Le Canada-français /, 1 avril 1931, Noms populaires de nos plantes
NOMS POPULAIRES DE NOS PLANTES'0 La Société du Parler Français, en m’envitant à vous entretenir pendant quelques minutes des noms populaires de nos plantes, a voulu vous servir de l’utile plutôt que de l’agréable.En effet, ce n’est pas lorsque les accords d’une musique réjouissante impressionnent encore nos oreilles, qu’il est bien encourageant pour moi de venir vous présenter une gerbe de plantes sauvages qui ne contient même pas les plus belles.Mais si ces plantes sans parfum ne valent pas les roses, les œillets et les chrysanthèmes dont vous ornez parfois vos demeures, elle peuvent être intéressantes au point de vue du vocabulaire canadien-français et cela suffit pour dissiper mes craintes.Voyons successivement quel est le caractère des noms de plantes, quel usage en font les gens du peuple et quel usage en font aussi les personnes instruites.I Le nom d’une plante possède une signification, du moins à l’origine.Il peut être tiré d’un caractère de forme, comme chez la Passiflore dont les organes floraux représentent grossièrement les instruments de la passion, d une particularité physiologique comme chez l’Impatiente, dont les fruits mûrs éclatent au toucher.Le mot Souci s’écrivait à l’origine “solsequi”, parce que ses fleurs ont la propriété de se tourner vers le soleil.La mythologie, la fable et l’histoire ont fourni un grand nombre de mots pour designer les plantes.Le mot Sarracénie qui désigne nos petits cochons de savane a été donné en souvenir du docteur Michel Sarrazin de Quebec, etc.(1) Travail lu à la séance du Parler français, le 3 février dernier. Noms populaires de nos Plantes 523 Les noms des plantes n’appartiennent pas à des individus mais à des espèces et comme une espèce est parfois largement distribuée, il s’ensuit qu’elle porte presque toujours plusieurs noms parce que le peuple qui fait la langue parlée d’un pays ou d’une région donne aux plantes qui l’intéressent les noms qu’il lui plaît.Voulez-vous, à titre de curiosité, connaître les différents noms qu’on donne en France à l’Airelle myrtille, espèce du même genre que nos bluets, mais que nous n’avons pas ici ?Les voici : airelle, myrtille, airelle noire, myrtille noir, brimbelles, bluets, nom qui est passé chez nous, gueules-noires, qui désigne ici autre chose, maurets, maurettes, raisin de bois, raisin de bruyère, aires, aradech, pouriots,.cousines et lucets, en tout seize noms populaires usités en différents endroits, sans compter ceux qui n’ont pas été recueillis.Line liste des noms populaires ne peut donc être que régionale, à moins d’être fort compliquée, et celle que je vous donne a été recueillie aux environs de Québec et dans les comtés de l’Islet, Kamouraska et Témiscouata.Elle est moins exacte pour l’ouest de la province.Pour éviter la confusion, les savants, depuis Linnée (17071778), se sont mis à désigner chaque espèce connue par un nom conventionnel et pour rendre son usage international ont choisi la langue latine.Ce nom officiel ou scientifique est ordinairement formé de deux mots, un substantif pour désigner le genre et un adjectif pour l’espèce.Ainsi constitué il devient un point de comparaison pour tous les pays et pour toutes les langues.Tout nom de plante qui n’est pas le terme conventionnel latin ou sa traduction est considéré par les botanistes comme étant populaire.Nous avons vu que plusieurs noms pouvaient désigner une même plante ; un même terme populaire peut aussi correspondre à plusieurs espèces fort différentes : si vous voulez un joli mot pour désigner les “ petits cochons, ” vous aurez à choisir entre les mots Sarracénie, Asclépiade et Iris, selon l’espèce concernée.De même, le terme herbe à la puce peut correspondre soit au Sumac vénéneux, soit 524 Le Canada français à l’Apocyn à feuille d’androsème, les deux plantes étant vénéneuses de la même manière et presqu’au même degré.Les noms populaires correspondent rarement à des genres, mais plutôt à des espèces ou à des groupes d’espèces difficiles à distinguer les unes des autres.Voyons à ce sujet ce qui se passe dans le genre ronce.Pour le peuple, les ronces à fruits noirs garderont le nom de ronce, celles à fruits rouges seront des framboises ou des mûres, le fruit de la ronce blanche s’appellera margot, celui de la ronce odorante, calotte et celui de la ronce à trois fleurs, catherinette.De même on appellera bluets les airelles à fruits bleus et 'pomme de terre ou atocas les airelles à fruits rouges.Lorsqu’une plante porte plusieurs noms, il n’est pas toujours facile de dire lequel mérite la priorité.L’usage des noms scientifiques, depuis deux siècles, s’est fait sentir dans la nomenclature et l’on en est venu à considérer comme le meilleur nom populaire celui qui s’en rapprochait le plus, par sa forme ou sa signification.Ainsi, les termes Raisin d’ours, Bourse à pasteur et Réveil-matin, en usage à la campagne, peuvent être considérés comme les meilleurs puisqu’ils ont donné naissance aux noms officiels génériques ou spécifiques de ces plantes.Parmi les formes d’un nom ou les différents noms qui signifient la même chose, le peuple, il nous semble, a le droit d’utiliser celui qu’il comprend le mieux.C’est même une caractéristique de la langue française d’avoir pour désigner plusieurs plantes des noms dont les uns sont aristocratiques et les autres vulgaires.Le mot Cynoglosse est beaucoup plus jolie que le terme langue de chien mais le peuple préférera le dernier parce qu’il le comprend.Nous ne pouvons donc pas blâmer les gens de dire herbe aux vipères pour Vipérine, herbe à chat pour Chataire et fléchière pour Sagittaire.Cet embellissement des noms français leur enlève souvent leur signification première.La chose est plus rare chez les Anglais et chez les llemands où les noms possèdent presque toujours une signification précise ; aussi, ces peuples connais- Noms populaires de nos Plantes sent-ils les plantes mieux que nous parce que la chose ne se sépare pas de son nom.Trompés par des ressemblances ou bien pour des raisons difficiles à analyser, les gens se sont parfois mis à désigner certaines plantes par des noms appartenant à des espèces autres que la leur.La Bardane, grande mauvaise herbe dont les fruits secs s’attachent aux habits, qu on appelle encore teigne, toque et rapace, à Québec, porte aussi le nom d’artichaut, l’Epilobe deviendra Vasperge, la Galéopside, ortie royale ou simplement ortie et la Varaire, ellébore ou encore la libore.Ce n’est donc pas avec cette espece que le lièvre de La Fontaine voulait purger la tortue ! Lorsqu’on donne plusieurs noms à une plante, il n’y a souvent aucune relation entre eux.Dirait-on, par exemple, que la Circée des Parisiens porte le nom d’herbe aux sorcières et aussi celui d’herbe de St-Etienne, que la Jusquiame se nommera tantôt herbe du diable, tantôt herbe de Ste-Apolline.En feuilletant les flores du nord delà France on reconnaît un grand nombre de noms populaires qui nous sont parvenus, mais nos ancêtres ont jugé bon de baptiser quelques especes indigènes qu’ils ont trouvées ici.Pour designer une plante aussi extraordinaire que la Sanguinaire du Canada, dont la racine contient un suc rouge, une plante avec du sang, ce n’était pas trop du nom fabuleux de sang de dragon.Le Cornouiller du Canada a reçu le nom de quatre temps, et, comme il y avait déjà des bluets, il était bien naturel qu’on appelât rougets les fruits de ce petit arbrisseau.Ajoutons pour la synonymie que ces fruits sont encore appelés pain de perdrix et matagons.Quant aux petites fleurs dont on s’amuse à faire éclater les calices sur le dessus de la main, les enfants n’ont pas attendu que les savants s’accordent, à savoir s’il fallait appeler la plante qui les porte Silène enflée ou Silène à larges feuilles, ils les ont appelées simplement pétards.Les mots paparmane pour désigner la menthe et buckwheat pour le sarrasin trahissent suffisamment leur origine anglaise.Les mots pimbina pour la Viorne obier et mas- 526 Le Canada français couabina ou masko pour le cormier ou Sorbier d’Amérique sont probablement d’origine indienne.Les noms qui chez nous ont perdu leur signification primitive subissent avec le temps d’importantes avaries à leur prononciation ou à leur ortographe.C’est ainsi que le mot Kalmie, nom qu’on donne à un petit arbrisseau à fleurs pourpres des savanes, est devenu successivement herbe à commis, sac à commis et sacacoumi en un seul mot.II Les citadins connaissent mal les plantes ; il est donc préférable d’aller prendre nos renseignements à la campagne.Allons donc en imagination visiter une ferme du bas de Québec, région que je connais le mieux.Prenons comme type de ferme une terre du bord de l’eau, pas trop grande et pas trop propre non plus pour y trouver des mauvaises herbes en abondance! Nous sommes au mois d’août, les foins de prairies sont finis et les cultivateurs, en attendant les travaux, coupent du foin de grève ou de Yherbe salée, si nous sommes en bas de l’Islet.Si nous étions à l’Isle-Verte, à la même époque nous pourrions assister à la récolte de la mousse de mer ou herbe à barnèche qu’on exploite et vend pour des fins de rembourrage.C’est la Zostère marine qui ne croît pas sur la grève, mais plus au large et qu’on récolte dans des embarcations.Il est donc inexact de dire que les outardes ou bernaches couvent dans ces herbes.Par contre, on trouvera sur la grève Yherbe aux liens ou herbe à couvrir, termes qui correspondent conjointement à deux espèces, la Spartine de Michaux et la Calamagrostide du Canada.Il fut un temps où le cultivateur aurait cru sa récolte de foin perdue si elle n’avait pas été liée en bottes et il fallait se servir pour cela d’une herbe longue et résistante comme permettent de le faire les espèces ci-haut nommées.Les quelques granges couvertes en chaume que l’on voit encore dans cette région justifient suffisamment le dernier nom. Noms populaires de nos Plantes 527 Quittons le chemin du roï et dirigeons-nous vers une maison; entrons-y pour saluer la fermière et lui expliquer la raison de notre visite inattendue.En apprenant que nous nous occupons des noms de plantes, elle ne manquera pas de nous faire nommer ses bouquets, tout en recommandant à sa grande jeune fille d’en prendre note.Nous pourrons lui apprendre que le 'pied de veau se nomme Gouet, le St-Joseph, Pétunia, les ailes d’anges, Bégonias, l’érable à fleur, Abutilon et les glaces, Tradescantia.Elle trouve que c’est beau d’être instruit et voulant profiter de l’aubaine nous invite à passer au jardin pour apprendre les noms de ses différentes fleurs.Nous lui apprendrons alors que les pensées doivent se nommer Violettes, les câpres, Capucines, les marguerites, Astères et les quatre saisons, Hortensias.La jeune fille fera bien d’écrire le nom du concombre grimpant, c’est-à-dire le mot Echinocystis, si elle veut le retenir.Les plantes d’ornement sont pour la plupart exotiques et n’ont pas toujours de nom français : ne cherchons donc pas le nom français d'un Coléus, d’un Fuchsia ou d’un Paulownia.Pour s’excuser d’avoir des touffes de mauvaises herbes dans son jardin, la dame nous explique qu’elle les garde pour en faire des tisanes.Elle ne se cache pas pour dire que sa confiance aux remèdes des docteurs est fort limitée, et, chaque année elle fait une ample provision d’herbages.Sa voisine moins prévoyante et prise au dépourvu durant l’hiver viendra chercher chez elle du Millepertuis, de l’Achillée et de l’Absinthe, mais elle demandera pour cela du lin sauvage, de l’herbe à dinde et de l’herbe sainte.Pour avoir de la Molène elle devra dire du bouillon blanc et pour avoir du Sureau-blanc, il faudra dire du sirop blanc.Certains noms indiquent par eux-mêmes l’usage qu’on peut en faire de la plante qui les porte.Ainsi, les allées de ce jardin sont couvertes d’herbe à la coqueluche ou Renouée des oiseaux, encore appelée tramasse.Pour le rhume de cerveau il y a l’herbe à éternuer ou Achillée sternutoire, mais si le rhume gagne l’estomac ou bien si la personne à soigner est paumonique, il faut avoir 528 Le Canada français recours à l’herbe aux poumons ou Pulmonaire.La Chélidoine porte le nom d’herbe aux verrues et l’Orpin, herbe à la coupure.Comme les ménages sont heureux dans le Canada français, il est inutile de chercher une plante qui existe en France, mais pas ici, je veux dire l’herbe aux femmes battues.Plusieurs noms populaires doivent leur conservation à leurs propriétés médicinales, réelles ou supposées.Maintenant que nous pouvons nous procurer chez les marchands de la campagne des remèdes pour soulager toutes les maladies, les plantes sauvages servent de moins en moins et les noms de plusieurs d’entre elles ne sont plus rendus qu’à l’état de souvenirs, quand il en reste quelque chose.Aussi, nous empressons-nous de les recueillir, ce qui n’est pas toujours facile.J’ai cherché pendant plusieurs années ce que pouvait bien être la radotte, remède très réputé pour la digestion, meilleur parait-il que le paquet No 3 de l’abbé.nos carabins diraient ici l’abbé Carré (1).N ous connaissions bien la racine, mais pas la tige.Un collaborateur,M.le professeur Campagna, de l’École d’Agriculture de Ste-Anne, ayant réussi à faire reprendre quelques racines, nous avons constaté qu’il s’agissait de l’Acore odorant ou belle-angélique.Sa réputation n’était donc pas surfaite parce que la plante jouit d’une place d’honneur dans les répertoires de pharmacie.Nous ne sommes pas toujours aussi chanceux et je n’ai pas encore pu savoir ce qu’était la racine de rat musqué.En culture potagère, le Chou de Siam devient le navot, le navet se nomme rabiole, le Radis devient la rave, la Ciboulette, brulette, la laitue est de la salade.Le Gadellier noir se nomme généralement cassis.Mais nous nous attardons dans le jardin et il nous faut aussi visiter la ferme.Prenons la montée, puis éloignons-nous des batiments.Le propriétaire, qui nous a rejoint, nous explique qu’il a beaucoup de misère avec les bouquets, c’est-à- (1) Allusion à une démonstration récente des étudiants en médecine où l’on avait ridiculisé certains remèdes très en vogue.Pour se protéger les étudiants avaient remplacé la lettre W par C. Noms populaires de nos Plantes 529 dire avec les mauvaises herbes.Ses pommes de terre, qu il n’a pas sarclées depuis trois semaines, à cause des foins, sont pleines d"herbes grasses.On nomme ainsi la Chénopode ou Ansérine blanche encore appelée chou gras ou poulette grasse qui croît très vite et dépasse bientôt en hauteur les plantes cultivées.Le terme comprend aussi l’Amarante et la Persicaire, qu’une institutrice nous disait un jour de bien respecter parce que la tache sombre qu’elle porte sur chacune de ses feuilles serait une empreinte miraculeuse du sang de Notre-Seigneur, la plante s’étant trouvée au pied de la croix.Dans un champ avoisinant nous voyons beaucoup de bouquets jaunes dont le principal est ici roi des champs ou Laiteron, roi terrible puisqu’il est en même temps le redoutable crève z’yeux.Il fait donc mauvais ménage avec la gentille reine des prés ou Spirée qui pour des raisons écologiques ne vit pas à côté de lui.Remarquons aussi la marguerite jaune encore appelée bouton d’or et le groupe important de moutardes qui comme les mauvaises herbes les plus communes sont connues sous leur véritable nom officiel.Le nom de bouquet blanc se rapporte surtout à la marguerite blanche, terme aussi joli que le mot Chrysanthème qu’on voudrait lui substituer.Quand le cultivateur parle de bouquet rouge, cela signifie toujours l’Épervière orangée.Le mot Êpervière est cependant fort connu parce que la plante est d’introduction récente.La Chicorée, la Cynoglosse ou langue de chien, la Bardanette, la Lycopside, la Vipérine et quelques Astères portent le nom de bouquets bleus.Dans le groupe des plantes qui composent le foin, nos cultivateurs connaissent bien les Trèfles, la Luzerne et la Phléole qu’ils appellent mil.Ne leur demandez pas de vous nommer un plant de Fétuque, de Dactyle ou de Pâturin parce qu’ils vous répondront que.c’est du foin! Le foin follet correspond à certaines espèces grêles de Panic et d’A-grostide.Quelques-uns connaissent le foin d’odeur qui est une Houlque, qu’il ne faut pas confondre avec le trèfle d’odeur qui est un Mélilot. 530 Le Canada français Dans un champ de pacage voisin nous pourrons voir des talles d’immortelle ou Antennaire ainsi que du genièvre, transformation du mot Genévrier.Notons aussi le Grémil ou tierce aux perles, le cotonnier ou Asclépiade qui se nomme petits cochons à Nicolet et une autre marguerite jaune qui est la Rudbékie.L’Orge sauvage pourra se nommer queue de poulin ou queue d’écureuil ; la Prêle à son tour portera les noms de queue de cheval, queue de renard ou queue de rat: n’est-il pas singulier de voir le même appendice s’adaptera des animaux si différents ?Longeons ensuite un ruisseau au bord duquel nous verrons une grande quantité de jarjeau ou Vesce sauvage, du clajeux ou Iris dont les fruits dodus deviennent des petits cochons lorsque les enfants leur ont mis des pattes, et la quenouille ou matelas dont le meilleur nom français est Massette.A quelques pagées de là nous pourrons voir la Renouées agit-tée appelée scies à cause des poils raides de sa tige, le Gail-let qui est facilement devenu le caille lait et la carotte à Moreau ou Ciguë, immortalisée.depuis la mort de Socrate.Nous arrivons maintenant à l’autre extrémité de la terre, c’est-à-dire de la ferme, près du fronteau du deuxième rang où se trouve un petit bosquet.Parmi les arbres, le Tilleul deviendra le bois blanc, l’Érable rouge, la plaine, l’Érable de Pennsylvanie, le bois barré, l’Ostryer de Virginie, le bois de fer, l’If du Canada, buis de sapin qu’il ne faudra pas confondre avec un autre petit arbrisseau aussi appelé buis ou percets qui est la Camarine et dont les fruits noirs sont les graines à corbigeau.Nous verrons aussi le Pin gris ou Cyprès : ce n’est pas Louis Hémon qui a inventé le terme.Dans les plantes de sous-bois nous verrons la salsepareille (chaspareille) ou Aralie à tige nue, la savoyanne ou Cop-tide, toutes deux médicinales, la patte d’oie ou Clintonie, les rognons de coq ou Streptope rose, le pain de couleuvre ou Actée rouge, dont les fruits attrayants sont vénéneux comme ceux de sa voisine l’Actée blanche.Nous serons peut-être assez chanceux pour trouver le Panax à cinq feuilles, c’est- J__________________________ Noms populaires de nos Plantes 531 à-dire le fameux ginseng, plante sacrée pour les orientaux.Les prix exorbitants offerts pour les racines de ces plantes ont presque fait disparaître l’espèce mais n’ont pas amoindri sa renommée.On a essayé de la cultiver mais sans succès parce qu il est difficile de changer l’habitat d’une plante sauvage.Il y a trente ans c’est avec la culture du ginseng qu’on promettait la richesse aux cultivateurs, aujourd’hui c’est avec.l’élevage du renard (1).En guise de tabac on fumait autrefois les feuilles de l’Astère à grandes feuilles et c’était de la pétouane.Remarquons aussi les plantes qui chez nous portent le nom de thés, à savoir : le thé du Canada ou Spirée, le thé du Labrador ou Lédon, le petit thé ou Chio-gene et le petit the des bois ou Gaulthérie.Ces deux dernières espèces doivent la faveur dont elles jouissent à leur arôme rappelant celui du salycylate de méthyle.Durant notre retour nous pourrons voir au passage le Cerisier de Pensylvanie qui donne les petites merises, le Cerisier de Virginie qui donne les cerises à grappes, les petites poires qu i sont les fruits de différentes espèces d’Amelan-chiers.Il sera prudent de ne pas confondre ces fruits avec ceux du Dirca ou bois de plomb, mais n’insistons pas parce que les propriétés violemment purgatives de ces derniers nous feront bientôt reconnaître notre erreur.Voyons aussi l’Aubépine que nos compatriotes appellent senellier et le Coudrier qui donne les noisettes.Vous avez sans doute remarqué que parmi les noms populaires le régné animal était suffisamment représenté.Quelques noms sont inspirés des états de vie, des professions ou des métiers.Nous avons l’herbe du cardinal ou Grande consoude dont la racine rougit en séchant, l’herbe des charpentiers ou Prunelle, Yherbe à bedeau autre nom de la Massette, les oranges de savetier ou Morelle faux-piment, i Cette causerie n ayant pas un caractère scientifique, nous prions le lecteur de nous pardonner quelques inexactitudes de distribution géographique des espèces : sans cela, il aurait fallu nous abstenir de mentionner certains noms fort intéressants.Ainsi, le ginseng n’existe pas à J état naturel dans cette région. 532 Le Canada français plante de maisons qui donne de petits fruits rouges durant l’hiver.Nous avons aussi deux espèces de Sisymbres ou moutardes roulantes dont l’une se nomme herbe aux chantres et l’autre sagesse des chirurgiens.Ce nom très ancien, antérieur à Linnée, a probablement été donné au moyen âge, alors que les chirurgiens avaient besoin de beaucoup de lumières puisqu’ils étaient en même temps barbiers ! Quelques noms viennent du ciel.Nous avons Yherbe de la Trinité ou Hépatique, les gants de Notre Dame ou Ancolie, la plus belle fleur sauvage que nous ayons, les sabots de la Vierge ou Aconit et pour le dimanche les souliers de la Vierge ou Cypripède, Yherbe St-Jean ou Armoise, Yherbe de St-Joseph ou Scabieuse et Yherbe des Sts-Innocents ou Renouée poivre-d’eau.Le royaume du ciel souffre violence et pour 1 escalader nous avons Y échelle de Jacob ou Polemoine, sur laquelle il ne faudra pas trop compter puisqu’elle ne se trouve que dans quelques rares jardins.Nous ferions bien de gagner le ciel, plutôt que de le voler, en pratiquant les vertus chrétiennes comme la patience, nom qu’on donne à une espèce de Rumex et en nous inspirant de ce que peut nous enseigner Yherbe aux sept vertus ou Àigremoine.En plus de sept vertus, cette plante, dont les fruits portent des crochets possède aussi un grave défaut, celui de nous laisser des souvenirs piquants lorsqu’il nous arrive de la frôler.Quittons maintenant la ferme, non sans avoir donné à son propriétaire de sages conseils pour la nettoyer et demandons-nous ce qu’a bien pu nous enseigner cette visite.Le vocabulaire des ciiltivateprs et des gens de la campagne pour désigner les plantes est un melange de termes variés dont la plupart nous viennent de France mais dont quelques-uns ont aussi pris naissance chez nous.Parmi les milliers de plantes qui composent notre flore, quelques-unes seulement ont reçu des noms populaires, selon, qu’elles étaient remarquables par un caractère de forme ou par des propriétés économiques, médicinales ou vénéneuses.Si nous considérons le vocabulaire de quelques personnes en particulier, Noms populaires de nos Plantes 533 nous constatons qu’il est plutôt pauvre et c’est en faisant une synthèse que je vous ai interprété quelque cent-cinquante termes entendus pour la plupart; j’en possède une liste de près d’un millier.Lorsque les noms populaires sont d’un usage général et qu’ils désignent des espèces connues, ils méritent de figurer dans la synonymie et d’être conservés.Lorsqu’ils sont d’un emploi très rare ou qu’ils prêtent à l’ambiguité il est à souhaiter qu’ils disparaissent.Le mot atocas pour désigner les airelles à fruits rouge possède une signification précise, mais non pas le terme de pomme de terre pour désigner la même chose.Pour ceux qui aiment la précision, rien ne vaut cependant la meilleure traduction française du nom officiel, qui ne peut certes pas s’imposer mais dont il est permis de faire connaître et de recommander l’emploi.N’allez pas cependant pousser le scrupule de la précision jusqu’à dire à votre cuisinière de faire cuire des tubercules de Morell'e tubéreuse parce que vous vous exposeriez à ne pas avoir de patates pour votre dîner! III Voilà pour les noms des plantes chez le peuple.Quelle est maintenant l’attitude des gens instruitss professionnels ou autres à l’égard de ces termes ?Sauf quelques rares exceptions, les gens instruits, surtout s’ils ne vivent pas à la campagne connaissent bien peu les plantes et ne peuvent pas les désigner convenablement ni par les noms vulgaires ni par les noms français recommandables.Aussi le vocabulaire de nos écrivains — ceux dont la nature des œuvres s’y prête, évidemment — accuse-t-il un vide pour ce qui concerne le règne végétal.Il leur arrivera de ne pas parler des plantes du tout, de commettre des erreurs d’observation s’ils tentent de le faire ou bien de s’inspirer de la littérature française qu’ils ne sauront pas comprendre ni adapter.Croiriez-vous que dans un recueil de poésie de plus de deux 534 Le Canada français cents pages traitant exclusivement des choses de la campagne, j’ai lu à peine dix noms de plantes et pour celles dont on parlait, il y avait deux erreurs d’observation ?On faisait, par exemple, embrasser le chêne par le lierre; si la chose peut se faire en Europe elle n’est pas permise au Canada! Voici ce que Mgr Clovis Laflamme disait un jour à propos de ces poètes : “ Le côté le plus merveilleux de la nature végétale sem-“ ble, jusqu’ici avoir échappé à l’observation un peu su-“ perficielle des artistes du vers.C’est là un véritable malheur.“ Il serait à souhaiter que tous les fabricants d’idylles et de “ bucoliques, à un titre quelconque, fussent un tant soit peu “ botanistes.Leurs métaphores y gagneraient en naturel “ et en exactitude et l’inspiration tirée du spectacle de la “ nature ne serait ni moins vive ni moins puissante.’ On a dit que les noms des plantes ne prêtaient pas à la poésie.Je le concède aisément si l’on entend par noms de plantes des termes très vulgaires comme herbe aux oies, herbe à poux, herbe à cochon ; or vous ne nierez pas que les noms scientifiques de ces plantes, à savoir : Potentille, Am-brosie et Renouée des oiseaux ne figureraient pas convenablement dans un alexandrin.Le vulgaire mouron neporte-il pas aussi le joli nom de Stellaire ?L’on pourra nous répondre ce qu’un poète âgé disait un jour au jeune Arago qui lui reprochait d’avoir placé la planète Vénus dans un mauvais endroit du ciel : “ Oh ! cela n’a pas d’importance pour nous.” C’est bien là le discours du renard de La Fontaine, qui ne pouvant atteindre les raisins, prétendit qu’ils étaient trop verts.On ne peut exiger que tout ce que l’on décrit soit vrai, mais au moins faut-il du vraisemblable.Je pardonnerais à un auteur de mettre des plantes de File de Montréal dans la description d’un paysage gaspésien mais non pas d’y placer des espèces étrangères à notre flore comme l’ajonc et le platane.La même remarque concerne aussi les artistes.Les herbes que l’on met au premier plan d’un tableau méritent d’être Noms populaires de nos Plantes 535 reconnaissables, mais comment un artiste peut-il les dessiner convenablement s'il n’en sait pas les noms et ne peut plus, par conséquent, retrouver des modèles pour compléter ses croquis ?Les arts décoratifs peuvent permettre une certaine liberté mais au delà d’une limite convenable cette même liberté devient du mauvais goût.Vous voyez en ville un panneau-réclame où l’on a représenté des fraises, des cerises, des prunes, des feuilles de houx et des feuilles de poulette grasse attachées aux mêmes courants de fraisiers, tout cela pour faire des confitures aux framboises ! Des erreurs semblables sont fréquentes sur les ornements d’église.En servant la messe, je vis un jour sur une chasuble des tiges de blé qui portaient trois épis ; le blé possède une inflorescence essentiellement solitaire.J’aurais presque pardonné cette monstruosité au dessinateur s’il n’avait pas été mettre à côté des raisins, non pas sur des épines mais avec des feuilles d’herbe à poux'.Qu’y avait-il sur le devant de la chasuble ?peut-être des figues sur des ronces ! Est-ce que le dessinateur ou la religieuse n’étaient pas un peu responsable des distractions du servant ?Les agronomes devraient peut-être s’abstenir de servir la messe ! Toutes ces choses accusent non seulement un manque de connaissance mais aussi un manque d’observation.Gardons-nous de produire des œuvres littéraires ou artistiques que nos enfants, mieux formés que nous, trouveront ridicules.Mais comment faire pour enrichir nos connaissances et partant, notre vocabulaire sous ce rapport ?Il serait d’abord convenable qu’il y eut une flore de la province dans chaque bibliothèque.Nécessaire pour ceux qui veulent faire de l’herborisation, ce livre serait fort utile pour ceux qui veulent connaître une foule de noms ou de termes concernant les végétaux qui ne sont pas dans les dictionnaires.Les ouvrages de Provancher, de Moyen et de Brunet sont épuisés depuis longtemps mais ils seront bientôt remplacés. 536 Le Canada français Les leçons théoriques que l’on peut donner dans les collèges, les écoles et les couvents ont certes leur utilité mais resteront incomplètes si elles ne sont pas accompagnées de leçons pratiques où l’élève travaille sur des spécimens qu’il a lui-même recueillis.Les deux moyens par excellence pour apprendre à connaître les plantes sont de les observer souvent, méthode des cultivateurs, et de les manipuler.Cela peut se faire au cours d’excursions dirigées par des guides compétents ou en confectionnant des herbiers dont on aura soin de faire nommer les spécimens par un connaisseur.C’est là un travail intéressant et instructif que l’on peut sans crainte recommander aux grands jeunes gens de la ville qui ne savent pas toujours quoi faire pendant les vacances qu’ils passent à la campagne.Ces deux moyens sont d’ailleurs employés dans les écoles d’agriculture où il est absolument nécessaire que les étudiants apprennent à nommer les plantes.La flore de notre province est fort intéressante pour ceux qui savent l’observer.Suffisamment connue par les hommes des champs, elle reçoit peu d’attention de la part des personnes cultivées pour qui elle ne doit pas être moins belle.Connaître les plantes étant synonyme de savoir leur nom, n’est-il pas recommandable que nous apprenions à connaître nos végétaux pour enrichir notre vocabulaire, conserver celui que nous ont laissé nos pères et orner notre imagination ?Si l’habitant de nos campagnes connaît le nom populaire des principales espèces intéressantes, il me semble que nous devrions, nous aussi, non seulement connaître ce terme mais savoir lui accoler le meilleur nom français qu’il possède, nom qui est souvent empreint du génie de notre belle langue.Orner Caron. Noms populaires de nos Plantes 537 Noms français recommandables et noms officiels des plantes auxquelles on a fait allusion dans le discours précédent Nom populaire Non français Nom officiel Ailes d’anges Bégonia Bégonia sp Artichaut Bardane Arctium minus Bernh.Asclépiade Asclépiade de Cornut Asclepias syriaca L.Atocas Canneberge Vaccinium macrocarpon Ait.Belle-Angélique Acore odorant Acorus calamus L.Bluets Airelles Vaccinium sp.Bois barré Érable de Pensylvanie Acer pennsylvanicum L.Bois blanc Tilleul d’Amérique Tilia americana L.Bois de fer Ostryer de Virginie Ostrya virgianiana (Mill.) K.Bois de plomb Dirca des marais Dirca palustris L.Bouillon blanc Molène commune Verbascum Thapsus Bouquet blanc (au sing.) Marguerite blanche Chrysanthemum leucanthemum Bouquet bleu (au sing.) Vipérine commune Echium vulgare L.|L.Bouquet rouge (au sing.) Êpervière orangée Hieracium aurantiacum L.Bourse à pasteur Bouton d’or Bourse à pasteur Capsella Bursa-pastoris (L.) Renoncule acre Ranunculus acris L.(Medic.Brulette Ciboulette Allium Schoenoprasum L.Buckwheat Sarrasin Fagopyrumesculentum Moench.Buis Camarine noire Empetrum nigrum L.Buis de sapin If du Canada Taxus canadensis Marsh.Caille lait Gaillet Galium sp.Calottes Ronce odorante Rubus odoratus L.Câpres Capucines Tropaeolum sp.Carotte à Moreau Ciguë tachetée Conium maculatum L.Catherinettes Ronce à trois fleurs Rubus triflorus Richd.Cerises à grappes Cerisier de Virginie Prunus virginiana L.Chaspareille Arabe à tige nue Aralia nudicaulis L.Chou gras Ansérine blanche Chenopodium album L.Clajeux Iris versicolore Iris versicolor L.Concombre grimpant Cormier Sorbier d’Amérique Echinocystis lobata (Michx.) T.[ & G.Cotonnier Asclépiade de Cornut Pyrus americana (Marsh) D.C-Asclepias syriaca L.Crève z’yeux Laiteron des champs Sonchus arvensis L.Cyprès Pin gris Pinus Banksiana L.Fléchière Sagittaire Sagittaria sp.Framboises Framboises Rubus sp.Gants de Notre-Dame Ancolie du Canada Aquilegia canadensis L.Genièvre Genévrier commun Juniperus communis L.Ginseng Panax à cinq feuilles Panax quinquefolium L.Glaces Graines à corbigeau Camarine noire (fruits) Tradescantia sp.Empetrum nigrum L.Gueules-noires Poirier à fruits noirs Pyrus melanocarpa (Michx.) Herbe à barnèche Zostère marine (Willd.Zostera marina L. 538 Le Canada français Herbe à chat Herbe à cochon Herbe à commis Herbe à couvrir (< «* Herbe à dinde Herbe à éternuer Herbe à la coupure Herbe à la puce Herbe à poux (petite) “ “(grande) Herbe aux chantres Herbe aux femmes battues Herbe aux liens »« «
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