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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Chronique de philosophie
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1932-06, Collections de BAnQ.

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Philosophie CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE Notre manuel de Philosophie Nous sommes un peuple jeune.Nés d’hier, nous n’avons pas encore pu amasser ces trésors de pensées, de sciences, d’œuvres artistiques qui donnent à une nation une personnalité vigoureuse et lui permettent de battre la marche dans la voie de la civilisation.L’on semble, aujourd’hui, ne pas tenir suffisamment compte de ce fait historique.Lisez nos revues, nos journaux, ouvrez le dernier livre paru, et trop souvent vous y trouverez une tendance à l’invective, à la doléance, à la critique.L’adolescent mesure sa taille.Il se compare aux personnes d’âge mûr.Il s’afflige de ne pas avoir leur développement.Résultat : nous sommes peut-être plus portés à la réaction qu’à l’action ; nous nous occupons de déblayer le terrain sans trop nous soucier de construire.Certes, cette attitude est encore préférable à la satisfaction tranquille de ceux qui nous croient dans un état de perfection.Elle manifeste des désirs, de l’élan, une vue sur les horizons lointains à atteindre.Mais à secouer trop violemment la jeune plante, on pourrait nuire à sa croissance.Mgr Camille Roy, dans un article récent (1), le notait avec vigueur : “ Il n’y a pas plus de génération spontanée en littérature qu’en biologie.” Nos professeurs de philosophie auraient-ils opté en faveur de la génération spontanée?Nous ne le croyons pas.Mai8 peut-être, même chez eux, est-on porté à oublier les principes si savamment exposés en classe.Après tout, quelques défauts de jeunesse ne sont pas incompatibles avec la sagesse.Et le fait ne serait pas si inouï de voir chez des gens adonnés à la spéculation, le ton de la voix et la précipitation du jugement l’emporter sur la solidité et la justesse de la pensée.(1) Critique et Littérature nationale, le Canada français, sept.1931, p.8.Li Canada français, Québec, juin 1932. 818 CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE Ces considérations ne nous ont pas été suggérées par la lecture de notre littérature philosophique.Sauf quelques essais d’ailleurs méritoires, elle n’existe pratiquement pas chez nous.Mais des opinions orales ont été émises au sujet de notre manuel de philosophie (1), qui paraissent un peu sévères.On a fait quelques études philosophiques, on a consulté d’autres manuels, on a remarqué que certaines thèses ou certains développements n’étaient pas à point dans Lortie.Vite on s’est empressé de conclure : le manuel est nettement inférieur ; il faudrait le mettre de côté.Et pourtant.Un professeur d’expérience à l’Université Angélique de Rome disait souvent : J’ai connu plusieurs générations d’étudiants.De tous les jeunes clercs qui nous viennent d’Amérique, seuls les Canadiens sont préparés aux études supérieures.Ils l’emportent franchement sur leurs frères des Etats-Unis et de l’Amérique Latine.De tels résultats peuvent-ils surgir d’une source sans valeur ?Et les appréciations les plus flatteuses, les plus autorisées ne manquent pas au sujet de l’ouvrage de Lortie.Dès 1911, le cardinal Lépicier, alors professeur à la Propagande, écrivait à l’auteur : Je lisais, hier, votre philosophie morale, et l’esprit encore plein des ineffables souvenirs rapportés des bords du Saint-Laurent, je me prenais à dire qu’avec l’amour de la France, les Canadiens ont hérité de cette belle qualité que l’on s’accorde à attribuer aux Français : la clarté.Dans votre ouvrage, tout est bien ordonné et merveilleusement disposé pour mettre à la portée des jeunes intelligences la doctrine si profonde de saint Thomas.L’an dernier, en réponse à une consultation, l’Ami du Clergé indiquait notre manuel comme un ouvrage d’un haute valeur pédagogique, très adapté à l’enseignement secondaire.Quelques thèses, ajoutait-on, seraient à retoucher.Voilà ce que l’on pense à l’étranger de notre manuel.Et nous pouvons ajouter qu’après avoir eu l’honneur d’une édi- (1) Elementa Philosophiœ Christinaœ, S.-A.Lortie.L» Canada français, Québec, juin 1932. CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE 819 tion française, il a été adopté, dans de nombreux “ établissements de France, des États-Unis, et de l’Amérique latine”.* * * L’oubli du passé, un certain dédain du présent, sont les deux faiblesses que nous évitons le moins, avons-nous insinué plus haut, lorsque nous nous jugeons nous-mêmes.Pour expliquer les défauts de l’ouvrage de Lortie, il suffirait de se rappeler qu’il a été composé en 1909.A cette époque, la philosophie scolastique, grâce à la vigoureuse impulsion que lui avait donnée Léon XIII, connaissait déjà une ère de renouveau.Mais elle sortait encore péniblement d’une longue période de décadence et d’obscurité.L’assimilation de la pensée d’Aristote ne se refaisait que lentement.Sa doctrine était reçue dans des cerveaux peut-être trop soumis à leur insu, à des influences étrangères.Ne prenons qu’un exemple.La division rationnelle de la philosophie, qui demande que dans l’enseignement, l’on aille du concret à l’abstrait, de la cosmologie à l’ontologie, la distinction à faire entre la critériologie et la logique (deux choses si conformes à l’esprit d’Aristote), ne s’imposaient pas alors avec le même évidence qu’aujourd’hui.Étaient-ce même des questions discutées ?En tout cas, les manuels de cette époque s’inspirent très uniformément de la division de Wolf.Est-il étonnant qu’un ouvrage paru dans ces circonstances ne nous paraisse pas tout à fait à date, aujourd’hui ?Avouons-le avec franchise : notre manuel de philosophie contient plusieurs imperfections.En considérant les progrès que l’étude des textes et la publication de précieux ouvrages de vulgarisation ont fait faire à la pensée philosophique, depuis vingt-cinq ans surtout, nous ne pouvons que regretter de le voir d’un autre âge.Mais tel qu’il est, il marquera toujours un effort et une réalisation magnifiques dans l’histoire de notre enseignement philosophique.Aujourd’hui encore il se recommande par sa clarté limpide, par sa simplicité, un peu exagérée parfois, et par sa fidélité aux principes d’Aristote et de saint Thomas.Pour notre part, pendant les années d’études préparatoires à notre professorat, nous nous sommes souvent demandé Ls Canada français, Québec, juin 1932. 820 CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE avec anxiété si le manuel de Lortie ne trahirait pas nos désirs de donner un enseignement efficace à nos futurs élèves.Dès que nous nous sommes mis à la tâche, nous avons été agréablement surpris d’avoir à notre disposition un instrument d’une si haute valeur pédagogique.Très peu d’ouvrages, à notre sens, présentent tout l’essentiel de la doctrine philosophique d’une manière aussi adaptée à notre enseignement secondaire.* * * Nous l’avons dit : si nous apprécions d’une façon favorable notre manuel, nous n’en ignorons pas les défauts réels.Et ce jugement indique assez que nous n’espérons pas le voir éternellement entre les mains de nos élèves.Aujourd’hui nos professeurs prennent le chemin des universités européennes.Des facultés de philosophie sont établies chez nous.Une académie canadienne Saint-Thomas d’Aquin a été fondée qui groupe, dans un effort commun, nos hommes de la pensée philosophique et théologique.Nos revues, timidement, publient de temps en temps des articles de technique philosophique.Tous ces faits démontrent que, dans le domaine des sciences rationnelles, il se fait au Canada une élaboration certaine et pleine de promesses.Et dans la végétation abondante qui en sortira, nous pourrons sans doute un jour cueillir, comme un des plus beaux fruits, un nouveau manuel de philosophie.En attendant, ne serait-il pas opportun de tenter un effort pour améliorer ce que nous avons déjà ?C’est le désir exprimé en plusieurs milieux.En 1930, les professeurs des collèges affiliés à l’Université Laval fondaient un comité chargé de recueillir les observations qu’on voudrait bien lui adresser sur les changements à faire à notre manuel.La Revue Dominicaine, dans ses numéros de février, mars, avril, 1932 (1), vient de publier, sous la signature de XXX, trois premiers articles sur le même sujet.Quelques mois auparavant, les autorités de l’Université Laval avaient demandé à un groupe de professeurs de préparer une nouvelle édition de Lortie, en adaptant le texte à la division indiquée par la Constitution “ Deus scientiarum Dominus (1) Un autre article vient de paraître dans le numéro de mai.Lu Canada français, Québec, juin 1932. CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE 821 On le comprendra facilement, cette disposition nouvelle introduira des changements profonds dans notre manuel.Une cosmologie traitée au début de la philosophie réelle ne peut pas être présentée comme une cosmologie qui suppose déjà la connaissance de l’ontologie.A vrai dire, toute la philosophie devra être traitée avec un esprit nouveau.Et c’est le point que ne devraient pas oublier ceux qui parlent d’une refonte.Pour cette raison, nous aurions aimé voir la Revue Dominicaine présenter ses remarques en commençant par l’introduction générale et la logique, et en continuant avec la cosmologie, la psychologie, etc.Si elle voulait suivre Lortie dans sa propre division, elle aurait pu, au moins, le rejoindre aux premières pages de son manuel plutôt qu’en critériolo-gie.Peut-être fallait-il conserver l’ordre des XXX.En prenant ainsi la question à ses débuts, l’on aurait pu étudier plus explicitement la division nouvelle et éviter quelques imprécisions.En effet, dans les “ Ordinationes ” de la Congrégation des Études, faisant suite à la Constitution Apostolique “ Deus Scientiarum Dominus ”, nous lisons : Philosophia scholastica exponenda secundum omnes suas partes (Logica, Cosmologia, Psychologia, Criiica seu Criteriologia, Onto-logia, Theologia naturalis, Ethica et Jus naturale), prœmissa In-troductione generali.La Revue Dominicaine, mars 1932, p.169, écrit de son côté: Faisant écho à des vœux depuis longtemps formulés par des Scolastiques de toutes nuances, la Constitution “ Deus scientiarum ” présente l’ontologie comme une synthèse ( ?) de la cosmologie, de la psychologie et de la théodicée, à la suite desquelles elle sera désormais enseignée.On voit immédiatement que les deux textes ne concordent pas.A la page suivante du même numéro, nous relevons cette affirmation : Logiquement la composition en matière et forme substantielle devrait s’étudier ici (en ontologie) puisqu’elle n’est qu’une application à l'ordre de l’essence de la distinction en acte et puissance, Le Canada français, Québec, juin 1932. 822 CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE mais cette composition est spéciale aux corps en tant que tels, on la réservera donc très légitimement à la cosmologie.On ne peut mieux rester dans l’esprit de la division wol-fienne.C’est précisément l’argument apporté par ses partisans pour maintenir leur position.Lorsqu’on est arrivé aux termes de ses recherches philosophiques, l’on peut, il est vrai, appliquer (in ordine judicii) au monde sensible les principes étudiés en ontologie.Mais dans l’enseignement (in ordine disciplinæ) la thèse de l’hy-lémorphisme aura toujours sa place logique en cosmologie.C’est par elle que l’on fait la première découverte des notions d’acte et de puissance que développeront dans la suite les thèses de l’ontologie.De cette manière, les élèves verront que ces notions fondamentales de la philosophie ont leur attache réelle avec le concret.Dans l’article sur l’analogie, la Revue Dominicaine démande avec raison que ne soient pas passées sous silence les controverses importantes.Mais pourquoi ne pas noter qu’il faudrait d’abord mentionner l’argument de Parménide qui, par l’analyse de la notion d’être, arrive à nier toute multiplicité?C’est uniquement en posant ainsi le problème que l’on parviendra à faire saisir aux élèves le sens des controverses et de la thèse.Nous en avons fait l’expérience.Que l’on consulte à ce sujet la communication du P.Garrigou-Lagrange dans Acta Primi Congressus Thomistici Interna-tionalis, pp.33-52, “ De Actu et Potentia ”, et l’ouvrage du P.Mattiusi : Le XXIV Tesi della Philosophia di S.Tommaso d’Aquino, pp.50-51.Au sujet du même article, l’on écrit encore : Je note.qu’on parle d'un double concept formel ; je n’arrive pas à le concevoir, tout ce qui touche à la forme est indivisible ; disons donc que l’unique concept formel se réalise tantôt parfaitement, tantôt imparfaitement.C’est peut-être trop simple pour être exact.Cajetan dans son De Xominum Analogia affirme que “ in analogie.opor-tet duplicem analogi mentalem conceptum distinguere, perfectum et imperfectum ; et dicere quod analogo et suis analogatis res-pondet unus conceptus mentalis imperfectus, et totiperfecti, quot sunt analogata ”, Le Canada français, Québec, juin 1932. CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE 823 Dans le numéro d’avril (p.235), la même revue écrit au sujet de l’article de Lortie sur les principes intrinsèques des corps : Nous entrons enfin dans la vraie cosmologie, mais ici encore, le manuel suit une marche trop à priori.Nous connaissons d’abord les propriétés des corps et par elles l’essence, notre étude devrait tenir compte de cela.Cette dernière phrase n’a-t-elle pas un sens trop rigide?Nous savons fort bien que beaucoup de manuels étudient d’abord les propriétés des corps pour terminer la cosmologie par le problème de leur nature.Mais est-ce bien d’après l’esprit d’Aristote et de saint Thomas?Que l’on consulte plusieurs chapitres des “ Secondes Analytiques ”, qu’on relise leurs textes, et l’on verra qu’à ce sujet leur pensée est toujours la même.De la connaissance expérimentale, vulgaire, confuse des propriétés, l’on va à l’essence.Ensuite de l’essence l’on descend aux propriétés pour les expliquer scientifiquement.C’est la véritable méthode analytico-synthétique.En d’autres endroits, la Revue Dominicaine omet de demander certaines corrections qui paraissent importantes.Au demeurant, ses remarques, pour n’être pas complètes et toujours exactes, sont en général très judicieuses.A ce titre, elles seront certainement utiles aux professeurs chargés de la revision.Et nous pouvons espérer que, fruit d’une collaboration, la nouvelle édition de notre manuel apportera beaucoup d’améliorations à celles qui l’ont précédée.Introduction à la Psychologie expérimentale (1) Les indications si précises, données par la Constitution “ Deus scientiarum Dominus ”, tout en leur fournissant des directives précieuses, apportent un encouragement nouveau à ceux qui enseignent ou étudient la philosophie scolastique.Une fois de plus, l’Église exprime solennellement son désir de voir, dans les universités catholiques, tout l’effort scientifique vivifié par l’esprit et la méthode de saint Thomas d’Aquin et couronné par ses principes lumineux.(1) M.Barbabo, O.P.Traduction française de Ph.Mazoyer.Paris, P.Lethielleux.L* Canada français, Québec, juin 1932. 824 CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE Qu’on le comprenne, si le magistère suprême recommande avec tant d’insistance le Docteur Angélique, c’est qu’il incarne, dans la pensée chrétienne, la véritable tradition scientifique.Héritier d’Aristote, il a appris de son maître que l’intelligence ne doit jamais brusquer la réalité mais plutôt s’en laisser rigoureusement imprégner.Et si, comme l’aigle, il prend son vol vers les sources les plus élevées de la lumière, c’est toujours en s’appuyant d’abord sur le terrain solide du concret.De sorte que chez aucun philosophe, on ne trouve un aussi grand souci de l’observation, un respect égal de l’experience.Toute sa méthode ne se résume-t-elle pas d’ailleurs dans l’expression suivante : “ Rien ne se trouve dans l’intelligence qui n’ait été d’abord, en quelque manière, dans les sens.(2) ” Ainsi s’explique la valeur exceptionnelle de la philosophie d’Aristote et de saint Thomas.Pénétrée, par sa base, de l’esprit expérimental le plus pur, elle ne constitue pas un domaine fermé où ne sont admises que les idées empreintes d’une marque déterminée de fabrique.Par son ampleur même, elle s’élève au-dessus des autres systèmes, non pas pour les exclure complètement mais pour en extraire les parcelles de vérité qu’ils pourraient contenir.A ce titre, elle apporte à ses fidèles disciples deux avantages précieux : elle leur fait connaître, dans ses lignes essentielles, toute la sagesse antique ; elle leur permet de s’assimiler en les unissant dans une synthèse faite de rigueur et de discernement, les contributions nouvelles apportées par l’esprit humain à l’édification de la pensée.On peut dire que seule elle permet de relier, dans une union harmonieuse, le passé au présent et à l’avenir.Le livre du P.Barbado que nous présentons aux lecteurs illustre bien cette fécondité de la doctrine aristotélicienne et thomiste.Après quelques chapitres où il détermine successivement sa conception d’une introduction à la physchologie expérimentale, le concept de psychologie, le caractère spécial des phénomènes psychiques et leurs relations avec les phénomènes physiologiques, l’auteur donne un bref aperçu de la psychologie expérimentale dans sa période préhistorique.Au chapitre VI, il indique que cette science ne doit pas rougir de trouver son acte de naissance dans les archives d’Athènes.(2) “ Nihil est in intellectu quin prius fueril in sensu.” Li Canada français.Québec, juin 1932. CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE 825 Aristote, en effet, qu’il nomme le père de la psychologie empirique, en a posé les fondements et dessiné les lignes essentielles.Dans ses œuvres, l’on trouve fixés, d’une manière presque définitive, l’objet de cette science, ses moyens d’investigation, sa méthode, ses rapports avec les autres branches du savoir.Au XlIIe siècle, saint Albert le Grand et saint Thomas d’Aquin ont fait revivre, sur ce point, la pensée du philosophe de Stagire.Avec toute la puissance de leur génie, ils ont renouvelé et perfectionné sa doctrine.Avec la décadence de la scolastique, nous voyons apparaître les systèmes les plus opposés et les plus divers.Il fait bon de suivre l’auteur dans cet exposé historique.Les chercheurs ne cessent pas d’apporter péniblement leur contribution au corps de vérités déjà acquises.D’autre part, ils se fourvoient dans la mesure même où ils s’éloignent d’Aristote.Ainsi, à côté des matérialistes ramenant les faits de conscience aux forces de la matière brute, nous avons une série de philosophes-araignées qui, sans s’occuper de l’expérience, tissent une toile scientifique avec des fils tirés d’une abstraction sans rapport avec le réel.Le rare mérite de l’auteur est d’avoir pu dégager de la masse si étendue et parfois si obscure des écrits psychologiques, les éléments qui présentent une réelle valeur scientifique.Exemple : le freudisme, si en vogue de nos jours, n’est pas entièrement rejeté.Au contraire, l’on reconnaît que ses recherches révéleront un domaine encore peu exploré de la psychologie.Sans être un ouvrage de vulgarisation, l’ouvrage du P.Barbado en a tous les charmes pour le lecteur.L’image vient souvent renforcer la pensée abstraite ; l’élégance du style s’allie à la rigueur de l’exposition scientifique.Souhaitons que d’autres volumes viennent compléter cette première Introduction qui fait honneur à son auteur, et à l’Université Angélique, dont il est un des professeurs distingués.L’Ontologie du Vedânta (1) Ce petit volume de 180 pages illustre encore la valeur exceptionnelle de la philosophie scolastique.(1) Par G.Dandoy, S.J.Traduction par Louis-Marcel Gauthier.Paris, Desclée de Brouwer & Cie.Lh Canada français, Québec, juin 1932. 826 CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE La culture européenne était venue en contact depuis longtemps avec la civilisation de 1 Inde.Mais 1 etude des doctrines hindoues s’était bornée à des pénibles travaux de philologie.On avait bien défriché les termes du langage ; on désespérait de rendre accessible à nos esprits raisonneurs une pensée où l’imagination semblait avoir une part trop grande.“ L’Orient et l’Occident ne se rencontreront jamais ”, affirmait Kipling._ Heureusement, en ces derniers années, l’Orient et l’Occident se sont rencontrés et ont commencé à se comprendre.Des synthèses métaphysiques, exposant les points de contact et les divergences profondes entre les deux pensées, viennent compléter les analyses des historiens.Et ce travail est rendu possible grâce à la Scolastique péripatéticienne.Elle seule, affirme René Guénon, peut nous donner la clef pour ouvrir les doctrines hindoues.L essai du P.Dandoy confirme magnifiquement ce témoignage.L’auteur, qui enseigne au St-Xavier s College de Calcutta, n’a pas voulu faire connaître la théologie du Veda ou du Vedânta, c’est-à-dire des livres sacrés des Hindous, attribués à la révélation de Brahma.Il a plutôt étudié la philosophie ” qui en découle, telle qu’elle se trouve dans les travaux des penseurs orientaux.Aidé par un collaborateur, le P.Johanns, il a procédé par comparaison avec la philosophie scolastique.Or, le succès fut tel qu’un jugement des plus élogieux leur a été rendu par un éminent savant hindou, le vénérable “ Pandit ” Shrî Harishchandra Bhattâchârya.Qu’on nous permette de citer une partie de ce document curieux.Salut à vous ! Nous avons reçu avec beaucoup d estime et de vénération les douze numéros de la revue The Light of the East (1), éditée par l'illustre et révérend professeur Dandoy, et, apres avoir examiné l’exposé minutieux des articles sur le Vedânta qu y a donnés l'éminent sanskritiste Johanns, une joie excessive s est élevée en nous.,, ,, A tous les étudiants qui n’ont pas lu en sanskrit le Y edanta Shâstra ”, ces articles seront de la plus grande utilité; car le savant Johanns s’attache à mettre en lumière les concordances entre l'enseignement vedânta et sa propre discipline traditionnelle.Un très noble effort a été fourni par cet habile interprète, pour montrer Revue où furent publiées les conférences du P.Dandoy réunies dans le volume que nous analysons.Le Canada raANçAia, Québec, juin 1932. CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE 827 où il y a accord et où il y a désaccord, et nous éprouvons vraiment une grande joie à voir que, même par des universitaires étrangers, nos textes philosophiques sanskrits sont expliqués.Qu’ajouterons-nous ?Que ces maîtres ont vraiment droit à nos éloges.Faire un résumé de la synthèse présentée par le P.Dandoy dépasserait les limites de notre chronique.Nous nous contenterons donc de faire ressortir quelques traits fondamentaux de la philosophie hindoue.Pour Aristote et la scolastique, la réalité qu’il faut d’abord étudier et conserver à tout prix, c’est le monde concret dont nous faisons partie.C’est sur ses insuffisances même, que nous nous appuyons pour aller à la connaissance d’un être absolu et nécessaire.Les Orientaux, au contraire, acceptent comme première vérité indubitable, l’existence de Brahma.Tout leur problème philosophique consistera à concilier la révélation des livres sacrés avec les données naturelles des sens et de la raison, ou d’une manière plus précise, la nécessité, l’absolu, l’infini de la divinité décrite dans les livres sacrés, avec la contingence et la limitation d’un monde produit.En descendant du ciel sur la terre, leur pensée doit nécessairement rencontrer la pensée occidentale qui parcourt le même chemin en sens inverse.Aussi trouvons-nous traitées chez eux les grandes questions qui ont tourmenté l’esprit grec et chrétien.Brahma, d’après la théologie hindoue, c’est celui qui ne change pas, qui remplit tout de son immensité.Or, même en nous, quelque chose demeure toujours sous la multiplicité des apparences qui apparaissent et disparaissent continuellement.Avons-nous un être propre, distinct de l’Être suprême ?Alors, Brahma ne serait plus l’immensité même.Une réalité pourrait exister qu’il ne posséderait pas.Nous sommes donc forcés de conclure qu’il n’y a qu’un Être, toujours identique à lui-même, vivant sous la multiplicité mensongère que nous croyons apercevoir dans l’univers.Si nous nous rappelons le mot de saint Paul : “ In ipso vivimus, movemur et sumus ”, nous devons reconnaître que cette conception n’est pas si éloignée de la pensée chrétienne.De fait, Dieu existe, opère et vit à l’intérieur de chaque être qu’il a appelé à l’existence, pour le soutenir et le conserver.Le Canada français, Québec, juin 1932. 828 CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE Cependant cet être n’en a pas moins une réalité propre, distincte de celle du Créateur.Mais comment expliquer que Celui qui est tout puisse produire un être qui soit encore quelques chose ?La solution de cette question avait épuisé l’effort des philosophes grecs.Sa difficulté fera également échouer la pensée hindoue.Un monde produit par Brahma serait un effet.Or, un effet peut-il exister?Non, car certains philosophes soutiennent que ce qui “ était ” se trouve produit ; et d’autres sages affirment que c’est ce qui “ n’était pas ”.Chaque parti prouve à l’autre que ce qui était déjà n’est nullement produit,— que ce qui n’était pas ne vient pas à l’existence ; et, ferraillant ainsi, les “ dualistes ” font la preuve de la non-causation.Tous ceux qui ont étudié la scolastique reconnaîtront ici l’argument de Parménide résolu par la distinction aristotélicienne entre l’acte et la puissance.Logiques avec eux-mêmes, les Hindous rejettent toute idée de causalité et de distinction.Comment expliquer la diversité apparente que notre expérience rencontre chaque jour?Un motif d’utilité, semble-t-il, nous fait vivre dans l’illusion.Ainsi le porteur d’eau trouve une différence entre sa cruche et l’argile dont elle est faite.Mais toute la réalité de la cruche n’existe-t-elle pas uniquement dans l’argile ?Prenez celle-ci, faites-en une boule quelconque ; elle n’aura rien perdu et cependant ne sera plus une cruche.L’argile, pour le porteur d’eau, paraissait donc avoir une entité spéciale, — celle de la cruche,— uniquement parce qu’il s’en servait.Nous retrouvons, chez les orientaux, les défauts des premiers philosophes et des penseurs modernes : une considération trop exclusive de la matière, une ignorance ou un mépris des causes “ formelles ”, Que devient donc le monde ?Il n’est ni le Réel, ni l’irréel, nous affirment les textes.Il semble être un intermédiaire entre l’Être et le non-être.Mais cet intermédiaire, dans la métaphysique hindoue, n’est pas déterminé.Le Canada français, Québec, juin 1932. CHRONIQUE DE PHILOSOPHIE 829 Seule la thèse de l’analogie de l’être nous permet, en philosophie scolastique, de bien le placer.Entre 1 Être et le néant, il peut y avoir des êtres participés, incomplets, déficients.Nos lecteurs éprouveront un plaisir spécial à lire l’essai du P.Dandoy.Ils verront que les grandes thèses apprises péniblement pendant le cours d’études, agitent et solutionnent les questions qui, sous toutes les latitudes, occupent l’esprit tourmenté de l’homme.Henri Grenier, ptre.PUCE AUX LIVRES DE PRIX CANADIENS PARCE QU’ILS SONT LES PLUS ÉDUCATIFS.Pour les enfants canadiens, les livres de prix canadiens sont les plus éducatifs.Us contribuent à former leur conscience nationale, en orientant leurs sentiments dès l’éclosion de la sensibilité et de 1 imagination enfantines.Prétendre que c’est exagérer que de l’affirmer, c’est nier la valeur des principes pédagogiques les plus élémentaires.L’éducation de l’enfant se fait par l'esprit et le coeur.Il lui faut des images qi.i peuplent son jeune cerveau et des émotions qui créent dans son cœur les premiers élans de sympathie et d’amour.Les livres canadiens qui décrivent notre vie, nos mœurs, nos traditions notre histoire, nos paysages multiplient dans l'esprit de notre jeunesse des images qui leur apprennent à observer et à s’intéresser aux êtres et aux hommes qui les entourent.Les livres canadiens qui exaltent ou chantent notre “ petite patrie ”, qui en révèlent les beautés, les variétés, les ressources et les lacunes attachent le cœur de l’enfant au coin de terre qu’il est appelé lui-même à cultiver et à enrichir de ses labeurs et de son dévouement.Éducateurs, éducatrices, songez à la formation de l’esprit et du cœur de la jeunesse qui vous est confiée.Songez à vos responsabilités.Songez à l’avenir des enfants dont l’orientation religieuse et nationale dépend des premières images et des premières amours que vous aurez su faire naître dans leur esprit et dans leur cœur.Les livres de prix canadiens sont pour vous un excellent auxiliaire dans votre œuvre sacrée.Trêve de préjugés.Réagissez contre les traditions néfastes qui ont trop longtemps influencé le sort de notre jeunesse.Donnez des livres de prix canadiens, parce qu’ils sont les plus éducatifs, et n’ayez craintes des critiques.Les résultats bienfaisants vous récompenseront de votre geste salutaire.L’Association des Auteurs canadiens.Le Canada français, Québec, juin 1932.
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