Le Canada-français /, 1 novembre 1929, Vacances en Roussillon
VACANCES EN ROUSSILLON(1) II Depuis plus de vingt ans je prends chaque année quelques semaines de vacances au bord de la mer — Manche ou Océan —.La montagne ne m’avait guère tenté.Je ne connaissais de montagnes que les sept collines de Paris, y compris Montmartre, ma patrie d’adoption, puis Montréal, le Solutré en Bourgogne, les Rocheuses et le mont Blanc que j’avais vu de loin, jadis.C’était déjà appréciable.Jamais je n’avais eu la bonne fortune d’être à la fois à la mer et à la montagne.Et quelle mer ! et quelle montagne! La Méditerranée si bleue et si chère aux pèlerins de tous les âges : la Méditerranée d’Homère, de Moïse et de Virgile ; le Pyrénée, un des plus sauvages et monstrueux systèmes montagneux du monde, le Pyrénée que Claude Ptolémée et Strabon ont connu et décrit, que César et Pompée ont traversé, que les Phéniciens ont admiré.Ce fut une révélation à mon esprit indigent et dévoré de curiosité.C’est après des expériences pareilles sans doute qu’un Pline, un Isigidius Pigulus, un Isidore de Séville, un Vincent de Beauvais écrivirent leurs encyclopédies, et de nos jours, Delambre, de Lapparent, Alexandre de Humboldt ont écrit leurs merveilleuses histoires des sciences, après avoir, comme Lucrèce, Aristote ou Strabon, voyagé et observé, découvert et admiré l’infinie variété des créations et leur arrangement divin.J’ai vu avec émotion de pauvres tartanes se balancer sous leurs deux voiles blanches.Pourquoi ?— Simplement parce que ces embarcations me rappelaient les vaisseaux qui ont porté les colonies grecques et troyennes aux quatre Voir Canada français, oct.1929. Vacances en Roussillon 191 vents du monde méditerranéen et, peut-être, Ulysse, jusqu’à la mer Océane où était l’ile de Calypso.• Que dire du Pyrénée que j’ai traversé une première fois en suivant la trace des pas de Pompée, d’Annibal et.d’Hercule même ?Mais aujourd’hui j’ai osé l’escalader et j’ai rêvé la gloire d’un alpiniste.Depuis un mois on parlait, dans ma maison, de ce projet — tout nouveau pour nous — d’une ascension en montagne.Les enfants se munissaient, qui d’un piolet, qui d’une musette.On consultait les gens du pays ; quelques-uns avaient fait l’ascension du Canigou (2785 mètres) et en avaient rapporté d’étonnantes impressions, de sublimes émerveillements, des frayeurs inapaisées, des appréhensions encore inexpliquées.— C’est un jeu d’enfant ! prononçaient les uns.— C’est une terrible épreuve, affirmaient les autres.Enfin le jour fixé arriva.Ce fut un grand brouhaha.Au moment de prendre le train pour me rendre au pied du célèbre pic, je me demandai si je ne faisais pas une imprudence d’entraîner à ma suite, pour satisfaire une curiosité vaine, cinq ou six jeunes gens de 18 à 22 ans.Devais-je céder à la tentation ou renoncer à mener au danger une belle et pétulante jeunesse, à qui j’allais, par ma perverse ambition, inculquer le goût de l’abîme et un funeste mépris de la mort ?Nous étions, la veille au soir, réunis à une table seigneuriale.Les accessoires et tout l’attirail de l’expédition reposaient sur le sol au long des murs ; il y en avait sur des consoles, sur des banquettes ; des gourdes et des bouteilles habillées pendaient aux porte-manteaux, même aux embrasses des rideaux : sacs, gibecières bourrés de vivres ; gobelets, bidons catalans à deux goulots qu’on porte en bandoulière, alpenstocks, manteaux roulés à la militaire qu’on porte en écharpe, souliers cloutés, tout un arsenal de pèlerin, de routier ou de conquistador ! 192 Le Canada fbançais 1 el Charlemagne s’il vous plaît — je m’adresse à cette jeunesse, en leur montrant par la croisée ouverte, le pic du Canigou, étincelant à vingt lieues vers le midi.Différemment de 1 Lmpereur a la barbe florie qui demandait un baron pour prendre Narbonne, je les considère l’un après l’autre, et, avisant trois pucelles que je croyais inaptes à pareil exploit, les réprimande pour leur présomption en les engageant à renoncer à la folle aventure.Me croyant seul capable de conquérir le mont arrogant qui domine les Espagnes, l’antique Septimanie, le Roussillon et la Cerdagne, je crains d avoir à déplorer l’échec, non de mes chevaliers — François ou Francis mais de trois au moins de mes quatre amazones au pied léger et d’avoir, la honte de ramener, brisées et flétries par une lutte sans gloire, les bacbelettes Andrée, Paulette et Luce.Je ne sais pour quelle raison ma confiance en Odette était plus ferme.A peine ai-je dit mes appréhensions que tous se récrient et j’entends six Aymerillots me répondre : .Je suis pauvre autant qu’un pauvre moine J’ai vingt ans, je n’ai point de paille et point d’avoine, Je sais lire en latin et je suis bachelier.Voilà tout, Sire.11 plut au sort de m’oublier Lorsqu’il distribua les fiefs héréditaires.Deux liards couvriraient fort bien toutes mes terres, Mais tout le grand ciel bleu n’emplira pas mon cœur.J’aurai le (Canigou) et je serai vainqueur ! Après, je châtîrai les railleurs, s’il en reste.— Mais, repris-je, savez-vous que la Canigou a 2800 mètres d’altitude?Ce n’est pas Montmartre.— La belle affaire, me réplique la troupe vaillante ; c’est la promenade d’une avant-déjeuner ! Que répondre à tant d’audace et d’élan ?Le lendemain, avant l’aube, à la lueur des étoiles, témoins de notre intrépidité, nous nous acheminâmes, en bel arroy, Vacances en Roussillon 193 à travers les rues du village antique de St-Felin d’Avail où nous avions fait la veillée des armes.Un petit train électrique, véritable chef-d’œuvre de mécanique, longeant les premiers vallonnements des arêtes pyrénéennes, nous entraîna jusqu’à Prades, à dix kilomètres du pied même de l’orgueilleuse citadelle du Canigou.A six heures environ le soleil se leva, à l’instant même où, quittant ce véhicule déjà obsolète pour nos jarrets impatients, nous traversâmes les rues désertes de la petite ville.Nous abordâmes bientôt un boulanger qui était planté, presque nu, devant son four et lui achetâmes plusieurs gros pains tout chauds que nous croyions prudent d’ajouter à nos approvisionnements pourtant abondants.Et nous nous engageâmes sur une belle route conduisant par l’abbaye de S.-Michel de Cuxa (Entre parenthèses, on me dit que la plus belle partie de ce bâtiment a été emportée, pierre à pierre, par des Américains et qu’on peut la visiter, restaurée et baptisée Cuxa castle dans une localité de l’État de New-York), Tauri-nya, au col de Millères, vallée titanesque sur les flancs de laquelle une route en lacets escalade les contreforts du Canigou qui, là-haut, nous appelle, orgueilleux et narquois.A Taurinya des villageois nous abordent.— Vous allez au Canigou ?.La journée sera chaude.Puis une paysanne s’approche, et, plus empressée et parlante que ses concitoyens, engage la conversation.Cette belle assurance de la Cerdane me remet en mémoire un fait historique remarquable.En débouchant dans les plaines de la Cerdagne ou du Vallespir voisin, Annibal avait eu affaire aux Gauloises qui, plus audacieuses que les hommes de leur nation, voulaient s’opposer au passage des troupes carthaginoises.L’histoire rapporte que la guerrier numide dut signer, à Uliberis (Elne) un traité par lequel il se faisait juge lui-même des injures et des polissonneries dont ses soldats pourraient se rendre coupables envers les habitants ; quant aux griefs que les Carthaginois auraient à articuler contre ceux-ci, il en instituait galamment les Gauloises seules juges et arbitres. 194 Le Canada français Donc, une brave dame, prenant l’initiative, vint spontanément à nous et nous expliqua comment il fallait aborder la montagne : — Vous passerez sur cette route jusqu’à ce que vous rencontriez un sentier à droite ; vous le prendrez et gravirez le flanc.Voyez !.il passe à travers le bois.Puis, à un endroit assez élevé vous tournerez à gauche et marcherez vers ces pointes de roc rougeâtre ; puis, à droite.Vous voyez, là où le soleil fait une tache jaune : vous avancerez jusqu’à un rocher, qu’on ne voit pas.mais que vous découvrirez bien ; puis le sentier fait un lacet et vous marcherez vers cette autre tache que fait le soleil sur les pins plus verts que le reste de la forêt.En nous décrivant ainsi le chemin, de son bras tendu vers le mur effroyable de la montagne étonnamment haute, j’avais l’impression qu’elle traçait des allées et venues en des figures géométriques qui, transposées sur le vaste tableau gris et vert, auraient pu couvrir une superficie d’au moins 200 kilomètres carrés.Son explication était pour nous aussi imprécise que si elle eût eu pour objet d’indiquer un chemin sur la mer, marqué par des repères pris d’une vague à l’autre et combinés avec de certains nuages du ciel.Bref, nous partîmes avec les vœux et bons souhaits de la population.Nous allâmes d’abord vers une fontaine d’où jaillissait une belle eau claire et fraîche, tombant des glaciers lointains de l’agglomération pyrénéenne.Nous en emplîmes nos timbales et dégustâmes avec volupté la rasade rafraîchissante chère aux explorateurs.A peine avions-nous fait deux ou trois kilomètres dans la brousse que nos jeunes Robinsons sentirent les premiers aiguillons de la faim.Nous mangeâmes quelques sandwiches et des œufs mollets et bûmes de ce vin trop généreux dont nos amis avaient rempli nos gourdes. Vacances en Roussillon 195 Enhardis par ces heureux débuts nous nous lançâmes gaiement à l’assaut.Hélas ! bientôt le doute s’empara de nos esprits.Le sentier avait disparu sous la végétation ; nous nous crûmes perdus.Nos fronts n’étaient plus si radieux.Comme il arrive toujours en pareil embarras, toutes les voix s’élevaient ensemble pour formuler des critiques, des objurgations, des reproches.¦— Allons ! me dis-je, c’est la première station de notre calvaire.Quelqu’un se détacha du groupe et retourna à la recherche du sentier perdu.Un berger, rencontré fort heureusement, nous donna en deux gestes de la main et en quelques mots, l’indication exacte du rumb de vent à suivre pour trouver la route.Enfin, nous pûmes reconnaître quelques instants après, une des deux routes classiques qui conduisent infailliblement au Refuge de Balatg d’abord, puis, après quatre heures de marche, au Chalet, terme du voyage ; — l’ascension des derniers cinq cents mètres ne devant se faire que le lendemain au petit jour.* * * Vers midi, je m’aperçus que trois jeunes filles — précisément celles en qui j’avais le moins de confiance,— et un jeune homme, nous avaient distancés.Pendant les deux ou trois premières heures j’avais bien perçu les coups de sifflet qu’on nous adressait de temps en temps pour garder le contact, auquels je répondais par des coups de pistolet.Mais à deux heures de l’après-midi le groupe le plus avancé ne donnait plus signe de vie.J’examinai ma carte d’État-Major et vis avec épouvapte qu’un lieu où je supposais que les avant-coureurs s’étaient définitivement détachés de nous •— ou peut-être “ écartés ”, se nommait La mort de l’homme l Je cachai ce détail à mes jeunes amis. 196 Le Canada français La faim nous réclamait.Nous étions au Refuge du Balatg où une belle source descendant de la montagne, coulait en un ruisselet coruscant à travers la route pour retomber dans l’abîme.Nous fîmes halte pour déjeûner, ayant au cœur une certaine peine de ce que nos quatre compagnons fussent séparés de nous.Inutile de dire que mes deux camarades et moi avions chaud et faim.Nous commençâmes par nous faire de délicieuses ablutions dans cette eau cristalline.Mlle Odette eut même la coquetterie de laver ses blanches quenottes avec une vraie brosse à dents et une pâte dentifrice aromatisée.Cela vaut la guerre en dentelles.Tout en rappelant à nos jeunes camarades l’imprudence que fit jadis le grand Cyrus en se baignant dans l’eau froide du Cydnus, j’avoue que quant à moi je ne donnais guère l’exemple de la prudence.Heureusement cette lustration sommaire n’eut pas de suite fâcheuses.Nous mangeâmes d’un appétit honnête et bûmes modérément.Soit dit en passant, il n’est pas recommandable de trop boire de vin Grenache (1) en montagne ; cela coupe les jambes.— Mes enfants, buvez de l’eau fraîche.Pas trop de vin ! Encore sur ce chapitre ai-je trop présumé de mes forces ou de ma sagesse ?Quoi qu’il en soit, une heure plus tard, après que nous nous fûmes remis en marche, je dus prier mes jeunes amis de faire la sieste.Nous nous étendîmes sur la route ombragée de pins et nous reposâmes encore une heure.De temps à autre nous interrompions notre marche qui nous était à tous fort pénible d’ailleurs, pour contempler les gorges effrayantes et les flancs de montagne couverte de pins, de cormiers, de rhododendrons, de bruyères ; quelques fougères çà et là voisinaient avec la menthe, la lavande, des plantes grasses, des orties, des mûriers et une infinité d’arbustes aux fleurs éclatantes et vives qui, hélas ! n’allégeaient pas la lourdeur de mes pas.(1) Le Grenache est un vin fait de raisin très vieilli sur le sarment même; il ressemble au vin de messe.C’est ce vin qu’on consacre en ce pays. Vacances en Roussillon 197 Dieu que ces montagnes doivent enfermer de trésors ; ce n’est partout qu’érosions de marbre blanc, de porphyre rouge, de granit ; çà et là des roches minéralisées contenant du fer, de la galène, des paillettes de mica ; ailleurs des roches couvertes d’une constellation de cristaux blancs et lucides rappelant par leurs facettes symétriques la pierre d’améthyste.A six heures du soir enfin, nous entendîmes les appels du sifflet du premier groupe ; je leur répondis par deux coups de pistolet.On nous héla.— Où êtes-vous ?criâmes-nous.— Nous sommes arrivés au Chalet ! répondit la claire voix d’une jouvencelle.— Venez nous chercher ! Cinq minutes plus tard toute l’escouade était réunie.Les beaux visages d’adolescents portaient des traces de lassitude.Je vis dans ces éphémères flétrissures des joues et des fronts les signes pathognomoniques de leur vieillissement promis.Le fermier du chalet, construit à l’altitude de 2200 mètres par le Club Alpin Français, nous reçoit avec bonhomie.Nous lui avions téléphoné trois jours à l’avance, pour retenir des couchettes.Nous étions donc attendus.O surprise ! Nous vîmes deux automobiles reposant, impassibles, entre les pins qui environnent le chalet !.Elles avaient réussi à grimper jusqu’à cette étape : c’étaient des gens de Carcassonne et de Perpignan.A ces hauteurs les hommes fraternisent vite.A la lumière des étoiles on s’entretient du Canigou qui, là, à deux pas de nous, dresse sa tête grise, dénuée de toute végétation.Avec une lunette d’approche, demain matin, quand les ascensionnistes seront partis, nous pourrons apercevoir la grande croix de fer que les populations ont plantée là, comme partout sur cette terre riche en abîmes, on dresse une échelle d’espérance ou on mouille une ancre de salut.Dans la soirée nous reconnûmes tout là-bas à trente kilomètres au-dessous de nous les mille feux et becs de gaz de 198 Le Canada français Prades qui nous parut une fourmillière lumineuse ou une érosion infernale.Après un subtantiel repas chacun s’en fut à son lit en priant le patron Saporte de sonner le réveil avant le lever du soleil.C’est au petit jour, quand les forces seront en partie récupérées, que les pèlerins s’élanceront à la conquête du Canigou.Hélas ! ce digne couronnement d’une longue journée de marche ne fut pas mon lot.Avant même d’arriver au chalet, la veille au soir, j’avais fait mon sacrifice : j’avais renoncé à l’ultime effort.Oui, moi, le faux Charles, à la barbe déflorie, qui avais si vaillamment exhorté ma troupe de jeunes chevaliers, et damoiselles à ne pas pécher par présomption et qui avais même prédit à quelques-unes de ces dernières un échec déshonorant, je devais être le seul à succomber ! C’est une des plus grandes hontes de ma vie.Etre venu de Paris — plus de 800 kilomètres — pour essuyer pareil revers ! Que dis-je ?Etre venu du Canada.du Manitoba même.et gésir là, vaincu à 500 mètres de la gloire.Je me console en répétant le vers de Joséphin Soulary : Tout bonheur que la main n’atteint pas n’est qu’un rêve.Pourtant dès quatre heures du matin j’étais éveillé.Un coq de la basse-cour du chalet lançait de stridents appels au soleil.N’était-ce pas mon chant du cygne ?Pourtant cet hosanna solitaire, clamé du haut de ces montagnes, dans l’infini, vers l’astre qui allait éclairer ma défaite, avait un sens autrement émouvant.Je me levai précipitamment, ouvris mes volets et attendis l’apparition de l’astre que chantecler appelait.Ce fut un beau spectacle.Je voyais là l’aurore qui posait sur les cimes environnantes, ses doigts de rose.Quoi d’étonnant à cela ?Le soleil se levait du côté de la Grèce et, par-dessus l’Égée et la mer Tyrrhénienne, apportait aux Phocéens et aux Catalans que nous sommes, la poésie et la lumière qui inspire les jeunes cœurs et qui embrase les héros. Vacances en Roussillon 199 Toute la nichée sortit du chalet comme un essaim d’abeilles prenant leur vol vers l’Olympe ou l’Hymette.Une heure plus tard comme je regardais par la longue-vue le sommet du Canigou, j’aperçus les dieux et les déesses du temple de la gloire qui passaient, un par un, sur le sommet du mont.Us contournaient la croix, tels des elfes qui hantent les solitudes aériennes prêts à s’envoler plus haut.Les écharpes battent au vent, les cheveux irisés des premiers feux du soleil, se dressent sur les têtes menues, des bras s’élèvent vers le ciel,.et aussitôt le vide se refait.On ne reste pas longtemps sur un récif si haut perché.A peine arrivés à ce faîte les héros aspirent à descendre.Les vers du bon poète catalan Pierre Camo, condisciple des Tristan Derème, des Comtesse de Noailles, des Charles Derennes, Fernand Mayade, Xavier de Magallon, me reviennent à la pensée : Canigou, revêtu de neiges et d’azur, Séjour de la lumière et de la belle eau vive Vous dominez, du ciel immuablement pur, La terre du froment, du pampre et de l’olive.Je veux réaliser mon rêve d’autrefois, Je veux lorsque l’été rallumera ses flammes Gravir vos grands sommets et chercher à la fois La force corporelle et la santé de l’àme Loin des trou blés humains, loin des vaines rumeurs, Portant comme un trésor aux cimes les plus pures Mon dédain impassible et ma superbe humeur, Et mon esprit ouvert à toute la nature.Puis j’assiste au triomphe des vainqueurs.Pourquoi faut-il que des demi-dieux ayant atteint aux sommets de l’idéal de gloire, aient encore faim de pain et de vin en redescendant de cet empyrée ?Mon Dieu ! ne pleurons rien.En me mettant à table avec eux et participant à leurs agapes je redeviens leur pair.Et c’est une consolation. 200 Le Canada français Pourtant le mot de Vauvenargues reste vrai : “ Les feux de I aurore ne sont pas si doux que les premiers regards de la gloire Et, quand, le soir, de retour au manoir, mes jeunes pairs, fatigués du poids du jour et chargés d’honneurs, conteront leur exploit aux villageois émerveillés, il se trouvera bien une âme compatissante pour dire, répondant à mes plaintes : “ Donnez-lui tout de même à boire ! ” car j’aurai grand soif.Edmond Buron.10 sept.1929.
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