Le Canada-français /, 1 mars 1933, Histoire du Séminaire des Missions étrangères de Québec, chapitre XXXI
Archives HISTOIRE DU SÉMINAIRE DES MISSIONS ÉTRANGÈRES DE QUÉREC CHAPITRE XXXI Le Séminaire pendant la guerre de Sept Ans (1) SOMMAIRE : Petite vérole en 1755.— Fièvres de 1757.— Mort de M.Lamiq.— M.Pressard supérieur.— Petit Séminaire fermé à cause de la disette.— MM.Boiret et Gravé nommés directeurs.— Ravages des Anglais dans la côte de Beaupré ; meurtre de M.Portneuf.— Bombardement de Québec.— MM.Pressard et Gravé à Montréal où ils instruisent les élèves.— Mort de Mgr de Pontbriand.— Capitulation de Montréal.— Lettre de Paris en 1760.— Fondations suspendues.— Conseils de ne pas emprunter.— Mort de M.Chevalier.— Réparations.— Moulin à scie construit à S.Joachim.— M.Pressard résigne la supériorité : difficultés du gouverneur ; M.Boiret élu supérieur.— Dix élèves repris sur les fondations de Mgr de S.-Vallier.— Vente de quelques terres.— On apprend la nouvelle du traité de 1763.— Le clergé reste en Canada.— Les directeurs du Séminaire veulent y continuer leur œuvre.La fin de la domination française en Canada approche rapidement et s’annonce de loin par la peste et par la famine.(1) Nous publions un chapitre presque complet de l’Histoire du Séminaire des Missions Étrangères de Québec par son Éminence le Cardinal E.-A.Taschereau, Lorsqu’il faisait partie de cette Institution, l’infatigable prélat a consacré à cet ouvrage ses rares heures de loisir.Nommé Archevêque de Québec en 1871, il dut forcément abandonner son entreprise.Malgré la multiplicité de ses occupations de toutes sortes, il avait cependant accumulé une foule de matériaux et il avait fait une première rédaction.L’ouvrage est resté incomplet et inédit.Il ne faut donc pas y voir un travail achevé ni pour le fond ni pour la forme.C’est exactement une ébauche, un premier jet ; et nous sommes sûrs de rester dans le vrai en affirmant que l’auteur n’aurait jamais consenti à publier son ouvrage dans l’état où il a dû le laisser.Le manuscrit comprend l’histoire du Séminaire depuis sa fondation en 1663 jusqu’à 1781 et il est partagé en 34 chapitres couvrant 1046 pages d’un cahier de format moyen.En outre, un long appendice d’au delà de cent pages est consacré aux Missions que le Séminaire a dirigées chez les Tamarois et en Acadie.Comme nous l’avons dit, cet ouvrage est resté inédit ; toutefois, il a déjà été largement exploité par divers historiens et en particulier par Mgr Henri Têtu et l’abbé Auguste Gosselin, qui le citent assez fréquemment.De là vient sans doute qu’on en connaît bien le titre.Nous avons cru intéresser certains de nos lecteurs en en publiant une tranche qui nous parait d’intérêt plutôt général.Le Canada nuançais, Québec, man 1933. HISTOIRE DU SÉMINAIRE 629 En 1755, pendant l’été et l’automne, la petite vérole, disparue depuis 22 ans, parcourut de nouveau le pays et comme il n’y avait qu’un seul élève qui l’eût déjà eue, on jugea plus prudent de les renvoyer tous chez leurs parents pour y passer les vacances qui durèrent trois mois._ _ Deux ans plus tard, les bâtiments qui arrivaient de France étaient remplis de malades attaqués d’une fièvre maligne.M.François Lamiq, du diocèse d’Aire, directeur du Séminaire, en fut attaqué pour s’être dévoué au soulagement temporel et spirituel des pestiférés.Il mourut le 1er octobre au sortir d une retraite et muni de tous les sacrements de l’Église.Cette mort laissait un vide d’autant plus difficile à remplir que M.de Villars était passé en France l’année précédente (1756) pour y avoir soin des affaires temporelles du Séminaire de Québec.Les directeurs de Paris avaient nommé Supérieur M.Pressard qui fut déclaré en cette qualité avec une solennité inusitée.Une assemblée générale et extraordinaire des directeurs et des agrégés, MM.Rousseau, Chevallier, Boiret et Gravé, est convoquée pour recevoir cette nouvelle et, après avoir demandé 1 approbation de l’évêque selon le règlement de 1692, on salue le nouveau Supérieur.La procure passa des mains de M.Pressard dans celles de M.Rousseau, ayant M.Jacrau pour suppléant durant les absences que nécessite cette charge.La famine accompagna la peste de 1757.Au mois de mai il fallut réduire les habitants de Québec à 4 onces de pain par jour ; le Séminaire fit d’énormes sacrifices pour nourrir ses élèves jusqu’aux vacances durant lesquelles ils furent renvoyés chez leurs parents.Le 28 septembre, on délibéra s’il serait possible de rouvrir le pensionnat, mais la mauvaise apparence de la récolté obligea de suivre le conseil de l’évêque en suspendant les fondations et en se bornant aux ecclésiastiques jusqu’à l’arrivée des secours de France.On avait demandé inutilement à l’Intendant Bigot des secours de farine.L’année suivante on résolut malgré la disette et la cherté des vivres de recevoir vingt des pensionnaires les plus pauvres et incapables de continuer leurs études hors du Séminaire.On les choisit dans les deux classes les plus élevées, la seconde et la philosophie, parce que l’interruption prolongée de leur études offrait plus d’inconvénients.Parmi leurs noms se trouve celui de Pierre Denault, de Montréal, âgé de quinze ans; il sera le dixième évêque de Québec.Les études se continuèrent ainsi malgré la disette et la guerre jusqu’au commencement du siège de Quebec.Durant des temps aussi fâcheux plusieurs accidents vinrent augmenter les peines des directeurs.Les digues du moulin de 1 Isle Jésus furent emportées par les glaces au printemps de 1757 ; les lettres de Paris furent perdues en 1758, affliction bien sensible, parce que l’arrivée de ces paquets d’outre-mer était toujours une source de joie et de consolation.F1' 1759.— Les directeurs de Paris avaient nommé en 1758 M.Urbain Boiret, directeur, ils y joignirent l’année suivante M.Henri Fran- La Cahada pbahçaib, Québec, mars 1033, 630 HISTOIRE DU SÉMINAIRE çois Gravé de la Rive.Informés des malheurs du Séminaire, ils consentirent à la suspension des fondations non seulement pour l’année courante, mais encore pour les deux années précédentes.Cela était d’autant plus nécessaire qu’un second moulin avait été détruit par accident et que l’on s’était vu obligé d’emprunter dix mille livres pour faire face aux dépenses les plus urgentes.Ils conseillèrent de ne faire aucunes réparations avant que la paix fût assurée, parce que l’on pouvait d’un instant à l’autre voir ruiner les terres par les armées ennemies.C’est ce qui arriva en effet.Les Anglais ravagèrent la côte de Beaupré et toute la rive nord du fleuve jusqu’au Saguenay, brûlèrent les fermes et les moulins, tuèrent un grand nombre d’habitants et avec eux M.Philippe René Portneuf, curé de S.-Joachim, qui, ayant voulu opposer quelque résistance avec les habitants qu’il avait assemblés, fut pris et tué le 23 d’août auprès du moulin.Il fut enterré dans le champ teint de son sang, d’où quatre jours après on le transporta dans l’église de Ste-Anne où il est inhumé entre les bancs seigneuriaux et le chœur.C’était un ancien élève du Séminaire où il avait commencé ses études le 6 octobre 1720, à 1 âge de 13 ans.Les directeurs de Paris terminaient leur lettre du 10 février 1759 par ces paroles : “ Nous ne saurions trop vous recommander de veiller avec zèle sur l’œuvre que la divine providence vous a confiée.Vous savez comme nous que c’est de là principalement que dépend le bien qui se fait dans le diocèse.” Ces paroles empreintes d’une sorte de solennité devaient être les dernières que la maison de Paris adresserait à celle de Québec, en qualité de mère et de supérieure : le sort de la guerre, ou plutôt la main de la Providence, allait bientôt rompre des liens confirmés par une existence de près d’un siècle.La correspondance continuera encore, il est vrai, mais elle n’aura plus ni le même caractère, ni la même autorité.La flotte anglaise parut devant Québec le 25 juin et, durant la nuit du 12 au 13 juillet, une batterie érigée en face de la ville, sur les hauteurs de la Pointe-Lévy, commença à bombarder la ville.Dans l’espace d’un mois les plus belles maisons et la cathédrale devinrent la proie des flammes.La basse ville fut incendiée dans la nuit du 8 au 9 août.Le Séminaire, exposé au feu de l’ennemi, fut criblé de boulets, et la quantité de ceux que l’on trouve encore, pour peu que l’on creuse dans le jardin, doit faire juger du nombre considérable de projectiles que dut recevoir la ville entière.Les premières volées répandirent l’alarme et la consternation.Tous ceux qui n’étaient pas nécessaires à la défense de la place ou qui ne pouvaient point prendre les armes laissèrent la ville.Les religieuses Ursulines et les Hospitalières se retirèrent à l’Hôpital-Général,où MM.Briand et de Rigauville administraient les secours spirituels aux malades et aux blessés.Mgr de Pontbriand, dont la santé déjà chancelante se trouvait encore abattue par le désolant spectacle de sa ville épiscopale réduite à l’extrémité, s’était retiré dès le 1er juillet à Charlesbourg d’où il continua à gouverner son diocèse jusqu’à la prise de Québec, après laquelle il se rendit à L» Canada tbançaib, Québec, mars 1933. HISTOIRE DU SÉMINAIRE 631 Montréal.M.Récher, en bon et fidèle pasteur, resta dans sa paroisse avec M.Vizien, son vicaire.MM.Pressard et Gravé suivirent Mgr de Pontbriand à Charlesbourg et ensuite à Montréal, où ils demeurèrent une année.Il ne resta à Québec que MM.Jacrau et Boiret, pour veiller à la conservation des biens du Séminaire.Ils furent obligés de demeurer chez le Curé à cause du mamvais état où se trouvait le Séminaire.Les élèves du petit Séminaire furent renvoyés de bonne heure et dispersés dans les campagnes ou s’enrôlèrent courageusement pour combattre l’ennemi commun.Quant aux ecclésiastiques, ils se dispersèrent d’abord et finirent par se réunir auprès de l’Évêque à Montréal, où M.Pressard leur donna des conférences de théologie, pendant que M.Gravé enseignait la philosophie aux écoliers réunis dans cette ville.Il restait $350.00 à appliquer sur les fondations; M.Pressard, avec le consentement de l’évêque, les distribua aux plus pauvres pour leur aider à payer pension en ville.Apres la mort de 1 évêque, M.Pressard réunit ce qu’il put des fondations de Mgr de S.Vallier et du Duc d’Orléans afin de fournir à un ecclésiastique du nom de Pierre Ménard les moyens d aller se faire ordonner en France (avril 1764) par Mgr Christophe de Beaumont, archevêque de Paris.M.Pressard donna aussi $100.00 sur la fondation de Mgr de S.Vallier à Pierre Denault, alors étudiant en théologie.Quoique l'article VI delà capitulation de Québec (18sept.1759) assurât le libre exercice de la religion romaine, promît sûreté aux personnes religieuses et a 1 eveque auquel était accorde le pouvoir d’exercer librement et avec décence les fonctions de sa charge, Mgr de Pontbriand ne put survivre à l’échec subi par les armées françaises.Il mourut le 8 juin 1760 au Séminaire de Montreal et fut enterré dans le sanctuaire de l’église paroissiale le 10 juin.Il était âgé de 51 ans et 5 mois et par conséquent était né au mois de janvier 1708, année de la mort de Mgr de Laval.Trois mois après la mort de Mgr de Pontbriand, la ville de Montréal, dernier refuge de la France, se rendit aux Anglais après avoir obtenu par une capitulation le libre exercice de la religion catholique pour toute la colonie.Les communautés religieuses de femmes furent maintenues dans la possession de leurs constitutions et privilèges, mais le même avantage fut refuse aux Jésuites, aux Récollets et aux Sulpiciens, jusqu’à ce que le roi de la Grande-Bretagne eût fait connaître ses intentions à leur égard.Le Séminaire de Québec se trouvait donc en parfaite sûreté de ce côte-là.L article 34 porte que “ toutes les communautés et tous les prêtres conserveront leurs meubles, la propriété et l’usufruit des Seigneuries et autres biens.et les dits biens seront conservés dans leurs privilèges, honneurs et exemptions.” Art.35— “ Si les chanoines, prêtres, missionnaires, les prêtres des Missions-Étrangères et de S.-Sulpice, ainsi que les Jésuites et les Récollets veulent passer en France, le passage leur sera accordé sur les vaisseaux de S.M.B.; et tous auront la liberté de vendre, en total ou en partie, les biens fonds et mobiliers qu’ils Le Canada français, Québec, mars 1933. 632 HISTOIRE DU SÉMINAIRE possèdent dans la colonie.Ils pourront emporter avec eux ou faire passer en France le produit.des dits biens vendus.” La nouvelle de ces événements consterna la France entière, qui voyait passer entre les mains d’une nation rivale une colonie fondée au prix de tant de sacrifices.Les guerriers y virent un échec à la gloire et à la puissance de la nation ; les marchands regrettèrent les pertes énormes qu’allait entraîner la séparation d'un pays où ils avaient des intérêts engagés ; les âmes catholiques tremblèrent pour la foi des colons et des sauvages passés sous la domination d’un peuple hérétique et persécuteur de l’Irlande ; les directeurs des Missions-Etrangères furent des plus inquiets pour le sort futur du Séminaire de Québec.“C’est avec la plus vive douleur,écrivaient-ils, que nous avons appris par les lettres de MM.Pressard et Boiret le triste état du Canada et les pertes immenses qu’a faites en particulier le Séminaire de Québec, qui se trouve actuellement sans maison, sans fermes et sans moulins dans la côte de Beaupré.Nous adorons avec soumission les desseins de Dieu qui a visité cette colonie et qui met le Séminaire à de si grandes épreuves.“ Il est clair qu’il est tout à fait impossible que le Sém.de Q.remplisse les bourses fondées par M.de Laval, et par M.Soumande, jusqu’à ce que ses affaires temporelles soient rétablies.nous approuvons que l’application des bourses fondées par le dit acte (de 1680.la lettre met 13 février 1683) demeure suspendue.“ Quant aux bourses fondées par M.de S.-Vallier, les sommes en doivent être appliquées à l’ordinaire à de pauvres étudiants, si les circonstances du temps le permettent, ou réservées pour être appliquées dans des temps plus favorables.” Ils recommandent ensuite de ne pas emprunter pour faire des réparations soit en ville, soit en campagne avant que le sort de la colonie fût fixé.Tout au plus, il faudrait se procurer un très petit logement dans la maison de Québec, qu’il est très important de ne pas laisser déserte.“ Les personnes mal disposées en faveur du Sém.ont fait sonner ici bien haut l’espèce d’abandon où a été le Sém.et la paroisse pendant le siège.” Ce que nous avons dit plus haut du bombardement de la ville et de l’état affreux où fut mis le Séminaire, suffit pour justifier pleinement les directeurs.MM.Jacrau et Boiret restèrent toujours à Québec pour veiller sur les biens de la maison, et la paroisse ne fut point abandonnée un seul instant par M.Récher.“Il paraît,continue la lettre, que vous vous êtes décidés un peu trop vite à rebâtir le moulin de la Blondelle à S.Joachim,et la lettre de M.Boiret nous fait entendre que vous pensiez aussi à rétablir prochainement quelques-uns des bâtiments des fermes.Vous sentez combien il serait peu à propos de faire des emprunts.Nous avons été vivement touchés de la maladie de M.Jacrau ; vos dernières lettres nous ont beaucoup consolés, en nous apprenant qu’il était hors de danger.Nous ne sommes pas surpris, messieurs, des attentions et de la générosité des Mrs du Séminaire de Montréal à votre égard, nous en sommes aussi reconnaissants qu’on peut L> Canada français, Québec, mars 1938. HISTOIRE DU SÉMINAIRE 633 l’être ; il faut cependant tâcher de leur être à charge le moins qu il vous sera possible.” L’année suivante, ils approuvèrent entièrement les réparations faites au moulin et aux fermes de S.-Joachim ainsi que le projet du rétablissement du moulin du Petit Pré, auquel on ajouta en 1763 quelques appartements pour être en état d’y recevoir une plus grande quantité de blé.On contracta en même temps avec un charpentier du nom de Michel Charlery pour faire des réparations urgentes au clocher et au toit de la chapelle.On eut l’imprudence de lui avancer de l’argent et il négligea l’ouvrage lorsqu’il fut à peu près payé.Il fallut le faire assigner en 1764 devant le Conseil militaire qui gouvernait le pays depuis la conquête.Charlery fut condamné à achever l’ouvrage au plus tôt.Pour diminuer autant que possible la dépense de ces réparations, on fit construire à S.-Joachim le moulin à scie de la Friponne, pour lequel on dépensa 574 livres 3 sols.La planche était alors énormément chère.Il en fallut une grande quantité pour les fermes, les moulins et le Séminaire où il n’y avait que deux chambres logeables.On n’avait ni cave, ni réfectoire, ni décharge, les couvertures avaient été criblées de boulets, les cadres des fenêtres avaient besoin d’être refaits à neuf, en pierre de taille, ainsi que les angles saillants des pavillons ; les voûtes étaient endommagées, surtout celle du réfectoire qu’il fallait jeter à terre et remplacer par un plafond.Malgré tant de demandes, la dépense de 1762 n’excéda la recette que de la modique somme de 77 livres 11 sols, d’après le compte envoyé en France et signé des directeurs.La recette était de 15085 livres 12 et la dépense de 15163 livres 3 sols.Les réparations du Séminaire figurent pour 5423 livres.Les six années de supériorité de M.Pressard étant écoulées, les directeurs de Paris, sur sa demande, lui nommèrent un successeur.Leur choix tomba sur M.Maillard, missionnaire en Acadie, et, à son défaut, sur M.Gravé.A la réception de cette lettre, les directeurs craignant d’exciter les soupçons du gouverneur et d’attirer quelque orage sur le Séminaire, résolurent de déclarer franchement l’autorité d’où émanait le titre du nouveau supérieur.C’était un acte de grande prudence et de plus, une marque de confiance dont le général Murray s’était rendu digne par la protection qu’il avait accordée au Séminaire, comme le prouve la lettre de Paris en 1761.M.Pressard alla donc informer Son Excellence qui, sans répondre sur le fond de la question, manda chez lui les directeurs et leur annonça qu’il ne souffrirait pas qu’on eût égard à cette nomination, non plus qu’à aucun ordre qui émanerait du Séminaire de Paris, jusqu’à ce que les affaires du Canada fussent définitivement réglées.Il ajouta qu’au reste il ne s’opposait pas à une élection faite par les directeurs de Québec, pourvu qu’ils ne nommassent pour Supérieur aucun des deux sujets nommés à Paris, auxquels il donnait exclusion pour cette fois.Le même jour, 4 juillet, les directeurs élurent M.Urbain Boiret qui fut reconnu sans difficulté : ainsi par la franchise et par la prudence des directeurs, un chan- Le Canada français, Québec, mars 1033. 634 HISTOIRE DU SÉMINAIRE gement de Supérieur qui aurait pu être le prétexte de nombreuses vexations et peut-être de l’anéantissement pour le Séminaire, devint l’occasion de la première reconnaissance formelle par le gouvernement du pouvoir des directeurs.Au mois d’août il fut résolu que, pour l’acquit des fondations de Mgr de S.-Vallier et pour l'édification publique, on recevrait six étudiants, trois ecclésiastiques et trois écoliers des plus avancés, en leur donnant gratuitement la nourriture, mais non l’entretien.Au mois de novembre on vendit un morceau de la terre de Samos, à 25 livres l’arpent en superficie.Le gouverneur Murray ayant offert 5400 livres pour 182 arpents au nord-est du ruisseau S.-Denis, on résolut de les accepter pour gagner ses bonnes grâces.Les conditions furent qu’il payerait la rente du prix et que le terrain serait remis au Séminaire, si le Canada était rendu à la France.Ces derniers mots nous peignent la situation de tous les esprits.Les Canadiens persistaient toujours à croire, parce qu’ils le désiraient sans doute, que la France ne voudrait pas les abandonner et qu’elle se ferait rendre une colonie qui lui avait coûté si cher et qui ne faisait que commencer à donner des espérances.Chaque courrier était attendu avec une anxiété toujours plus vive ; aussi quelle affliction quand arriva la nouvelle du traité du 10 février 1763! La plupart des familles aisées, les fonctionnaires, les marchands, les hommes de loi, s’empressèrent de quitter un pays qui ne leur offrait plus qu’une perspective de persécution, de sujétion et d’infériorité perpétuelle que le régime militaire des dernières années semblait avoir implantée dans le Canada, Mais il restait encore une soixantaine de mille Canadiens français et catholiques ; le clergé en masse résolut de partager leur sort et de remplir à leur égard jusqu’à la fin les devoirs d’un ministère tout de charité et de consolation.Les directeurs du Séminaire de Québec voulurent aussi rester au poste que la Providence leur avait confié dans des temps plus favorables ; et si cette maison doit son existence au premier évêque français, l’histoire fidèle devra dire que c’est à elle en grande partie que l’épiscopat doit son existence sous la domination anglaise.E.-A.Taschereau.Le Canada fbançais, Québec, mars 1933.$
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