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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Se forger une âme
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1933-09, Collections de BAnQ.

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Littérature et philosophie SE FORGER UNE AME Un livre excellent mais peut-être trop peu connu, De la Vocation d’écrivain chrétien, par A.Décout, expose, en quelques pages d’une densité profonde et exquise, ce que l’auteur appelle “ la philosophie dernière de la littérature ” : “ Le beau sera plus beau après qu’il aura traversé une âme ” (p.133).Et un peu plus loin : “ Le plus profond, le plus essentiel travail de l’écrivain sera donc de se forger une âme ” (p.135).Ces modestes pages qui, pour n’être pas imposées d’autorité, n’en sont pas moins sincèrement ouvrées, n’ont d’autre but que de fournir un bouquet de réflexions aux jeunes qui se proposent de s’adonner à l’art d’écrire ; elles visent à leur faire sentir l’importance et la nature de la culture personnelle descendant jusque dans le fond de l’âme.Peut-être l’épuration ascétique de l’âme et la mise en train fondamentale sciemment orientée et bien éduquée ne s’identifieront-elles pas avec la “catharsis” aristotélicienne, dont parle Bremond dans Prière et Poésie; du moins elles pourront préparer et appeler, par leur affinité spirituelle, ce phénomène étrange et rassérénant de l’inspiration, surtout elles constitueront sûrement le rayonnement irisé et sain d’une âme vraiment “ humanisée ”.La plupart des manuels de littérature développent presque exclusivement la partie technique de l’art d’écrire.Us insistent trop peu sur la partie psychologique, si nécessaire pourtant comme préparation générale, comme source d’inspiration et comme condition indispensable de renouvellement littéraire.Cependant, dans les mémoires, demeure toujours logé le vieux vers classique : Avant donc que d’écrire apprenez à penser.Li Canada français, Québec, septembre 1933. 32 SE FORGER UNE AME Nous parlerons d’abord de l’importance de la question d’âme en littérature, — il est bon de rappeler de vieilles vérités oubliées ou trop méconnues parfois, — nous dirons ensuite ce que c’est que de se forger une âme.I Si la littérature est l’expression des choses vues à travers un tempérament ou mieux à travers une âme, il faut conclure à la nécessité de se créer une âme pure, lucide, franche, qui sache dilfuser la réalité dans sa beauté originelle et dans son unique vérité, ces deux reflets de l’éternelle splendeur.C’est l’attitude, intégralement humaine et complétée par la foi, de l’âme en face des choses que nous caractérisons ici : d’une part, l’accueil sympathique du réel, de tout le réel, de l’autre, son rayonnement jusqu’à d’autres âmes.Réception et don : les deux rythmes de toute nature créée.Signalons donc brièvement la sorte d’harmonie préétablie entre l’âme et les choses.Il n’y a pas de divorce éternel entre la pensée et la réalité.Elles sont faites, toutes deux, l’une pour l’autre.L’âme puise dans l’intarissable réel la substance nourricière des facultés : la vérité, le bien, le beau.Toute la fonction de l’écrivain, du poète, du romancier, etc., c’est donc, par le trucheman du mot, d’exprimer, dans une richesse aussi suggestive que possible, ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il ressent.La littérature, c’est le rayonnement du réel traversant comme un prisme une âme individuelle tout entière, avec ses idées, ses images, ses sentiments et aussi avec sa foi.“ La littérature, ce sont les choses, plus l’âme de l’homme : homo additus naturæ(l).” Qu’est-ce à dire?Il ne s’agit pas, par exemple, de reproduire un paysage comme une pure photographie, mais de choisir des éléments réels.Les fictions, les bluettes ne sont viables, elles n’ont de charme et de valeur, qu’à condition de conserver un rapport avec la réalité objective.“ Rien n’est beau que le vrai.” Il faut toujours en revenir à l’observation personnelle, consciente, de la vie intérieure et extérieure.Sans doute, la réalité qui passe à travers une âme individuelle prend une teinte particulière, endeuillée, rose ou (1) A.Décout : De la Vocation d'écrivain chrétien, p.95.Le Canada français, Québec, septembre 1933. SE FORGER UNE AME 33 dégradée.Elle s’hyperbolise et souffle en tempête chez Léon Bloy.Elle se fait très souple, très nuancée, pleine d’humour, chez Henri Bremond.Mais cette réalité, bien que choisie, n’en doit pas moins être objective, au sens le plus large du mot.C’est le fait de cette collaboration intime et profonde entre la réalité, naturelle et surnaturelle, et l’âme tout entière, que nous allons considérer tantôt d une façon plus particulière.L’âme doit, pour etre fécondé, harmoniser toutes ses facultés naturelles, et c est dans la morale et la foi qu’elle trouvera son épanouissement total.Toute cette base philosophique de la littérature que nous venons d’esquisser, — intelligibilité et aperceptibilité du réel et surtout harmonie vivante de l’âme qui, communiant au réel, l’exprime par le mot d’une façon vraiment humaine et personnelle, — a été souvent énoncée en termes plus à la portée du commun des gens.Ernest Hello rythmait toute la loi du style sur la loi de la vie : ” L’homme doit : vivre dans la vérité ; penser comme il vit ; et parler comme il pense.” C’est toute l’unité de la vie intérieure en harmonie avec l’objectivité qui se trouve ici exprimée.Paul Bourget condensait à la fin de l’un de ses volumes la même vérité dans une formule lapidaire qui fit fortune : ‘ Il faut vivre comme on pense, sinon, tôt au tard, on finit par penser comme on a vécu.” Et dans un autre livre : “ Le talent est toujours et sans aucune exception modelé à la ressemblance de l’âme.” Comment ne pas rappeler ces vers de Boileau qui, de nos jours, connaissent un regain de faveur auprès de la critique, cette critique qui de plus en plus prétend expliquer les livres par les hommes : En vain l’esprit est plein d’une noble vigueur, Le vers se sent toujours des bassesses du cœur.La psychologie contemporaine se plaît souverainement à mettre en vedette l’unité des états de conscience, leur liaison, leur activité réciproque.Elle n’aime guère le “ séparatisme ”, elle met à mal les cloisons étanches entre les facultés de l’âme, “ entre les manifestations de l’art et les mystères de la vie profonde ”, Elle s’entend avec la philo- Le Canada français, Québec, septembre 1933. 34 SE FORGER UNE AME sophie pour reconnaître qu’il faut aller au vrai “ avec toute son âme Étant présupposée la connaissance du mécanisme linguistique, le style est-il en définitive autre chose que l’âme poussée à bout, s’épanouissant en verbe, jaillissant en ondes sonores ?La vieille question de l’alliance étroite du fond et de la forme! Sans doute, la sainteté n’est pas nécessairement mère du génie ; mais il semble difficile de contester la diminution du génie par le vice : paresse, sensualité ou orgueil.Combien de fois la ridicule pédanterie de V.Hugo vient détruire l’émotion naissante ! Que la forme, étroitement dépendante de la pensée, subisse quelque atteinte quand le caractère fléchit, rien d’étonnant, puisque le style, c’est l’homme.Comme l’art littéraire dans son acception plénière ne se réduit donc pas à une virtuosité, à une certaine habileté technique, mais qu’il révèle la personnalité profonde de l’auteur, l’âme de l’artiste ne peut pas ne pas se manifester par mille fissures invisibles et exercer ainsi un mystérieux rayonnement conquérant ou destructeur.C’est le problème de l’influence de l’écrivain qui se pose.Mais par quoi l’écrivain exerce-t-il une action morale sur le lecteur ?Par la qualité de son âme.On est vraiment artiste, comme on est saint, plutôt par ce que l’on est que par ce que l’on sait ou que l’on fait.L’écrivain, même le plus modeste et le moins mondial, dit le P.Léonce de Grandmaison, est un semeur.Il n’existe pas de littérature absolument désintéressée.C’est là une condition qui impose une grosse responsabilité à laquelle on ne peut totalement se soustraire par le choix des sujets.Car les parties contagieuses, influentes du talent d’un écrivain ne sont pas seulement ni surtout celles qu’il explicite délibérément.Or, cette influence subtile, mais efficace, s’exerce beaucoup moins par ce que l’écrivain dit que par ce qu’il Évidemment il y a des sujets malpropres.Un Bazin, avec toute sa délicatesse, ne serait pas arrivé à faire quelque chose d’honnête de telle donnée de Victor Margueritte.Mais à côté de thèmes notoirement immoraux, existe un champ immense de thèmes simplement humains qui pourront devenir, suivant la qualité d’âme de ceux qui les abordent, (1) Cité par A.Décout, ouvr.citp.135.La Canada tbançais, Québec, septembre 1Ô3S. SE FORG ER UNE AMB 3 S œuvres saines ou équivoques, tonifiantes ou grivoises ou seulement frivoles.Un récent parallèle bien documente, bien réfléchi, très instructif, surprenant au premier abord, entre deux auteurs célèbres, Bourget et Gyp, a magnifiquement démontré cette importance, énoncée jusqu’ici en termes abstraits, de la question d’âme en littérature.Mlle Bourcet(l) fit d’abord ressortir les ressemblances indéniables qui existent entre ces deux romanciers : décors semblables, personnages pris dans la même société, mêmes aventures et meme intrigues, même cycle d’événements extérieurs, même loyal effort pour regarder, comprendre et, si possible, aimer ces temps nouveaux, c’est-à-dire l’après-guerre, etc.Après avoir “ réuni ce faisceau d’analogies de toute nature , 1 auteur se demande d’où viennent les différences entre ces deux cycles de romans composés d’elements identiques, differences si évidentes que personne n’a jamais eu 1 idee d établir un parallèle entre eux.Quelle serait la cause profonde de ces dissemblances ?La difference de méthodes de travail ?Vérité partielle seulement.La différence de styles ?Mais si “ Gyp et Bourget écrivent différemment, c’est que malgré toutes leurs ressemblances, ils pensent différemment.Et la dissemblance foncière entre ces deux œuvres provient non pas tant d’une différence extérieure de styles ou de techniques, mais d’une différence interne, la différence de densité entre les deux pensées et leurs deux âmes ” (p.540) (2).Cette densité intérieure des deux romanciers se précise par une double caractéristique : “ L’un a le goût des idées générales, tandis que l’autre n est pas capable de s elever au-dessus des faits.L’un a une vie intérieure profonde qui fait absolument défaut à l’autre ” (p.542).Ces deux choses, en somme, découlent d’un principe unique : “ De ces deux œuvres, l’une possède une vie religieuse» et l’autre semble n’en avoir pas ” (p.544).D’un côté, une âme vraiment “ humaine ” prolonge et parachève son plein épanouissement naturel dans sa foi ; de 1 autre, une âme tronquée de ses sommets, une ame de qualité moralement médiocre.Pauvre Gyp! incapable de relier “d’un coup d’aile (1) “ Études ”, 5 sept.1932.“ Deux cycles de romans.Paul Bourget et Gyp ”, pp.525-547.(2) C’est nous qui soulignons ce dernier membre de phrase.Lk Cakada fbançaib, Québec, septembre 1033. 36 SE FORGER UNE AME le particulier à l’universel, la pauvre petite intrigue aux grandes questions qui passionnent l’âme humaine Elle “ a eu entre les mains une énorme influence, elle a été l’idole de toute une société qui aurait aveuglément accepté ses critiques ; or de cette influence elle n’a à peu près rien fait ” (p.543).L’auteur de cet intéressant article en arrive à cette conclusion importante d’ordre général : “ c’est que le sujet d’une œuvre littéraire aurait en réalité moins d’importance qu’on ne se l’imagine communément et que la profondeur de cette œuvre, son envergure, sa résonnance dans l’âme d’autrui viendraient moins du sujet en lui-même que de la façon dont il a été traité et de la qualité de l’esprit qui l’a interprété ” (p.546).(C’est nous qui soulignons.) Nous avons tenu à nous attarder sur cet exemple pour faire sentir l’influence incontestable de la pensée d’autrui sur la nôtre, surtout d’une pensée traduite par l’art littéraire.Car la littérature parle, avec un langage insinuant et avec des nuances de clarté et des contre-jours magiques de mystère, à l’homme tout entier, à sa raison, à son imagination, à sa sensibilité, ainsi qu’à sa volonté, trop souvent docile à se soumettre aux impulsions qu’on lui fait subir.La littérature, surtout celle qui est nimbée d’un enchantement poétique, réveille la vie intérieure : jaillie de l’âme de l’écrivain, elle trouve des résonances profondes dans l’âme du lecteur, dans cette zone mystérieuse et sereinement vibrante, distincte de la pure raison, dans ces abîmes de l’inconscient, si à l’ordre du jour, mais dont tout le mécanisme puissant demeure encore inconnu.Ce qui fait donc la gloire de l’écrivain, c’est son âme.Les procédés techniques, les trouvailles d’images et de rythmes peuvent être bientôt dépassés et surannés, mais l’âme ne s’emprunte pas, l’âme ne passe pas.C’est par là que l’on dit : “ C’est du Bourget, du Barrés, du Psichari ”, etc.La tristesse moite de Loti s’évapore de ses œuvres en atmosphère de pesanteur communicatrice ; son désenchantement de nirvana se décante dans l’âme du lecteur (1).L’âme si pure, d’une trempe si ferme à la fois, et soulevée (1) “ Avez-vous lu mes livres ?demandait Pierre Loti à l’un de ses amis.— Oui.— Je le regrette ; mes livres ne font pas de bien aux âmes.” (Cité par la revue de “ la Tempérance ”, Montréal, oct.1932, p.150.) L* CiMADi français, Québec, septembre 1033. SE FORGER UNE AME 37 d’une chaude sympathie, transparaît constamment dans l’œuvre de Bazin, comme le soleil derrière une vitre claire .c’est ce qui lui donne son originalité et sa valeur toute spéciale.La loyauté inaltérable et la droiture inflexible d’un Veuillot, son vif amour militant de la justice et de la vérité redressent, malgré nous, les chemins obliques de notre âme, et marquent cet écrivain d’une force qui nous captive W* .„ , Chez nous, on pourrait citer la reposante influence de N.Beauchemin, de Lozeau, de Lucien Rainier ; d’un autre côté, signaler l’âme tourmentée et triste de Nelligan et du poète du Coffret de Crusoé(2).De cette influence indéniable de l’écrivain découle une conséquence : sa responsabilité.Et celle-ci grandit avec le talent.“ A parler chrétiennement, le talent est une mission^).” Et comme l’écrivain a charge d’âmes, son action ne peut être moralement indifférente.L’écrivain est homme, il est une créature de Dieu et, comme tout le monde, il est soumis à la loi morale.Les actes qu’il pose par la plume sont des actes humains dont il lui faudra, ainsi que de ses talents employés, rendre compte à Dieu.Il ne doit pas se désintéresser de “ la multitude des sans-lumière, des sans-force et des sans-foi ” qui viennent lui demander le mot d’ordre.S’il n’est pas obligé à l’apostolat direct, s’il n’est pas tenu de promouvoir positivement le bien, d’accomplir constamment le fac bonum, au moins il doit ne rien faire qui puisse nuire ; à l’instar de toute personne humaine, il est tenu à la (1) Pour les exemples d’influences littéraires mauvaises, on en trouvera de nombreux dans L.Proal : Le crime et le suicide passionnels (Pans, 1900), ch.X, XI, XII.— “ La Revue des lectures ” rapportait récemment (15 fév.1933, p.150) ce trait particulièrement significatif, portant en titre : “ Les écrivains qu’on décore.Deux dates, deux faits.°ur la proposition de M.le Ministre de l’éducation nationale, M.Marcel Allain, feuilletoniste (auteur de Fantômas), a été nommé chevalier de la Légion d'honneur ” : voilà l’information qu’ont publiée tous les journaux, d'après le “ Journal officiel ” du dimanche 1er janvier 1933.D’autre part, on lit dans les journaux du 12 janvier 1933, et, par exemple, dans “ Le Petit Parisien “ La Marquise de Nedde est à demi assommée dans son appartement par son petit-neveu .Après de calmes dénégations, l’enfant, qui a quinze ans et demi, s’avoue coupable .Voua, dit-il, j’avais lu Fantômas.J’ai voulu en faire autant, pour voir.” Deux dates, deux faits.Nous nous bornerons à les rapprocher : nous ne les commenterons pas.” (2) Voir dans la “ Revue de l’Université d’Ottawa ”, janv.-mars 1933, pp.60-71, une critique de Séraphin Marion sur le Coffret de Crusoé.(3) Cf.“ Études ”, 20 sept.1932, p.731.Le Canada français, Québec, septembre 1938. 38 SE FORGER UNE AME pratique continuelle du devita malum, précepte obligatoire, comme disent les philosophes et les théologiens dans leurs condensations parfois baroques, semper et pro semper.S’il ne tient pas à s’instituer apôtre de la vertu, au moins qu’il ne se fasse pas propagateur du vice.Cette exigence est vraiment un minimum.D’ailleurs, si l’œuvre est réellement belle, elle fera du bien par son seul rayonnement.Car “ la vraie beauté artistique, dit un laïciste, J.-M.Guyau, est par elle-même moralisatrice ”, Il suit de tout cela que si l’on ne veut pas s’exposer à une influence néfaste, si on veut réaliser une œuvre à la fois esthétique et salutaire, si on veut à la fois servir la littérature, et, au moins négativement, la morale, c’est-à-dire ne pas la blesser, on n’a qu’à se créer une âme belle, à se “ forger une âme II Qu’est-ce donc que se forger une âme ?C’est d’abord se faire une âme sympathique.La sympathie, c’est la mise au foyer de l’âme devant les choses ; c’est la première condition subjective, indispensable pour s’assurer une mentalité scientifique ; c’est la condition radicale de toute recherche objective et expérimentale : histoire, surtout histoire religieuse, philologie, entomologie et autres sciences naturelles.(1) Un tel amour, portant l’ostracisme sur les préjugés et concentré sur l’objet de son étude, se retrouve dans l’art et la littérature, pour donner à l’écrivain, au poète, au romancier, l’attitude vraie devant l’immense réalité inépuisable.Cette attitude initiale, faite d’“ amour de complaisance ” et non “ de concupiscence ”, se transmue, s’achève en pénétration vivante de l’âme dans les êtres concrets.“ Le poète est un homme à dix mille cœurs ”, dit Shakespeare.L’écrivain doit entrer dans l’âme de ses personnages, se laisser dominer par la logique interne de leurs passions et des actes qu’elles déclenchent.Dickens et Flaubert, dit-on, souffraient des souffrances de leurs héros.(1) H.Pinard de la Boullaye, S.J.L’Étude comparée des religions.t.II “ Ses méthodes ”, p.30 suiv., “ Conditions subjectives des études religieuses Le Canada fbançaib, Québec, septembre 193S. SE FORGER UNE AME 39 Abordant la nature avec une “ âme vierge ’(1)> avec une âme dégagée de tout conventionnel, comment le poète ne pourra-t-il pas mieux contempler les beautés multipliées, toutes frissonnantes de la présence de Dieu qu elles cachent derrière elles, comment ne pourra-t-il pas mieux pénétrer le secret intime des êtres qui tous, à leur façon, chantent la gloire divine ?Le littérateur se sert surtout de la connaissance intuitive, de celle qui nous fait prendre contact immédiat avec la réalité.Et la base de la connaissance intuitive c’est la “ connaissance par sympathie La sympathie est donc avant tout une méthode d’intériorité, une auscultation vivante du réel, c’est une méthode d’observation, de construction et de critique(2).Que comporte l’éducation de la sympathie ?Toute une partie critique : épuration foncière de l’âme, combat de l’égoïsme, décentralisation du moi, rectitude de volonté, grande générosité.Il faut retrouver en soi l’universelle sympathie qui existe au fond de tout homme, car l’homme en son fond est “ toute nature ”, comme dit Pascal.Ne péchons pas contre la lumière.Que l’âme s’ouvre, comme celle de saint François, à tout le bien et à tout le beau, à la plénitude d’être et de vie, qu’elle “ s’humanise ” vraiment.Dès lors, la question dite des “ mœurs oratoires ” sera pratiquement supprimée.Grâce à l’épuration de l’âme, on ne craindra pas de se livrer dans ses compositions littéraires : ce qu’on aime à retrouver dans un livre c’est l’âme de l’écrivain, parce que dans ce son d’une âme humaine, c’est soi-même qu’on retrouve.Qu’on se rappelle les paroles de Pascal sur le “ discours naturel ” ! La belle chose de faire passer son âme entière dans ses écrits ! Pourquoi hésiter ?Nous ne sommes plus au temps des Parnassiens.Puisque la source principale de l’art littéraire, c’est l’observation personnelle, il faut prendre une attitude sympathique en face des personnes et des choses.“ L’amour fait voir ”, dit-on.Un être concret éveille un amour bien autre- (1) “ Que l’univers soit vierge pour vous, que votre âme soit vierge devant toutes choses.” (P.Hugolin, O.F.M.Horizons et pensées, p.192, Montréal, 1925.) (2) Dom Hébrard.La Vie créatrice, Paris, Beauchesne, 1918, 577-578.Canada fhançaib, Québec, septembre 1933. 40 SE FORGER UNE AME ment énergique qu’un idéal abstrait.C’est par une sorte d’exosmose psychologique que Mme de Sévigné pouvait dire à sa fille: “ J’ai mal à votre poitrine.” Pour communiquer au lecteur la sensation du vécu, du “ direct ”, tâchons de faire une connaissance expérimentale de ceux que nous avons à peindre dans nos écrits : membres de notre famille, amis, confrères, compatriotes qui nous entourent, etc.Pour établir un contact chaud, intime et profond, je fais abstraction de moi-même, ou mieux je m’efforce de me vider de moi-même, de mes idées propres, de mes sentiments pour m’écouler en quelque sorte dans “ l’autre ”, pour vibrer de ses vibrations, pour mieux pénétrer sa synthèse intérieure.Je tâche de m’installer en lui-même, dans ce qui fait le cœur de son originalité, de sa personnalité, et, de cette perspective centrale, je m’efforce de mieux saisir ses réactions psychologiques, sa façon de penser, de s’exprimer, de sentir et d’agir.La création elle-même de personnages fictifs doit s’inspirer de l’expérience réelle pour aboutir à une œuvre de beauté.Jean Narrache, l’auteur de Quand j’parl’ tout seul, nous offre un magnifique exemple de sympathie psychologique : il déploie sur le vif, avec un rare bonheur, la psychologie de l’ouvrier “ canayen ”.Il donne la sensation directe de son état d’âme, de sa juste attitude morale devant les événements.L’auteur aurait pu prendre un ton révolutionnaire, d’envieux des riches, de révolté contre Dieu.Mais non : il laisse constamment, à travers l’ouvrier, transparaître son âme sympathique et saine.Un autre exemple, d’un genre différent.S.E.le Cardinal Villeneuve, nous a fait éprouver, dans sa conférence sur les “ Problèmes de la jeunesse ”, donnée l’automne dernier à l’Université Laval, ce qu’ajoute de charme conquérant aux richesses de la forme la beauté d’une âme.Nous sentions émaner de son âme, comme le parfum s’élève d’un lis, la sympathie, la cordialité, l’affabilité, manifestement sincères par le ton posé, par la physionomie souriante, accueillante, et rendues plus pénétrantes dans nos âmes par l’atmosphère de poésie et de culture qui enveloppait ces vertus.Non content d’ausculter les palpitations psychologiques, le jeune littérateur s’efforcera de pénétrer l’âme des choses.S’il veut les bien évoquer, il doit éprouver avec le plus de Le Canada français, Québec, septembre 1933 SE FORGER UNE AME 41 réalité possible les sentiments, les émotions écloses de la considération de la nature.Comme la richesse de la réalité dépasse infiniment les pauvres inventions de l’imagination, il faut, pour décrire une émotion, la ressentir réellement au moins à l’état d’esquisse.“ L’amour fait voir.” Voir, bien voir, et dégager les traits caractéristiques, c’est le don par excellence.Penchons-nous sur la nature, sur la nature canadienne, sur sa flore et sa faune particulières, avec autant d’affection, et, je dirais, autant de tendresse que La Fontaine sur ses animaux, H.Fabre sur ses insectes.Dans un article de “ L’Action nationale ”(1), M.Harry Bernard insistait récemment sur la nécessité de prendre un contact direct, vécu, “ avec les êtres, les choses, la nature sous toutes ses formes.Le livre canadien ne sera vrai, vivant, original, qu’en tant qu’il réflétera l’âme de notre pays, qu’il interprétera le terroir en le transposant.” Ce contact sympathique et direct avec la nature est évident chez de nombreux auteurs français : Alph.Daudet, Barrés, les frères Tharaud, etc.Particulièrement on a remarqué à bon droit que d’un bout à l’autre de l’œuvre de Bazin circule un courant profond de sympathie(2).La lecture de Bon an, mal an{3) peut contribuer à former certains jeunes à l’expression savoureuse et personnelle de leurs observations directes sur la nature et à développer leur verve littéraire en montrant à dégager la poésie de la réalité quotidienne.Ces tableautins gracieux évoquant de menus sujets, toujours relevés d’une note optimiste, laissent transparaître assez facilement la méthode de travail de l’auteur, le mécanisme littéraire.Concluons.Il faut donc apprendre à faire place en nous à l’expérience des autres, expérience psychologique et métaphysique : c’est le meilleur moyen de s’ “ humaniser ” vraiment, d’acquérir la largeur de vues indispensable à une littérature vivante et agissante, et de se mettre aussi à (1) “ Histoire naturelle et littérature ”, dans “ VAction nationale.Janv.1933, p.25.(2) “ Études ”, 5 août 1932, p.300.René Bazin, par Louis de Monda-don.(3) H.Lavedan.Bon an, mal an.Première série, 1907, à septième série, 1913.Vol.in-16.En confidence (1° avec la nature, 2° avec les choses), publié en 1929, aux éditions Spes, est plus aisément utilisable : c’est un choix d’articles disséminés dans les 7 séries de Bon an, mal an.Le Canada français, Québec, septembre 1933. 42 SE FORGER UNE AME l’unission avec l’ordre objectif et total.Une telle sympathie insufflera nécessairement de la vérité et de la vie au roman et à la nouvelle, à la poésie et à l’histoire, à toute la littérature canadienne.Et comme sympathiser avec la pensée des autres, c’est la mieux comprendre, la critique sera plus facile et plus juste.De même la sympathie avec la nature canadienne ne peut que contribuer, sans que nous voulions prôner ici exclusivement les œuvres “ régionalistes ”, à donner un timbre original et vigoureux à notre littérature.* * * La sympathie est la tension active vers la vérité, vers la recherche constante du bien et vers sa diffusion.Active, humaine, personnelle, ne comportant rien de négatif, ni de passif, elle est l’exercice le plus noble de notre liberté.“ La sympathie, en définitive, n’est que la traduction extérieure, dans l’action, de l’obéissance au dvnanisme intérieur, la marque de notre sincérité d’homme.Par elle nous sommes droits, orientés normalement(l).” Grâce à cette “ bonne volonté ”, l’âme se maintient tournée, comme dans une sorte d’héliotropisme psychologique, vers les doux rayons attractifs de la vérité.Dans l’état de scepticisme, d’apathie, de dilettantisme, elle n’est nullement prête à humer la lumière.Car il faut que l’âme soit ouverte au vrai, puisque l’on ne trouve vraiment que ce que l’on cherche.L’orientation normale dans le sens de notre vie d’homme vers le réel intégral postule impérieusement la sincérité, le culte de la vérité.C’est la seconde condition de la formation de l’âme.Le “ péché contre la lumière ”, les erreurs chéries, les “ défauts adorés ”, les questions de drapeaux ou de clochers : ce sont là autant de sérieux obstacles à nos devoirs d’hommes ou d’écrivains.Pour obtenir cette impartialité, en tout nécessaire, l’écrivain doit se tenir en garde contre le “ facteur personnel ”, conserver un sens critique aussi aiguisé que possible, développer la droiture morale.(1) Dom Hébrabd, ouvt.cité, p.573.Le Canada français, Québec, septembre 1938. SE FORCER UNE AME 43 Le littérateur est homme, avant d’être radiodifïuseur d’idées ou orchestreur de magie verbale.N’est-ce pas aussi en remplissant de son mieux ses devoirs d’homme qu’il satisfera à sa tâche littéraire ?Qu’il établisse donc en lui un très vif besoin de vérité, qu’il souffre de sa privation ou de sa présence trop lointaine et spectrale, qu’il se soumette au réel avec humilité, loyauté et fidélité, qu’à l’instar de Pascal, il enserre éperdument, jalousement la vérité trouvée, qu’à son exemple il ramasse, en quelque sorte, tout son être, toutes ses facultés comme en un faisceau pour y imprimer le sceau béni de la vérité.Autrement dit, il faut aller au vrai avec toute son âme, avec son âme rectifiée, avec toutes ses puissances, intelligence, volonté, sensibilité et imagination.Et si l’on ne peut aller au vrai par l’intelligence seule, si le cœur et les sens sont en désordre, comment l’œuvre ne peut-elle pas ne pas souffrir de cette scission intime, de cette désharmonie intérieure P Normalement, écrire donne une passion : celle de la vérité, passion que sans l’exercice de la plume, beaucoup n’acquerraient pas, du moins à un certain degré d’ardeur, parce que cette gymnastique spirituelle favorise la réflexion personnelle, soustrait du factice, de l’opinion.Il est vrai que de nos jours peu réfléchissent, trop n’ont pour ambition qu’un alignement de mots et la maculation horizontale du papier.Pourtant la passion de la vérité est une passion à fomenter.Tant qu’un homme ne pense pas par lui-même, tant qu’il ne s’oriente pas par lui-même vers la vérité, comme vers une étoile polaire salvatrice, ses rêves de s’édifier une “ personnalité ” meurent par inanition.L’amour de la vérité pour elle-même, le culte de la vérité totale, et cette grande sincérité de l’écrivain envers lui-même, envers le prochain et envers Dieu, en comblant ses exigences d’homme, projetteraient du même coup leur lumière radieuse et chantante sur sa besogne de tâcheron intellectuel.Pourquoi le littérateur, étant homme avant tout, ne poursuivrait-il pas la vérité objective plénière, je veux dire la vérité naturelle aussi intégrale que possible illuminée principalement par la philosophie, la vérité surnaturelle constituée par les données révélées ?Pourquoi ne dirigerait-il pas son œuvre, au moins subrepticement, dans le vrai sens de la Le Canada français, Québec, septembre 1933. 44 SE FORGER UNE AME vie ?Car l’on peut dire que tout écrit contient une certaine philosophie de la vie, qu’il affirme ou fait entrevoir un certain sens de la vie.Dans telle œuvre, ce sens est-il spiritualiste ou matérialiste ?athée, indifférent ou croyant ?Le sens de la vie, quel doit-il être objectivement P D’ailleurs, poursuivre la pleine sincérité littéraire, c’est être vraiment de son temps.La littérature d’aujourd’hui se plaît à se montrer comme un jet direct des sources intérieures.Jadis elle s’attaquait du dehors, elle était plus impersonnelle.Si, dans son œuvre, qu’il traitait selon ce qu’il possédait des règles de l’art, un homme se mettait lui-même, ce n’était pas par exprès.“ Racine eût été bien étonné qu’on lui déclarât que ses tragédies le confessaient.Les lyriques eux-mêmes étaient objectifs, à ce point que pour exprimer sa foi religieuse aussi bien que quelque autre sentiment, on aimait traduire les anciens ou les psaumes.” Mais “ la forme moderne de la littérature est à base de sincérité : tout d’abord elle exprime l’être qui écrit, ou elle n’est rien.Nous en sommes venus à une littérature qui est le reflet direct d’une âme, son aventure dans la vie ; et le fait s’est tellement établi que, tout à fait abusivement comme inconsciemment, on a écarté du champ littéraire presque tout ce qui prête moins au lyrisme.C’est pourquoi roman et poésie se sont de notre temps tellement gonflés.La littérature, en son principal centre, est devenue moins un exposé d’idées que l’expression personnelle d’un sentiment de la vie ”(1).Ce sentiment de la vie, philosophie implicite de la vie, on pourrait le montrer dans les œuvres canadiennes : triste, désenchanté, s’assombrissant en nostalgie de la foi perdue, dans le Coffret de Crusoé ; inquiet, tourmenté, un peu païen, dans les Masques déchirés ; robuste, sain, ensoleillé dans A l’ombre de l’Orford.Il serait à souhaiter que les personnalités canadiennes, en s’affirmant de plus en plus, sachent profiter de cette forme moderne de la sincérité littéraire, “ tous comptes faits et toutes précautions prises contre les dangers qu’une telle expression comporte ”, pour trouver la liberté d’élans qui leur permette de dire sans voiles l’intensité de leur foi.(1) “ Jésus dans la littérature de notre temps ”, par Jean Morienval, dans “ La Vie Catholique ”, 27 janv.1933, p.21.Le Canada français, Québec, septembre 1933. SE FORGER UNE AME 45 Non content de poursuivre et de respecter la vente objective plénière, le littérateur doit s’attacher en plus a découvrir la vérité particulière de l’objet qu’il étudie ou observe : observation, intérieure ou extérieure, exacte, fidèle, sans toutefois blesser la morale et sacrifier à la platitude ou aux détails insignifiants, car “ en art tout est choix Prouver, en littérature, c’est évoquer ; manifester, en littérature, son respect de la vérité, c’est non pas procéder par raisonnement abstrait ou par démonstration, mais apporter quelque exemple bien caractéristique, mais décrire telles scènes, mais communiquer, suggérer tels faits psychologiques, tels paysages d’âme ou géographiques, d’une façon si pleine que le lecteur se rende, en quelque sorte de lui-même, à l’exactitude des traits caractéristiques.Pour obtenir cette visée, il faut observer par soi-même, par ses propres sens, et choisir ensuite les vocables concrets et musicaux capables de filmer “ en sonore ” la vérité patiemment observée.En deux lignes, Alphonse Daudet dépeint Tarascon, le Tarascon expansif et sentimental, patrie du soleil et de la joie : “ Dans les rues, quand vous passez, toutes les fenêtres chantent, tous les balcons vous secouent des romances sur la tête.” Le bonhomme La Fontaine ne fait-il pas une évocation à la fois riche et pittoresque, lorsqu’il nous montre Le héron au long bec emmanché d’un long cou.?Alf.Desrochers, qui pourrait nous offrir plusieurs exemples, nous donne la sensation du vu, lorsque, dans ” l’Embâcle ”(1), ses mots bien choisis, bien placés sonorisent et accompagnent en même temps qu ils dépeignent cette scène si vivante : A l’aide des leviers à pique et de la hache, On pratique une abée où le flot gicle et crache, Avec un fracas sourd noyé dans les remous ; Et l’éclat du soleil que la brume réfracte, Surgie au tourbillon de l’eau sur les cailloux, Double d’arc-en-ciel l’arc de la cataracte(2).(1) A l'ombre de l’Orford, p.80., ., 2 “ La couleur locale de la Terre vivante, d H.Bernard et des Récit, Laurentiens, du Fr.MarietVictobin n’est-elle pas due à la precision des détails de botanique ?” (H.Bastien : la Defense de l intelligence, p.b4, en note.) Par contre, c’est manifester une absence d observation réelle, un manque de respect à la vérité, que de parler de thym, de bruyere, de pervenche, dans la province de Québec, ainsi que de rossignols.(Cf.“ L’Action nationale ”, art.cité, janv.1933, p.26, fev.p.97.) Le Canada français, Québec, septembre 193a 46 SE FORGER UNE AME L’on ne peut qu’encourager la tendance des écrivains actuels de notre pays à pénétrer toujours de plus en plus les âmes canadiennes dans ce qu’elles ont de traditionnel ou de proprement moderne ; à sympathiser largement avec notre nature si variée et si enchanteresse : Laurentides, rivières charmantes, innombrables lacs, villes modernes, campagnes américanisées ou à physionomie encore française, etc.Avec l’observation personnelle et loyale, l’objet de la littérature, et en particulier de la littérature canadienne, n’y peut que gagner en valeur de vie et de réalité.L’amour de la vérité étend son rayonnement le plus heureux jusque sur la manière d’évoquer et de transmettre la vérité, sur le style.Bien des gens, surtout les débutants et les médiocres, ont l’habitude de dire plus qu’ils ne sentent, pour faire impression.Sous prétexte d’être plus conformes à la réalité, qui est peut-être encore plus belle qu’ils ne la ressentent, ils grossissent les objets, et, perdus dans le vague, ils les décrivent avec un langage boursouflé ou incolore.“ Point d’artifice, dire ce qu’on pense, exprimer ce qu’on sent, comme on le pense, comme on le sent, avec une fidélité scrupuleuse, sans ombre de grossissement ni d’embellissement, à cela se borne l’art d’écrire(l).” Le grand pastelliste La Tour disait à Diderot “ que la fureur d’embellir et d’exagérer la nature s’affaiblissait à mesure qu’on acquérait plus d’expérience et d’habileté, et qu’il venait un temps où on la trouvait si belle, qu’on penchait à la rendre telle qu’on la voyait ”, et qu’on n’était détourné de la rendre “ que par l’extrême difficulté que l’on trouvait à être assez vrai pour plaire en suivant cette route ”(2).La phrase devient affectée et banale dès qu’elle n’est plus sincère, dès qu’elle ne correspond plus à un désir de communiquer une vérité ou un sentiment.La vanité, la pose, la préciosité, tout ce qui attire l’attention sur l’écrivain, est une déchéance artistique.L’écrivain n’a le droit de servir que le vrai et les âmes ; il trahit son art s’il en fait l’instrument de son orgueil ; le talent diminue (1) Un auteur cité par J.Payot : l'Apprentissage de l'art d'écrire.Paris, 1913, p.300.(2) J Payot, our.cité, p.69, et Albalat, Comment on devient écrivain, p.75.Payot signale (p.85) comment plusieurs écrivains réunis avaient été obligés de renoncer à décrire exactement la beauté d’une cascade.Lie Canada fbançais, Québec, septembre 1933. SE FORGER UNE AME 47 dès qu’il s’exhibe.Qu’est-ce à dire, sinou que le travail littéraire, bien compris, veut le détachement(l) ?La sincérité ne craindra donc pas de s’imposer “l’art des sacrifices nécessaires ”, aussi important en littérature qu’en ascétisme, dans le but de sauvegarder la vérité ou l’unité organique d’un travail.Cependant les effets désastreux de l’insincérité de la phrase et de l’esprit, causée principalement par la vanité ou le manque de personnalité, pourraient être parés facilement par la loyale connaissance de soi-même et les conseils d’un guide sage.Genus irritabile vatum !” Hélas !.Plus d'un poète ou d’un romancier, en sacrifiant à la vanité, à la secrète envie d’être adulé, sacrifient aussi au bon goût, à l’afféterie, à la bizarrerie.Et pourtant ils pourraient s’épargner cette perversion à la fois psychologique et littéraire, s’ils avaient des conseillers sincères et droits.Tourmentée par un mystérieux besoin de sa nature, 1 intelligence cette faculté spirituelle qui honore et humanise le littérateur, ne trouvera donc son repos qu après avoir atteint la Vérité absolue.Non seulement la passion du vrai place le littérateur parmi les “ hommes de bonne volonté ” salués par le Sauveur naissant, mais encore elle exerce la plus profonde et bienfaisante action sur le style, et la sincérité se trouve l’une des conditions de l’honnêteté comme du succès dans l’art d’écrire.* * * Nous avons dit que “ l’amour fait voir ”, mais, ajoute-t-on, il fait voir “ en beau ”.Cette vision “ en beau ’ peut cacher derrière elle un certain obscurcissement volontaire et affectionné : l’amour de la vérité pour elle-même ramènera la vue de l’esprit au foyer de l’objectivité.Cette vision “ en beau ” peut aussi cependant, sans qu’il y ait aucune application éventuelle d’œillères, révéler le monde baignant dans la douce lumière d’une beauté non hallucinatoire mais réelle.(1) “ Études ”, 20 nov.1932, p.482.“ L’art de nos écrivains d’après l’enquête de M.Charensol ”, par Alp.de Parvillez.Lk Cakada fbançais, Québec, septembre 1933. 48 SE FORGER UNE AME L attitude résolue de sympathie et de loyauté a rendu l'âme capable de capter toute forme de vrai, mais aussi toute forme de beau et de bien.Continuant de se tenir tournée vers le réel, l’âme est maintenant en mesure de pénétrer plus au cœur de la réalité et de découvrir la loi fondamentale de l’univers : l’amour.Cette découverte merveilleuse va la doter d’une attitude d’optimisme et d’enthousiasme.Se forger une âme, c’est donc, en troisième lieu, se faire une âme optimiste et enthousiaste.Nécessaire, l’enthousiasme, à l’écrivain qui veut déverser dans son œuvre une vie riche et bienfaisante.Nécessaire l’enthousiame des livres qui nous dévoilent l’univers sous le signe d’un optimisme sain et réconfortant : ils sont si rares, ces livres! Nécessaire, l’enthousiasme poétique qui flamboie dans certaines pages telles qu’on en trouve dans les volumes de Pierre Termier : la Joie de connaître, la Vocation de savant.Nécessaire, l’optimisme “sans quoi l’on ne fait rien”, comme s’exprime le poète-géologue.D’ordinaire, les jeunes ont l’enthousiasme facile : ils voient aisément l’avenir leur lancer un appel festival.La vie semble témoigner d’une générosité particulièrement condescendante à leur égard, elle semble vouloir, par une intentionnelle acception de leur personne, les couronner des plus beaux dons, des plus glorieux succès, sans exiger en retour beaucoup de travail.Dans le secret de leur cœur, ils érigent, sans oser pourtant les étaler au grand jour, les rêves les plus splendides : l’un sera un nouvel Edison, un autre un nouveau Victor Hugo, celui-ci un Debussy, celui-là un Wilfrid Laurier, etc.A dire vrai, cette générosité facile et cette confiance en la vie sont tout à leur gloire et même au bonheur de la société.Mais l’apprentissage amer de la vie ramène à plus de modestie ; il enseigne surtout la grande loi, l’indispensable loi du travail, sans laquelle il est impossible de réussir en quoi que ce soit.Les illusions enchanterresses diminuent peu à peu, jusqu’à s’éteindre parfois totalement.Dans un intérieur ciel d’encre, dans ces jours ou ces ans margés d’une raie noire, certains mettent leur plaisir, même une sorte de coquetterie, à épandre leur spleen dans des vers d’une mélancolie corrosive.Rien de mal à décrire un sentiment occasionnel de tristesse véritable.Le Christ a eu son heure de tris- Ljc Canada français, Québec, aeptembre 1933. SE FORGER UNE AME 49 tesse profonde, de tristesse “ jusqu’à la mort Mais autre chose est de pousser sa plainte en des accents blasphématoires ! Autre chose de camper son âme, comme Léopardi, dans un pessimisme négateur ! Autre chose de poser au Werther ou au René ! Jamais l’expérience de la vie, si amère qu’elle fût, ne devrait donner à l’âme un repli de désenchantement absolu, comme s’il n’y avait plus d’espérance, comme si l’horizon de la vie se fermait aux portes du tombeau ! Ce ne serait ni humain, ni chrétien .Il faut donc, tôt ou tard, revenir à l’enthousiasme, mais à un enthousiasme raisonné, médité à un ’ enthousiame dici-pliné”, comme dirait Barrés.En pleine jeunesse, l’enthousiasme est comme instinctif, il tient en quelque sorte de la riche activité sanguine ; après les vingt ans, il se met d’ordinaire à fléchir sous les coups brutaux de la lutte pour l’existence et de l’égoïste vie sociale et sous l’accoutumance à sa tâche particulière ; mais après une expérience plus complète, après des réilexions plus approfondies et dans une atmosphère plus calme, moins poudreuse, il faut revenir à un meilleur sens de la vie ; de sorte que “ tout grand talent, dit P.Bourget, commence et finit par l’amour et l’enthousiasme Par enthousiasme, je n’entends pas un élan aveugle, plein de témérité insensée et d’audace puérile, mais une chaleur qui opère la soudure des forces psychiques, une activité qui donne à l’âme une mise en train fondamentale, une activité entraînante fondée sur l’optimisme foncier qu’est la réalité profonde, cette réalité sortie d’une parole d’amour, confirmée par une parole de contentement divin : Erant valde bona ; restaurée par une parole d’héroïsme infini : Ecce venio ; maintenue par une amoureuse présence indéfectible : Ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem.scpculi ; une activité entraînante fondée sur les réclamations profondes de notre être, qui est assoiffé de bonheur et donc d’optimisme éternel, et qui n’acquiert sa pleine valeur que par l’entente sympathique entre toutes ses facultés, par le rejet et le sacrifice des forces hostiles, non ralliables, et par la soumission à l’ordre total en faisant l’union avec les autres hommes et avec Dieu, une activité éminemment stimulatrice fondée enfin sur la grandeur et l'honneur de la profession, sur la beauté Le Canada français, Québec, septembre 1933. 50 SE FORGER UNE AME de la place que Dieu a assignée à chacun de nous dans l’univers.L’enthousiasme : voilà l’arbre moteur qui, dans l’action féconde, transmet le mouvement à toutes les forces de l’âme.C’est lui, le créateur visible des saints ; c’est lui, l’enchantement irradiant de la poésie ; c’est lui, l’irrésistible transport de l’éloquence.Il n’y a pas d’éloquence, disait le P.Ollivier, sans enthousiasme, pas d’enthousiasme sans conviction, pas de conviction sans idéal ; et l’idéal est toujours, quoi qu’on fasse, au-dessus des vulgarités de la vie humaine, ce qui rapproche plus intimement qu’il ne paraît la parole du prêtre et celle de tout véritable orateur.L’enthousiasme est donc une harmonique qui naît du son fondamental de l’idéal ou, si l’on veut, de l’optimisme.Une conception de la vie intégrale, une conception optimiste et franciscaine, ontologique et historique, amoureuse et vécue, comme celle d’un saint François ou d’un saint Bonaventure, pourrait être l’âme d’un idéal vrai, sublime, capable à jamais d’entraîner et d’enflammer.Optimisme, idéal et enthousiasme : trois rayons conjugués d’une même lumière.Que cette lumière, s’allumant à l’Amour substantialisé, baigne l’âme du jeune littérateur, et se répande, jamais assombrie par d’opaques nuages de suie, sur l’âme des lecteurs en ondes lumineuses, reposantes et germi-natrices.Par ce qui précède, l’on doit remarquer qu’il est pratiquement impossible d’avoir une vraie conception de la vie sans l’aide de la foi, sans la “ philosophie chrétienne ”.Aux poètes, aux romanciers, quel maître d’optimisme peut-on offrir ?Celui qui voudrait développer en soi le sens de l’optimisme, ne pourrait s’inscrire à meilleure école qu’à celle de saint François d’Assise, l’un des plus grands poètes de l’humanité, poète à la fois par nature et par grâce.Excellent “ professeur d’énergie ”, l’un des hommes les plus mortifiés qui fût, saint François se révéla aussi l’un des meilleurs professeurs d’enthousiasme, tant il semble que pour retrouver, en l’état présent de cette vie, la vision paradisiaque du monde, il faille épurer son âme par le sacrifice généreux et constant.Lh Canada français, Québec, septembre 1953. SE FORGER ÜNE AME 51 “ Fleur d’Assise ”, il avait entraîné autrefois derrière lui toute la jeunesse de sa ville.Sur la fin de sa vie, au milieu des sollicitudes d’un Ordre à régir et des souffrances indicibles de la stigmatisation, son cœur n’avait pas perdu sa flamme juvénile; mais purifiée désormais, cette flamme, divinement orientée, ne montait plus que vers son Dieu, son Dieu d’amour.Le moyen âge, ravi, écouta alors s’élever, sur les routes de l’Ombrie, un chant mystérieux, échappé de lèvres enflammées et se prolongeant jusque dans les cœurs en harmonies pacificatrices, en échos de mélodie supraterrestre.“ Le Cantique du Soleil ”, en des accents de poésie et d’enthousiasme suprême comme la terre n’en a peut-être jamais entendus, rythmait la fraternité universelle des êtres, leur commune dépendance d’un même Père : Loué soit Dieu, mon Seigneur, avec toutes les créatures, singulièrement avec notre frère, Messire le Soleil, qui nous donne le jour et la lumière.Il est beau, il rayonne de splendeur ; il est votre signe, 6 Seigneur.Loué soit mon Seigneur pour notre sœur la Lune et les Étoiles.Loué soit mon Seigneur pour notre sœur la Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper.La sympathie, le culte de la vérité et l’optimisme sont donc comme les qualités naturelles et fondamentales de l’âme humaine en face de la réalité : la sympathie, tension active du sujet vers la réalité extérieure, vers l’objet à appréhender ; la consciencieuse recherche de la vérité, ce terme formel de l’intelligence ; l’optimisme fervent et éclairé, recherche, prise et jouissance du bien et du beau.La sympathie, fondement de cette connaissance intuitive ou concrète, par laquelle le littérateur entre en contact personnel et vivant avec la réalité existante, s’aiguille vers la captation de tout vrai et de tout bien ordonné ; elle s’épanouit et s’achève, si elle suit sa juste orientation, en fleurs d’intelligence et en fruits de vouloir.L’âme harmonisée rencontre l’harmonie du monde.Ainsi le jeune candidat aux lettres pourra transformer en humus vraiment nourricier, en vécu ensoleillant, cette partie de l’âme obscure, profonde, inépuisable, d’où émanent les plus fortes énergies directrices et la formation de la Le Canada français, Québec, septembre 1033. 52 SE FORGER UNE AME mentalité personnelle, et qui, débarrassée de l’obstacle fondamental à toute perfection, c’est-à-dire la passivité, active constamment la vie religieuse, morale, intellectuelle et sociale.* * * Nous sommes dans une économie de grâce.Il ne suffit donc pas de se faire une âme belle naturellement, il faut qu’elle le soit aussi surnaturellement.C’est la propre et personnelle vie chrétienne, donnant à l’âme son plus haut degré de beauté terrestre, qui contribuera à constituer chez l’artiste la personnalité riche et symphonique.C’est pourquoi nous ajoutons quelques mots sur ce qui regarde la formation de l’âme chrétienne, couronnement de la culture littéraire.Le littérateur a pour domaine principal le concret.Qu’est-ce qui donne à la vie réelle son vrai sens, son sens plénier ?La foi.La foi n’est pas quelque chose que la nature peut exiger, c’est un don purement gratuit ; cependant c’est elle qui projette la lumière sur la vraie destinée concrète de l’homme, laquelle est une destinée surnaturelle.Le littérateur doit donc tenir compte de la foi, même dans sa vie intellectuelle.L’orientation de l’homme vers sa fin actuelle, fin naturellement imprévisible, divinement imposée, bonheur éternel qu’il n’est pas libre de rejeter, sur lequel l’option ne peut être facultative, n’est pas sans influence ; au contraire elle exerce une influence radicale, même inconsciente, sur l’âme de celui qui s’adonne à l’art d’écrire.Comme preuve de cette vérité, on pourrait apporter l’exemple des “ Sans-Dieu ” de l’U.R.S.S.: c’est là, il est vrai, un exemple pris aux antipodes, mais qui peut-être n’en est que plus probant.La négation de la foi, la lutte contre toute religion donnent à leurs idées, à leur ton, à leur style même une attitude absolument différente de la nôtre : culte de l’humanité, désir d’un bonheur purement matériel et terrestre, “ Sans-Dieuisme ” positif et militant, rejet de toute responsabilité morale, ridiculisation ignoble et scandaleuse de toute religion quelconque.Il serait assez facile de faire ressortir la tonification incomparable conférée à l’âme humaine par la doctrine et la Le Canada français, Québec, septembre 1933] SE FORGER UNE AME 53 pratique du catholicisme.Nous renvoyons aux pages si denses de Décout(l) pour le développement de cette heureuse influence sur l’écrivain.Sera-t-il permis d’émettre ici d’humbles suggestions en ce qui concerne l’éclosion de l’âme chrétienne dans les œuvres littéraires du Canada français ?On s’accorde volontiers à reconnaître dans le Canada un pays de foi profonde.Je ne crois pas que l’on puisse dire qu’il y ait chez nous, comme en France, dans la littérature un renouveau catholique, c’est plutôt, grâce à Dieu, un catholicisme continué.L’écrivain, évidemment, n’est pas plus obligé de faire œuvre apologétique que de poursuivre un but direct d’apostolat moral.Mais il semble que dans “ un pays de foi profonde ”, l’on pourrait souhaiter que les écrivains, sans cesser d’être artistes, lancent de temps à autre et plus fréquemment quelque œuvre littéraire dramatique, poétique, romancière, etc., à sujet et à tonalité catholiques.Nos écrivains pratiquants se montrent-ils, dans leurs œuvres, aussi profondément et complètement catholiques que certains d’outre-mer ?Manifestent-ils une foi aussi chaude et communicatrice que Paul Claudel, Henri Ghéon, Émile Baumann, Marie Noel, Louis Mercier, Francis Jammes P Le sujet spécifiquement catholique, par exemple, l’amour eucharistique, la sainte Vierge, la rédemption, la réversibilité des mérites, etc., peut exister ; il n’est pas nécessaire cependant.Ce qui importe surtout c’est Vaccent catholique, pur écho de la foi vécue.“ Si vous vivez une vie religieuse profonde, disait un Jésuite à un groupe de femmes de lettres demandant un conseil, alors tout ce que vous écrirez, ne serait-ce que des petites histoires pour les enfants, aura l’accent catholique, sans même que vous le cherchiez.” Et Maritain : “ Si vous voulez faire une œuvre chrétienne, ne cherchez jamais à “ faire chrétien ” : soyez chrétien et cherchez à faire œuvre belle où passera votre cœur(2).” Notre-Seigneur : “ Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un mauvais arbre de bons fruits.” (1) Onvr.cité, pp.138-143, 128-132, 196-200.(2) Cités par Marguerite Bourcet, art.cité “ Études ”, 5 sept.1932, p.547.Le Canada français, Québec, septembre 1933. 54 SE FORGER UNE AME Sans doute, le seul fait d’avoir une âme ouverte au vrai, au beau et à la foi, ne crée pas l’écrivain ; il faut de plus une connaissance assidue de sa langue, un certain talent naturel irremplaçable, un entraînement à l’exercice de la plume, une culture générale, condition du succès et du nécessaire renouvellement ; mais le jeune littérateur peut être assuré que c’est la formation de l’âme qui lui donnera une personnalité véritable, riche et féconde.L’ultime devoir: se forger une âme! En résumé, qu’implique cette tâche parfois ennuyeuse et souterraine, objet du “ terrible quotidien ”, mais qui pourtant parviendra tôt ou tard à étaler en pleine lumière ses trésors conquis journellement ?Wordsworth disait : “ Le premier de tous les dons, c’est une âme vivante.” Ne se plaît-on pas de nos jours à identifier vie et beauté ?Philosophiquement parlant, qui dit âme, dit principe de vie.Se forger une âme, c’est enrichir de son mieux l’âme tout entière, par l’observation personnelle, par la réflexion, par la lecture, afin de pouvoir transvaser dans son œuvre littéraire une vie aussi jaillissante que possible.Se forger une âme, c’est s’appliquer à la culture intérieure avec beaucoup de volonté, avec une grande part de courage et de persévérance : cette besogne n’est pas un “ jeu d’enfant Se forger une âme, en définitive, c’est se conquérir, par le travail et la volonté, une personnalité riche, dont les bases sont largement et bellement humaines, et qui se parachève par l’œuvre unifiante et suprêmement vivificatrice de la foi.Nous ne pouvons mieux terminer cette trop longue étude que par cette phrase d’Alexis Décout : Le secret définitif du bien écrire, du bien parler, c’est de se faire, pour mieux dire, d’avoir déjà — vous excusez la nuance — une vie personnelle d’excellente qualité, puis d’être écrivain par surcroît.La principale puissance artistique, c’est la vérité vivant dans un homme et projetant des flammes selon son style à lui, selon ses moyens propres d’expression (p.137).Si les jeunes (dont nous sommes) se haussent ainsi, leurs demeures intérieures enrichies deviendront foyers de beauté et de vérité ; leurs efforts ne seront pas sans porter des fruits.Tout en faisant œuvre d’art, ils contribueront au bonheur et à l’amélioration de l’humanité, ainsi qu’au progrès de la littérature canadienne-française.P.-Romain Légaré, O.F.M.Le Canada fbançaïs, Québec, septembre 1938
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