Le Canada-français /, 1 octobre 1931, Deux traîtres d'Acadie et leur victime (suite)
DEUX TRAITRES D’ACADIE ET LEUR VICTIME Les Latour père et fils et Charles d’Aulnay- (.HARNIZAY (Suite.) II Charles d’Aulnay-Charnizay Ce n’est pas ici le lieu de raconter l’œuvre coloniale du Commandeur Isaac de Razilly que nous avons exposée en notre Tragédie d’un Peu-pie.“ Je ne dois pas avoir d’autre but, écrivait noblement le Commandeur à son cousin Richelieu, que la gloire de Dieu, la grandeur du Roy et le service de Votre Éminence.Je n’y prétends autre interest que de passer le reste de mes jours à travailler de cœur et d’âme à l’augmentation de cette grande œuvre.J’em-ployerai à cet effet jusqu’à la dernière goutte de mon sang.” Malheureusement, ce “ lieutenant général pour le Roy dans toute l’étendue de la Nouvelle-France ” ne resta en Acadie que trois ans, du 8 septembre 1632 jusqu’à novembre 1635.A cette dernière date, il mourut subitement, laissant la colonie en désarroi, d’autant qu’il se heurta à l’hostilité du “ mauvais génie de l’Acadie Moins docile que les Écossais enfin expulsés ou soumis fut ce mauvais Français récalcitrant que nous ne connaissons que trop.Charles Latour, qui vivait “ à douze lieues de Port-Royal ” et à moins encore de La Hève, n’eut pas plus tôt constaté cette installation officielle de “ trois cents Français d’élite ”, laquelle menaçait son ambition et son commerce, que, insoucieux des avances de Razilly qui “ cherche à l'attirer à cause de son influence sur les sauvages et lui envoie trois Pères capucins ”, “ il assure sous main les Anglais et essaie de faire révolter les sauvages ”.Incapable de sup- Le Canada français, Québec, oct.1931. 84 DEUX TRAITRES D ACADIE poser pareille trahison, “ Razilly charge Latour et Aulnay de reprendre dûment Pentagouët”, important poste de traite et de pêche que nous avions occupé dès 1613 et fortifié en 1626.Loin de se rallier avec ses forces à VEspérance en Dieu, Latour donne avis aux Anglais, et Aulnay fait seul l’entreprise ; il se saisit de Pentagouët, que les Anglais ne pouvaient reprendre.Loyalement Aulnay donna au chef anglais, Thomas Willet, un billet payable à vue pour les biens dûment inventoriés.Les Anglais n’en revinrent pas moins un mois plus tard avec 200 hommes ; ils furent repoussés et limités au Kennebec.Latour n’attendit pas même le résultat de toutes ces machinations anglaises, en partie déclanchées par sa fourberie, pour venir intriguer en France : en novembre 1632, il arrive à La Rochelle après une traversée de dix-sept jours, qui serait un record de vitesse, si l’on s’en rapportait à sa véracité.Là, nouvelle preuve de duplicité.Latour amenait avec lui deux de ses filles métisses: on en connaît, au moins, trois.Il confia, avons-nous dit, la cadette au frère de Razilly, Claude dit Launay-Razilly, qui la plaça chez les Ur-sulines de Tours, où elle mourut quelques années plus tard.L’aînée, âgée de six à sept ans, bien que baptisée par les Pères récollets sous le nom d’Anthoinette de Saint-Étienne, il la livra à une “ parente ” de La Rochelle, huguenote fort zélée”.Il est vrai que, trois ans plus tard, l’intervention d’un oncle de Richelieu, le Commandeur de La Porte, l’arracha à cette influence protestante et Launay-Razilly la confia à sa propre sœur, Louise, maîtresse des novices en l’antique et riche abbaye bénédictine de Beaumont-lez-Tours ; après un séjour de huit mois au \ al-de-Grace (16 juin 1644-16 février 1645) où la fit venir la Reine curieuse d’entendre sa belle voix, Anthoinette de Saint-Étienne fit profession à l’abbaye de Beaumont (9 juillet 1646).Profitant de ce double jeu, Latour fit, le 24 février 1633, confirmer par la Compagnie de la Nouvelle-France ses droits de possession en Acadie.Sur promesse d entretenir à ses frais et despans les habitations de Port de Latour et de la rivière Saint-Jean”, la Compagnie lui accorda en même temps “ la moitié de la traite des pelleteries qu’il fera conjointement avec Mons.le Commandeur ou les siens, et ce pendant le temps et espace de six ans .Le 13 avril, Latour Le Canada français, Québec, oct.1931. DEUX TRAITEES D’ACADIE 85 s’empressa de faire enregistrer de si précieux avantages pris sur le Commandeur en son absénce et fit annoncer le 6 mars dans la Gazette de Renaudot qu’à “ tous ceux qui voudraient choisir ce climat.pareil à celui de Bayonne (sic) il concéd rades terres et prés grandement fertiles,.abondants en toutes sortes d’oiseaux et animaux de chasse, même en castors’’.Il ne semble pas que c.tte réclame, à tout le moins exagérée, fit b aiuoup de dupes.Il faut croire, au contraire, que l’attitude équivoque de Latour inspirait encore des doutes : car une lettre du Roi, datée du 16 mars 1633, ordonnait de substituer à ses Récollets, en qui on avait apparemment peu de confiance, des Capucins pour “ tascher de le faire vivre, lui et ses gens, dans la crainte de Dieu ”.Aussi, dès son retour en Acadie, notre mécréant, ne se sentant pas en odeur de sainteté, fit montre d’un zèle intempestif : sous prétexte qu'Andrew Forester, lieutenant de Sir William Alexander, avait en son absence le 18 septembre 1632 pillé son fort Sainte-Marie sur le Saint-Jean, il attaqua à Machias sur la rive continentale en novembre 1633 un poste de traite que venaient d’établir un certain Allerton et d’autres marchands de New Plymouth : concurrence menaçante pour son propre poste du Saint-Jean.Des cinq hommes qui l’occupaient, deux furent tués et les trois autres emmenés dans le repaire du Cap de Sable avec un butin de 500 louis en fourrures et marchandises.Grand émoi à Boston où l’on n’avait cessé de considérer Latour comme un coreligionnaire et un ami.Il fait des esclaves de nos hommes, gémissent les puritains ; il attire à lui nos serviteurs, il arme les Indiens contre nous.” Dès l’année suivante, le Bostonais lésé s’en alla sur une pinnace réclamer à Latour hommes et marchandises ; il fut fort mal reçu : c’est au nom du Roi de Framce, déclare Latour, que fut faite cette prise de guerre, vu que tout le pays du Cap Cod au Cap Sable est désormais français.Allerton demande de voir cette commission royale ; Latour répond fièrement que son épée lui en tient lieu et menace de saisir ou couler tout navire anglais qui viendrait naviguer à l’est de Pema-quid et à un mille du fort St-Jean.Pareille menace, pareille grandiloquence de forban eussent pu nous coûter ch.r.Razilly en profita, toutefois, “ pour border les Anglais le plus proche qu’il pût ” : il signifia officiellement aux autori- Le Canada français, Québec, oct.1931. 86 DEUX TRAITRES d’ACADIE tés de Nouvelle-Angleterre qu’elles ne devraient plus désormais laisser franchir la frontière du Kennebec.Du même excès de zèle Latour fit preuve à l’égard des Français.Ainsi, en 1634, il fit saisir trois navires français qui pêchaient sur les côtes de l’Acadie ; l’un d’eux appartenait à son ancien ami, le capitaine Bernard Marot, qui, de ce fait, passa au service du Commandeur et, plus tard, à celui d’Aulnay.Exploitant ce prétendu “ zèle ” envers la Compagnie de la Nouvelle-France, Charles Latour, encore revenu en France vers la fin de 1634, se fit octroyer de nouveaux avantages par la dite Compagnie : le 15 janvier 1635, ses concessions antérieures furent ratifiées et son droit de partage des pelleteries avec le Commandeur fut prorogé de cinq ans, à condition, toutefois, de “ faire passer annuellement des Français de l’un et de l’autre sexe pour accroître ladite Colonie tant que faire se pourra ” ; condition à laquelle il ne se conforma guère, surtout pour les femmes, dont la présence était pourtant indispensable au peuplement.Naturellement, notre homme d’affaires n’en fit pas moins dès le 21 mars encore enregistrer ces nouveaux avantages au greffe de l’Amirauté de Guyenne, à La Rochelle.En juillet de la même année, s’accomplit un fait grave de nature à expliquer les brusques attaques des sauvages dont se plaignit Charles d’Aulnay.Un huguenot de la bonne ville de La Rochelle, le capitaine Jean Thomas, patron du Saint-Pierre, fut surpris en flagrant délit d’excitation de ces sauvages au pillage et à l’assassinat: se livrant à la traite interdite des pelleteries avec les Micmacs du nord de la péninsule, il les enivra et, profitant de leur ivresse, les exaspéra au cri de “ Mato ! Mato ! ” (Tue ! tue !) contre ce “ Normandia ” de Razilly, “ mot si odieux aux sauvages qu’il ne s’en peut trouver pire ”.Aussi attaquèrent-ils dès le matin le poste de Saint-François, que Razilly venait d’établir à Canseau.Son lieutenant, Nicolas Le Creux, sieur du Breuil, fut si gravement blessé (deux plaies et une contusion) qu’il ne put empêcher le pillage.Il venait d’arriver de France sur le Saint-Jehan avec sa femme Anne Motin, sa belle-sœur Jeanne, qui devait épouser Charles d’Aulnay, et ses deux beaux-frères.Jean Thomas et son navire furent saisis par le capitaine Bernard Marot et amenés à La Hève pour jugement.Or, en cette même année, un navire de Le Canada fbancaib, Québec, oct.1931. DEUX TRAITRES D’ACADIE 87 même nom, le Saint-Pierre, équipé à LaRochelle par l’agent de Latour, David Lhomeron, ne put, pendant plus de trois mois et demi, du 5 juin au 29 septembre, obtenir de Latour le paiement des munitions, vivres et marchandises qu’il lui avait livrés au fort Saint-Louis.Tels étaient les procédés de Latour du vivant même de Razilly (Arch.Charente Inférieure ; Amirauté de La Rochelle; n° prov., 75, 77, 78).Après la mort si prématurée et si funeste du Commandeur, l’Acadie se trouva divisée en trois fiefs.A Nicolas Denys était concédé pour 15,000 livres tout le littoral du golfe Saint-Laurent, du détroit de Canseau (vieux mot qui signifiait limite) jusqu’à la Baie des Chaleurs ; nommé gouverneur et lieutenant-général de Terre-Neuve, du Cap-Breton, de l’île Saint-Jean et autres lieux, l’actif négociant s’y livra sur divers points, entre autres à Chedabouctou (depuis Guysborough), à un grand commerce de pêcherie, de pelleterie et de bois de construction.A Charles de Saint-Étienne, sieur de La Tour, dont on ignorait, ou bien oubliait toutes les trahisons, dont étaient même “ certifiées les bonnes intentions ”, avait été reconnu dès le 15 janvier 1635, dans “ le désir d’accroistre la colonie de la Nouvelle France ”, en récompense de son “ zèle pour la religion catholique, apostolique et romaine ” (quelle duperie en cette formule !), outre son fief du fort Saint-Louis au sud de la presqu’île, celui de son père, c’est-à-dire le fort et l’habitation de la rivière Saint-Jean avec les terres adjacentes “ mouvant et relevant de Québec ” (cinq lieues de terres en amont et en aval sur dix de profondeur).En cet important centre de traite, il développa bientôt, grâce à son influence sur les sauvages, un commerce de pelleteries qui lui rapporta bon an mal an de 100,000 à 150,000 livres.Le 25 janvier 1636, la Compagnie de la Nouvelle-France avait même accordé à Claude Latour, dont la trahison était pourtant avérée, le “ Vieux Logis ” de Pentagouët, vainement repris par Aulnay aux Anglais: car les Latour, qui n’étaient que des trafiquants n’y cultivèrent guère leur concession de dix lieues carrées et se trouvèrent là bien à portée de leurs alliés habituels de Nouvelle-Angleterre.Tout comme Denys, en effet, Charles Latour, en dépit de ses engagements écrits en sa charte et de certaines offres “ de terres et de prés grandement fertiles ”, ne put, et au fond ne voulut guère, Le Canada français, Québec, oct.1931. 88 DEUX TRAITRES D’ACADIE attirer de colons agricoles sur aucun point de l’Acadie.“ Le profit est le premier mobile de toutes les conditions ”, déclarait Denys.Par suite, ni l’un ni l’autre ne créèrent rien de durable.Du reste, Claude Latour dut mourir vers 1630, on ne sait où.Le véritable organisateur de la colonisation acadienne fut Charles de Menou, Sieur d’Aulnay-Charnizay.L’antique famille de Menou, originaire du Perche (des environs de la forêt de Senonches), remonte au Xle siècle; une partie se transporta en Touraine au XlVe siècle ; mais on trouve encore des Menou dans le Berry, le Poitou, la Sologne, en Normandie et en Bretagne.Le premier qui joua un certain rôle en son temps, fut précisément le père de notre personnage historique.René de Menou, Sieur d’Aulnay et de Charnizay, né en 1578, se distingua comme officier tant par ses campagnes et par ses livres, qui firent autorité (Traité de la Guerre; Moyen d'empêcher les duels; Traité pratique du Cavalier, qui devint VInstruction du Roi en l'Art de monter à cheval), que comme gouverneur du duc de Mayenne et diplomate en ses négociations avec le duc de Nevers-Gonzague , lesquelles amenèrent l’intervention de Richelieu en Italie ; le Cardinal le nomma Conseiller du Roi et ainsi collègue de ses deux cousins les frères Claude et Isaac de Razilly.De ses deux filles, l’aînée, prieure de cinq couvents de Carmélites, attira l’attention du Cardinal de Bé-rulle par son zèle édifiant ; en 1660 elle mourut saintement au couvent de la rue Saint-Jacques.De ses trois fils, seul Charles survécut; il naquit, sans doute, vers 1596 dans le château patrimonial de Charnizay qui, tranformé en ferme, subsiste encore à quelques lieues de Loches.Tourangeau comme Razilly et son cousin issu de germain, comme lui officier de marine, Charles d’Aulnay l’avait tour à tour secondé dans ses efforts militaires à Pentagouët et dans ses tentatives agricoles à La Hève.Comme lui, à la différence des Latour, “ il n’avait pas d’autre passion que de faire peupler le pays”.Aussi, avant de mourir, le Commandeur, qui appréciait ses qualités, porta-t-il le nom d’Aulnay sur “ une commission en blanc de même teneur que la sienne ” comme “ personne agréable à sa Majesté et capable ” ; il le supplia même “ de ne point abandonner Le Canada français, Québec, oct.1931. LEUX TRAITRES d’aCADIE 89 le pays et de continuer l’œuvre si glorieusement commencée Les Capucins, que Richelieu, sous l’influence de l’Éminence Grise, avait chargés de la mission d’Acadie, “ *UI adressèrent la même prière”.Aulnay promit et tint parole ; d’autant plus volontiers qu’en son rôle de colonisateur de l’Acadie il voyait une “ prérogative venue de Dieu ”, “ une élection particulière “ C’est la bonté de Dieu qui m’a donné ce bien, dira-t-il en son testament ; je n’en suis que fermier tris indigne.” Il déclare même dans la ferveur de son zèle : “ Je me suis voué, moi, ma femme, mes enfants et mes biens a la conversion des pauvres sauvages de ces lieux.” Le nouveau gouverneur bénéficia, du moins, de l’organisation financière de son prédécesseur.A défaut des secours de l’Ordre de Malte, le Commandeur avait obtenu, en dehors de la Compagnie des Cent-Associés de la Nouvelle-France, la création d’une Compagnie spéciale de l’Acadie “ pour le peuplement de La Hève et du Port-Royal ”.Aux premiers associés de cette Compagnie, le frère même du Commandeur, Claude de Razilly, sieur de Launay, et Jean Condonnier, “ bourgeois de Paris ”, s’ajouta le 16 juillet 1635 le Cardinal lui-même “ pour leur donner moyen de persister à l’entreprise qu’ils ont faite ”, laquelle péréclitait faute de fonds suffisants.Le Cardinal de Richelieu promet volontairement de fournir une somme de 17,000 livres pour être employée à l’achat de victuailles et marchandises de troque.¦ et y faire passer les personnes mentionnées ” (à bord du Saint-Jehan).Ainsi Richelieu devint propriétaire pour un cinquième “tant des terres, habitations, forts, bâtiments, droits, traites et choses accordées par la Compagnie de la Nouvelle-France et audit Sieur de Launay-Razilly que des vaisseaux, meubles, marchandises, armes, munitions, vivres et autres choses ” ; clause, à vrai dire, léonine.Sous cette haute influence, une nouvelle part d’un cinquième fut souscrite le 25 juillet conjointement par Jean Legrand, conseiller du Roy, qui apporta 17,000 livres, et par Louis Motin, contrôleur du grenier à sel à Mont Saint-Vincent en Charolais, qui apporta 3,000 livres.Mais l’apport de ce dernier fut, en réalité, infiniment plus considérable • car il embarqua sur le Saint-Jehan, ainsi que nous l’avons vu, quatre de ses huit enfants: deux fils, Jean et Claude, et deux filles, Anne et Jeanne.Le Canada français, Québec, oct.1931. 90 DEUX TRAITEES D’ACADIE Or, à sa destinée et sûrement en vue de son œuvre de colonisation, Charles d’Aulnay, qui approchait de la quarantaine, associa cette Jeanne Motin ou Mottin, dont le seul patronyme, ainsi que celui de ses deux frères et de sa sœur, figure sans aucun titre nobiliaire dans le rôle des passagers du Saint-Jehan.Cette sœur aînée avait, toutefois, épousé un certain Nicolas Le Creux, sieur du Breuil, qui fut, disions-nous, lieutenant du Commandeur au fort Saint-François de Canseau, et son père Louis Motin, qui signait “ Sieur de Courcelles ou Courseules ”, semble avoir appartenu à une famille de petite noblesse charolaise et franc-comtoise, dont la branche aînée était tombée “ en une extrême misère l’empêchant de tenir son rang”.Peut-être notre contrôleur du grenier à sel n’avait-il ainsi aventuré en cette lointaine affaire coloniale, en même temps que ses trois mille livres, quatre de ses enfants que dans l’espoir de leur assurer un avenir.Si l’une des filles et les deux fils n’apparurent pas autrement dans l’histoire acadienne, si le gendre en disparut bientôt, Jeanne Motin y joua, du moins, un grand rôle, bien qu’en partie effacé, puisque dès 1636 elle épousa le gouverneur Charles d’Aulnay, de très noble famille'.Ce n’est pas le monde qui m’a donné ma femme, dira ce mystique homme d’action, c’est Dieu et sa Sainte Mère.Il semble par contre, que le père de Charles d’Aulnay, en sa qualité de conseiller du Roy et de chef d’une antique famille de haute noblesse, vit d’un assez mauvais œil, comme une “ désobéissance ”, cette mésalliance de son fils avec une personne qui, de l’aveu même de celui-ci, n’avait pas “ les conditions nécessaires à une femme du monde .Le mariage ayant eu lieu en Acadie, René de Charnizay ne connut jamais sa bru, bien que, “ très humble et pauvre petite servante de Dieu ”, “ ayant toujours l’honneur de son cher maître devant les yeux ”, elle eût donné a son fils huit enfants.Quoiqu’il en soit, homme de cœur, d’énergie et de foi intense, Aulnay, "entré tout de bon en cette affaire d Acadie, se montra aussi vigilant administrateur qu’habile diplomate et capitaine résolu.Son dernier confesseur, le Père Ignace, de Senlis, nous montre en lui (6 août 1653) une belle âme, très noble, très pure, très desinteressée.Il fut si soigneux, tout ce temps de six à sept mois que je demeuray le seul prêtre au Port-Royal, de tenir sa conscien- Lk Canada français, Québec, oct.1931. CEUX TRAITRES ü’aCADIE 91 ce pure qu’il se confessa toujours de deux jours l’un et bien des fois tous les jours.Il était fort zélé pour la foy.Sa charité envers les sauvages a été très rare.” Charles d’Aulnay, dit justement son historien Moreau, fut “ l’un des types les plus complets de gentilhomme colonisateur du XVIIe siècle”.L’Acadie se retrouvait donc de nouveau en de bonnes mains, moins puissantes toutefois que celles du Commandeur.En son œuvre de colonisation catholique et française, Charles d'Aulnay fut grandement aidé par les Capucins, comme le démontre le P.Candide de Nant en ses Pages glorieuses de l’Épopée canadienne.Dès 1625, avons-nous vu, l’Eminence Grise, encouragée par Richelieu, s’était préoccupée de développer la propagande franciscaine hors d’Europe.En 1632, le P.Joseph du Tremblay, “ commissaire apostolique des Missions étrangères ”, s’associa comme préfet un Breton d’origine auvergnate, fils d’un conseiller au Parlement, Jacques Faure, en religion Léonard de Paris, qui venait pour la quatrième fois d’être élu ministre de cette province capucine.Au lieu des trois Capucins prévus par les conventions, Razilly, qui avait déjà apprécié au Maroc le zèle efficace des Franciscains, en embarqua, avec ses “ trois cents hommes d’élite ”, dont “ fera noblesse”, six, qui dès décembre 1632 s’établirent à La Hève et même à Port-Royal, où la conversion des Écossais protestants s’ajouta à celle des sauvages.Dans ce but s’unirent sans doute à des Capucins français rappelés d’Angleterre ceux de France qui, sur l’expresse recommandation du P.Joseph, se mirent incontinent à l’étude des langues indigènes tant pour les conversions que pour les confessions et improvisèrent une école qui s organisa bientôt en “ séminaire ”, tant pour l’instruction des jeunes Abénaquis que pour celle des jeunes Français.Cette mission acadienne fut “ confirmée ” en 1633.Grande fut bientôt 1 heureuse influence franciscaine au point de vue moral comme au point de vue religieux.Les Capucins par leurs exemples, écrivait Razilly, dès le 15 juillet 1634, nous ont si bien conduits que, par la grâce de Dieu, le vice ne règne point en cette habitation ; depuis que j y suis, je n ay pas trouvé lieu de châtiment : la charité et 1 amitié y sont sans contrainte.Les sauvages se soumettent de leur franche volonté à toutes les lois qu’on L* Canada fbancais, Québec, oct.1931. 92 DEUX TRAITEES d’aCADIE veut bien leur imposer, soit divines, soit humaines, reconnaissant Sa Majesté très chrétienne pour le Roy.” “ J’ay retiré une grande consolation, confirme Peiresc en France, d’entendre le favorable succès de la nouvelle mission du Canada où les Capucins ont acquis tant de créance et m’en promets beaucoup de fruit avec la divine bénédiction.’ Pourtant, un conflit d’autorité surgit, qui compromit “ l’amitié ” régnante.Lorsqu’en 1633 “ le Sieur de La Tour, capitaine du fort Latour ”, reçut du Roy l’ordre de retirer de son fort “ les gens d’Église réguliers ou séculiers ”, afin de “ mettre en leur lieu lesdits religieux capucins, pour éviter les inconvénients qui pourraient arriver du meslange de personnes de diverses conditions en ce pays-là ”, il feignit d’obtempérer, puis s’y refusa : les Capucins, envoyés par Razilly, furent “ maltraités ”, puis évincés en 1639 ; les Récollets restèrent, malgré l’ordre qu’ils avaient reçu de la Propagande de quitter les lieux où se trouvaient d’autres missionnaires.Ainsi, par cette désobéissance, l’autorité d’Aulnay se trouva narguée au profit de celle de Latour.Dès le début, l’infatigable activité d’Aulnay dut donc se dépenser en luttes aussi épuisantes que stériles contre l’être malfaisant qui devait ruiner 1 Acadie.Charles La Tour, en sa qualité de premier occupant et de riche ' traitant ”, s’estimait le maître incontesté du pays ; ” il se flattait qu’Aulnay ne resterait pas en Acadie après la mort de Razilly ; ” il vit donc d’un mauvais œil ce rival se fixer à demeure en sa résidence principale de Port-Royal avec femme, enfants, domestiques, colons et soldats.Alors il conçut le projet de le contraindre, par les embarras qu’il susciterait, à abandonner la colonie.Loin de reconnaître son autorité, notre aventurier sans foi ni loi ne cessa, en effet, de la contester, de la saper, de l’attaquer plus ou moins ouvertement par les moyens les plus vils et les plus violents : l’intrigue en France, le soulèvement des Peaux-Rouges, l’alliance même avec les ennemis du pays.Le 10 février 1638, les protecteurs de Latour à Pans (car sa grosse fortune lui permettait de disposer de protecteurs influents) obtinrent du roi un stupide partage qui mettait la résidence de chacun des rivaux dans le territoire de l’autre : à Aulnay, toute la côte continentale de Chignectou au Le Canada feancais, Québec, oct.1931. DEUX TRAITRES d’aCADIE 93 Kennebec, sauf l’embouchure du Saint-Jean ; à Latour, toute la côte péninsulaire de Chignectou à Canseau, sauf Port-Royal et La Hève, et défense à chacun de “ s’ingérer ” dans les affaires de l’autre.Selon les termes mêmes de la convention, Aulnay est “ lieutenant général en la côte des Etchemins, à prendre depuis le milieu de la terre ferme de la Baie Françoise en tirant vers les Virginies et gouverneur de Pentagoët ”, et Latour est “ lieutenant général en la côte d Acadie depuis le milieu de ladite Baie Françoise jusqu’au détroit de Canseau Pareille situation enchevêtrée ne pouvait qu’engendrer la guerre civile, alors qu’elle prétendait éviter la.“ controverse ” et créer la “ bonne intelligence L incohérence d un tel document ne montre que trop l’ignorance et 1 incapacité, sinon la vénalité, des bureaux de la métropole.Ils ne semblaient, en leur texte, ni comprendre que Port-Royal était ainsi mis dans le territoire de Latour et le fort Saint-Jean dans le territoire d’Aulnay, ni se rappeler qu en 1636, c est-à-dire deux ans plus tôt, ils avaient confié à Claude Latour, ce territoire de Pentagouët dont ils faisaient maintenant Aulnay ” gouverneur ”.Fn fait, cette irréalisable absurdité ne fut jamais réalisée, car Charles Latour garda son établissement du Cap de Sable jusqu a ce qu en 1641 Aulnay l’en délogeât sur l’ordre du Roy.Dès 1637, Latour ouvre les hostilités.Après avoir “ semé la division entre Français ” à La Hève et à Port-Royal et vainement lancé contre son adversaire ses amis les Micmacs, “ persuadés de faire quelque désordre ”, il capture, en mars 1640, une pinasse de secours, envoyée à Pentagouët, que menacent les Anglais, et, pendant cinq mois, il traite en esclaves les neuf hommes d’Aulnay dans le fort de Saint-Jean.Puis “ il se transporte à La Hève, qu’il veut s’approprier, et il se vante de ruiner en deux ans le sieur d’Aulnay”.Il envoie à Port-Royal des sauvages qui lui tuent un homme.Aulnay va lui-même défendre Pentagouët, que menacent les Anglais.Or, dans un exposé du cas, William Crowne, nettement influencé par Latour (Cal.St.P.; Am.and W.Ind.; 1661-8, n° 1809),—celui-ci attribuant à Aulnay ses propres sentiments,— l’accuse d’“ envier ses vastes domaines et, faute de succès par la ruse, d’avoir eu recours a la violence pour le chasser ”, alors qu’en fait Aulnay n’avait en aucune circonstance inquété le commandement ni trouble le territoire de Latour v ’est ainsi que le cyni- Le Canada fuancais, Québec, oct.1931. 94 BEUX TRAITRES d’aCADIE que Latour prêtait aux autres ses propres mobiles et les accusait de ses propres méfaits.Profitant de cette absence d’Aulnay, Latour tente avec deux navires de guerre de surprendre Port-Royal.Mais ce fut Aulnay, qui, revenant de Pentagouét avec deux nouveaux navires de secours, le surprit au contraire et le captura, ainsi que ses hommes et son agent de La Rochelle, Desjardins.(Procès-verbaux du 11 greffier ” Mathieu Capon, 21 juillet, et des Capucins, 11 août.) Ce Desjardins amenait pour femme à Latour la “ fille d’un barbier de Mans”, Marie-Françoise Jacqueline ou Jacquelin qu’on a vainement voulu faire passer pour noble, elle aussi, douce manie des descendants de Latour.C’était justement pour s’unir à cette roturière que Latour se rendit en force à Port-Royal, prétextant avoir besoin de la consécration liturgique des Capucins de Port-Royal, comme s’il n’avait pas ses trois Recollets en son fort Saint-Jean.Dès le 23 juillet 1640, Aulnay donne “advis à Sa Majesté des désordres dudit Latour”.D’une requête présentée au Conseil du Roi par la Compagnie de la ISou-velle-France, le 4 août 1641, il appert, en outre, que “ Latour auroit armé deux pinasses munies d’hommes et de canons et auroit tiré plusieurs coups jusques à avoir des-mâté le vaisseau du Sieur d’Aulnay ”, qui ravitaillait son fort de Pantagouët.Mais, celui-ci ‘‘l’aurait contraint à prendre terre et à se rendre .“ Par l’entremise des Pères Capucins, il fut dressé des articles d’accommodement (28 juillet 1640) jusques à ce que Sa Majesté en eust ordonné.” Or, “ sur l’advis donné à ladite Majesté des de-portements dudit Sieur de La Tour qui abuse de 1 authorité de sa charge, au lieu de se joindre avecq le corps des sujets de sadite Majesté habités audit pays,.il favorise autant qu il luy est possible les ennemis de l’Estat; sadite Majesté luy auroit par deux diverses fois fait faire commandement de repasser en France, à quoy n'ayant voulu obéir, ledit Sieur d’Aulnay auroit eu ordre de sa Majesté de se saisir dudit de la Tour et le contraindre d obéir .“ Défenses mêmes auroient été faites à toutes personnes de ne faire passer aucun navire en la susdite coste (d’Acadie) n.aucuns vivres ni hommes, au préjudice de quoy le Sieur Desjardins, commissionnaire dudit Sieur de la Tour, n’auroit pas laisse de lui envoyer un navire avec plusieurs hommes, ce qui est extrêmement dangereux tant contre les subjetcs du Roy que contre les suppliants (de la Compagnie de la Nouvelle-France).\ u défendant les articles d’accommodement .les registres de 1 Amirauté Le Canada français, Québec, oct.1931. DEUX TRAITRES d’aCADIE 95 (18 juillet 1641) de faire sortir de Brouage, la Rochelle, ny autres lieux voisins aucuns vivres ny munitions de guerre et de bouche pour porter en la coste d’Acadie des navires et marchandises sur peine de confiscation et punition corporelle,.le Roy, en son Conseil, ordonna (le 7 août 1641) saisie dudit vaisseau dudit Desjardins, commissionnaire dudit Latour.avec deffenses au juge de l'amirauté de La Rochelle et tous autres d’en cognoistre, à peine de 3,000 livres d’amende et de tous dépens”, (ce qui semble impliquer bien peu de confiance en l’amirauté de la ville huguenote).(Archives nationales, Conseils du Roy, Conseil des Finances, E.163 B, fol.7.) L’honnête Aulnay, n’ayant encore entre les mains apparemment aucun mandat d’arrêt, relâcha son déloyal adversaire et lui envoya même le 1er juillet 1641 des Capucins pour négocier à nouveau.Latour les enferme sur-le-champ et les traite indignement ; il fait même saisir à La Rochelle un vaisseau d’Aulnay et lui fait intenter un procès par la veuve de son capitaine Jamin tué dans l’attaque de Port-Royal, procès que la chicane fit durer quatre ans.Alors Aulnay, sentant sa présence nécessaire en France, s’y rendit en hiver.Avant même son arrivée, la confiance en Aulnay était telle que, dès le 27 février 1641, son père avait signé le contrat suivant avec ses associés Claude de Razilly, qui possédait quatre parts de la Société, Nicolas Le Cardif, qui avait acheté la part de Jean Le Grand, et les Capucins, auxquels Richelieu avait en janvier 1640 cédé sa “ cinquième partie ” : “ Reconnaissant les assistances et services que le Sieur d’Aulnay avait faits à la Compagnie,.ayant souvent hasardé sa vie tant au passage des vaisseaux qui étaient venus de par delà qu’en la prise et conservation du Port-Royal contre les Anglais en plusieurs rencontres ”, ils lui accordent “ une septième part au fonds de ladite Société et aux fruits qui en étaient provenus et devaient en provenir, tout comme s’il avait consigné au début la somme de 17,000 livres”.Bien mieux, le 9 février 1642, les Capucins nomment Charles d’Aulnay leur syndic pour “ faire valoir la susdite part ” que leur avait donnée le Cardinal ; car il s’est employé fidèlement, disent-ils, pour l’entretien et avancement des séminaires ” de Port-Royal (Arch, nat., S., 3705).Aulnay, demeurant à Paris, rue de Grenelle, en la maison de ” Monseigneur de Charnizay, son père”, signa cet engagement et lui fut fidèle.En outre, Claude de Le Canada français, Québec, oct.1931. 9G DEUX TRAITRES D’ACADIE Razilly, “ en faveur de l’amitié et parenté qui était entre eux ”, donna à son cousin Charles d’Aulnay “ la somme de quatre mille livres à prendre sur la succession du Commandeur”.Enfin, le 13 et le 23 février 1642, sur les plaintes dûment motivées d’Aulnay, le Conseil du Roi de nouveau révoqua Latour, le manda à Paris et nomma Aulnay “ lieutenant général dans toute l’étendue des côtes de l’Acadie, du golfe Saint-Laurent aux Virginies ”, avec ordre d’“ éloigner les Hollandais des côtes de l’Acadie Latour se récusant, Aulnay reçoit l’ordre signé Séguier (21 février 1642) de “ se saisir de Latour pour le conduire en France avec défense à toutes personnes de lui prester aucune assistance sous peine de punition corporelle : car il est révoqué pour ses mauvais comportements : il tient en désordre et confusion les affaires du pays d’Acadie”.Dès son retour en Acadie, Aulnay se met en devoir d’exécuter les ordres du Roy.Le 17 août 1642, il se rend à la rivière Saint-Jean et délègue trois gentilshommes escortés de quatre hommes pour transmettre à Latour les papiers qui le concernent.Mais Latour, se sentant en parfaite sécurité dans son solide fort Saint-Jean, ne fait qu’un “ bouchon ’ de papier du mandat royal que lui remettent les sept envoyés d’Aulnay, et, après avoir “ proféré quantité de paroles insolentes ”, met ceux-ci sous les verrous pour plus d’un an, jusqu’au 3 septembre 1643.C’est donc bien cette fois la rebellion déclarée.Pour en atténuer les effets, Aulnay, conformément aux ordres du Roy, “ se saisit ” du fort Saint-Louis au Cap de Sable.Latour se plaint pathétiquement de l’incendie d’“ une église ” et d ’“ un monastère ” en ce lieu : grands mots vides de sens de la part d un mécréant qui n’avait avec lui que trois Récollets et quelques soldats et engagés célibataires dont bon nombre étaient huguenots.Prenant une attitude de ” religionnaire , Latour était, avons-nous vu, entré en relation, par I intermédiaire de son agent Desjardins, avec les protestants de La Rochelle et, par l’intermédiaire de deux marchands de cette ville, d abord le protestant Rochette, porteur d’ “un message de M.de la Tour ” (septembre 1641), puis Lestang, avec les puritains du Massachusetts.En novembre 1643, “ M.Lestang et ses quatorze compagnons, dit Winthrop, quoique papistes, Le Canada français, Québec, oct.1931. LEUX TRAITRES d’aCADIE 97 vinrent à nos réunions religieuses du temple protestant A ces puritains, Latour propose la liberté du commerce qu ils s’empressent d’accepter et un projet d’alliance contre Aulnay ; il demande, en outre, l’autorisation de faire venir des marchandises d’Angleterre par l’intermédiaire de marchands bostonais ; sur ce dernier point, ils ferment les yeux.Quant à 1 alliance, ils feignent en principe de refuser ; mais, en fait, ils envoient aussitôt à la rivière Saint-Jean une chaloupe et une pinasse chargées de marchandises.Au retour, fin novembre, ces honnêtes négociants de Boston rencontrent à Pemaguid (Pemquid) Aulnay, qui leur remet pour le Gouverneur la copie de l’arrêt rendu contre Latour, arrêt qu il apporte lui-même de Paris ; il les avertit franchement qu’il capturera désormais tout navire qui trafiquera avec Latour.Ainsi, dûment informés, les Bostonais ont pour strict devoir de ne pas intervenir en temps de paix en faveur d un sujet français en état de rebellion contre son pays.Ce devoir, ils l’envisagent ainsi : Tant que Latour et Aulnay seront opposés l’un à l’autre, confie le sous-gouverneur Endicott au gouverneur Winthrop (avril 1643), ils s’affaibliront mutuellement.(Donc, diviser pour regner.Si Latour prenait le dessus, nous aurions en lui un mauvais voisin, et je crois bien que nous n’aurions guère sujet de nous réjouir d’avoir affaire à des Français idolâtres.Pour ne pas “ contrarier en ses voies la divine providence ”, ils abandonnent donc à son sort le plus faible adversaire ou, du moins, envoyant pour les étrennes du 1er janvier 1643 la première pinasse qu’ils surent construire, ils se contentent de le ravitailler secrètement.Conformément aux ordres du Roy, Aulnay avait, dès la fin de 1642, bloqué l’entrée de la rivière Saint-Jean, y employant peu à peu jusqu’à trois navires, dit-on, trois pataches et cinq cents hommes.Dès décembre il y amena un navire de 120 tonneaux, la Vierge, que lui avait envoyé avec force ravitaillement son correspondant Le Borgne de La Rochelle.Il l’arma de cinq canons pris à son fort et d’une vingtaine de soldats ainsi ajoutés aux canons et vingt hommes d’équipage dudit navire.Aulnay put ainsi chasser un navire anglais, dont le capitaine Bailly, Normand passé au service des Anglais, tentait de ravitailler Latour ; mais, dans une descente, le capitaine Bourget de la Vierge fut blessé.(Arch.Le Canada français, Québec, oct.1931. 98 Deux Traîtres d’Acadie Char.Inf.; Amir.La Rochelle ; prov.77, 9e dossier.) Le blocus n’en fut pas moins resserré en mars.C’est alors que le 25 mai 1643 survint de La Rochelle au secours de La Tour un vaisseau de 140 tonneaux, armé en guerre, le Saint-Clément, que commandait le capitaine Étienne Mourron.Que s’était-il donc passé ?Par arrêt du 21 février 1642, le Conseil du Roy avait pourtant réitéré “ expresses defîenses au nommé Desjardins et toutes autres personnes d’envoyer navires, hommes, vivres, munitions et marchandises au sieur de La Tour que Sa Majesté a déclaré rebelle et privé des pouvoirs, charges et commandements qui luy auraient cy-devant esté octroyés, sous peine d’estre pris, arrestés et mis en seure garde”.(Arch.Nat., E.181c,//.28-29.) L’agent de Latour, Desjardins et ses complices, avaient même été, le 30 mars, dûment informés de cette interdiction.Sans doute ; mais, en cette période de désarroi causée par la mort récente de Richelieu (4 décembre 1642) et par la mort imminente de Louis XIII (14 mai 1643), 1 autorité, echue aux mains d’un enfant mal conseillé, fut méconnue, surtout en une ville huguenote comme La Rochelle, où un esprit de révolte sévissait toujours.Aussi, comme son maître et modèle, Desjardins se vantait-il de “ perdre le Sieur d’Aulnay et sa compagnie et d’envoyer des hommes à Latour pour continuer son entreprise”; donc on ‘‘lui manda de ne pas désespérer ”.Profitant de la prétendue indisposition de son mari, la femme de Latour s’en vint même dès lors, dit-on, subrepticement intriguer en France, en particulier auprès de certains associés de la Compagnie de la Nouvelle-France; tant, et si bien que, circonvenu, malgré les ordres catégoriques du roi et du Cardinal défunts, le grand Prieur de France ” autorisa illégalement le capitaine Mourron à équiper en guerre le Saint-Clement pour porter au Sieur de Latour tous les vivres et munitions nécessaires pour sa subsistance.dans le fort de la rivière Saint-Jean”.Le Saint-Clément partit le 15 avril.Ainsi se réalisa une fois encore la criminelle entente du “ religionnaire ” Latour tant avec les huguenots de La Rochelle qu’avec les puritains de Boston.Toutefois, malgré la surprise que dut éprouver Aulnay, le Saint-Clément, bien qu’il portât, outre force munitions de guerre et de bouche, 140 hommes pour la plupart protestants, ne put forcer le blocus; Aulnay lui donna même la Le Canada français, Québec, oct.1931. DEUX TRAITRES d’aCADIE 99 chasse de très près avec trois navires, dont une frégate commandée par le capitaine J.Le Bœuf et une patache commandée par le capitaine Chabot de la Tremblade.Mais, “ à la faveur de la nuit ”, Mourron “ envoya une chaloupe avec sept hommes pour donner advis au Sieur de Latour ; quelques jours après.Latour se rendit à son bord et somma ledit (Mourron) de se rendre au pais de la Nouvelle-Angleterre distant de 80 lieues et de luy obéir en tout ce qu’il commanderait, se chargeant lui-même de tous risques.Ce que ledit Mourron et ses gens luy accordèrent ”.{Arch.Char.Inf.; Amir.La Rochelle ; prov.77, 4e dossier.) Le 12 juin, Latour arrive à Boston pour y renouer ses intrigues avec les Anglais, dont il fait le jeu contre la France.Après une courte alarme, ce transfuge, bien muni de beaux papiers et de fortes troupes, est “ bien accueilli ”, nous dit l’historien de la Nouvelle-Angleterre, le Rév.W.Hubbard, d autant que “ le maître du navire et les matelots étaient protestants ”, ajoute Winthrop.Le gouverneur lui-même et ses gardes du corps l’escortent chez son vieil ami et créancier, le capitaine Gibbons, qui le reçoit à bras ouverts.Le même gouverneur et les plus importants citoyens le fêtèrent, ainsi que ses officiers, à leurs tables.Les payant de retour, le mécréant s’empressa d’assister dans leurs églises à leurs offices religieux et ordonna à ses “ 150 (sic) soldats ”, plus ou moins protestants de défiler fraternellement avec les miliciens de Boston près de la fameuse “ mare aux grenouilles ”.“ Son inclination apparente vers le protestantisme, dit l’historien Will.Jenks, recommandait sa personne et sa cause à nos ancêtres.’ {Coll, of Mass.Hist.Soc.; series IV, vol.4, 1858 ; p.464.) Quant à l’intervention militaire que Latour réclamait contre le représentant légitime de la France en Acadie, on discuta beaucoup ou plutôt on prêcha avec force casuistique pour et contre.Les trois colonies de la Nouvelle-Angleterre durent même se concerter.“ A quoi bon montrer 1 intention de nuire quand on ne le peut ?” fut-il dit.On rappela les fâcheuses affaires de Penobscot, de Ma-chias et de l’île de Sable.Enfin, on n’eut pas trop de peine à se rallier à ce pieux argument : “ Aulnay est un dangereux voisin ;.il y va de notre sécurité d’aider Latour;.d autant qu’en renforçant l’un contre l’autre, ils Le Canada français.Québec, oct.1931. 100 DEUX TRAITRES d’ACADIE ne feront que s’affaiblir tous les deux.” “Assemblée et Gouverneur, conclut le Révérend Hubbard, déclarèrent qu’il n’était pas plus illégal de permettre à Latour de se procurer des auxiliaires parmi leur peuple qu’il ne 1 avait été à Josue de secourir les Gabaonites contre les Chananéens ou à Josaphat d’aider Joram contre Moab.” En réalité, ces belles raisons bibliques ne faisaient que dissimuler de vieux sentiments de haine à l’égard des Français catholiques et de vils intérêts mercantiles : d’une manière générale, les gros profits de la pêche anglaise sur les côtes de l’Acadie étaient menacés par les établissements d’Aulnay, stigmatisé de “ fléau ” (scourge) ; d’une manière plus précise, “ divers négociants de la Nouvelle-Angleterre étaient gravement engagés dans les affaires de Latour : si son fort venait à être pris, il était probable qu’ils ne seraient jamais remboursés ”, Telles étaient les beautés de la morale puritaine ; ont-elles changé même de nos jours ?Ne pouvant “ se débarrasser complètement ” d’Aulnay (utterly extirpate him), tout en lui voulant male mort, les magistrats bostonais se contentent de lui écrire que, “ vu sa lettre et les pièces de Latour, ils ne pouvaient pas s’écarter des devoirs du christianisme et de l'humanité jusqu à lui refuser (à Latour) la permission de noliser à ses frais des navires dans leur port ni de recruter des gens disposés à l’accompagner Donc, “ le christianisme ” et “ l’humanité ” de ces généreux protestants consistaient à soutenir le rebelle contre de loyaux sujets, dont la vie et les biens n étaient pas moins sacrés.Tout en se defendant hautement d aider, officiellement, des rebelles en pleine paix, nos bons Samaritains ont la charité de “ louer ” (louer n’est pas aider, n’est-ce pas ?) à cet infortuné voisin, pour la durée de deux mois et pour la modeste somme de 470 livres par mois — dûment gagées, du reste, sur ses terres et fort de Saint-Jean — “ trois vaisseaux et une frégate armés de 34 canons et 4 mortiers et de 68 soldats, sans compter capitaines, matelots et mousses au nombre de 54.Fort intéressants sont les termes mêmes du contrat de Latour “ knight of the orders of the king ” ( ?) avec le capitaine Edward Gibbons et Thomas Hawkins en date du 30 juin 1643.Le Canada français, Québec, oct.1931. EEUX TRAITRES D’ACADIE 101 Ceux-ci fournissent au premier pour deux mois à dater du 10 juillet : 1° — le Seabrigde, pourvu d’un capitaine, de quatorze matelots, d’un mousse, de quatorze canons avec poudre et boulets ; 2°—le Phillip and Mary, également pourvu d’un capitaine, de quatorze matelots et d’un mousse, de dix (terni) canons avec poudre et boulets ; 3° — VIncrease, pourvu d’un capitaine, de douze marins et d’un mousse, avec dix canons et projectiles ; et 4° —le Greyhound, pourvu d’un capitaine et de sept matelots, de quatre mortiers avec poudre et projectiles ; les quatre navires se rendront avec le Saint-Clément dans le mouillage de la rivière Saint-Jean ‘ pour la défense de Monsieur Latour contre les forces de Monsieur Dony (sic) ou quiconque attaquera injustement ( ?) ou gênera Monsieur Latour en son entrée à son fort.En outre, Monsieur Latour s’engage non seulement à fournir et nourrir à ses frais pendant deux mois, vingt soldats anglais pour le Seabridge, autant pour le Phillip and Mary et pour VIncrease et huit pour le Greyhound avec la quantité de poudre et de balles nécessaires à vingt mousquetaires, sans mettre à bord de chacun de ces navires plus de dix de ses soldats,.moyennant la somme de 200 livres par mois pour le Seabridge, 120 pour le Philipp and Mary (auquel navire Monsieur Latour fournira à ses frais le capitaine et les quatorze matelots nécessaires) et 150 pour VIncrease pajmbles en pelleteries à 1 expiration de deux mois.Si monsieur Latour a besoin de ces navires pendant plus de deux mois, il paiera le supplément en proportion ;.En outre, il est convenu que tout butin ou pillage fait par le Saint-Clément et les quatre navires anglais sera partagé également entre les armateurs, capitaines, matelots et soldats selon la coutume en de telles courses.En gage de 1 exécution de tous ces articles, Monsieur Latour transfère auxdits Gibbons et Hawkins tout ce que contient ce fort delà rivière Saint-Jean en canons, poudre et projectiles et tous ses biens sur lesdites rivières et sur la Coste d’Acadie (Ceady) “ tant biens, meubles, immeubles”.Si ceci n’est pas, en cas de non paiement, et malgré les engagements antérieurs, la cession d’un territoire français à un ennemi protestant en vue d’une expédition militaire contre le représentant légitime du Roi, que faut-il de plus pour caractériser la forfaiture d’un félon ?Il semble bien que c’est dans un acte complémentaire du 4 juillet que Latour invoqua, outre son titre français de “ Lieutenant Général de la Nouvelle-France ”, son titre anglais de “ Baronnet de la Nouvelle-Écosse ”, d’autant que ses exigeants prêteurs voulaient être protégés tant contre les réclamations de la Compagnie de la Nouvelle-France que contre celles de Sir William Alexander et de ses héritiers.Notre sans-patrie consentit à tout sans scrupules.C’est là ce que “ la Lb Canada français.Québec, oct.1931. 102 DEUX TRAITRES d’aCADIE largeur d’esprit ” d’un digne descendant des Latour appelle, non sans un aimable euphémisme, “ entretenir d’amicales relations avec les Anglais”.A cette honnête expédition de “ course ” et piraterie avec massacre et pillage en perspective, se joignit le non moins honnête renfort des 140 ou 150 protestants de La Rochelle à bord du Saint-Clément.Le 14 juillet, partit donc contre le représentant de la France cette escadre relativement formidable de cinq navires armés en guerre.Ainsi surpris par cette déloyale attaque de forces supérieures, Aulnay se trouve rapidement, de bloqueur qu d était a la riviere Saint-Jean, bloqué en sa baie de Port-Royal, où il dut échouer ses deux navires et une pinasse.Outrepassant les termes mêmes de leur contrat, les complices anglais de Latour ne se contentèrent pas, en effet, de débloquer sa rivière Saint-Jean ; ils escortèrent le rebelle jusqu en son attaque contre 1 etablissement principal de son rival.“ Après avoir harcelé Aulnay depuis sept ans, certifient huit Capucins de Port-Royal (20 octobre 1643), les Anglais de la Grande Baie (de Plymouth) accompagnés de Latour qui leur servait de guide, ont, le 6 août 1643, avec quatre navires et deux frégates armées en guerre, opéré une descente au Port-Royal.Aussitôt, encouragée parles Capucins contre les hérétiques, la population travailla à fortifier la place, “ même les femmes qui pleuraient”.Aulnay ne voulut pas même ouvrir la lettre que, par l’intermédiaire de quatre Anglais, lui envoya le rebelle Latour en vue d’un “ accommodement ”.Cependant, dit Winthrop, Aulnay répondit au Gouverneur et au capitaine Hawkins : il lui envoya une copie des arrêts portés contre Latour, en montrant le texte original au messager ; mais il déclina toutes propositions de paix.Sur ce, Latour excita les Anglais à donner l’assaut à la place ; mais ils refusèrent.Alors il proposa d’en débarquer un certain nombre pour causer des dommages.Le capitaine Hawkins refusa encore, tout en permettant d aller à ceux qui le voulaient (étrange casuistique).Trente des nôtres,ajoute Winthrop, se joignirent aux hommes de Latour et rencontrèrent ceux d’Aulnày près du moulin (à vent.Ils y tombèrent dans une embuscade).Ceux-ci furent repoussés, laissant sur le terrain trois des leurs ; les Anglais n’eurent ni tués ni blessés ; mais trois hommes de Latour furent blessés.Le moulin fut brûlé, ainsi que le maïs qui s’y trouvait.Alors (après un siège de cinq jours) nos hommes se retirèrent dans leurs vaisseaux avec un prisonnier capturé dans le moulin.Aulnay, les voyant s’éloigner, tira sur ces Lf.Canada français, Québec, oct.1931. DEUX TRAITRES d’aCADIE 103 vaisseaux sans les atteindre.Les Anglais, sans répondre, firent voile vers le fort Saint-Jean.Tandis qu’il y étaient, trois pinasses d Aulnav arrivèrent, lui apportant quatre cents peaux de castors et autant de chevreuils.Les confédérés n’eurent pas de peine à s en emparer.Latour s’adjugea un tiers des fourrures et une pinasse ; les armateurs bostonais et leurs hommes se partagèrent les deux autres tiers.(Le capitaine Mourron, sous la foi du serment, déclara mensongèrement que Latour n’avait pris sur une barque d Aulnay que “quelques castors et orignaux qu’il fit détruire”, alors qu’il avoue par ailleurs avoir lui-même reçu de Latour “ quelque nombre de pelleteries qu’il délivra à ceux à qui il avait ordre de les délivrer .Il ajouta qu’il amena en France treize hommes d’Aulnay qu’il mit en liberté en rade de La Palice ) {Arch.Char.Inf.; Amir.La Roch ; prov.77, 4e dossier.) Telle fut la glorieuse expédition de ces honnêtes confédérés.Ils ont, disent les pères Capucins, “ blessé sept hommes, tué trois autres qu ils ont brûlés (après les avoir tellement mutilés quuls n’étaient pas connaissables), et fait un prisonnier : ils ont tué quantité de bestiaux et pris une barque chargée de pelleterie, poudre et aultre denrées.Nous avons appris, par ceux mesme qui sont échappés de leurs mains, qu’ils vendent et achètent les Français qu’ils peuvent attraper pour s’en servir pour esclaves.( Voila donc l’œuvre abominable à laquelle s’associait ce bon Français de Latour.) Nous voyons entièrement ruinée la colonie du Sieur d Aulnay, d autant qu’il ne peut plus fournir aux excessives dépenses qu il lui a fallu faire, afin de poursuivre les généreux desseins qu’il a de chasser ces malheureux hérétiques étrangers, ennemis de la vraie religion, qui n’ont fait que trop connaître à toutes occasions et spécialement à cette dernière, qu’ils n’ont d’autres desseins que de bannir les Français ensemble avec la Religion Catholique.même de perdre les heureux commencements de la conversion des pauvres sauvages, se servent à cet effet du Sieur de Latour, très mauvais Français et beaucoup pire qu’eux par la vie scandaleuse et hérétique qu’il mène luy et ses gens, allant au pres-che et permettant dans son propre navire que les hérétiques fassent hautement les prières publiques, en présence d’un religieux recollet, ainsi que nous avons appris d’un soldat du Sieur de hatour, blessé et demeuré prisonnier entre les mains du Sieur d’Aul- nay.I outes lesquelles choses nous assurons estre véritables.(Arch.Nat.; Col.Cil Dl, fol.70.) Le 15 août, Latour, “se rendant lâchement esclave des dits Anglais et marchant sous leur pavillon ”, rentra fièrement au fort Saint-Jean, où Mourron lui livra enfin toute sa cargaison de munitions et de ravitaillement.Les Anglais profitèrent de ce séjour pour remonter le fleuve et s’y ap- Le Canada fkancais, Québec, oct.1931. 104 DEUX TRAITRES d’aCADIE provisionner de charbon.Latour leur délivra dans les termes suivants son attestation de bons et loyaux services : “ Je soussigné, Sieur de La Tour, chevalier et lieutenant général pour le Roi, (il se garde bien de dire lequel, de France ou d’Angleterre) ayant signé avec le capitaine Edward Gibbons et le Capitaine Th.Hawkins une charte-partie en date du 13 juillet 1643 pour la location de trois navires et d’une frégate,.afin de me rendre le service requis dans ladite charte-partie (on remarque la prudente réticence d’un forfait inavouable), ledit Hawkins ayant été nommé chef pour l’accomplissement dudit service (même réticence), je reconnais par la présente que les navires et compagnies dudit Hawkins ont accompli le service requis dans ladite charte-partie.Fait et signé au fort de la Tour ce 15 août 1643.DE LA TOUR.” Voilà un beau papier qui n’a en apparence rien de compromettant : c’était pourtant la reconnaissance d’un félon pour les services à lui rendus contre son pays par les ennemis de son pays.Dès le retour à Boston, le 20 août, le gouverneur Winthrop, après ce bea'u coup de piraterie, se félicita que, les pertes en hommes étant nulles et les dépenses en munitions et denrées peu élevées, ses compatriotes, marchands comme lui, se trouvassent amplement payés en marchandises, les seules pelleteries volées à Aulnay s’élevant à 18,000 livres.Mourron, après avoir débarqué ses “ munitions, marchandises et victuailles ”, fut également payé en pelleteries et ramena en octobre à La Rochelle sur le Saint-Clement trois hommes pris à Aulnay.En présence de si accablantes dépositions on se demande comment un prétendu historien français ose au Canada défendre un renégat, également traître à son pays et à sa religion, et présenter comme aubaine ” pour Aulnay cette ruine d’une œuvre de civilisation aussi française que catholique.insi victime des agissements ces Rochelais et des Bos-tonais, Aulnay, après avoir hâtivement réparé son fort avec l’aide de l’équipage de la Vierge retenu jusqu’au 21 octobre, se hâta en plein hiver de repasser en France pour y exposer pièces en mains la conduite du félon et réclamer les secours que rendaient urgents sept années de lutte contre de déloyaux adversaires tant français qu’anglais.En un copieux Mémoire instructif de la conduite dudit Sieur de La Tour, dans la Nouvelle-France depuis 1625 jus- Ls Canada fbancais.Québec, oct.1931. DEUX TRAITRES d’aCADIE 105 qu'en 1643, (Bibl.Nat.; Mss.Fr.; 18,593) Aulnay montre avec force preuves à l’appui 1 empeschement que ledit Latour a fait jusques à présent al establissement des colonies françoises, à la conversion des sauvages et aux bons progrès qui se peuvent faire dans toute l’estendue du pays, afin qu'il plaise à Sa Majesté vouloir apporter les ordres nécessaires pour y maintenir la gloire de Dieu et l’honneur de la France.A quoi ledit Sieur d’Aulnay ayant jusqu’ici contribué de tout ce qui est de son pouvoir, n’ayant fait difficulté d’y engager son bien et d’y hasarder plusieurs fois sa vie, il continue en la mes-me volonté sur l’espoir qu’il a d’estre protégé par la Reyne et qu’elle ne laissera pas toutes les violences cy-dessus déduites, impunies.De dire les indignités, conclut-il, que lesdits prisonniers ont reçues dans 1 habitation de Latour, la vie qu’il y mène, luy, ses gens, sa femme de laquelle on se plaint autant que de luy .les informations, certificats, relations, mémoires, lettres, missives et autres actes, tant des Pères Capucins qu’autres particuliers et même gens de la Tour, en font assez foy sans s’y estendre davantage.Le 14 octobre 1643, les prisonniers de Latour en son fort du Saint-Jean déposèrent, en effet, contre lui par-devant l’Amirauté de Guyenne.U suivre.) Émile Lauvrière.Le Canada français, Québec, oct.1931.
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