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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Critique et littérature nationale (suite)
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1931-10, Collections de BAnQ.

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Vol.XIX, n° 2.Québec, octobre 1931.LE CANADA FRANÇAIS L Publication de l’Université Laval CRITIQUE ET LITTÉRATURE (Suite.) Voilà donc quelques-unes des réclamations de la critique, en 1904.Elle y est revenue plus tard, comme elle y revient aujourd’hui.Mais au moment où l’on parlait de nationaliser les études et les lettres, 1 on n a pas manque de faire observer que tout le problème d’une littérature nationale n’est pas dans le régionalisme, c est-à-dire dans la littérature des mœurs ou de la vie populaire, ni non plus dans la description de la nature canadienne.L’on prévoyait, en 1904, l’abus que l’on pourrait faire du terroir, toute cette végétation de bien inégale qualité qui devait pendant longtemps couvrir et encombrer le champ nouveau.On avait prévu, avec l’épanouissement rapide du régionalisme, le terroirisme ; et que des auteurs s'imagineraient qu’il suffit de faire du terroir pour faire des chefs-d’œuvre.11 s’en est trouvé pour penser que ceux-là perdent leur temps, et ne contribuent pas efficacement à nos lettres, qui font de l’exotisme, ou qui vont chercher hors de la matière canadienne, le sujet de leurs œuvres.C’est là une conception trop étroite non seulement de la \ ie intellectuelle, mais de la vie littéraire de chez nous.On a écrit ou prononcé en ces derniers mois le mot assez étrange de canadianisme intégral.La formule n’est pas heureuse, ou bien elle est fausse.Si l’on entend par canadianisme intégral, l’exclusive application non seulement à former de solides esprits canadiens, mais à exploiter en littérature des sujets canadiens, l’on a tort, et l’on enferme Le Canada français, Québec, oct.1931.0577 74 CRITIQUE ET LITTERATURE NATIONALE dans des cadres, à la fois larges et mesquins, notre effort intellectuel.Notre littérature, pour être canadienne, ne doit pas se priver d’être humaine.Pour nous, comme pour le personnage de Térence, rien de ce qui est humain ne doit être étranger.J’opposerais volontiers au canadianisme intégral, l’humanisme intégral.Je sais bien que nos œuvres ont actuellement plus de chance d’intéresser nous-mêmes et nos voisins, si elles portent sur des choses et des problèmes de chez nous.La France, par exemple, n’a guère besoin de nos critiques pour étudier ses livres ou de nos écrivains pour faire son histoire; et nous aurions bien tort de nous tant préoccuper de porter du bois à la forêt.N’empêche que notre esprit canadien, s’il y est invité par les circonstances, peut exercer sa pensée soit sur des questions spéculatives dont l’ampleur dépasse nos frontières, soit sur des sujets proprement exotiques.Il peut toujours y être autorisé à la condition de réussir.Et il y réussira s’il apporte à son travail, avec des forces réelles, une discipline intellectuelle et une culture qui en auront décuplé la puissance.Au reste, c’est à ces mêmes conditions que le régionalisme lui-même pourra réussir encore.On le vit bien, il y a quelques mois, alors que de cette veine qui paraissait épuisée, sortirent les poèmes les plus puissants de notre terroir, ceux de A l’Ombre de l’Orford, et l’un de nos plus beaux romans Nord-Sud.Le canadianisme intégral serait-il seulement un art canadien, un art littéraire qui fût une création totale de notre esprit ?Considéré à ce point de vue, il prend un sens qui dépasse encore nos possibilités.L’on pourra sans doute donner à nos œuvres littéraires, à nos œuvres d’imagination surtout — les autres obéiront fatalement aux habitudes du genre où elles s’insèrent — un cachet qui leur soit propre, et qui les distinguent des françaises : je parle des françaises puisqu’en somme c’est de la littérature française que nous cherchons à séparer ou à différencier la nôtre.Nous pourrions peut-être, autrement que des Français, je veux dire selon d’autres procédés, faire de la poésie ou du roman.Mais cet art canadien n’existe pas encore.L’art littéraire repose sur des lois du goût et de 1 esprit, qui se fondent elles-mêmes sur le tempérament des races.Et je crains qu il faille encore bien du temps pour que nos âmes soient telle- Le Canada français, Québec, oct.1931. CRITIQUE ET LITTÉRATURE NATIONALE 75 ment différentes de la française, je veux dire de celle de nos pères, qu’elles s’expriment tout autrement qu’elle, par des modes de penser et de sentir qui fassent notre art littéraire complètement différent de l’art français.C’est en 1904 qu il m est arrive de dire qu’un livre canadien ressemblera toujours a un livre français, et je ne vois pas qu’il y ait lieu encore de changer la formule.Il y a aussi les cadres ou les genres littéraires qui sont les lignes générales dans lesquelles prennent forme les œuvres de 1 esprit.Et les génies eux-mêmes n’ont pas encore réussi a en faire éclater 1 entour.Il y a bien l’évolution des genres, théorie chère à Brunetière, et que justifient bien des réalités.Et c est par la force ou la loi de cette évolution, que se produisent les variétés dans le genre, et aussi les variations.Il y a place pour des façons nouvelles de faire le drame, le poème ou le roman, et de créer peut-être un art nouveau.Mais ces créations ne se font pas sur commande ; elles sont le produit d une originalité qui dépasse les communes mesures du talent ou de 1 esprit.Et il faudra longtemps encore, je le crois bien, chercher ailleurs la vérification du canadianisme intégral.D ailleurs, à quoi bon forcer les définitions et les théories ?Que nos esprits canadiens vivent d’une forte et profonde vie intellectuelle ; qu’ils soient hautement disciplinés et formés ; qu’ils trouvent dans l’atmosphère spirituelle du Canada des éléments suffisants de vigueur et d’inspiration ; qu ils s appliquent avec âprete au travail chez nous trop négligé de l’art ; et qu’au surplus, surgissent parmi eux des talents supérieurs, et nous verrons se multiplier chez nous des œuvres originales, puissantes, qui même conformes à un art ancien, seront des œuvres vraiment nouvelles.Je ne puis comprendre M.Alfred DesRochers, quand à propos de canadianisme il déclare que la culture française est la moins appropriée à notre pays (1).La convenance des cultures tient aux âmes elles-mêmes, plus qu’aux lieux, et elle s’adapte à leurs qualités natives et raciales.Or, bien que cela paraisse pénible à plus d’un Canadien français, nous sommes de race française.Et nous n’y pouvons rien.Et notre âme, en son fond, porte des traditions spirituelles, des manières de concevoir et de s’exprimer, des exigences (1) Paragraphes, p.109.Le Canada français, Québec, oct.1931. 76 CRITIQUE ET LITTERATURE NATIONALE séculaires d’éducation ou de formation qu’on ne peut radicalement changer.Il n’y a pas lieu de refaire ici la thèse de l’humanisme français et de sa convenance à l’âme française, et de sa vertu supérieure.On sait assez que l’âme française diffère de ses voisines, et que ces différences tiennent à autre chose qu’aux montagnes, aux lacs, à l’industrie ou au commerce de la France.Il y a des lois psychologiques qui sont plus fortes que tous les systèmes arbitraires que l’on voudrait construire.Notre âme canadienne a jusqu’ici été formée intellectuellement selon les disciplines classiques françaises, parce que celles-ci ont paru s’ajuster mieux sur ses vertus natives.La culture française jouit, d’ailleurs, d’un certain crédit dans le monde ; et n’est-ce pas elle qui assure encore aujourd’hui à la France sa prépondérance intellectuelle ?Voudrait-on la remplacer chez nous par l’anglaise ou 1 américaine P Étant donné notre status politique et géographique et économique, notre culture sera ou française ou anglaise, ou peut-être américaine.Et qu’y gagnerions-nous, pour la formation de l’esprit, et même pour le canadianisme intégral ?Le chancelier actuel de l’Université de Toronto, Sir William Mullock, me disait un jour : “ Gardez votre culture française, c’est la meilleure.Au cours de ma longue carrière politique j’ai souvent comparé vos hommes avec les nôtres ; ils portent dans leur esprit des méthodes de travail et de pensée qui les font supérieurs aux nôtres.” Rien n’empêchera, d’ailleurs, qu’à notre culture française essentielle s’ajoutent des modalites qui la feront s ajuster mieux aux conditions spéciales de notre vie canadienne.De telles modalités s’imposent dans bien des domaines du savoir.C’est dans ce sens, et pas autrement, que nous avons nous-mi me parlé de nationaliser notre enseignement secondaire.Mais la culture française reste, avec sa substance et ses méthodes classiques, la plus conforme aux tendances profondes de l’âme canadienne-française.Et c est conformément à ces tendances, à ces aptitudes et à cette culture d abord, et puis selon des contingences spéciales à notre vie canadienne ensuite, que pourrait se former 1 art que tant de vœux appellent, l’art canadien.* * * Lï Canada français, Québec, oct.1931. CRITIQUE ET LITTÉRATURE NATIONALE 77 Le canadianisme intégral comporte, dans la pensée de quelques-uns de ses prédicants, une langue canadienne.Il ne s’agit pas ici, d’ailleurs, de l’iroquois ou de l’algonquin que Crémazie eût souhaité voir parlés par ses compatriotes, et qui eussent mieux assuré au Canada la création d’une littérature nationale.Il s’agit plutôt d’une langue qui,étant issue de la française, serait autre que la française, et nous ferait le parler original dont nous aurions besoin pour créer une littérature nationale.M.Albert Pelletier, dans son Carquois y insiste ; et M.Harry Bernard qui recommanda dans ses Essais critiques de remplir le roman de l’incorrect parler populaire, doit s’en réjouir.Nous ne croyons pas à la formation d’une langue française au Canada, qui serait essentiellement distincte de la française de France.Il n’y aura jamais qu’une langue française.Si notre langue devait à ce point évoluer, nous parlerions un français corrompu, inférieur, qui ne serait ni délectable à nos lèvres, ni convenable dans nos livres.La langue française ne peut avoir ni deux génies, ni deux syntaxes ni même deux essentiels vocabulaires.Autrement il y aurait à coup sûr deux langues différentes, dont l’une ne serait pas française.Je sais bien que la langue française hors de France, au Canada comme en Belgique ou en Suisse ou au Luxembourg, peut s’augmenter de vocables particuliers à ces pays, créés pour des besoins locaux, suggérés même par des voisinages de langues étrangères.Mais nos canadianismes ne peuvent devenir le fond de la langue.Et il ne faudrait pas surtout incorporer à notre langue toutes les incorrections de sens ou de syntaxe que se permet l’ignorance, et que chez nous tolère ou pratique I insouciance même des gens instruits.Quand il s’agit d’une langue, des incorrections sont des corruptions ; et il ne faut pas les confondre avec les parties saines du langage.En réalité, de quoi est faite aujourd’hui la langue que nous parlons et que nous écrivons ?Elle est faite d’un fonds français, vocabulaire et syntaxe, qui nous vient de France, et qui est la langue elle-même.Elle est faite aussi des dialectalismes ou provincialismes, qui nous viennent eux-mêmes de France, et qui constituent une part pittoresque du parler populaire ; et il y a encore des archaïsmes, qui nous viennent également de France.Qu’y avons-nous ajouté?Des canadianis- Le Canada français, Québec, oet.1931. 78 CRITIQUE ET LITTÉRATURE NATIONALE mes, en petit nombre, en très petit nombre,— que l’on consulte à ce sujet le récent Glossaire du Parler français au Canada,— et qui servent à désigner les rares choses de chez nous qui n’existent pas en France, ou qui n’ont pas leur vocable au dictionnaire français.Quant aux canadianismes qui sont des incorrections, des détournements de sens, des impropriétés, des barbarismes ou des massacres du vocabulaire ou de la syntaxe, il n’en faut pas parler comme éléments d’une langue nouvelle ou canadienne.Qu’avons-nous ajouté encore à notre parler P Des anglicismes.Des anglicismes de vocabulaire d’abord: ils sont inévitables dans les conditions actuelles d’échanges linguistiques entre peuples.La France ne s’en prive guère plus que nous et d’autres peuples, mais il en faut le moins possible.Puis des anglicismes de syntaxes, c’est-à-dire des constructions anglaises qui se substituent aux constructions correctes de la phrase française : ce sont là encore des perversions, des corruptions par contact de notre langage, et il n’en faut pas plus chez nous qu’en France même.Les langues vivantes évoluent assurément.Elles ne peuvent évoluer sans changer.Mais notre langue française ne fera que suivre dans ses mouvements essentiels l’évolution de la langue de France.D’abord parce que l’évolution d’une langue obéit toujours aux lois phonétiques qui y président, et qui sont les mêmes partout où elle est parlée ; et ensuite parce que les relations de notre langue avec celle de France, je veux dire de nous-mêmes avec la France, sont aujourd’hui trop multipliées et par le voyage et surtout par le livre, pour que désormais notre langue puisse radicalement différer de la française.Les conditions modernes d’évolution d’une langue dans les différents pays où elle est parlée ne sont pas celles où s’est produite, d’ailleurs avec le concours des siècles, l’évolution du latin au moyen âge, en Italie, en France ou en Espagne.Nous ne pouvons donc espérer avoir une langue française à nous, et bien téméraire surtout celui qui voudrait artificiellement en procurer les éléments.Nous serons donc, au point de vue linguistique, tributaires de la France.Et Paris, plutôt que Québec, décidera de la vie essentielle du français.Plaçons ailleurs l’effort de notre originalité.Mais consolons-nous, en nous souvenant que si Le Canada français, Québec, oct.1931. CRITIQUE ET LITTÉRATURE NATIONALE 79 nous ne pouvons avoir une autre langue à nous, c’est que justement, et nous en sommes fiers, notre langue à nous, c’est la française.Et confondons plutôt dans cet orgueil et la beauté de notre langue, et la noblesse de nos origines.Louis Dantin, dans un discours prononcé à Sherbrooke le 18 juillet dernier, a signalé un bien grave inconvénient qu’il y aurait à changer notre langue, et qui serait celui de perdre du coup notre identité ethnique.Notre race est née, a grandi, liée au langage de la France, défendue et sauvée par lui.Le français qu’elle parlait, c’est ce qui plus que tout le reste, lui a gardé son individualité, sa permanence distincte parmi les autres races qui l’entouraient et la débordaient.Le jour où ce langage se diluera, acceptera un amalgame quelconque, ce jour verra la fin de notre identité ethnique, et notre survivance tant vantée ne sera plus qu’un souvenir.La langue, la littérature, la race auront péri ensemble.On ne pouvait mieux dire.Nous serons sur ce continent, partout où nous parlerons, ou bien un peuple de langue française, ou bien un peuple de langue anglaise.C’est chimère de chercher à nous réfugier dans une troisième langue.Ajoutons que cette dépendance linguistique de la France, n’implique pas vassalité ni politique, ni morale, ni intellectuelle.Elle rend assurément plus difficile notre indépendance totale, à cause des pénétrations françaises que facilitent le verbe et l’écriture, le discours et le livre, et parce que nous sommes, par le fait de l’unité de langue, plus exposés que tout autre peuple à recevoir l’influence de la pensée et de l’art français ; mais elle ne nous empêche pas de vivre une vie canadienne bien distincte de la française, et riche assez de faits et d'ambitions, d’idéals et de réalités, de bonheurs et de sacrifices, riche assez de tous les décors merveilleux qui l’encadrent, pour qu’elle offre à la littérature de chez nous une suffisante et surabondante matière.Et la langue française maniée par d’habiles artistes canadiens, sera toujours assez souple, assez large, assez belle, pour leur permettre d’imprimer sur cette matière le cachet d’une suffisante ou puissante originalité.* * * Le Canada français, Québec, oct.1931. 80 CRITIQUE ET LITTERATURE NATIONALE Tels sont quelques-uns des problèmes qui surgissent aujourd’hui de notre vie littéraire, et que pose ou agite la critique.Sont-ils si différents de ceux-là que l’on posait, au lendemain de 1900 ?D’ailleurs, qu’est-ce que trente ans dans la vie d’un peuple qui ne fait que commencer — trop tardivement — à organiser ses forces intellectuelles, et à leur assurer un meilleur rendement P Nous tenions cependant à rattacher aux préoccupations d’hier celles d’aujourd’hui, afin qu’on ne crée pas la légende d’une nouvelle découverte de l’Amérique.Concluons donc que l’avenir de notre littérature nationale, lié assurément à la richesse inépuisable de la matière canadienne, n'est pas cependant dans le régionalisme ou nationalisme littéraire à outrance, ou dans je ne sais quel canadianisme intégral ; il est plutôt dans le développement même de nos forces intellectuelles par une culture toujours meilleure de notre esprit, dans une formation plus éclairée et plus efficace de notre élite, dans le renouvellement et le progrès constant de nos méthodes d’enseignement classique et supérieur.C’est dans la puissance même et la discipline de l’esprit que gît le problème de son originalité.Mais tenons compte, nous, Canadiens français, comme les Canadiens anglais, et plus qu’eux parce que nous sommes moins nombreux, des obstacles qui nous viendront longtemps du chiffre même de notre population.Un peuple de trois millions a moins de chance de voir se multiplier les esprits supérieurs qu’un peuple de quarante millions.Et il faudrait donc cesser de comparer nos écrivains et leurs qualités et leurs œuvres à ceux des vieux pays.Surtout quand, au surplus, il faut tenir compte de cet autre fait qu’aucune carrière n’est offerte chez nous, au contraire de ce qui existe en Europe, aux jeunes gens laïcs qui auraient à cœur de se procurer une culture et des grades supérieurs.Peu de jeunes gens laïcs songent à se les procurer, parce qu’ils ne savent qu en faire ensuite pour gagner leur pain.Et notre vie intellectuelle se trouve ainsi privée de forces certaines inemployées, qui auraient pu l’accroître ou l’enrichir, si elles avaient pu donner leur mesure.L’enseignement supérieur seul vient d'ouvrir à nos jeunes gens ses portes.Quand donc exigera-t-on, à Québec et à Ottawa, la licence ès lettres ou ès sciences pour les postes supérieurs du service public ?Dans le fonc- Le Canada français, Québec, oct.1931. CRITIQUE ET LITTÉRATURE NATIONALE 81 tionarisme, ici comme chez d’autres peuples où l’on attache plus de prix à la culture, des esprits de qualité et de formation supérieures pourraient utiliser, au profit des lettres ou des sciences, par la production d’œuvres personnelles, les ressources précieuses de leur emploi, de leurs fonctions ou de leurs loisirs.Et le service civil n’y perdrait rien ni en prestige ni en efficacité.C est, par ailleurs, au clergé enseignant, maître exclusif de 1 éducation secondaire, et à mesure qu’il sera lui-même pour\ u d une formation supérieure, d’être chez nous créateur de vie intellectuelle, et de préparer et de produire des hommes qui en littérature, en philosophie ou en sciences, apportent a notre avoir national des œuvres qui soient à la fois pour leurs auteurs un surcroît d’autorité et pour nos lettres une précieuse richesse.A une séance de la dernière convention des Auteurs canadiens tenue à Toronto, en fin de juin dernier, un écrivain et critique canadien-anglais, M.Wilson MacDonald, a indiqué, 1 on pourrait dire dénoncer un autre obstacle à la création d une puissante littérature chez nous, c’est le colonialisme.Colonialisme ou dépendance britannique: cela maintient chez nous des habitudes d’esprit où le manque d initiative nationale, le manque de larges horizons politiques, l’absence de problèmes internationaux, joints à la timidité ou à l'insouciance qu’engendre toujours une tutelle quelconque, dispensent trop volontiers de l’effort ou le paralysent.Colonialisme qui fait encore que nous ne pouvons assez nous imposer, ni politiquement, ni intellectuellement aux peuples étrangers, et qui nous vaut, par surcroît, le dédain intellectuel trop mal déguisé de nos deux métropoles, l’Angleterre et la France.Notre autonomie actuelle ne ferait que masquer encore, même au point de vue international, notre sujétion, si ténue soit-elle.Et Monsieur MacDonald concluait avec une éloquence, à la fois loyale et hardie, qui a beaucoup amusé 1 auditoire, à la prochaine et complète indépendance du Canada.Et plus d’un conclut avec lui qu un Canada indépendant s’appliquerait davantage, tant aux points de vue intellectuel, littéraire, artistique, qu’au point de vue politique, à s’imposer à l’Amérique, à l’Europe et au monde.Le Canada français, Québec, cct.1931. 82 CRITIQUE ET LITTÉRATURE NATIONALE Quoi qu’il arrive demain de nos destinées nationales, il nous faut tirer du présent la plus grande somme possible de valeurs intellectuelles, et l’avancement le plus rapide possible de notre littérature.La critique, pour modeste que soit son action, peut contribuer à cet avancement, à tous ses progrès.La juste critique est nécessaire.Si ingrat que soit souvent son rôle, elle stimule les efforts, elle signale les lacunes ou les paresses, elle dénonce les routines ; elle loue, elle blâme, et parfois elle corrige ; elle tient en éveil, simultanément ou tour à tour, les esprit qui s’appliquent et les volontés qui s’endorment.Camille Roy, ptre.L* Canada français, Québec, oct.1931.
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