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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
"Quand j'parl' tout seul"
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1933-02, Collections de BAnQ.

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Quelques livres de chez nous QUAND J'PARL’ TOUT SEUL'0 Faire neuf, chez nous, est encore facile.Il n’y a point, en Canada, encombrement de chefs-d’œuvre ! Toutefois, c’est déjà quelque chose de trouver un filon inexploité, et de l’exploiter avec bon goût et à son heure, même si l’on n’arrive pas au chef-d’œuvre.Voilà ce à quoi s’est résolu le poète Émile Coderre, alias Jean Narrache.Valdombre l’a aussitôt accusé de pastiche.C’est dans la tradition valdombrageuse.Mais notre poète ne s’en porte guère plus mal.Il est lu, choyé, écouté, gâté; car il a été original, ici, dans un genre où, en France, Jehan Rictus, au dire de plusieurs, a écrit le fin du fin, le fort du fort, plutôt, avec une acuité, une vigueur, un emportement hors ligne.Assurément, Jean Narrache a subi l’influence de Rictus.Toutefois, il a assez mûri son propre genre, sa manière d’être et de sentir, pour devenir, malgré certaines rencontres inévitables d’images et d’expressions, personnel par beaucoup de côtés.Narrache est plus délicat que Rictus et moins amer.Il parle la langue d’un peuple encore bon enfant dans ses souffrances, résigné et courageux autant qu’il sait voir clair et net.Pas de grossièretés, pas de révoltes noires chez Narrache, qui situe son œuvre dans un cadre bien de chez nous, par les mauvais temps qui courent.Ce qui serait instructif à établir, si nous mettions en regard les Soliloques du Pauvre et Quand J’parT Tout Seul, c’est bien plutôt les différences que les similitudes.Mais ce serait aller plus loin que le loisir ne nous en est donné aujourd’hui.Lorsque, il y a près de trois ans, l’éditeur Albert Lévesque nous communiquait le manuscrit de Jean Narrache, alors illustré par Jeanne Narracheaussi, une artiste qui veut (1) Par Jean Narrache.Éditions Albert Lévesque, Montréal, 1932.Lk Canada fhançais, Québec, février 19S3. 570 QUAND j’pARL’ TOUT SEUL s’ignorer, nous découvrions en ces pages bien des choses intéressantes.Il nous semblait pourtant que le milieu décrit n’était point tout à fait le nôtre.La prospérité générale, bien que sourdement minée, était encore si grande que les peintures de Quand J’parl’ Tout Seul semblaient outrées, puisqu’elles ne représentaient que des cas exceptionnels.Jean Narrache a eu le bon jugement d’attendre, et, en attendant, de travailler ses simples poèmes, si accomplis et d’apparence si aisée.Aimant le peuple, le pratiquant et le connaissant, il se figurait de quel regard le pauvre contemple la vie et quelles sont ses réactions devant sa propre misère et les jouissances trop affichées des autres.Or, la crise économique est venue qui a multiplié les Jean Narraches du taudis et de la ruelle.Coderre a compris que son livre serait entendu.Il l’a été.Et combien ! Ce recueil de poèmes arrive ainsi à l’instant opportun.Il n’est point destiné à soulever les déshérités contre les bourgeois.Non.Ce n’est point le peuple qui lit Quand J'parl’ Tout Seul, ni surtout qui peut s’offrir le luxe de l’acheter.C’est l’homme moyen, celui qui a encore son collet blanc, et l’autre, plus favorisé et si rare ! qui a de l’argent et des lettres.Ceux-là apprendront de Jean Narrache à entrer dans l’esprit du pauvre, à s’assimiler son point de vue, à comprendre ses sentiments, ses souffrances, ses mérites, sa dure gloire cachée de tenir bon dans l’épreuve.Un artiste parle au nom des sans-le-sou et des claque-dents.Il stylise ses personnages, grossit nos travers, et, par cette méthode, retient mieux notre attention.Il est auprès de nous le poète habile et sympathique du pauvre.Sa vogue est-elle d’un moment P Le relèvement économique opéré, que chacun souhaite avec tant d ardeur, nul doute que ce livre perdra beaucoup.Peut-être les cœurs se durciront-ils de nouveau, tout danger passé, au contact des douleurs humaines qui peuvent aujourd’hui si vite et si cruellement devenir notre propre lot.Quand J’parV Tout Seul n’en demeurera pas moins un témoignage, et, comme tel, autant par ses vertus littéraires charmantes que par sa généreuse intelligence des malheureux, il aura toujours quelque valeur.Ce genre fera-t-il école ?Ce serait regrettable pour Coderre, pour nos lettres et notre langue tout à la fois.Pour Le Canada français, Québec, février 1933. QUAND j’PARL’ TOUT SEUL 571 Coderre, qui serait devenu père putatif de tant d’avatars ; pour nos lettres et notre langue, qui déclierraient au point de finir par employer le sordide verbiage cher à M.Du May d’Amour et dont se pourléche l’esthète abbé Hervé Griffon, sensible aux beautés d’Êdouardina voudrait loafer ! et des “ snuffeuses ”, dans un article flatteur sur le Comptoir aux Coupons dudit Du May.Et cela, M.Coderre-Narrache ne l’aurait pas plus voulu qu’aucun des bons professeurs de nos collèges qui dépensent leur vie à la formation de nos enfants et veulent fortifier, au lieu de la détruire chez nous, l’emprise de Sa Majesté la langue française.Quand J'parl' Tout Seul ne peut être qu’une incidence, ou mieux un incident de notre littérature.On ne saurait élever cette langue écrite à la dignité de tradition et de modèle.Ce sont les imitateurs mal inspirés de Jean Narrache qui nous lasseront de ce ton si facilement déprécié par un usage abusif.On a presque tout cité de Narrache, sauf peut-être cette pièce intitulée la Messe de Minuit.Elle n’est pas nécessairement la meilleure du recueil, mais elle affiche clairement une originalité canadienne.La messe de minuit Vous trouvez pas qu’ça pass’ plus vite Que d’notr’ temps aux jours d’aujourd’hui ?A soir, pensons-y, saint’ bénite ! C’est déjà la mess’ de minuit ! Y’m sembl’ que l’bourdon d’Notre-Dame Nous parle au cœur d’en haut d’sa tour, Y’a l’air de dir’ : “ Boum ! Bam ! Boum ! Bame ! V là qu c’est Noel, v’ià qu’c’est l’grand jour ! ” Ah ! n’en v’ià encore un’ bell’ fête Qu’est pus comm’ dans l’temps d’autrefois.J’sais pas pourquoi ?P’têtr’ ben qu’c’est p’tête Parc’ qu’à c’t’heure’, y’a pus autant d’foi ?D’mon temps, les p’tits gâs, les p’tit’s filles, C’était à qui s’rait l’plus réjoui Quand on partait tout’ la famille Pour s’rendre à la messe de minuit.Le Canada français, Québec, février 1988. 572 QUAND j’PARL’ TOUT SEUL Pour lors, on allait à l’église Dans notr’ grand traîneau à bâtons.L’pèr’ faisait galoper la grise Pour qu’on arrive avant l’tinton.L’z’enfants, on était tous ensemble Dans l’fond d’là traîne, assis dans l’foin.C’pas chaud, la nuit dans l’mois d’décembe, Et pis, l’églis’ c’tait pas mal loin.On s’sentait gais, pis l’cœur allège Tandis qu’la gris’ filait l’galop.C’tait beau l’z’étoil’s, la rouf, la neige, Pis la sonnaillerie des grelots.Y’semblait d’voir l’étoil’ des Mages Au d’ssus d’nous z’autr’s dans l’firmament Comme y la montr’ su’ les images Du grand cat’chism’ des confirmands.Ça me r’vient tout à la mémoire ! Des fois, j’aim’ ça à m’en souv’nir ; Et pis, ça m’donn’ des idées noires Quand j’pens’ que ça peut pus r’venir.A c’f heur’ le monde ont tant d’affaires Qu’y trouv’nt pus l’temps ni l’tour d’êtr’ gais.On dirait qu’i’ sont pas d’équerre, Y’ont d’I’air r’chigneux pis fatigués.La rue est plein’ de limousines, Des McLaughlin, des Chevrolets, Mêm’ des charetf s à gazoline, (Y’appell’nt ça des “ Fords ” en anglais).Vu qu’j’sus pas sour la loi Lacombe, J’ai pas d’auto ; j’sus v’nu à pied.Les p’tits chars, eux-autr’s étaient combes, J’étais pas pour m’faire estropier.Tout c’mond’-là, c’est v’nu à la messe Comme à l’ouvertur’ dTOpéra.Les femm’s vienn’nt montrer leu richesses, Leu toiletf s neuv’s et cetera.C’est pas pour prier qu’le mond’ rentre.Y’ont pas d’chap’let ni d’Paroissien ; Y vienn’nt pour écouter les chantres, L’organisf pis les musiciens.Lb Canada pbançais, Québec, février 19SS, QUAND j’PARL’ TOUT SEUL 573 Si ’n’a qu’sav’nt pus leu prières, C’est ben le plus p’tit nombr’ pourtant.Nous autr’s on prie comm’ nos vieill’s mères, On gard' la foi du bon vieux temps.Enfin, Quand J’parl’ Tout Seul est extrêmement bien illustré par Jean Palardy.Ses dessins ont du trait, de l’humour, de la finesse, de l’émotion, voir du pathétique.Us sont tout à fait dans la note.En félicitant Jean Narrache, il n’est que juste de ne point oublier Jean Palardy.A l’un, après l’autre, est due la fortune du livre.Maurice Hébebt.Lb'Canada français, Québec, février 1938.
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