Le Canada-français /, 1 décembre 1929, L'avenir de l'agriculture au Canada
L’AVENIR DE L’AGRICULTURE AU CANADA L’éloge de l’agriculture n’est plus à faire.Elle est le fond et la raison de toute activité commerciale.Cependant, le cultivateur ne rencontre pas toujours et partout l’appréciation qu’il mérite.C’est lui qui nourrit le monde.Sans lui il n’y aurait pas de villes, pas de civilisation, pas de progrès ; il a été le premier professionnel et il sera le dernier.Jusqu’à nos jours l’agriculture était dirigée exclusivement vers la production de matières alimentaires.Il est donc évident que le progrès dans cette production est limité ; je dirais même que le marché pour les produits de la terre est “ inélastique ”, vu qu’il dépend entièrement du nombre de population, c’est-à-dire du nombre d’estomacs.Par suite du grand déplacement de capital dans le temps de la guerre et de l’après-guerre le cultivateur est tombé dans une situation tout au moins peu rose, sinon précaire.On a essayé de l’encourager en forçant le marché pour ses produits, en lançant des campagnes : “ Mangeons plus ! ”.Mais on a parfaitement oublié que si nous mangeons plus d’une sorte de nourriture, nous mangeons moins de l’autre ; c’est-à-dire qu’on ne s’est pas rendu compte de cette “ inélasticité ” du marché des aliments.Non seulement le cultivateur a été affecté des événements d’après-guerre, mais les principes économiques en général ont été bouleversés.Les gros capitaux se sont amassés et le résultat fut une rapide circulation de l’argent dans les mains de la majorité de la population ; aujourd’hui il n’est pas trop de dire que 90% de la population du continent nord-américain dépensent l’argent au fur et à mesure qu’il entre. L’a venir de l'agriculture au Canada 245 Maintenant, comment ces principes révolutionnaires dans l’économie pratique peuvent-ils affecter le cultivateur ¦ La réponse est relativement simple : le cultivateur est aujourd’hui un acheteur actif des produits de l’industrie ; il a par exemple un tracteur ou une automobile et il achète de la gazoline, de l’huile, des pneus et des accessoires ; il possède un radio et il va aux vues parlantes.H échange ces choses directement contre de l’argent et indirectement contre ses produits de la terre pour lesquels le marché est “ inélastique ” comme nous l’avons constaté.Si donc le commerce du cultivateur consiste exclusivement à produire des aliments, ces faits amènent nécessairement le dérangement de l’équilibre dans la balance de ses affaires.D’un autre côté personne parmi nous ne voudrait savoir le maître de la terre privé de tous ces petits “ plaisirs ” de la vie, dont l’homme de la ville a l’avantage de jouir ; s’il ne peut pas les avoir par suite de ces conditions économiques défavorables, nous avons immédiatement la grande ruée de la population rurale vers la ville, et.que ferions-nous ensuite ?.Il est donc du devoir de nos économes nationaux et de nos têtes dirigeantes de chercher un moyen d’arrêter cet état de chose et d’améliorer le sort du cultivateur.Le remède est relativement simple et nous le trouvons en principe déjà défini dans le superbe programme agricole.Tout ce qui est nécessaire pour sa réalisation, c’est un peu de temps, la confiance du public et la collaboration intime de l’autorité avec la science.J’arrive enfin après quelques petits détours au sujet de cette causerie et je voudrais exposer un peu le rôle que la science, spécialement la chimie, est appelée à jouer dans cette lutte pour l’indépendance économique.Nous venons de constater que le cultivateur est un acheteur actif des produits de l’industrie.A son tour, il lui faudrait donc vendre quelque chose à l’industrie, pour équilibrer la balance avec elle.Est-ce possible que le cultivateur devienne producteur de quelques matières premières indus- 246 Le Canada français trielles, qu’il concentre ses activités vers la production de ce qui entre par les portes de fabriques, dont la demande est plus “élastique” que pour les aliments?Oui, c’est possible ! Nous devons approcher cette question de la même façon que les producteurs de viandes en conserves ont fait de cette industrie, au début bien misérable, une des plus lucratives du continent.Us sont arrivés à ce point après des recherches longues et dispendieuses, recherches qui leur ont montré finalement comment utiliser avec profit tous les déchets des abattoirs et comment transformer en argent toutes les parties des animaux entrant dans leurs usines.Aujourd’hui ils vendent.la viande en boîte même en bas du prix d’achat et font néanmoins des bénéfices énormes grâce à l’utilisation totale des déchets.Ils transforment les peaux et poils des animaux en cuir ou laine, en brosses, feutre, colle ou lanoline.La farine de viande, la farine de sang, les engrais organiques, des huiles lubréfiantes, les savons, la gélatine, l’oléomargarine, les cordes de violon et de raquettes de tennis, les peaux de tambours et les préparations pharmaceutiques (insuline, extraits de foie, etc.) proviennent des organes intérieurs de l’animal.Les calculs biliaires sont vendus en Chine comme talismans et les os fournissent des boutons, des porte-cigarettes et des suces pour l’espoir de la nation.L’heureuse entrée de la recherche chimique dans cette industrie est la cause de toute cette transformation.Si elle faisait la même chose avec notre agriculture ?H nous faut d’abord savoir s’il y a, comme dans l’industrie des viandes, des déchets dans l’agriculture, que le cultivateur utilise mal ou pas du tout.Il y en a certainement.Dans une entreprise économique et bien organisée les déchets n’ont pas leur raison d’être.C’est vrai que la nature nous gâte beaucoup par sa fécondité et une richesse extraordinaire en ressources naturelles ; mais ce n’est pas une raison de gaspiller nos ressources ; il faut plutôt penser à l’avenir, au temps où ces ressources commence- L’avenir de l’agriculture au Canada 247 ront à s’épuisser.Il faut le dire et redire au peuple : le gaspillage est le plus grand défaut d'une nation.Voici seulement un exemple : pour chaque livre de blé d’Inde écossé il y a approximativement une livre et demie de déchets sous forme de tiges et de feuilles ; pour chaque livre de blé récolté et battu il y a deux livres ou plus de paille ; des proportions semblables de paille sont produites par les autres céréales et nous trouvons aussi des déchets considérables dans la culture de la pomme de terre.On me dira peut-être que les tiges de blé d’Inde et la paille ne peuvent être rangées parmis les déchets d’une ferme bien organisée.Voici ces objections : les tiges de blé d’Inde servent généralement à l’alimentation des animaux, sont donc utilisées.Aussi la paille peut servir, selon des recherches assez récentes, soit comme aliment pour le bétail, soit comme engrais naturel, dans les deux cas après la désagrégation de la silice incrustante par des procédés chimiques.En réalité ces objections sont bien moins graves.Si l’on calcule d’après l’analyse chimique le prix de l’unité d’azote, de phosphore et de potassium, l’on constate que l’application de la paille comme engrais naturel n’est pas économique du tout, en considérant la fertilité diminuée du sol et les frais du traitement postérieur.D’autre part, il n’est pas raisonnable d’employer ces “ déchets ” pour l’alimentation des animaux domestiques en considérant la valeur des unités nutritives d’un côté et les frais du traitement chimique de l’autre côté.Encore, une telle alimentation n’est pas économique, vu qu’une plus grande production en viandes et produits laitiers n’est pas désirable — le marché étant “ inélastique ” —, tout cela à condition seulement que l’industrie chimique sache transformer ces déchets en produits de plus haute valeur que leur valeur initiale en unités nutritives ou fertilisantes.Aussi la question de la fertilité du sol, fortement diminuée par ces déchets, est de première importance.La terre du cultivateur est comme son carnet de banque ; il ne peut en sortir plus que le versement primitif et les dépôts su b- 248 Le Canada fbançais séquents.Dès que ou avant que la fertilité primitive de la terre soit épuisée, il est nécessaire d’ajouter constamment les sels nutritifs en réalisant pleinement la vérité de la parole d’un vieux chimiste : “ Une bonne terre est une bonne place pour mettre des engrais Il doit être sûr aussi que la fertilité enlevée par les cultures est plus que contre-balancée par la fertilité additionnée sous forme de légumineuses, d’engrais naturels ou chimiques, de sorte que la balance de fertilité se trouve toujours sur la page de crédit.Si le cultivateur pouvait donc vendre à l’industrie les déchets de sa terre et acheter avec le montant reçu assez d’engrais pour remplacer la solde de fertilité, ce serait déjà un succès.S’il peut les vendre plus cher, il sera un homme à l’aise comme il mérite de l’être.Les possibilités pour ce nouveau genre d’activité industrielle sont très encourageantes.Nous savons déjà maintenant que l’extraction et la fabrication de plus de 200 produits chimiques avec des tiges de blé d’Inde est possible, et que la paille pourrait nous fournir toute la gamme des produits innombrables que l’on retire aujourd’hui du goudron de houille.Nous savons aussi que la cellulose de ces deux sortes de déchets pourrait remplacer en partie ou totalement la cellulose du bois pour la fabrication du papier.Mais d’içi à la réalisation générale de ces problèmes il nous reste un grand pas à faire et le succès de ce nouveau développement est entièrement basé sur les recherches chimiques.Les chimistes qui seront responsables de cette nouvelle compétition industrielle ne connaissent ni les limites de leur propte force ni les règles conservatrices des vieilles méthodes de production.Quand ils trouveront possible de faire de la cellulose, de la pulpe, du papier, de la soie artificielle ou autres produit avec les déchets de la ferme à meilleur marché ou de meilleure qualité que cela se fait actuellement, le manufacturier de produits du bois sera forcé de rencontrer le nouveau prix et la nou- L’avenir de l’agriculture au Canada 249 velle qualité.La bataille dans l’industrie chimique est une bataille de trente sous ! Je voudrais condenser en trois points essentiels : le programme de recherches chimiques à entreprendre dans le but de remonter l’agriculture au niveau qui lui convient 1) Recherches systématique sur la fertilité du sol, afin de savoir quel principe fertilisant et quelle quantité de chaque principe il faut appliquer à une récolte donnée pour éviter beaucoup de gaspillage.2) Recherches pour trouver les meilleurs procédés synthétiques pour la fabrication des engrais azotés et phosphatés.Pourquoi les acheter plus longtemps de l’étranger si nous pouvons les faire meilleur marché chez nous ?3) Recherches sur les possibilités de faire entrer les déchets de la ferme dans l’industrie chimique.Le premier point est relativement simple, ce n’est qu’une question purement analytique ; le deuxième est déjà plus compliqué, vu que c’est une question de capital, quoique les conditions économiques d’une telle entreprise nous sont très favorables.Le troisième point demandera des recherches infatigables de presqu’une génération de chimistes, des sacrifices individuels, de la patience et de l’encouragement de la part des intéressés et du public en général.Sans vouloir toucher les recherches de la première et de la deuxième catégorie, je me borne à exposer ici les travaux et les résultats des recherches de la troisième catégorie en y ajoutant quelques spéculations théoriques et des projets d’avenir.L’importante question de la cellulose s’impose en premier lieu ; nous vivons même dans le siècle de la cellulose.La consommation de papier a augmenté de 450% dans les derniers 25 ans et le prix du bois de pulpe s’est triplé dans le même espace de temps, tandis que le prix du bois de construction n’est monté que de 150%.Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.D’un autre côté, nos réserves de cellulose diminueront assez rapidement, si la consommation continue 250 Lb Canada français à augmenter d’une façon aussi alarmante.C’est vrai que le gouvernement s’est rendu compte de cet état de choses et lance une heureuse campagne de reboisement systématique ; mais même cela ne nous avancera pas beaucoup.Si nous constatons la lenteur de la production de cellulose dans nos forêts — en moyenne 50 tonnes de bois (équivalant approximativement à 25-30 tonnes de cellulose) par acre dans 30 ans, et 125 tonnes de bois par acre dans 60 ans — il est facile de constater, sans trop pénétrer dans les détails de la situation forestière, que cette lente croissance de nos arbres sera un beau jour en disproportion avec la demande de papier et d’autres matières cellulosiques.Quoique nos réserves forestières puissent suffire pour l’exigence de plusieurs siècles, il est sage de voir des maintenant pour d’autres sources de cellulose.Nous les trouverons sur la ferme ! Le blé d’Inde, le blé et les autres céréales sont aujourd’hui cultivés exclusivement pour le grain.‘Dans quelques années, au fur et à mesure que les recherches chimiques avanceront, ces cultures seront encore bien plus payantes, car elles sont appelées à faire une heureuse compétition à la cellulose du bois comme matières premières pour la fabrication du papier.Le premier pas dans cette direction est déjà fait et le succès garanti.Aujourd’hui notre province à elle seule pourrait produire sans beaucoup d’efforts 50,000 acres de blé d’ïnde.Après la récolte du grain, il nous reste, d’après les statistiques, en moyenne 2800 livres de tiges et feuilles par acre, donc 70.000 tonnes pour la production totale.En déduisant 50% pour le poids des feuilles et des cosses, nous avons encore 35.000 tonnes de tiges, prêtes à être vendues au manufacturier.En admettant encore une teneur de 33% d’humidité, cela nous donne approximativement 12,000 tonnes de matières sèches avec une richesse moyenne de 30% de cellulose ; nous pourrions donc compter déjà maintenant sur une production de 3600 tonnes de pulpe, donnant un papier de luxe d’un beau fini, ou,— si nous ne voulons pas faire du tort à nos braves bûcherons,— sur les matières L’avenir de l’agriculture au Canada 251 premières nécessaires à la fabrication chez nous de plaques isolantes pour la construction (comme le célotex, etc) ; au lieu d’en acheter de l’étranger nous pourrions même en exporter ! Il est intéressant de se faire une idée de la valeur des tiges de blé d’Inde pour le manufacturier et pour le cultivateur.Si nous considérons le prix actuel du bois de pulpe et le rendement moyen en pulpe d’un côté et le rendement des tiges de blé d’Inde en pulpe de l’autre côté, un manufacturier peu facilement payer jusqu’à $8.00 la tonne de tiges, rendues à l’usine.Par contre, la valeur de ces tiges pour le cultivateur est bien inférieure : d’après l’analyse nous pouvons fixer la valeur de fertilité enlevée au sol par tonne de tiges à $2.00 pour l’azote, $0.11 pour l’acide phosphorique et $0.81 pour la potasse ; en tout donc $2.92 de déficit de fertilité.En réalité, ce chiffre est bien trop grand ; la valeur des unités fertilisantes retournées au sol est bien moins considérable.Ajoutons encore au maximum $3.12 de frais de récolte, ce qui est suffisant d’après des expériences récentes, et nous constatons immédiatement que nous avons là un projet prometteur pour le cultivateur : il vendrait avec profit un produit de sa terre jusqu’à présent mal utilisé.Cet exemple un peu détaillé doit suffire.D’une façon tout à fait semblable il est aisé de démontrer que l’utilisation de la paille de blé et d’autres céréales pour l’extraction de la cellulose est un autre problème donnant un résultat économique encore plus réjouissant.La teneur de la paille en cellulose varie entre 35-50% pour les différentes variétés de céréales, et le prix que le manufacturier pourrait payer peut monter jusqu’à $10.00 par tonne, en se basant sur des calculs analogues.Vu les quantités énormes de paille absolument non utilisées, surtout dans l’ouest canadien, ce projet est trop beau pour ne pas songer à sa réalisation rapide.Dans d’autres pays on a reconnu toute l’importance de ce problème et l’on fabrique avec de la paille un très bon papier, même là où les quantités disponibles sont bien moins considérables. 252 Le Canada français L’idée de remplacer la cellulose du bois par des sous-produits de la ferme n’est pas l’unique but des recherches scientifiques.Un autre champ d’application s’ouvre devant nous si nous considérons que les plantes annuelles de nos terres sont de composition chimique pratiquement identique à celles des plantes pré-historiques desquelles le charbon s’est formé durant l’ère carbonifère il y a des millions d’années.Si l’on réussit à introduire quelques déchets agricoles comme substitut du charbon, la lutte contre la terrible menace de manquer un jour de combustible, sera chose facile.En effet, des expériences récentes ont montré que les tiges de blé d’Inde et la paille de toutes les variétés de céréales donnent, tout comme le charbon, par chauffage dans des cornues un bon gaz d’éclairage et comme produit secondaire du goudron de composition semblable au goudron de houille.Les principaux constituants de ce nouveau “ gaz d’éclairage ” sont le dioxyde de carbone (30%), le monoxyde de carbone (26%), l’hydrogène (26%) et le méthane (15%).Sa production n’est pas dispendieuse, elle ne coûte qu’une cent par 1690 unites de chaleur britannique (B.T.Y.) et aussi le rendement par tonne de paille est fort satisfaisant, à savoir : 12000 pieds cubes de gaz purifié de 400 B.T.U.640 livres de charbon résiduaire, 15-20 gallons de goudron (huile de paille), 400 livres de pois et une certaine quantité de liqueur ammoniacale.Le goudron obtenu se compose principalement d’acide carbonique et d’une foule d’autres composés que 1 on peut employer dans la fabrication de ciments de toiture, d émaux de peintures, de produits pharmaceutiques, d’insecticides, de germicides, de matières colorantes, etc.Le succès de telles entreprises est évident, spécialement dans nos régions de l’ouest où les combustibles sont bien souvent rares et dispendieux.Une autre question qui doit nous intéresser est l’utilisation économique des épis de blé d’Inde qui s’amassent à la L’avenir de l’agriculture au Canada 253 porte des fabriques de conserves alimentaires à raison de 14 livres par boisseau de blé d’Inde, formant ainsi des déchets embarrassants (1930 tonnes d’épis pour la récolte de 1928 dans Québec).Leur utilisation serait des plus intéressantes.La Forge a déjà montré que 100 tonnes d’épis (coûtant $1.00 la tonne) donnent par distillation avec certains produits chimiques 75 tonnes d’une matière résineuse, 35 tonnes de cellulose, 3 tonnes d’acétate de calcium et \}/2 tonne de furfural ; en plus, une autre quantité de furfural peut être obtenue par un traitement à l’acide d’une partie des matières résineuses.Le furfural est déjà maintenant, grâce à ses développements, un produit chimique important ; dans quelques années seulement son prix est descendu de S30.00 à 10 cents la livre.Il peut servir avantageusemnat à la fabrication de résines artificielles, de matières colorantes, de combustible pour les moteurs d’automobiles, etc.Des recherches pour trouver d’autres applications à ce produit exclusjf de l’agriculture sont de première importance et il n’est pas à douter que ce sera dans quelques années un produit utilisé dans mille applications.Plus encore, un fabricant de Chicago lance depuis quelque temps sous le nom de “ Kalkite ” un produit isolant pour les maisons déjà construites et habitées, à appliquer avec succès sans incommoder les locataires.Ce “ Kalkite ” est fabriqué essentiellement avec des épis de blé d’Inde pulvérisés, avec du sulfate de calcium, des déchets de papier et des produits chimiques le rendant à l’épreuve du feu et de la vermine.Encore là quelque chose de beau à entreprendre.L’économie et l’importance des matières isolantes pour les constructions dans nos régions ne sont pas à discuter.Les réserves d’isolants naturels (liège) sont très limitées ; nous avons donc aussi ici un vaste champ pour les recherches.Le “ Célotex ”, fait aux États-Unis avec des déchets provenant de la canne à sucre, a fait son chemin et n’est plus à recommander.Mais nous serons capables de produire chez nous une marchandise de la même qualité encore une fois 254 Le Canada français avec des tiges de blé d’Inde et de la paille.Une tonne de ces tiges nous fournirait à peu près 2000 pieds carrés de plaques isolantes.L’état actuel de notre agriculture demande de l’aide immédiatement ; d’autres part la réalisation de tous ces projets demande évidemment beaucoup de temps ; en attendant, s'ans vouloir atteindre la perfection et l’économie extrême, nous pourrions toujours améliorer les méthodes et procédés actuellement en usage.Sans entrer dans les détails, il serait chose facile de vulgariser rapidement le nouveau procédé, appelé “ ADCO ”, ayant pour but de rendre quantitativement au sol toutes les unités fertilisantes enlevées par la paille, c’est-à-dire de transformer la ppille par un traitement chimique en un engrais artificiel et d’éviter ainsi beaucoup de gaspillage.L’application de ce procédé est simple, peu coûteuse et peut être faite facilement surplace.C’est vrai que le cultivateur, en faisant une bonne litière, utilise déjà maintenant de la paille comme engrais naturel ; m iis c’est là un procédé très peu économique, vu qu’un f lible pourcentage seulement des unités fertilisantes est désagrégé pour retourner ensuite au sol.En plus, on pourr-it encore introduire rapidement un procédé anglais, d’après lequel il est relativement facile d’enlever à la paille les incrustations nuisibles de silice et de produire ainsi un aliment riche en hydrates de carbone, protéines et sels pour les animaux.Ce nouveau substitut pour le foin serait certainement bienvenu, surtout pendant nos hivers durs et longs.Un autre point que je voudrais toucher en passant est la culture générale de plantes oléagineuses qui mérite une attention toute spéciale.Les chiffres de consommation sur le marché mondial augmentent d’une façon extraordinaire et le Canada figure à peine dans cette production.Beaucoup de nos terres se prêtent fort bien à une culture profitable du lin, de la navette (pour l’huile de colza), du soya, du soleil, etc.Ces huiles végétables sont aujourd’hui très demandées pour la fabrication d’huiles lubréfiantes, de sa- L’avenir de l’agriculture au Canada 255 vons, de peintures à l’huile, de prélarts, aussi pour l’affinage des fibres textiles, etc.Après ce petit exposé il nous est facile de constater que le cultivateur peut réellement devenir producteur de matières premières pour l’industrie chimique.Pour arriver à ce but ultime nous aurons beaucoup de difficultés à vaincre.Il est agréable de constater que la confiance du public en nos jeunes institutions scientifiques et que la bonne volonté et la direction prévoyante de nos gouvernants ne nous manquent pas.Mais cela ne suffit pas ; pour la réalisation rapide d’une œuvre nationale de cette importance il faut encore l’union de ces deux parties avec la recherche chimique bien conduite.L’union fait la force, dans la vie publique tout comme dans la vie scientifique ! Joseph Risi,
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