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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Les grands triomphes de la prière
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1930-10, Collections de BAnQ.

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Vol.XVIII, No 2.Québec, Octobre 1930.LE CANADA FRANÇAIS .* Publication de l'Université Laval LES GRANDS TRIOMPHES DE LA PRIÈRE1’ L histoire de la religion, la vie de l’Église et de ses saints, sont tissées de faits qui attestent l’exceptionnel crédit dont jouissent auprès de Dieu, les intercesseurs les mieux qualifiés, les solliciteurs les plus zélés et les plus constants.C’est, tout ensemble, sur les individus et sur les collectivités que se déverse le fruit de ces interventions salutaires.Nous nous bornerons à rappeler ici, outre ceux que nous avons déjà cités, quelques-uns, seulement, des exemples les plus saillants de l’extraordinaire puissance de la prière: exemples choisis sous la Loi ancienne et sous la Loi nouvelle, et qui montrent jusqu’à quel degré d’influence et jusqu à quels triomphes étonnants les âmes pieuses, dans leur œuvre de supplication, peuvent aspirer.I On sait par un chapitre de l’Exode comment les Hébreux, sortis miraculeusement de l’Égypte et attaqués par les Amalécites, réussirent finalement a vaincre leurs ennemis.Cette victoire fut l'effet de la prière persévérante de Moïse.(1) ( et article est détaché dune série d’études sur la Prière que l’auteur publie actuellement dans la Rerue Eucharistique des RR.SS.Franciscaines Missionnaires, Grande-Allée. 74 Le Canada français Moïse, Aaron et Hur montèrent sur le haut d'une colline.Et lorsque Moïse tenait les mains élevées, Israël était victorieux; mais lorsqu'il les abaissait un peu, Amalec avait Vavantage.Pour remédier à sa fatigue, Aaron et Hur lui soutinrent les mains ; lesquelles ne se lassèrent point jusqu'au coucher du soleil.(1) Et c’est grâce à cette attitude suppliante que les Hébreux, sous la conduite de Josué, triomphèrent d’Amalec.Quoi de plus dramatique que le récit des inconstances et des infidélités du peuple juif, comblé de biens par le Seigneur, oublieux des faveurs reçues, châtié et repentant, récidiviste et sauvé par les instances multipliées de son Chef ! Voyant les fautes très graves de ce peuple prévaricateur, Jéhovah s’indigne ; il n’admet pas d excuses ; il veut exterminer la nation cpii l’a trahi.Moïse, désole, gravit la montagne sainte d’où le Très-Haut fulmine ses anathèmes ; et, prenant des accents d’une hardiesse émue, il s'écrie : (2) Seigneur, pourquoi votre fureur s allume-t-elle contre votre peuple que vous avez, avec un si beau déploiement de force, fait sortir de l'Égypte ?Ne permettez pas, je vous prie, que les Egyptiens insultent, par leurs railleries, à votre nom.Que votre colère s’apaise ; pardonnez à votre peuple.Souvenez-vous d’Abraham, d'Isaac et d’Israël, vos serviteurs, à qui vous avez promis de multiplier leur race et de lui assurer pour jamais la possession de la terre promise.Et le Seigneur, dit le texte sacré, s’apaisa.Après une absence prolongée de quarante jours, où il s’était appliqué, non sans succès, à fléchir Dieu, Moïse descendit de la Montagne, tenant en mains les tables du témoignage de l’alliance contractée entre le Seigneur et son peuple.Mais, s’étant aperçu des chants et des danses sacrilèges que l’on exécutait, superstitieusement, autour d’un veau d’or, l’illustre Chef israélite entra, dit l’Écriture, dans une grande colère ; il brisa les tables du témoignage, jeta l’idole (1) Ex.XVII, 10-12.(2) Ibid., XXXII, 11-14. LES GRANDS TRIOMPHES DE LA PRIERE 75 au feu, et, remontant vers le Seigneur de nouveau irrité, reprit la tâche de calmer son courroux, et n’hésita pas, s’il le fallait, à s’offrir lui-même en sacrifice.Ce peuple, lui dit-il, (1) a commis un péché très grave, il s’est fait des dieux d’or ; mais je vous conjure de lui pardonner cette faute.Que si vous ne le faites pas., effacez-moi du livre que vous avez écrit.Dieu, tout en se réservant de punir plus tard les coupables, accorda à la race qui allait survivre le pardon demandé, et renouvela avec elle l’alliance si grandement compromise.(2) * * * Autre exemple remarquable de l’efficacité de la prière.La lutte de David contre Goliath est dans toutes les mémoires.Son succès merveilleux restera, aux yeux des générations croyantes, comme le frappant symbole des victoires remportées par le droit sur la force, par le courage sur l’orgueil, mais surtout par la prière confiante sur l’injustice et l’impiété.Ce fut, en effet, par-dessus tout au secours divin, imploré avec une foi ardente, que David dut la gloire immortelle de pouvoir coucher dans la poussière l’ennemi insolent de sa religion et de sa nation.La Bible, en rapportant ce duel épique, le marque explicitement.Séparé, y est-il dit, (3) des enfants d Israël, David, dans sa jeunesse, joua avec les lions comme avec des agneaux.N’est-ce pas lui qui tua le géant et enleva l’opprobre du peuple ?Levant la main, il terrassa avec une pierre de sa fronde l'insolence de Goliath ; car il invoqua le Seigneur tout-puissant, qui donna à sa main de renverser cet homme redoutable.Ces dernières paroles montrent bien qu il faut chercher dans la prière de David (4), plus encore que dans sa force et son habileté à manier la (1) Ibid., XXXII, 31.(2) Ibid., XXXIII - XXXIV.— Cf.Num.XVI, 47-4S (3) Eccli.XLVII ; — cf.1 Reg.XVII.(4) 1 Reg.XVII, 37. 76 Le Canada français fronde, le secret de son succès et de son triomphe, la mise en déroute de l’armée entière des Philistins, et le salut du peuple d’Israël.* * t Un fait analogue nous est offert dans l’histoire de la femme courageuse qui trancha la tête d’Holopherne.Cet exploit fameux qui fit d’une simple veuve, Judith, l’une des plus glorieuses héroïnes de l’antiquité et la libératrice de sa nation, mérite les plus grands éloges.Le dévouement et l’intrépidité de cette femme ne sauraient être trop admirés.Ce que, toutefois, nous voulons mettre en particulière évidence, c’est le rôle prépondérant joué par la prière dans l’épisode dont nous parlons, et qui fut l’un des plus mémorables de la vie du peuple juif.Judith, sans dévoiler le dessein généreux qu’elle avait conçu pour sauver les siens, les exhorte d'abord à prier.Humilions, dit-elle (1), nos âmes devant le Seigneur, prions-le avec larmes de nous faire éprouver sa miséricorde en la manière qu'il lui plaira.Nous n'avons point suivi les péchés de nos pères qui ont adoré des dieux étrangers.Nous ne connaissons qu'un seul Dieu.Attendons humblement ses consolations ; il nous sauvera des maux que nos ennemis nous infligent.Puis, la sainte femme, entrant dans son oratoire, et se revêtant d’un cilice, adresse au Très-Haut une longue et fervente prière d’où nous détachons ces magnifiques paroles (2) : Votre puissance, Seigneur, n'est point dans le nombre des soldats, ni dans la force des chevaux ; et l’orgueil des superbes vous a déplu dès le principe ; mais vous avez toujours agréé la prière des humbles et des doux.Dieu des deux, Créateur des eaux, Seigneur de toute créature, souffrez que j'implore, du fond de ma misère, votre miséricorde : exaucez-moi.Souvenez-vous de votre alliance ; mettez sur mes lèvres les (1) Judith, VIII, 16-20.—-Cf.ibid., IV, où l’on a le spectacle de tout un peuple à genoux pour implorer le secours du Ciel.(2) Ibid., IX, 16-19. Les grands triomphes de la prière 77 paroles nécessaires, et soutenez et fortifiez, dans l’intérêt de votre gloire et de votre maison, les résolutions de mon cœur.Nous savons l’effet de cette prière, et comment le général des Assyriens fut décapité, son armée anéantie, la fortune d’Israël relevée, et toute la nation juive réjouie, rassurée et consolée.C’est alors que Judith, sous l’empire de l’Esprit divin, composa un hymne d’action de grâces considéré comme l’une des plus belles productions poétiques de la littérature hébraïque.L’héroïque veuve y déclare, en termes émus et reconnaissants, que c’est le Seigneur tout-puissant qui a frappé Assur, qui l’a livré entre les mains d'une femme et l’a transpercé.(1) * * * Sous le roi Ézéchias, les Hébreux se virent un jour très gravement menacés par l’impie Sennachérib, souverain d’Assyrie (2).Saisi d'effroi, Ézéchias monta au temple et se mit en prière : Seigneur des armées, dit-il, Dieu d’Israël, dont le trône s’élève au-dessus des Chérubins, vous êtes seul maître de tous les royaumes du monde ; c'est vous qui avez fait le ciel et la terre.Penchez votre oreille et écoutez ; ouvrez les yeux et voyez.Avec quelle audace Sennachérib ose blasphémer le Dieu vivant ! Daignez, Seigneur notre Dieu, nous délivrer de sa main, et apprenez à tous les grands de la terre que vous êtes le seul Seigneur.La réponse de Jéhovah ne se fit pas attendre.Elle fut transmise au roi par le prophète Isaïe.Elle était, pour son peuple, l’annonce d’une protection divine éclatante, ainsi que la prédiction d’un désastre pour l’armée ennemie.En effet, dit le texte inspiré (3), l’ange du Seigneur sortit et frappa cent quatre-vingt-cinq mille hommes dans le camp des Assy- (1) Ibid., XVI, 7.(2) Is., XXXVII.(3) Ibid., 36. 78 Le Canada français riens.Et quand on se leva le matin, c'étaient tous des cadavres sans vie.II Sous la loi de grâce inaugurée par Jésus-Christ, qui pourrait narrer tous les faits majeurs, tous les événements extraordinaires et tous les résultats décisifs, dus à la prière ?Sur le berceau même de l’Église rayonne cette surnaturelle influence.Jacques, frère de Jean, venait de tomber sous le glaive d’Hérode.Pierre, chef du collège apostolique, avait été jeté dans les fers, et l’on redoutait pour lui le même sort.Il était gardé dans la prison, disent les Actes (1) ; mais l’Eglise faisait sans interruption des prières à Dieu pour lui.Or, la nuit du jour où H érode devait le faire comparaître, Pierre, lié de deux chaînes, dormait entre deux soldats, et des sentinelles devant la porte gardaient la prison.Fout à coup, un ange du Seigneur apparut au milieu d’une vive lumière, et touchant Pierre au côté, l’éveilla en disant: Lève-toi vite; et les chaînes tombèrent de ses mains.L’ange lui dit : Mets ta ceinture et tes sandales.Il le fit, et l’ange ajouta : Enveloppe-toi de ton manteau, et suis-moi.Pierre sortit, et le suivit.Et c’est ainsi que la prière fervente des fidèles, en brisant les liens qui enchaînaient dans l’apôtre Pierre (2) la liberté de l’Église, présageait pour l’avenir du christianisme et le salut des âmes, une série ininterrompue de triomphes, visibles et invisibles, de la grâce et de la puissance divine sur les forces coalisées de l’enfer.* * * Dans un autre ordre de faits, citons, comme exemple des ressources mystérieuses et souveraines dont la prière (1) XII, 5-9.a (2) La prière fit également, par un miracle, tomber les chaînes d'un autre apôtre fondateur, saint Paul (Act.XVI, 24 et suiv.). Les grands triomphes de la prière 79 dispose, la conversion longtemps attendue, mais éclatante, du fils de sainte Monique.L’orgueil de l’esprit, les attraits du monde, les servitudes de la chair : tout semblait devoir à jamais retenir Augustin loin de cette religion du Christ qui, par la voix pressante de sa mère, ne cessait de le solliciter, mais dont les dogmes et les préceptes allaient au rebours de ses idées, de ses ambitions et de ses passions.Et pourtant le jour vint où, dans l’âme de l’hérétique obstiné, du libertin invétéré, une révolution totale se fit, comblant les vœux les plus chers, réjouissant le regard des anges et de toute la Cour céleste, et préparant à l’Église catholique l’un de ses plus grands docteurs et de ses plus illustres saints.Un vieil évêque d’Afrique consulté par sainte Monique au sujet de son Augustin, lequel s’enfonçait chaque jour davantage dans l’erreur et le mal, l’avait rassurée par ces paroles fameuses : “ Priez, priez ; il est impossible que le fils de tant de larmes périsse.” C’est ce programme de prières, baigné des pleurs quotidiens d’une mère aimante et vaillante, qui, au témoignage d'Augustin lui-même, opéra le prodige tant désiré.“ A quoi, s’écriera-t-il plus tard (1),à quoi eussent servi, ô mon Dieu, de telles prières, si vives, si constantes, qui ne cherchaient que vous ?Dieu de miséricorde, auriez-vous donc méprisé les humbles soupirs d’une veuve chaste, sobre, empressée à l’aumône, dévouée à vos saints, unissant tous les jours l’offrande de son cœur à l’offrande de votre autel ?Auriez-vous méprisé les larmes qu’elle versait en priant, non pour obtenir de l’or, de l’argent, des choses périssables, mais pour vous demander l’âme de son fils ?” Cela, répond Augustin, n’était pas possible ; et voilà pourquoi nous avons raison d’attribuer aux supplications de Monique la conquête, par l’Église du Christ, du célèbre génie africain.(1) Conf., V, 9. 80 Le Canada français * * Ce que fut saint Augustin dans l’exposition et la défense des dogmes du catholicisme, Clovis, premier chef des peuples gallo-francs, le fut dans la fondation et l’élaboration de la société chrétienne.Et de même que les prières d’une mère contribuèrent à orienter vers la vérité divine l’un des esprits les plus élevés et les plus pénétrants dont le monde s’honore, ainsi la Providence voulut se servir des prières d’une épouse pour convertir l’homme qui allait établir, sur de fortes traditions de foi et de dévouement à l’Église, l’un des plus nobles États chrétiens.Clovis résista d’abord aux exhortations et aux exemples de sa pieuse femme, Clotilde.Fier Sicambre, vainqueur de la puissance romaine, il professait plus de confiance dans les divinités de ses pères que dans le Christ mort sur une croix.Mais Clotilde, dans sa foi profonde, ne cessait de prier et d’espérer.Un jour, dans les plaines de Tolbiac, se voyant pressé et mis en danger par un ennemi résolu, et constatant l’impuissance humiliante de ses dieux à le secourir, l’âme soudain touchée par la grâce, le roi franc leva les yeux au ciel et s’écria (1) : “ Jésus-Christ, vous que Clotilde appelle le fils du Dieu vivant, s’il est vrai que vous protégez ceux qui vous invoquent et que vous leur donnez la victoire, j’implore votre assistance.Faites-moi triompher de mes ennemis, et je croirai en vous, je me ferai baptiser en votre nom.J’ai prié mes dieux, et ils n’ont point su m’exaucer ; à vous de m’arracher au péril.” A peine Clovis eut-il terminé cette prière que le combat changea de face.Ses soldats qui pliaient et se débandaient, reprirent courage ; et l’armée adverse fut bientôt vaincue et forcée de se rendre.Le vainqueur tint parole ; et son baptême , administré par l’archevêque de Reims, marqua dans les annales du (1) S.Grég.de Tours, Hist.Franc-, 1.II, ch.30 (Patr.Migne, t.71). Les grands triomphes de la prière 81 monde politico-religieux le début d’une ère éminemment glorieuse pour l’Église catholique et pour la nation française.C’est ainsi, selon la remarque d’un auteur, que la France chrétienne est sortie d’une double prière, la prière de Clo-tilde et celle de son royal époux.(1) * * * Tout a été dit sur la carrière merveilleusement belle de Jeanne d’Arc.On a célébré en elle, du haut des tribunes les plus célèbres et par les voix les plus éloquentes, la vierge pure et tendre, l’humble bergère, puis l’héroïne vaillante, inspirée, la guerrière victorieuse, la chrétienne fidèle à l’Église, la française loyale envers son roi, la libératrice admirable de sa patrie, et enfin la prisonnière malheureuse, la victime innocente et résignée d’une infâme trahison.Et, pour couronner tant de gloire, l’Église, de ses mains augustes, a posé sur le front de cette jeune fille de dix-neuf ans l’authentique fleuron de la vertu intacte et d’une indiscutable sainteté.Quel destin sublime ! Et avec quels véridiques accents les historiens français ont maintes fois reconnu, dans l’héroïsme de la pucelle d’Orléans, non seulement le courage chevaleresque qui sauva la France de l’invasion étrangère, mais l’intervention toute providentielle qui permit à la fille aînée de l’Église de conserver son individualité et de poursuivre à travers les âges sa mission bienfaisante et civilisatrice ! Or, lorsque nous recherchons les causes profondes de cet événement historique si étonnant dans sa nature et dans ses résultats, nous ne pouvons nous empêcher d’y apercevoir, avec la main de Dieu, l’influence secrète de l’invocation divine.(1) Nous sommes contraints, pour ne pas être trop long, de laisser de côté les succès très remarquables remportés, au moyen de la prière, par saint Dominique contre les Albigeois. 82 Le Canada français Déjà, sous son habit de bergère et à son insu, Jeanne, par ses oraisons, disposait le Ciel en faveur de sa patrie, la France.“ Dès ses plus jeunes années, a écrit Mgr Pie (1), elle fut immaculée dans sa voie ; l’exquise sensibilité de ce cœur si tendre ne s’épancha jamais que sur des objets innocents ou sacrés, comme ces fontaines qui n’égarent jamais hors de leur lit leurs ondes limpides.Si ses doigts tressaient en guirlandes les fleurs des champs, c’était pour en couronner l’image chérie de Notre-Dame-de-l’Ermitage.Elle priait tendrement sous les ombrages du vieux chêne ; mais l’accent religieux des cloches dont elle ne voulait pas perdre une seule vibration, venait-il frapper son oreille pieuse, ses délices étaient de courir à l’église du village pour y prier encore, y pleurer, et se cacher à l'ombre des autels.” Cet esprit d’union à Dieu ne l’abandonna, ni dans la mêlée des batailles, ni dans le désordre des camps, ni dans la prison et sur le bûcher.En même temps, d’autres âmes pieuses, par leur ferveur et leurs oraisons, communiaient avec elle.Et c’est pourquoi le salut de la France, dont Jeanne fut l’ouvrière principale et suscitée d'en-haut, doit être considéré comme l’un des plus beaux et des plus prodigieux triomphes de la prière.* * * La prière, par Jeanne d’Arc, sauva la France chrétienne.Par Pie V et les hommes de foi que ce grand Pape groupa sous les drapeaux du Christ, elle garantit de 1 un des périls les plus redoutables la chrétienté entière.La lutte était engagée entre l’Evangile et l’Islamisme, entre la civilisation et la barbarie.Les Turcs, dans leur orgueil, méditaient la conquête de l’Europe.Ils avaient essayé leurs forces et remporté de trop nombreux avantages.Le royaume de Chypre, convoité par eux comme une étape dans leur (1) Oeuvre», t.I (ICe éd.), p.12. Les grands triomphes de la prière 83 marche victorieuse, venait de tomber entre leurs mains.Le danger était imminent.Placé à la tête du monde catholique et conscient de son devoir, le saint Pontife Pie V comprit l’urgente nécessité d’opposer aux forces musulmanes des forces chrétiennes capables de tenir en échec l’ennemi invétéré du christianisme.Il ne négligea rien pour réveiller la foi des princes et des peuples, et pour rallier autour de la cause sacrée dont il était le protagoniste, tous les suffrages et tous les efforts.Mais ce fut dans la prière qu’il mit son suprême espoir.L’histoire a enregistré le nom glorieux de Lépante, et le récit de la bataille décisive qui s’y livra.Pendant ces heures mémorables, Pie V se tint présent en esprit sur le théâtre des hostilités.“ Sa pensée accompagnait tous les mouvements de la flotte, et ses vœux en devançaient la marche ; nuit et jour, ses plus ardentes prières la recommandaient au Tout-Puissant.Lorsqu’il jugea que les confédérés pouvaient être en mesure de rencontrer les infidèles et d’engager enfin le combat, il multiplia ses austérités et ses aumônes.Les différentes maisons religieuses de Rome reçurent l’ordre de prier et de veiller, afin que les supplications s’exhalassent sans aucun intervalle au pied du très Saint Sacrement.Lui-même persévérait nuit et jour dans l’oraison, et, lorsque l’impérieuse nécessité du repos ou des affaires le ravissait à ses gémissements devant le Seigneur, il confiait à des hommes d’une dévotion exemplaire le soin de prier à sa place.” (1) — D’autre part, au moment d’engager le combat, Don Juan d’Autriche, commandant en chef des forces chrétiennes, arbora sur le vaisseau amiral l’étendard donné par le Saint-Père ; et, s’agenouillant devant lui, “il appela, avec les expressions de la plus profonde humilité, la faveur de Dieu sur ces valeureuses milices, dévouées à l’honneur de son saint nom.Dans le même instant, les religieux, placés en tête des navires, donnèrent le signal de la prière.D’un seul coup d’œil, on put voir d’in- (1) Comte de Falloux, Hist de saint Pie I' (2e éd.), t.II, pp.266-67. 84 Le Canada français nombrables rangs de soldats prosternés, à la face des infidèles, attachant leurs regards sur le crucifix, demandant pieusement que le pardon de leurs péchés précédât la gloire de leur mort ; puis, chacun, pénétré de la pensée qu’il tenait dans ses mains la délivrance de la Grèce et le salut de la patrie, se releva pour ne songer qu’à l’ennemi.” (1) On sait le reste : avec quel éclat les chrétiens triomphèrent de la puissance ottomane, et quelle joie immense la nouvelle de cette victoire (entrevue miraculeusement par le Pape) répandit dans l’âme du Saint Pontife et dans tout le monde chrétien.* * * Terminons cette revue sommaire des principaux faits de l’histoire religieuse où la prière eut une part manifeste, en mentionnant d’un mot le plus récent de tous: l’heureuse solution de la question romaine.Plusieurs causes, certes, contribuèrent à ce résultat dont le Pape et l’Église entière se félicitent si hautement.Il n’en est pas, croyons nous, dont l’action, après celle de Dieu, fut plus efficace que les prières ardentes et continues faites depuis soixante ans, dans tous les pays, aux intentions spéciales du Pontife romain.L.-A.Paquet, ptre.()) Id., ibid., pp.269-70.
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