Le Canada-français /, 1 novembre 1930, Une grande mystique
UNE GRANDE MYSTIQUE Dom Jamet poursuit son œuvre.Le deuxième volume de Marie de l’Incarnation paru déjà il y a quelques mois (1), abonde, comme le premier, en aperçus nouveaux.Des annotations originales, des notes nombreuses et riches, sont comme le cadre où se meut la figure si prenante, toujours neuve, de la grande mystique.Grande mystique ! Ce sont bien, en effet, les deux expressions qui se pressent tout naturellement sur nos lèvres en fermant cet artistique bouquin de plus de cinq cents pages.Grande mystique ! Mais oui.Il y a mystique et mystique.Un des caractères, ce semble, du mystique véritable, c’est cette facilité heureuse de passer de la contemplation à l’action.Facilité qui est preuve d’un incomparable équilibre et d’une réelle harmonie entre toutes les puissances.Dès lors, pas ce dédoublement que l’on rencontre chez les faux dévots.Sont-ils en prière tout va bien comme dans le meilleur des mondes.Leurs colloques avec Dieu semblent faire croire que cette adhésion au divin partout les accompagne et partout est la raison d’être de leur conduite.Erreur, erreur ! Voyez-les dans la pratique quotidienne.Us murmurent, ils critiquent un peu comme tout le monde, lorsqu’ils ont quitté la région sereine de la chapelle, de l’oratoire.Phénomène, au vrai, que l’on constate souvent, parce qu’il est de tous les jours.* * * Marie de l’Incarnation est tout entière à l’opposé de ces égoïstes spirituels, qui ne cherchent que la satisfaction de (1) Marie de V Incarnation, Tome deuxième, écrits spirituels de Tours (suite) écrits spirituels de Québec.Volume de 512 pages, couronné par l’Académie Française.Action Sociale Limitée, Québec. Une grande mystique 191 leur moi dans des actes d’une piété étrange, embarrassée, fatigante, sinon pour eux, certainement pour leur entourage.Lisez attentivement la suite des écrits spirituels de Tours et ceux de Québec , et vous verrez que ses rapports avec Dieu ne l’empêchent point de toucher le sol et ne lui font pas perdre la tête.C’est qu’elle ne cherche pas les consolations de Dieu mais plutôt le Dieu qui console.Sachant bien que ce Dieu, créateur de l’homme tout entier, apprécie trop ce qui fait sa supériorité, c’est-à-dire, la raison, pour demander de l’abdiquer à ceux qui le suivent.En vérité, des lectures comme celles-là sont l’antidote tout trouvé au mal assez contemporain qu’engendrent certaines pages mièvres, saturées d’un sentimentalisme creux, rêveur, ennemi de la réalité, et laissant croire que les contingences, les banalités de la vie ne peuvent atteindre les âmes authentiquement intérieures.Théorie pour le moins dangereuse, parce qu’elle dépouille l’homme pour ainsi dire de sa partie sensible.Ah ! partie sensible, que l’on appelle souvent pauvre guenille.Guenille, tant que l’on voudra, corps de mort, tant que l’on voudra, dont on ne peut cependant se désintéresser tout à fait dans l’œuvre de notre sanctification.Vieilles et opportunes vérités que nous rappelle Marie de l’Incarnation dans ses relations d’oraison.Son bon sens bien connu la préserve d’une spiritualité trop unilatérale qui abuse de l’analyse et néglige la synthèse, laquelle, est toujours le signe évident de la vérité.* * * Il faudrait plus que quelques pages pour donner un compte rendu satisfaisant de ce tome deuxième qui manifeste les rares et précieuses qualités du premier.Mais cette simple note suffira, espérons-le, pour convaincre à nouveau 192 Le Canada français le lecteur que notre Marie de l’Incarnation a trouvé en Dom Jamet un historien digne d’elle.Aussi bien les louangeuses critiques de son premier volume se renouvellent-elles a propos du second.De tous côtés on se dit extrêmement satisfait de ce travail si objectif qui place sous son angle véritable la Thérèse du Canada.Sachons infiniment gré au distingué bénédictin de ce travail ardu entrepris pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de son illsutre servante.Et, comme nous avons déjà eu l’occasion de l’écrire, tout le procédé scientifique déployé par le savant moine de Solesme pour retracer la trame des écrits spirituels de la célèbre fondatrice du monastère des Ursulines ne minimise en rien la haute sainteté de son héroïne.Car l’Église ne boude point le véritable progrès des sciences.Et elle est très reconnaissante aux découvertes modernes pour les immenses services qu’elles ont rendus et qu’elles rendent encore à l’hagiographie chrétienne.Nous souhaitons de tout cœur que Dom Jamet puisse mener à terme l’ouvrage si brillamment commencé.Entreprise gigantesque et lourde de responsabilités.Mais il est de taille à la couronner d’un plein succès.Les sympathies ne lui manquent point.C’est beaucoup même pour un historien ! Et il peut être assuré de compter toujours sur la bienveillance du peuple canadien qu’il a appris à connaître pour avoir vécu plusieurs mois à son contact.Arthur Robert, ptre.
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