Le Canada-français /, 1 janvier 1932, Chronique de l'Université Laval
CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ LAVAL L’Université à la radio Les autorités de l’Université Laval ont décidé de supprimer cette année le traditionnel banquet de l’immaculée Conception, ce qui leur a permis de faire plus large la part des pauvres.Ce geste, qui honore notre institution, comporte un réel sacrifice ; d’autant plus que le banquet, qui réunissait les professeurs des différentes facultés, tant laïques qu’ecclésiastiques, leur permettait de faire de très utiles échanges de vues sur les questions de l’enseignement supérieur, et de s’intéresser à la vie générale de l’Université.Mais il est dit qu’un bienfait n’est jamais perdu.Grâce à l’intelligente initiative de M.l’abbé Arthur Maheux, secrétaire général de l’Université, à la collaboration de M.l’abbé P.-C.Desrochers, président du bureau de direction de l’École de Musique, et à la générosité de M.Narcisse Thivierge, propriétaire du poste CHRC, de Québec, les ra-diophiles ont eu l’heureuse occasion d’entendre une exposé synthétique de nos activités universitaires.Ainsi, un public nombreux a pu être atteint.La démonstration, différente de celle des années passées, mais d’une non moindre envergure, a obtenu un succès complet.Nous sommes heureux de publier in extenso le texte des discours qui furent prononcés.Mgr Ph.-J.Fillion, recteur de l’Université Laval Ce n’est pas la première fois que l’Université Laval s adresse au public par le moyen du microphone, mais c’est la toute première fois qu’elle fait d’un programme radiophonique le principal article de la célébration de sa fête patronale, la fête de l’immaculée Conception de la Vierge Marie.En ma qualité de Recteur, j’adresse à tous ceux qui sont aux e-coutes un cordial salut.Professeurs et élèves du présent et du passé, l’Université garde pour vous la sollicitude qui convient à 1 Alma Le Canada français, Québec, janvier 1932. CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ LAVAL 385 Mater ; aux autres qui nous écoutent et parmi lesquels l’Université compte un grand nombre de bienfaiteurs et une foule d’amis, au grand public qui porte le plus vif intérêt à la prospérité nationale, j’adresse, au nom de l’Université, nos remerciements pour leur fidèle sympathie.L’Université Laval, fondée en 1852, a aujourd’hui 79 ans.A l’encontre de ce qu’on pourrait croire, disons que son organisation est très complexe.Le nom de Laval évoque d’abord dans l’imagination la silhouette du Pavillon central popularisée par l’image.Ce pavillon est le plus ancien.Construit en 1854, entièrement renouvelé à l’intérieur et mis l’épreuve du feu en 1910, cet édifice abrite d’abord une vaste bibliothèque contenant près de 200,000 volumes, de grands et de beaux musées où sont accumulés des trésors de science et d’art ; ensuite la salle des Promotions, si connue du public québécois, et enfin des amphithéâtres et des laboratoires pour les cours de sciences, des salles pour les cours de langues modernes, pour l’École Supérieure de Philosophie, pour l’École Normale Supérieure, pour l’École de Pharmacie, pour la Société du Parler français, la revue du Canada français et l’Académie Canadienne de Saint-Thomas d’Aquin.Le cœur de cet édifice, c’est le grand salon dont les murs sont ornés des portraits des Recteurs, des Cardinaux Protecteurs, de la Reine Victoria, de S.S.Pie IX, et, spécialement, du fondateur du Séminaire, le Vénérable François de Montmorency-Laval.Traversons la rue de l’Université.Là un autre pavillon se dresse vêtu de pierres grises : c’est l’École de Médecine, dont les développements ont été si rapides et si considérables pendant le dernier quart de siècle : vous y trouverez des laboratoires parfaitement organisés, de vastes amphithéâtres et des salles de cours, un musée, une bibliothèque, des bureaux où les autorités de l’Université reçoivent pour l’expédition des affaires.Cet édifice fut appelé d’abord Pavillon des Facultés, parce que la Faculté de Droit y voisinait avec la Faculté de Médecine.Mais celle-ci a tellement grandi qu’elle ne laisse plus de place à sa sœur.Aussi fallait-il un nouvel immeuble pour loger le Droit.Le Séminaire, généreusement aidé par le Gouvernement, construit en ce moment un nouveau pavillon, sur le rue Sainte-Famille.L’École de Droit y trouvera plus d’espace.La Médecine l’y accompagnera aussi ; l’Institut de Biologie, de création récente, y aura ses principaux laboratoires, de même, l’École Normale Supérieure, la Société Symphonique de Québec, que le Séminaire et l’Université aiment à voir comme un de leurs plus harmonieux rouages.La rue Hébert sépare ces pavillons d’une maison petite, modeste, basse, qui revendique la gloire d’être la plus ancienne des maisons de Québec, celle qui a le mieux conservé son cachet d’ancienneté, son style propre.Construite en 1720, elle a bravé toutes les infortunes et maintenant elle abrite notre École de Musique.C’est un foyer d’art très aimé des élèves qui y fréquentent.Adjacent au Pavillon central, indiquons le grand édifice élevé en 1880 pour loger la Faculté de Théologie et les prêtres du Sémi- Le Canada français, Québec, janvier 1932. 386 CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ LAVAL naire de Québec.La Faculté de Théologie comprend plus de 160 élèves, qui tous se destinent à la prêtrise.Ils y étudient la Théologie dogmatique, morale et ascétique ainsi que le Droit Canon, l’Écriture sainte, l’Histoire de l’Église, l’Éloquence sacrée, l’Histoire de l’Église canadienne, les langues orientales, etc.C’est à la Faculté de Théologie que se préparent les licences et les doctorats dans les matières énumérées plus haut.A cette Faculté de Théologie sont affiliés les Grands Séminaires de Ste-Anne, Rimouski, Chicoutimi, Nicolet, Trois-Rivières, Lévis et Mont-Laurier, qui comptent environ 150 élèves.Transportons-nous maintenant à l’extrémité ouest de la ville.Sur les terrains nommés Terrasse Dandurand, face au moelleux paysage des Laurentides, nous verrons le Pavillon des Sciences construit il y a quelques années.Son toit abrite l’École supérieure de Chimie, la Section des Sciences de l’École Normale supérieure, l’École de Génie forestier et d’Arpentage.Revenant sur nos pas, arrivés près de l’École des Beaux-Arts, nous rencontrons cette Maison des Étudiants que les jeunes appellent amicalement le “ camp ” : une trentaine de jeunes gens y occupent des chambres propres et munies de commodités ; c’est là aussi que les jeunes prêtres venus de nos divers collèges pour se perfectionner dans la pédagogie des sciences et des lettres, trouvent logement et pension et forment dans une vie de communauté des liens d’amitié, qui constituent une force de plus au service de la Patrie.Rapprochons-nous encore de l’Hôtel-de-Ville: une maison nous y intéresse, c’est le bel immeuble des Frères des Écoles chrétiennes; leur cours secondaire commercial et leur cours spécial de commerce sont affiliés à notre Université.Et il faut ajouter une foule d’écoles, d’académies, de couvents, de pensionnats, qui en ville et dans la banlieue préparent les examens du degré primaire sanctionnés par l’Université elle-même.Mais, c’est encore peu dire.En effet, quittons l’enceinte étroite de la ville, franchissons même la banlieue.Dans un vaste champ ouvert à notre course nous rencontrons des Petits Séminaires affiliés à la Faculté des Arts, des couvents affiliés tant pour l’enseignement primaire général que pour les spécialités du même degré : enseignement ménager, enseignement commercial, enseignement de la musique, enseignement du degré High School.Et ainsi, nous touchons une foule de localités, paroisses, villes petites et grandes, où l’Université exerce son influence, depuis Gaspé jusqu’à Mont-Laurier et la Gatineau, depuis Sudbury jusqu’à Chicoutimi, que dis-je ?depuis Charlottetown jusqu’à Edmonton en Alberta.J’aime à faire une mention particulière de l’École d’Agriculture de Ste-Anne de la Pocatière, dont la renommée est grande, dont les bienfaits se font sentir dans tout le domaine de l’exploitation agricole.D’autres vous parleront tout à l’heure de l’Institut de Biologie et de la Station biologique, ouverte aux Trois-Pistoles, en juin dernier par l’Université Laval, laquelle fonde sur cette institution les plus belles espérances.Ajoutez à cela les éco- Le Canada français, Québec, janvier 1932. CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ LAVAL 387 les de Gardes-Malades confiées à nos hôpitaux de Québec, des Trois-Rivières, de la Rivière-du-Loup ; ajoutez le beau Collège de Sillery, où des jeunes filles suivent un cours secondaire classique qui s’achève par le parchemin du baccalauréat, et vous aurez une idée de la complexité de l’œuvre universitaire sortie, en définitive, du génie de Laval.Une population de 10,000 élèves gravite, comme autant de planètes, petites et grandes, dans l’orbite de cet astre central, dont les feux s’allumèrent au milieu du XIXème siècle sur les flancs du Cap Diamant.On vous dira aussi le détail des activités de telle ou telle Faculté.J’ai voulu vous présenter une vue à vol d’oiseau, une photographie par avion.Elle suffira, je l’espère, à fortifier dans vos cœurs l’estime que vous avez déjà pour notre Université.M.le juge F.Roy, doyen de la Faculté de Droit Voici les dernières nouvelles de la Faculté de Droit : Comme on s’en doute, elle a pour rôle — peut-être pour mission — de former des notaires et des avocats, de fabriquer cette espèce humaine avec quoi l’on fait aussi, soit des juges, soit des députés, des ministres, soit enfin des professeurs.Si bien que plusieurs paraissent sortir de la Faculté, à seule fin d’y rentrer ; les uns y apportant de nouvelles lois que les autres expliquent.C’est comme une roue qui tourne — ne me faites pas dire, une pierre qui roule — et ne pensez pas surtout qu’un cercle universitaire est forcément un cercle vicieux.Comme on est enclin à juger l’arbre par ses fruits, la Faculté doit-elle avouer comme une faute qu’elle est, ainsi, usine génératrice d’hommes de loi, ou peut-être s’en glorifier ?La réponse des profanes n’aurait rien de flatteur.Le sentiment du public est connu.On calomnie les notaires, on médit des avocats.On estime que les uns et les autres sont, dans la vie civile, économique, les grands parasites, aussi encombrants qu’inévitables.Alors, pour se consoler, les avocats maudissent les juges contre qui les notaires, inquiets, murmurent.C’est inouï, n’est-ce pas, comme on a le sens exact, sinon charitable, des nuances — sauf pour les hommes publics à qui l’on jette sans mesure, de gauche ou de droite, autant de fleurs que de horions.Qu’en pense la Faculté elle-même ?Ceci, qui n’est ni tout chair ni tout poisson : Elle constate que sur la scène judiciaire et politique, les postes de premier plan ont toujours été et sont encore occupés par quelques-uns de ses anciens élèves, que l’on a élu, puis réélu un de ses professeurs bâtonnier général du barreau du Canada ; elle constate, il est vrai, en même temps, qu’elle en a aussi mis au monde, au monde légal, bien d’autres, ou moins illustres, ou médiocres ou pires.Et cela signifie sans doute que le sort de ses fils spirituels n’est pas entièrement l’œuvre de la Faculté : que, du moule de son enseignement, on ne retire — avec un peu moins Le Canada français, Québec, janvier 1932. 388 CHRONIQUE DE l’uNIVERSITÉ LAVAL de scories et un peu plus d’ornements — que ce qu’on y a coulé, or, argent ou plomb.Et cela, pour ce qui est de nos plus brillants anciens élèves, nous commande à nous la modestie, et pour les autres atténue heureusement notre responsabilité.L’oeuvre n’est pas tout entière la nôtre, et nous ne savons pas toujours la part qui nous revient, ni dans le succès ni dans l’échec.Une seule chose est certaine.Tous mes collègues de la Faculté ont le sens de cette responsabilité et s’appliquent allègrement à leur tâche.Pétrir les esprits des jeunes hommes qui viennent écouter leur parole est, pour eux, un travail dont la beauté et la grandeur les passionnent ; il n’est pas d’exercice qui vaille, comme sport intellectuel, ce geste de semeur dans des cerveaux vierges, avides de tout savoir, et dont la fougue n’a guère besoin que de discipline et d’orientation.A la Faculté de Droit, c’est vers la science de la justice qu’on les oriente, vers celle des sciences dont les hommes peuvent le moins se passer, puisque le droit, c’est l’armature, la charpente même de l’édifice social, puisqu’il est la science du bien et du mal social.Où en sommes-nous de cet enseignement ?y a-t-il progrès ou régression ?Le temps n’a sans doute pas augmenté la valeur du personnel enseignant ; il paraît avoir amélioré les méthodes.Les professeurs n’ont plus à imposer le travail, ils le font aimer.Cela se voit dans les salles de cours, dont l’atmosphère s’est transformée, ces douze ou quinze dernières années.On y venait, occasionnellement, pour perdre son temps et par temps perdu ; on y vient, assidûment, et l’on y apporte un zèle à s’instruire qui ressemble à de la piété.On fait plus que d’être pieusement attentifs aux leçons obligatoires.Au cercle des Études juridiques, par exemple, de plus en plus nombreux, on se livre au travail, facultatif, personnel, fécond mais ardu de la recherche individuelle.Le public ignore cette activité qu’aucun bruit ne dénonce.Il est bon qu’on le sache : nos étudiants ne sont pas surtout gens de parades et de parlements modèles ; ces manifestations théâtrales, ce sont simplement des soupapes de sûreté, par où s’échappe le trop-plein d’une exuberance qui est de leur âge.S’ils n’étaient, d’abord et surtout, des studieux, les élèves de la Faculté de Droit de Laval, n’auraient pas obtenu, dans des concours tenus à Montréal, entre toutes les universités, le succès que l’on connaît ; ils n’auraient pas gagné, comme ils l’ont fait ces dernières années, les bourses Rhodes et celle des Daughters of the Empire ; il n’arriverait pas à toute une promotion, comme l’an dernier, de subir, sans un seul échec, les examens du Barreau et du Notariat.Vous le devinez, Mesdames, comme pour vous, les mamans, pour vous aussi, Mesdemoiselles, la Faculté de Droit, aux yeux des professeurs, ce sont d’abord et surtout, les éleves.Eh bien, comme vous, les professeurs sont contents et fiers de leurs élèves.Le Canada français, Québec, janvier 1932. CHRONIQUE DE L,’uNIVERSITÉ LAVAL 389 M.le Dr A.Vallée, secrétaire de la Faculté de Médecine La Faculté de Médecine de l’Université Laval atteint aujourd’hui sa 78ème année.Ce qui serait pour un Doyen un âge respectable, et pour un secrétaire dépasserait la limite, ne constitue pour une Faculté que la première enfance, lorsqu’on songe que Montpellier a déjà fêté son 7ème centenaire.Il ne nous est pas permis de redire aujourd hui 1 oeuvre formidable de ses maîtres pionniers dont le savoir, la conscience et le dévouement l’ont menée à pied d’œuvre souvent avec des moyens de fortune.Énumérons seulement avec toute la brutalité des chiffres ce qu’a pu lui faire réaliser en dix ans 1 activité débordante, la haute compétence, 1 initiative et la personnalité de son Doyen, le professeur Arthur Rousseau, membre correspondant de l'Académie de Médecine.Depuis 1920, les locaux de l’École ont été quadruplés et munis des laboratoires de travail et de recherches les mieux outillés.Le programme de son enseignement a été refait pour faciliter en même temps la culture clinique et la formation scientifique de ses élèves, pour lesquels l’externat et l’internat des hôpitaux ont été crées, qui ont déjà fourni en 5 ans 61 internes.Huit écoles de gardes-malades lui ont été affiliées, qui délivrent le diplôme universitaire d’infirmières.La Faculté compte actuellement sept hôpitaux pour ses services cliniques : l’Hôpital du Saint-Sacrement, l’Hôpital Laval, la Clinique Roy-Rousseau, œuvres maîtresses de son Doyen, sont venus s’ajouter à l’Hôpital Saint-Michel-Archange, à la Maternité et à la Crèche Saint-Vincent de Paul, remise à neuf de la manière la plus moderne, et au vieil Hôtel-Dieu qui a voulu ajouter à la gloire de la plus ancienne institution hospitalière d’Amérique celle de rester la première par le dernier cri de son installation.Classée A par 1 American Medical Association, la Faculté a même vu l’an dernier ses diplômes reconnus par l’État de New-Vork, qui seul aux États-Unis exige des conditions spéciales.Elle héberge 256 élèves et a reçu seulement depuis juillet dernier plus de 60 demandes d’admission des États-Unis, dont 28 du seul état de New-York, les autres s’étendant de Washington à la Californie, du Massachusetts au Texas et aux Iles Philippines.Son seul Institut d Anatomie-Pathologique a effectué en un an 753 examens, pendant que son laboratoire de la Commission vénérienne effectuait 4664 recherches et que son Centre anti-cancéreux donnait, depuis octobre seulement, plus de 50 consultations.Elle compte en ce moment 70 professeurs, professeurs agrégés, chargés de cours et assistants, dont 7 sont professeurs de carrière et qui tous ont la préparation supérieure européenne ou américaine.Ce personnel a publié dans les deux dernières années 102 travaux tant au Canada, qu’en France et aux États-Unis, travaux dont l’un vient de mériter à son auteur le titre de Lauréat de l’Institut, avec octroi du prix Godard de l’Académie des Sciences.Le Canada français, Québec, janvier 1932. 390 CHBONIQUE DE L’UNIVERSITÉ LAVAL Par temps de crise il semble que ce soit là un bilan de bon augure qui permette tous les espoirs pour un avenir assis sur un glorieux passé.Mgr Camille Rot, directeur de l’École Normale Supérieure L’Université Laval s’est particulièrement appliquée depuis dix ans à créer et à développer l’enseignement supérieur des Lettres, des Sciences et de la Philosophie.En 1920, elle a fondé l’École Normale Supérieure.Cette École Normale comprend deux sections : une section de Lettres et une section de Sciences.Dans chacune de ces sections, on prépare les étudiants, par l’enseignement supérieur, à conquérir le grade de la licence.Pourquoi cette École ?Ce fut surtout pour assurer une formation spéciale et supérieure à nos maîtres de l’enseignement secondaire, aux professeurs de nos Petits Séminaires et Collèges classiques que l’Université a assumé la charge très lourde au point de vue financier de créer, d’organiser, de faire fonctionner cette École Normale Supérieure.Aussi ce sont surtout des ecclésiastiques, de jeunes prêtres, déjà professeurs ou qui se préparent à le devenir, qui fréquentent ces enseignements supérieurs de lettres et de sciences.Des jeunes gens laïcs y viennent aussi préparer la licence en vue de l’enseignement.Us viennent surtout préparer la licence ès lettres, afin de pouvoir obtenir avec ce diplôme nécessaire, une situation de professeur de langue française dans les High Schools et les universités de langue anglaise, soit au Canada soit aux États-Unis.Notre premier laïc licencié de l’École Normale Supérieure de Québec est aujourd’hui professeur à l’Université de Toronto.L’Université Laval a aussi fondé en ces dernières années, en 1926, une École Supérieure de Philosophie.Cette École Supérieure prépare à la licence en Philosophie.Elle groupe aussi des auditeurs libres ou bénévoles, soucieux d’utiliser le mieux possible leurs loisirs, en continuant leurs études philosophiques, et en gardant le contact, par l’enseignement des maîtres, avec les graves questions d’ordre philosophique et social qui préocupe les esprits.La création de l’enseignement supérieur, dans ces trois domaines des Lettres, des Sciences et de la Philosophie, est un bienfait trop tardif, extrêmement important pour notre vie intellectuelle dans la province de Québec.Cette création était de nature à relever le niveau de notre enseignement secondaire classique, surtout au domaine des lettres et des sciences, à donner plus de compétence, d’autorité et de prestige à ses professeurs.Il est regrettable qu’il n’y ait guère que des jeunes prêtres professeurs qui aient pu jusqu’ici en bénéficier.Nos jeunes gens laïcs n’y viennent qu’en petit nombre, trop petit, parce qu’il n’y a pas de carrière ouverte dans cette province aux laïcs porteurs de di- La Canada français, Québec, janvier 1932. CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ LAVAL 391 plômes de licenciés en lettres ou en sciences.L’enseignement supérieur n’en peut réclamer qu’un bien petit nombre.Espérons qu’un jour arrive où ici, dans notre Province et au Canada comme en d’autres pays, on réservera les postes du haut fonctionarisme aux porteurs de diplômes de licenciés.Le fonc-tionarisme y gagnera lui-même en prestige, souvent en efficacité.Et les laïcs licenciés, pourvus d’une formation supérieure, vivant de leur culture, contribueront pour leur part, par des travaux personnels, à répandre, à stimuler la vie intellectuelle de notre race canadienne-française, et à en relever le niveau.Les Écoles supérieures de l’Université Laval ne demandent qu’à contribuer à cette œuvre de progrès nécessaire.Il faut bien le reconnaître, ce qui manque encore trop à notre Province, c’est le capital intellectuel, c’est la culture supérieure.Les Universités, les pouvoirs publics, font beaucoup depuis dix ans surtout, pour augmenter ce capital, pour assurer cette haute culture ; mais il y a encore beaucoup à faire.Espérons que ce beaucoup sera fait le plus tôt possible, et que nos Écoles supérieures, mieux pourvues de ressources, fréquentées par des jeunes gens qui verraient s’ouvrir pour eux des carrières, deviendront des foyers plus intenses et plus rayonnants de la haute culture intellectuelle, dont notre société canadienne-française a un pressant besoin.M.Georges Maheux, secrétaire de l’École d’Arpentage et de Génie forestier Par l’enseignement des sciences, nos étudiants reçoivent aussi, a la Faculté des Arts, la culture intellectuelle.L’Université se garde, en effet, d’oublier que c’est le rôle prépondérant des sciences d’assurer la prospérité économique du pays et de lui garantir un rang enviable parmi les nations cultivées.Mais le domaine propre aux sciences est immense et l’Université n’a pas la prétention de le parcourir tout entier.La zône qu’elle exploite, s’étend parallèlement à notre développement économique et elle adapte d aussi près que possible son enseignement supérieur scientifique à ses exigences.Sciences pures et sciences appliquées sont appelées à concourir à la formation des techniciens.Car il faut des spécialistes.Dès 1877, Claude Bernard disait : “Le temps des encyclopédistes n’est plus, et s’il importe d’avoir des notions sur l’ensemble des sciences, il est nécessaire que chacun choisisse son lot dans le champ scientifique.” La formation des spécialistes, chez nous, s’appuie sur la culture générale que donne l’enseignement secondaire où la part faite aux connaissances élémentaires des sciences s’élargit chaque année.De son côté, l’Université choisit les domaines de l’industrie, du commerce, les diverses manifestations économiques qui réclament des techniciens et elle les leur présente initiés aux techniques particulières, familiarisés avec les problèmes à résoudre, maîtres de méthodes par quoi le succès est assuré.Lu Canada français, Québec, janvier 1932. 392 CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ LAVAL Les techniciens façonnés par notre enseignement supérieur sont donc destinés à mettre en valeur nos ressources naturelles, à collaborer à la transformation, à l’utilisation de plus en plus parfaite des matières premières, à diriger d’une main sûre les organisations commerciales et financières.Et c’est avec cet objectif que l’Université fonde, en 1907, une Ecole d’Arpentage afin de former des arpenteurs-géomètres, dont la mission est de fixer les particularités topographiques du pays, de délimiter les divisions administratives et les propriétés particulières.Avec le concours du gouvernement, elle ouvre ensuite, en 1911, une École Forestière, affiliée à la faculté des Arts en 1919.Ici, les sciences appliquées préparent des spécialistes que l’état ou les particuliers chargeront demain de la gestion de leurs forêts, d’après les directives les plus rationnelles delà sylviculture et de l’aménagement.En 1920, l’Université fonde l’École de Chimie, dont le champ d’action est beaucoup plus vaste que ne l’indique le nom.On y forme, en effet, pour l’industrie, des chimistes, des minéralogistes, des biologistes ; mais aussi, pour les recherches, des savants.A cette école parfaitement outillée à tous les points de vue, se rattache le laboratoire de biologie fluviale, de création récente, dont les travaux seront bientôt d’un précieux appoint pour les pêcheries du Saint-Laurent.La grande industrie basique de la Province, l’agriculture, a aussi son enseignement supérieur qui se perfectionne sans cesse.Il se donne à l’École d’Agriculture de Ste-Anne de la Pocatière, affiliée à Laval en 1912 et d’où est sortie toute une pléiade d’experts en agronomie, en génétique et en économie rurale.L’enseignement commercial assurant aux institutions de commerce et de finance des collaborateurs entraînés aux meilleures disciplines est l’apport de l’Institut des Frères des Écoles Chrétiennes à l’enseignement supérieur.L’affiliation de l’Académie commerciale date de 1928.L’École de Pharmacie et l’École de Gardes-Malades, la première née en 1924, fournissent au pays des pharmaciens justifiant de toutes les exigences de la loi provinciale ; la seconde, créée en 1926, prépare des auxiliaires recherchées par les médecins et les hygiénistes.Outre les écoles de sciences proprement dites, l’enseignement supérieur de la Faculté des Arts compte encore une École de Musique qui ouvrit ses portes en 1922.L’organisation en est parfaite et ses possibilités de développement immenses.Elle répond à l’urgence de donner aux futurs professeurs, instrumentistes et chanteurs, une solide culture musicale et artistique.Il n’est guère de spécialités que l’Université ait volontairement négligées, si ce n’est pour éviter des dédoublements inutiles ou trop coûteux.Les progrès considérables enregistrés à Laval dans l’enseignement des sciences attirent chaque année vers les carrières scientifiques une proportion toujours grandissante de bacheliers.La Canada français, Québec, janvier 1932. CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ LAVAL 393 Notre essor économique justifie cette préférence.Arpenteurs, chimistes, ingénieurs forestiers et agricoles, musiciens, gardes-malades, spécialistes en sciences mathématiques, physiques, naturelles, commerciales, pharmaceutiques : voilà les compétences que l’Université prépare présentement au pays.Dya une dizaine d’années, W.-H.Moore, auteur du Clash, disait que la faiblesse de notre enseignement résidait dans le manque de laboratoires.Cette carence n’existe plus et nos techniciens peuvent sans crainte se mesurer avec leurs concurrents de formation étrangère dans le champ clos de l’activité économique et scientifique.Telle est, en raccourci, l’œuvre d’enseignement scientifique de Laval.Autour de sa Faculté des Arts les écoles spéciales sont comme autant de satellites entraînés dans son orbite.Le nombre en augmentera sans doute à mesure que le justifieront des besoins nouveaux.Dans sa forme actuelle, notre enseignement des sciences correspond aux nécessités du présent et nous fournit de bonnes raisons d’en être fiers ; car il met entre les mains de notre jeunesse étudiante un magnifique instrument de supériorité intellectuelle, seul capable de compenser chez notre petit peuple français, débordé par la civilisation anglo-saxonne, son insuffisance numérique.A corriger Une erreur s’est glissée dans l’article de M.l’abbé Élie Auclair, que nous publiions le moins dernier.C’est le 11 et non le 2 septembre, comme nous le disions, que S.E.Mgr Villeneuve a été sacré évêque.Grand concert organisé par la Conférence Laval de la Société Saint-Vincent de Paul.La Conférence Laval de la Société Saint-Vincent de Paul de Québec n’est pas celle qui mérite le moins des indigents de notre ville.Ce n’est pas que l’abondance de ses revenus lui permette de fastueuses largesses.Non, son budget est des plus modestes.Mais la générosité et l’entrain de ses membres, leur large esprit social font de la Conférence Laval l’une des plus populaires de Québec.Mais, trop souvent, manque à la Conférence le nerf de la guerre.Songez donc.Un groupe d’étudiants, dont, pour la plupart, la situation financière est plutôt précaire, visiter un bon nombre de familles pauvres, les entretenir régulièrement, leur procurer même quelques gâteries ! Aussi la caisse menace souvent de se vider.Le trésorier se livre à des calculs effarants pour paLe Canada français, Québec, janvier 1932. 394 CHRONIQUE DE l’üNIVERSITÉ LAVAL rer à la banqueroute.Il ne faudrait pourtant pas en venir à la liquidation ! Si on lançait un appel au public.Et chaque année nos étudiants lancent leur appel, toujours distingué, toujours écouté.Cette année, l’appel est venu sous forme de concert.Le public est accouru nombreux à la Salle des promotions, le soir du 10 décembre.Et les auditeurs, en même temps qu’ils encourageaient l’œuvre de charité à laquelle se dévouent trente-trois de nos étudiants, avaient l’avantage d’entendre trois de nos artistes les plus justement réputés.Le concert était donné par M.Louis Gravel, l’excellent baryton québécois, professeur à l’École de musique de l’Université Laval, Mademoiselle Cécile Kirouac, pianiste-virtuose de grande réputation, et M.Edwin Belanger, jeune et brillant violoniste.Notre “ Glossaire ” à l’Académie française Une note discrète parue dans les journaux durant les vacances dernières annonçait que l’Academie française venait d’accorder un prix de 1500 francs a la Société du Parler français au Canada pour son Glossaire.Quelques jours plus tard, une lettre de M.le Secrétaire général de l’Académie confirmait la bonne nouvelle.C’est la deuxième fois que l’Académie réserve à notre Société une aussi agréable surprise.Le 19 mai 1910, elle attribuait au Bulletin du Parler français au Canada une part du prix Saintour.Elle récompensait ainsi huit années de travaux ardus, exécutés avec une rare intelligence et un enthousiasme capable de vaincre toutes les apathies et toutes les antipathies canadiennes.Ce n’est pas peu dire.Nous nous associons aux officiers de la Société du Parler français pour offrir à l’Académie avec nos remerciements l’hommage de notre très vive gratitude.Notre Revue Le Canada français aura désormais 96 pages, 96 bonnes pages, inédites, attrayantes, riches d’idées, riches de style, consacrées moins à la science spéculative qu à la science appliquée et aux problèmes actuels.Il augmentera aussi le nombre de ses collaborateurs.Plusieurs membres de l’en- Lf Canada français, Québec, janvier 1932. CHBONIQUE DE L’UNIVERSITÉ LAVAL 395 seignement supérieur et des amis de l’extérieur lui ont promis leur concours.Quelques-uns lui ont déjà remis des travaux fort intéressants, d’autres en préparent qui seront terminés bientôt et qui paraîtront dans nos prochaines livraisons.Le Canada français verra aussi grossir, nous l’es-perons, le nombre de ses abonnés.Comme beaucoup de ses confrères il en arrache ”, parce qu’il a une circulation trop restreinte.Ne nous aiderez-vous pas à atteindre le nombre de 2000 abonnés ?Nous offrons un abonnement de 6 mois (de janvier à juin) pour $1.50.Près de 600 pages pour $1.50 ! Qu’en pensent vos amis ?Beaucoup d’abonnement sont en retard, et notre caisse en souffre.Le payement de tous ces arrérages nous rendrait grand service.Lk Canada fbançais, Québec, janvier 1932.
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