pas moins d’exercer un fécond apostolat : defunctus adhuc loquitur.Ses écrits, ses articles nombreux sur différents sujets, et surtout, le magnifique exemple d’une vie sacerdotale sans tache, imbibée de surnaturel, laborieuse, voilà ce qu’il nous laisse, voilà son testament spirituel.Soyons dignes de lui.A ces deux anciens, MM.les abbés Brousseau et Huot, l’Université adresse un sympathique adieu.Leurs noms sont inscrits ineffaçables au livre d’or du souvenir.* * * Peines et joies ! Elles se succèdent, elles se remplacent.Ainsi va la vie.Nous étions encore sous le coup du vif 658 Le Canada français chagrin que nous causa la mort si inopinée de l’abbé Huot, qu’on nous annonçait la nomination de M.le docteur Arthur Vallée à la Société Royale du Canada.Joie d’autant plus vive et plus sincère que le nouveau titulaire est professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval.Tout entier à son professorat, cela ne l’empêche point de continuer de se cultiver.D’ailleurs, la profession, quelle qu’elle soif, bien comprise, ne saurait faire fi de la culture générale.M.le docteur Vallée pense ainsi.Et il pense juste.Travailleur acharné, méthodique, d’une curiosité intellectuelle peu commune, et que l’on ne rencontre ordinairement que chez des gens bien doués, il marche sur les traces de son digne père, professeur comme lui de notre Université, et médecin dont la réputation était canadienne, médecin doublé d’un fin lettré, d’un charmant causeur.C’est dire que son fils est bien à sa place dans notre Académie canadienne.Des ouvrages de valeur avaient depuis longtemps, attiré sur lui l’attention des membres de cette docte assemblée.Us seront certainement fiers de leur nouveau collègue, à qui nous présentons nos amicales félicitations.Toutes nos félicitations aussi à M.L.-P.Geofïrion, greffier de l’Assemblée Législative, qui vient d’être nommé professeur à l’Université Laval.On sait toute la compétence de M.Geofïrion en langue française.Ses Zigzags qui lui ont déjà ouvert les portes de la Société Royale disent suffisamment toute sa valeur.Modeste des plus authentiques, il travaille de son mieux, dans l’obscurité, à épurer notre langage, et surtout à rendre à notre parlure des expressions dont on était en train de la priver sous le prétexte mensonger qu’elles sont des anglicismes.Vraiment,c’était pousser un peu loin l’excès du purisme.Et nous devrons une immortelle reconnaissance au nouveau professeur pour l’immense service qu’il a rendu à ses coreligionnaires.Secrétaire de la Société du Parler français, il est on ne peut plus assidu aux séances du lundi soir, encourageant, stimulant ses trop Chronique de l’Université 659 peu nombreux confrères dans la poursuite de cette œuvre qui compte plus d’un demi siècle d’existence.£t le Glossaire, si attendu, et qui paraîtra sous peu, c’est lui-même qui en est pratiquement l’auteur.Encore que beaucoup d’autres, et pas des moindres, aient contribué à cet ouvrage colossal, on peut affirmer toutefois que le gros, que le difficile de l’entreprise revient à M.Geofîrion, du reste, éminemment qualifié pour tout mener à bonne fin.M.le professeur Geofîrion sera probablement chargé d’un cours de l’histoire de langue française au Canada.Tout juste la chaire qui lui convient.Elle lui procurera le moyen efficace d’élargir le champ de l’influence heureuse qu’exercent partout ses écrits.L’Université a appris aussi avec joie que l’un de ses anciens les plus distingués, l’honorable juge Henri-Georges Carroll, avait été choisi pour succéder à Sir Lomer Gouin, au poste de Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec.C’est le digne couronnement d’une vie bien remplie, marquée au coin d’une intégrité parfaite, d’une vie d’honneur et de probité.Le nouveau châtelain de Spencer-Wood et madame Carroll ont été officiellement reçus à l’Université Laval, le vendredi soir, 19 avril.Mgr Camille Roy, recteur, leur a souhaité la bienvenue, au nom du Séminaire et de l’Université, Après avoir dit combien ces deux institutions étaient fières et heureuses de voir l’un de leurs anciens occuper ce poste si élevé, Mgr le Recteur continua en ces termes : Né dans ce pays si pittoresque de Kamouraska, où vous avez reçu au foyer de votre famille et au milieu des enfants de votre âge, une éducation que vous aimez à rappeler, et qui laissa sur vous une ineffaçable empreinte, vous y avez appris à aimer nos campagnes, nos familles canadiennes-françaises, nos traditions rurales, toute cette vie abondante des champs, vers laquelle vous vous plaisez à retourner toujours.Instruit plus tard des humanités classiques dans ce collège de Sainte-Anne qui était à la fois une parure de votre comté et de notre Université Laval, vous y avez achevé 660 Le Canada français cette assimilation parfaite qui accorde en vous toutes les légitimes fidélités, tous les nobles devoirs, toutes les précieuses amitiés.\ otre âme s’y est remplie de toutes les sciences qui l’ont ornée, elle s’y est éprise de cet idéal de notre race que l’histoire vous apprit, que toute votre éducation replaçait sans cesse sous vos yeux, et qui devint la passion profonde, l’idéal même de votre vie.\ous êtes venu ici à l’Université Laval, compléter à la Faculté des Arts vos études de sciences et de philosophie, et vous y avez fait votre droit.Vous avez habité ce Pensionnat, qui est resté si cher dans le souvenir des anciens, dans le vôtre en particulier, et qui fut, pour vous comme pour eux tous, le lien des plus étroites des plus joyeuses, des plus douces amitiés.Et l’Université Laval, qui se souvient des succès brillants de l’étudiant, est fière aujour-d hui de recevoir, comme représentant de Sa Majesté le Roi, un ancien qui l’honora toujours de ses hauts talents et de sa constante fidélité.Au vrai, comme son prédécesseur, l’honorable M.Gouin, notre nouveau gouverneur, qui est né à la campagne, a gardé, je dirais, un culte presque pour nos habitants.Il sait que les forces vives de la nation sommeillent chez notre peuple, notre bon peuple agricole.Dans nos campagnes se conservent encore intactes les vertus ancestrales qui font notre gloire.Et les hautes fonctions qu’il occupe désormais le convaincront à nouveau que les petits, les humbles de chez nous, il faut les favoriser de toutes manières pour qu’ils comprennent de mieux en mieux la noblesse et la nécessité de leur rôle.C’est encore la meilleure façon de résoudre le problème des classes, lequel, sans doute, se pose moins aigu dans notre province, mais qui, cependant, ne saurait être négligé.Et Monsieur le Gouverneur répondit en termes charmants à Mgr le Recteur.11 m’est doublement agréable, a-t-il dit, de recevoir les félicitations de l’Université et du Séminaire par l’intermédiaire d’un prélat, maître des lettres, et qui, dès son enfance, a été conquis par le “ charme mystérieux des choses de l’esprit ”.Vous avez un art à vous d’être aimable et délicat, et devant un ancien élève de votre vieille et chère Université, je crois que votre talent se déploie Chronique de l’Université 661 davantage et que vous savez dire et faire entendre non seulement ce qu’il faut dire, mais encore ce que vous voudriez qu’il fût dit à son avantage et à l’honneur de votre institution.Celle-ci, Monseigneur, n’a pas à rechercher les occasions de recevoir ceux que la Providence a appelés à d’officielles fonctions et qu’elle a formés à la vie intellectuelle et morale.La liste en est longue.Je n’ai pas à rappeler les noms qui nous reviennent spontanément à la mémoire.Notre Université, la doyenne de l’éducation française au Canada, possède, entre d’autres mémorables pour elle, une tradition.C’est que ses anciens, chez qui elle a éveillé l’activité intellectuelle et les enthousiasmes de l’esprit, enseigné les dignités civiles, ressentent tous, dans les hasards capricieux de la destinée, cet instinct filial, ce désir profond de ne point demeurer inférieurs à son enseignement.C’est pourquoi je ressens une impression de très douce et très profonde reconnaissance envers elle, que je tiens à l’exprimer.Puis rappelant quelques-uns des plus chers souvenirs de sa vie d’étudiant, il termine en s’adressant comme suit aux professeurs et aux élèves.Messieurs les professeurs, vous vous efforcez, avec un rare mérite et un succès reconnu, d'imprégner l’intelligence de vos élèves du miel des humanités et de la tonifiante vertu des arts et des sciences.Noble tâche ! Messieurs les étudiants, je ne voudrais pas être un donneur de conseils : les théoriciens sont souvent de mauvais practiciens.Je me contenterai seulement de redire ce que j’ai entendu d’un ancien Lieutenant-Gouverneur, dans cette salle, il y a quarante-deux ans : “ Employez le présent de sorte que le passé ne vous laisse ni regrets, ni remords, et vous n’aurez rien à craindre de l’avenir.” Sages conseils que les étudiants ne cessent de recevoir.L’autorité toute particulière de celui qui les leur répète, après leurs maîtres, aura sans doute pour bon effet de les leur faire mieux pratiquer.Et pour terminer cette brillante réception, un petit élève de septième, Jean-Jacques Bédard, fils de M.Éphraïm Bédard, avocat, député du Comté de Québec à la Législature 662 Le Canada français Provinciale, un ancien, a demandé la faveur traditionnelle : un grand congé.Ce qui fut gracieusement accordé.Sans conteste, la gent écolière gardera excellent souvenir du court passage de Son Excellence dans nos murs, puisque celui qui avait parlé en son nom eut soin de dire que ses compagnons appréciaient les hommes et les choses d’après ce qu’ils leur rapportent.Tendance utilitariste qui n’a rien d’alarmant, et que d’ailleurs le charmant bonhomme aura soin de corriger avec les années ! * * * La question romaine dont parlent tant et plus publicistes et journalistes de toute nuance et de toute croyance a été admirablement exposée, à Ottawa, le mois dernier, par le R.P.Georges Simard, O.M.I., professeur d’histoire de l’Église à l’Université de cette ville.Le Droit du jeudi, 11 avril, donne en entier le texte de cette remarquable conférence.Nous ne pouvons résister au désir de citer quelques lignes de la conclusion.L’indépendance et la liberté tant spirituelle que temporelle, tels ont été, de Charlemagne à Mussolini, les nobles mobiles de la politique des Pontifes-Rois.Politique catholique qui a conservé l’Italie aux Italiens, rendu possible l’Italie-Une, sauvé et constitué la nationalité italienne.De leur côté les Italiens ont bien mérité de la papauté.A travers des égarements réels, ils l’ont, somme toute, vénérée et soutenue.Honneur à la nation qui depuis des siècles fournit au fChrist ses Vicaires, à l’Eglise les ministres de ses plus sublimes et de ses plus délicates fonctions, qui nous donne aujourd’hui Pie XI, couvert du manteau royal! 11 n’en est pas de plus glorieuse aux yeux de la foi, après celle des Juifs appelée à vêtir de notre chair mortelle le Verbe de Dieu lui-même.Puisse l’harmonie de la Rome italienne et de la Rome chrétienne, du Quirinal et du Vatican, apporter à la terre le bienfait de la paix romaine ! C’est au moyen-âge, quand ils eurent été affranchis Chronique de l’Université 663 du despotisme des laïques, que les Papes organisèrent le monde d’après l’Évangile, groupant sur le plan religieux, des princes autonomes dans le domaine purement politique, lançant la chrétienté à l’assaut des forces musulmanes et à la conversion des infidèles.Innocent 111, le plus considérable de tous les Papes, eut été impuissant sans Grégoire Vil.Notre siècle a cela de particulier qu’il nous présente sous la même tiare à la fois Grégoire VU et Innocent 111.Quant à nous, petit peuple d’hier, issu de l’union de la France mystique et de Rome indéfectible, Dieudonné de la grande famille chrétienne, chargé d’allumer en terre d’Amérique les flambeaux de la foi et de la charité, nom nous réjouissons d’autant plus de l’heureuse solution de la question romaine que notre sort, si parva licet componere magnis, ressemble en quelque manière à celui du vieillard blanc qui a régné pendant des siècles sur des sujets remuants et parmi des voisins avides.L’impérialisme nous guette nous aussi.Non plus l’impérialisme anglo-saxon dont le glaive émoussé rentre dans le fourreau un peu chaque année, à mesure que notre apprentissage des affaires publiques et l’art de gouverner nous acheminent vers l’indépendance complète.C’est l’impérialisme américain qu’il nous faut redouter.Car, pour être non politique, non militaire, mais économique, intellectuel et moral, il n’en offre pas moins de graves dangers.Par ses capitaux, ses industries, ses œuvres littéraires, ses mœurs, son luxe et ses mille inventions d’agrément, il nous envahit et nous pénètre.Encore si, devant lui, nous dressions un front solide.Mais non.Comme Canadiens français nous ne nous entendons plus tout à fait sur l’étendue et les bornes de la patrie.Comme catholiques nous nous disputons avec des frères, au seuil des écoles et sur les parvis des temples.Rome, le Canada, Québec, tels ont été les amours de nos pères.Catholiques, Canadiens français, tels nous sommes encore.Tels seront nos successeurs : Car Pierre immunise et immortalise les races qui ont foi et se reposent en lui.Oui, le R.P.Simard a cent fois raison de le rappeler.Notre attachement traditionnel à Rome, voilà qui fait notre espoir, notre force, comme Canadiens français, comme catholiques.Son beau travail qui, nous l’espérons, sera mis en brochure, dit de grosses vérités qu’il fait bon de répéter 664 Le Canada français souvent.Il y a tant de préjugés qui courent encore les rues, préjugés qui nous montrent sous bien triste figure ! Il fait bon au cœur de constater qu’il y a toujours chez nous, très nombreux, très compétents, Dieu merci, des gens qui savent assez l’histoire de l’Église et l’histoire du Canada, pour avoir le droit de mettre les points sur les i.Et nunc.erudimini qui judicatis terrain ! Le Père Simard fait juste allusion à l’impérialisme de nos puissants voisins.Impérialisme économique, impérialisme littéraire, impérialisme du luxe, plus à craindre, il le rappelle à juste titre, que l’autre.Pourtant , que de bonnes leçons nous arrivent parfois d’outre-quarante-cinquième.A preuve, cette enquête sur le cinéma populaire faite par Roger-W.Babson, une autorité en matière d’économie politique.Et voici le remède que cet économiste distingué propose.Nous transcrivons le Devoir du samedi 13 avril.Non seulement nous devons supprimer la mauvaise influence des cinémas, mais, de plus, renforcer la bonne influence de l’école.Fournir de simples informations, sans caractère, c’est comme confier un pistolet à un enfant.C’est pourtant en cela que consiste une grande partie de notre éducation d’aujourd’hui.Nous donnons trop de temps à enseigner les choses accessoires de la vie et trop peu à enseigner les fondamentales.Comme nous donnons plus de puissance politique, intellectuelle et matérielle aux jeunes gens, ils doivent avoir plus de pouvoir spirituel correspondant, ou la civilisation s’alourdit et perd l’équilibre.Le résultat inévitable, c’est l’écroulement temporaire.En conséquence, le grand besoin de l’heure, ce ne sont pas des écoles, des collèges et des universités plus nombreux et plus vastes, mais plus d’éducation religieuse saine dans ceux que nous avons maintenant.C’est là le langage d’un homme d’affaires des plus authentiques ! Il est vraiment digne d’un Père de l’Église! Oui, M.Roger-W.Babson a mille fois raison.Ce n’est pas en faisant beau et grand, ce n’est pas en se conformant en tout point aux exigences de la plus scientifique hygiène qu’on aura des caractères mieux formés et des volontés plus trem- Chronique de l’Université 665 pées.Notre économiste américain veut plus de religion, ou mieux, plus d’éducation religieuse dans les collèges et les universités de son pays.Pouvons-nous faire le même souhait pour nos maisons d’enseignement ?Certes, chez nous notre éducation est toute pénétrée de religion.Gardons ce que nous avons, améliorons même de ce côté, il y a toujours moyen, en faisant bien comprendre de plus en plus à nos jeunes gens et à nos jeunes filles, que l’on mène le monde par le caractère, la volonté.Et le caractère, et la volonté, pour les bien tremper, il est besoin d’une vie intérieure intense, qui ne saurait exister sans les vérités de la religion constamment assimilées, et vécues quotidiennement.* * * La célébration du cinquantenaire de la publication de l’Encyclique Aeterni Patris, dont nous donnions le programme dans notre dernière chronique constitue, pour la présente année académique, un événement de prime importance.Les conférences se sont succédé de semaine en semaine.Un auditoire de plus en plus en plus nombreux et choisi a suivi avec intérêt ces leçons, — car c’en était vraiment, — sur la philosophie thomiste restaurée par Léon XIII.Encore une fois, ces travaux qui seront publiés en entiers dans notre numéro de juin, et tirés à part, puis mis en brochure, sont une preuve palpable de l’activité débordante de notre jeune École Supérieure de Philosophie.Venue la dernière, elle est le couronnement obligé de toutes les autres.The last, but not the least.Et, avant de signer cette chronique, nous nous faisons un devoir agréable de présenter nos félicitations amicales aux honorables MM.Hector Lafertéet Élisée Therriault, celui-ci devenu Conseiller législatif, celui-là, ministre de la Colonisation et des Pêcheries.Ce sont deux anciens élèves de l’Uni- 666 Le Canada français versité qui toujours lui ont fait grandement honneur.Monsieur le magistrat Alphonse Métayer voudra bien aussi agréer nos sincères compliments.Depuis longtemps sous-ministre aux Travaux Publics, il abandonne ce haut poste, pour revenir, je dirai, à la pratique du droit.Ses nouvelles fonctions lui fourniront de multiples occasions de mettre à profit ses profondes et très étendues connaissances légales.Ses deux Alma Mater, le Séminaire de Québec et l’Université Laval, qui sont éminemment fières de cet ancien, lui souhaitent grand succès dans la magistrature.Nous tenons à dire à M.Ivan Vallée, ancien élève, toute notre satisfaction pour sa promotion méritée.Il est en tout point capable de remplir cette charge de sous-ministre, lourde de responsabilités de toutes sortes.Cette liste serait incomplète si je n’y ajoutais point le nom de M.Antonio Perreault, C.R., professeur à la Faculté de Droit de l’Université de Montréal, qui vient d’être nommé membre du Conseil de l’Instruction Publique, en remplacement du juge Robidoux, décédé.Heureux choix qui honore grandement celui qui en est le principal auteur, l’honorable premier ministre de la Province de Québec.M.Perreault est un juriste distingué qui fait autorité, et dont la valeur intellectuelle et le haut caractère moral sont universellement reconnus et respectés.Il a fait son cours classique au Petit Séminaire de Québec et ses études légales à l’Université Laval.Nous savons qu’il garde, affectueux et inaltérable, le souvenir de ces deux grandes institutions, car il a le cœur placé à la bonne place.Nous aimons lui faire savoir aussi que la maison où il s’est formé, où il s’est préparé pour les combats de l’avenir, le tient en particulière estime.Aussi elle sera on ne peut plus heureuse de le voir siéger désormais dans ce Comité d’éducation qui a la haute main sur l’enseignement primaire dans notre pays.Comité dont la constitution répond aux désiderata de l’Église, et pour cause, éloigne bien des dangers et bien des maux dont souffrent Chronique de l’Université 667 tant d’autres pays.C’est dire, que dans cette auguste assemblée, M.Antonio Perreault est bien à sa place.Son esprit droit, son intelligence ouverte à tous les problèmes qui intéressent la formation de la jeunesse, servis par des convictions religieuses éclairées, fermes, par une vie intégralement catholique, où s’harmonisent merveilleusement les croyances et la pratique de tous les jours, voilà qui nous fait présager tant de bien de cette nomination qui réjouit tout le monde.Et puis pour compléter tout ce chapitre consacré à la joie, disons que nous sommes très heureux de voir revenir d’Europe, notre Chancelier, S.E.le Cardinal Rouleau, arrivé dans sa ville épiscopale, le samedi, 27 avril.Absent depuis deux mois, en voyage ad limina, notre archevêque est sans doute content d’être de retour dans son cher diocèse dont il a longuement entretenu le Saint-Père.Comme toujours, il rencontrera de la part des fidèles et du clergé cette soumission filiale, empressée, qui est son réconfort quotidien.Il ne faudrait pas faire de comparaison,— ce qui est toujours un peu odieux •—• cependant, après cette assez longue course, on peut, ce semble, affirmer que notre Pasteur vénéré revient de plus en plus convaincu que c’est une des meilleures portions du troupeau qui est confiée à sa vigilance si surnaturelle et à ses soins si éclairés.Laval.
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