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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Les équipes sociales et la renaissance catholique dans la jeunesse française
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1933-11, Collections de BAnQ.

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LES ÉQUIPES SOCIALES ET LA RENAISSANCE DANS LA JEUNESSE FRANÇAISE Bien des observateurs ont déjà caractérisé la renaissance catholique dans la France contemporaine.Cette renaissance s’amorçait dès avant la guerre : on en montrerait les premiers symptômes dans la série de conversions fameuses qui marqua la fin du XIXe siècle, — Brunetière, Paul Bourget, François Coppée ; il serait aisé d’en suivre les progrès à travers l’œuvre d’un Péguy, d’un Psichari, même d’un Barrés, et de rappeler, une fois de plus, quelles aspirations vers l’ordre et vers la foi se faisaient jour, en 1913, dans l’enquête d’Agathon sur la jeunesse.Mais c’est pendant la dernière quinzaine d’années que ces aspirations se sont concrétisées.Certes, elles ont leur contre-patrie : indifférence religieuse des masses, qu’aggravent leurs préjugés sociaux, folies sensuelles où se brisent des nerfs tendus outre-mesure, littérature indécente, arrivisme brutal depuis la crise ; malgré tout, les optimistes ont beau jeu.L’élite n’a-t-elle pas retrouvé le sens chrétien ?ceux même, dans cette élite, à qui nos croyances restent étrangères, ne les respectent-ils pas ?et ceux qui croient, n’approfondissent-ils pas leur religion, ne la vivent-ils pas, d’autant plus sûrs d’elle qu’ils n’ignorent rien des interrogations modernes ?Hier ces interrogations paraissaient se dresser contre l’Église : aujourd’hui, seule l’Église leur donne une réponse satisfaisante, et, pour la première fois depuis longtemps, nul n’osera disputer sérieusement la valeur toujours actuelle de cette réponse.Meme sur le terrain politique, le changement saute aux yeux.Peut-être certaines mesures législatives dissimulent-elles des manœuvres anticléricales ; mais il y a un fait bien certain, c’est que la dernière explosion violente d’anticléricalisme, celle de 1924, a totalement avorté.Il semble qu’on se le tienne pour dit.Malgré la présence des gauches au pouvoir, malgré les tirades officielles sur l’intangibilité des lois laïques, 1 ambassade du Vatican est rétablie, les congrégations sont D^8B 200 LE CANADA FRANÇAIS rentrées sans bruit, toutes les récentes funérailles nationales ont été des funérailles religieuses, et nul ne s’étonne que Maginot, Doumer, Georges Leygues, se soient fait enterrer à l’église, ni que l’épiscopat coudoie le gouvernement aux grandes cérémonies publiques.Sous quel prétexte, d’ailleurs, une persécution recommencerait-elle ?La condamnation de l’Action française a détrompé ceux qui jugeaient l’Église liée aux “ réactionnaires Briand n’a pas eu plus de ferme soutien que le Nonce.Et le Français moyen détesterait que les gendarmes le mènent de force à la messe, mais il n’admettra pas davantage qu’ils l’en expulsent s’il y va.Ailleurs, la transformation est encore plus visible.Sans même tenir compte des Facultés Catholiques, rappellerons-nous les déclamations de M.Marcel Déat au sujet de l’enseignement supérieur ?Les cléricaux s’y infiltrent, déclarait ce député socialiste, un des rares attardés qui demeurent ostensiblement sectaires : maint doyen, d’ores et déjà, pourrait aussi bien servir sous la houlette de Mgr Baudrillart ou de Mgr Lesne ; tout est perdu si la vieille garde ne veille.Mais la vieille garde dort.Au ministère, le souci des compétences l’emporte : qu’y faire, si les professeurs compétents sont fréquemment des catholiques ?Tronquera-t-on la pensée humaine, en négligeant leur contribution ?La Sorbonne ne le souhaite pas, elle qui a sa chaire d’histoire de la philosophie médiévale, longtemps occupée, avec le talent qu’on lui connaît, par M.Gilson ; M.de Monzie ne le souhaite pas davantage, puisque ce ministre cartelliste de l’Éducation nationale a tenu à présider lui-même le centenaire d’Albert le Grand.Chercherons-nous d’autres “ signes des temps ” ?Puisque nous parlons philosophie, évoquerons-nous le témoignage de M.Bergson, et ce dernier livre, les Deux Sources de la Morale et de la Religion, où le grand penseur, longtemps incertain, s’oriente décidément vers “ les chemins de la croyance ” ?rappellerons-nous le catholicisme d’un Branly ?rappellerons-nous cette enquête de l’Écho de Paris, il y a quelque dix ans, où les maîtres de la science française s’élevaient contre toute tentative d’opposer science et religion ?Et, si des sciences nous passons aux lettres, ne verrons-nous pas que la plupart des écrivains représentatifs, ceux-là même qui, vers 1880, se seraient nommés Anatole France, Renan, Zola, sont aujourd’hui catholiques, et mettent leur catholicisme dans leur œuvre ?Prenons la liste des Acadé- LES ÉQUIPES SOCIALES 201 miciens, ou les sommaires de la Revue des Deux Mondes, et comparons-les avec l’Académie ou les sommaires d’autrefois ; puis, de cette littérature déjà faite et consacrée, venons-en à la littérature qui se fait, à la littérature vivante, que lisent les jeunes : Claudel, Jammes, Mauriac, l’abbé Bremond, autant d’esprits divers, unis par une même foi, et qui, loin de constituer une coterie, exercent l’influence la plus large dans les milieux les plus étendus.Que pensent donc leurs continuateurs ?que veut la nouvelle génération ?quelles idées fermentent parmi elle ?Certaines écoles déclinent : la Nouvelle Revue Française, naguère très représentative, se ratatine de plus en plus autour du pernicieux dilettante André Gide.A l’extrême-gauche, Europe donne la parole à quelques écrivains révolutionnaires.A l’extrême-droite, l’Action française se meurt.Entre deux, les jeunes radicaux, les néo-socialistes, tentent la transfusion du sang.Mais les mouvements les plus vivants nous appartiennent.Dans les circonstances graves que traverse le monde, il est bien permis de différer d’avis, et il est bon que les opinions s’approfondissent par la controverse : c’est la force du catholicisme que de marquer d’avance les bornes de la discussion, laissant ensuite toute faculté de débattre les matières libres ; c’est sa force que d’être universel, et de répondre à tous les genres d’esprits : où les autres fondent des sectes rivales, il abrite des écoles fraternelles, il aide parfois à naître des Ordres religieux.Ainsi ceux des jeunes que frappe la continuité de la tradition constituent le groupe des Cahiers ; ceux que frappent davantage les incompatibilités entre le monde contemporain et l’Église, ceux qui croient à la nécessité d’une “ révolution ” spirituelle, constituent le groupe d'Esprit.La plupart d’entre eux redoutent cependant ces mots un peu dangereux, et ne voient pas qu’il soit besoin de telles audaces : ils acceptent la société comme elle est; mais ils lui rappellent qu’elle a été baptisée, qu’elle doit revenir à son baptême, que ce baptême lui impose des obligations , ils lui crient dans 1 oreille ces enseignements pontificaux, en matière internationale ou sociale, auxquels les milieux soi-disant “ bien pensants ” restent parfois volontairement sourds ; telle est la tâche que s’assignent la Revue des Jeunes et la Vie Intellectuelle.Si, à ces revues, nous ajoutons les Lettres, aujourd’hui momentanément éteintes, mais qui ont eu leur heure d’influence et qui ont engendré 202 LE CANADA FRANÇAIS les Semaines des Écrivains catholiques ; si nous mentionnons les campagnes des Cahiers catholiques en faveur de l’art chrétien, et si nous saluons au passage les revues aînées, Études, Correspondant, qui maintiennent la flamme dans un public généralement plus mûr, nous n’aurons pas seulement nommé les principales écoles catholiques, mais encore celles, à bien peu de choses près, où l’on peut actuellement discerner une orientation certaine, et qui apportent une contribution neuve au mouvement général des esprits.A côté des groupements intellectuels, les groupements d’action sociale se multiplient.La foi sans les œuvres est morte ; elle ne consiste pas seulement à proférer de bouche le symbole des apôtres, ni surtout à en faire un instrument de puissance matérielle, ou une mode élégante ; elle commande la vie entière ; c’est peut-être faute de l’avoir compris que certaines renaissances apparentes du catholicisme, au XIXe siècle, ont avorté.Les jeunes Français d’aujourd’hui n’afS-chent pas leurs convictions pour être bien notés, ils n’attendent rien des pouvoirs publics ni des salons ; mais ils ne se cachent pas de pratiquer, l’idée même ne leur en viendrait guère, et les exhortations d’autrefois contre le respect humain les surprennent beaucoup.Pourquoi rougiraient-ils de leurs croyances ?Qui donc oserait les traiter d’esprits faibles ?Lorsque, à leurs Pâques solennelles, les Normaliens, les Polytechniciens, les Centraux, s’avancent en rangs serrés, comment pourrait-on atténuer la valeur de leur témoignage ?L’Association catholique de la Jeunesse française ; les groupements professionnels, Jeunesse ouvrière, Jeunesse patronale, Jeunesse agricole catholique ; les groupements éducatifs, tels que cette admirable école de discipline et de fraternité, les Scouts de France : elles seraient longues à simplement énumérer, les œuvres issues de notre renouveau chrétien.Plutôt que d’en entreprendre le recensement, choisissons un exemple qui nous permette d’en bien voir l’esprit : et ce sera, parce que je le connais mieux, parce qu’aussi ses tendances me paraissent éminemment représentatives, l’œuvre d’éducation populaire et d’amitié religieuse qui s’intitule les Équipes sociales. LES ÉQUIPES SOCIALES 203 Les Équipes sociales viennent de la guerre.Leur fondateur, leurs premiers adhérents, sont d’anciens combattants.Parmi les horreurs du conflit, ils avaient trouvé, malgré tout, une sorte de compensation imprévue dans ce qu’on a baptisé la “ fraternité des tranchées ” : ils souffraient, d’ailleurs sans haine pour l’ennemi, mais du moins ils n’étaient plus au temps où les Français ne s’aimaient pas ; étudiants, ouvriers, paysans, mettant en commun leurs misères, formaient comme une grande famille ; les deuils et les joies partagées détruisaient les barrières sociales ; allaient-elles renaître après la bataille, et se pouvait-il vraiment qu’au moment où la vie normale recommencerait, rien ne dût subsister de cette compréhension réciproque, et que les soldats rendus à leurs occupations civiles dussent s’en aller comme des étrangers, chacun de son côté ?Robert Garric et ses amis ne l’ont pas cru : ce qu’un labeur sanglant avait créé, ils ont espéré que le labeur pacifique aiderait à le perpétuer.Pour s’aimer, il faut se connaître : ce qui facilite l’hostilité des classes sociales, c’est la grande ignorance où elles sont les unes des autres ; c’est en vivant, en agissant ensemble, que les combattants devenaient amis.Si nous voulons qu’un homme du peuple sympathise avec nous,“ bourgeois ”, mon-trons-lui ce que nous sommes, ce que nous faisons, de quoi nous rêvons ; et lui aussi gagnera notre sympathie de la même manière.Encore en devons-nous trouver l’occasion.Pourquoi une collaboration de nos expériences ne nous l’offrirait-elle pas ?Pourquoi garderions-nous pour nous notre savoir, et pourquoi n’apporterions-nous pas à nos frères ce qui, dans nos travaux, peut leur être utile ?Pourquoi, eux qui font plus rudement l’apprentisage de la vie, ne nous confieraient-ils pas ce que la vie leur apprend ?De ces considérations est née la première Équipe.Elle s’est ouverte, à Paris, rue de Reuilly, en 1919.Maintenant les Équipes couvrent la France : à Paris, leur nombre dépasse la cinquantaine ; toutes les grandes villes, et bien des campagnes, ont la leur ; elles rayonnent jusque dans certains milieux où bien peu d’œuvres catholiques ont accès : preuve irréfutable que leur formule n’avait rien d’utopique, et qu’à l’appel de leurs initiateurs il a été répondu.A la base, double refus, qu’un de ces initiateurs nous expliquait récemment : 204 LE CANADA FRANÇAIS Nous n’acceptons, ni de savoir d’autres privés de ce qui est pour nous aussi nécessaire que le pain, — lectures, communion de l'homme aux pensées de l’homme, culture qui élargit la vie resserrée et rampante jusqu’où les plus hauts esprits sont montés, — ni de rester nous-mêmes indéfiniment séparés de ceux dont la peine corporelle, réalisant les voies de l’esprit, trace sur l’écorce de notre terre le témoignage de notre commune grandeur.Au-dessus de ce refus, un acte de foi : Catholiques, quand les catholiques nous demandent de fonder pour eux une Équipe, nous savons bien que la plus forte culture et l’exercice le plus suivi de l’esprit ne peuvent que rendre que plus solide notre attachement à la vérité ; mais il faut croire qu’en cette tâche, la Grâce, secourant notre bonne volonté, nous gardera de leur faire courir les périls d’une demi-culture ; que, dans cette éducation de la liberté, elle nous donnera le discernement nécessaire.Et lorsque notre voie nous conduit vers ceux à qui notre Foi est restée ou redevenue étrangère, nous croyons — alors même que, les aidant à développer leur esprit ou leurs connaissances, nous pourrions craindre de leur donner des armes — que tout effort d’une âme pour dompter sa paresse, ses passions, ou s’ouvrir à l’amour des hommes, est un pas qu’elle fait vers Dieu (1).Ce refus, cet acte de foi, confèrent aux Équipes leur valeur propre.Elles avaient eu leurs devanciers.Les Universités populaires, vers 1900, avaient entrepris une œuvre analogue : elles aussi fournissaient au peuple le moyen de s’instruire ; mais leurs maîtres, emportés par un grand élan charitable, manquaient d’unité doctrinale, et ne pouvaient guère susciter que des inquiétudes sans réponse ; “ littéraires ” ou “ scientifiques ”, s’adressant à des patronages ou à des ouvriers communistes, les Équipiers sont tous croyants, et ils jugeraient illusoire leur amour des hommes s’ils ne cultivaient d’abord en eux l’amour de Dieu.Us n’aimeraient guère dire, au surplus, qu’ils élèvent le travailleur manuel ; ils ont trop de respect pour lui ; toutes les vocations, ils le savent, ont leur valeur profonde, et le culte exclusif de l’intellectualité constitue peut-être une des grosses erreurs modernes ; étudiants, ils vont à des camarades de leur âge, adultes, ils (1) Louis Chabvet, Guide du chef d'Équipe (Éditions de la Revue des Jeunes), pp.27, 38.Voir aussi, aux mêmes éditions : les Équipes sociales.Esprit et méthode.Ceux qui désireraient suivre de près l’essor du mouvement, et des mouvements de jeunes en général, feront bien de lire les chroniques que leur consacre régulièrement cette Revue des Jeunes, dont les principaux collaborateurs sont aussi les animateurs des Équipes. LES ÉQUIPES SOCIALES 205 restent liés avec des adultes, sans croire à leur supériorité, sans vouloir jouer aux professeurs, et persuadés que les “ enseignants ” aussi bien que les “ enseignés ” bénéficient d’un contact mutuel.Ce contact est pour eux l’essentiel; le cours vient seulement après ; ils s’y appliquent, mais ils jugeront toujours leur œuvre incomplète tant qu’ils n’auront pas créé une amitié.L’amitié : voit-on la portée de ce mot ?Malgré la “ lutte des classes ”, malgré la notion même de classe, cette fausse idée claire, les Équipiers sont convaincus que la collaboration féconde entre tous les milieux peut seule résoudre les difficultés sociales ; un paysan, un ouvrier, un bourgeois (ils l’ont constaté parfois dans leur entourage immédiat), différents par la fortune, par l’éducation, n’en sont pas moins bien semblables au fond, et il n’y a aucune raison pour les condamner à s’ignorer.Partant d’une étude commune, ils en viendront bien vite aux confidences, pour peu que le chef du groupe s’efforce de supprimer toute gêne entre eux ; et les barrières tomberont, au moment où, réunis en vue d’apprendre, les spécialistes de métiers divers reconnaîtront au milieu d’eux non point un maître, mais un entrepreneur, un spécialiste comme eux, le simple spécialiste du travail intellectuel.Il faut, pour cela, que sa spécialité ne l’absorbe pas trop.L’Équipe détourne l’Équipier de 1’ “Art pour l’Art ”, de la “ tour d’ivoire ” où se murent les purs “ mandarins ” ; elle l’empêche de se dessécher ; elle vivifie sa raison par le cœur ; il en sort plus homme et connaissant mieux l’homme.Quant aux enseignés, l’Équipe refuse d’en faire ces personnages difformes qu’on appelle les demi-savants : elle laisse chacun dans sa condition, tout en lui donnant le moyen d’y exceller ; elle dresse l’esprit à un jugement plus sûr, et satisfait ses curiosités légitimes, sans le dégoûter de sa besogne journalière.Ni rats de bibliothèque, ni beaux parleurs d’estaminet : ainsi pourrait se définir son idéal.Toujours en mouvement, toujours en élan, les Équipes n’ont rien d’une organisation figée ; les circonstances les orientent ; ici, c’est un patronage, un cercle d’études, qui sollicite leur concours, là c’est une cité ouvrière qui leur offre une salle, ailleurs encore ce sont des rencontres personnelles d’où l’étincelle jaillit : peu leur importe ; et si d’aventure leur présence cesse quelque part, elles ne tiennent pas à y mainte- 206 LE CANADA FRANÇAIS nir une étiquette inconsistante.Elles n’ont rien de commun non plus avec les partis : y a-t-il, parmi leurs dirigeants, une droite, une gauche, c’est probable, ou du moins ils peuvent avoir individuellement les opinions qu’il leur plaît, mais les Équipes n’en savent rien, et elles ne leur demandent rien, que d’être catholiques : elles ne sont ni de Paul ni d’Apollos, ni d’un groupe politique ni d’une classe, mais du Christ seul ; et lorsque leur charité désintéressée les porte chez des non-chrétiens, elles donneront ce qu’elles peuvent donner, sans entreprendre sur les consciences, persuadées que leur droiture et leur exemple seront à la longue le plus efficace des sermons.Compréhensives, fraternelles, elles laissent dans l’âme une marque durable : la vie peut disperser leurs collaborateurs ; ils se ressentiront toujours de les avoir connues et, dans les milieux, si divers soient-ils, où les transporte leur vocation, ils garderont toujours cette sympathie en éveil et ce désir de créer des amitiés durables.* * * L’âme des Équipes, la voilà ; en elle tient l’essentiel ; mais, sans un corps, elle ne saurait agir.Passons à ce corps, et décrivons sa structure matérielle.Le Centre des Équipes groupe leurs services d’action et leurs centres de méthode.Les premiers comprennent, d’une part, les spécialistes affectés au recrutement, à la propagande, aux publications, d’autre part, la direction générale du mouve-vement à Paris et en province.Cette dernière, à son tour, se subdivise en un service statique (contrôle des Équipes existantes) et en un service dynamique (possibilités d’extension nouvelle).— Les chefs de méthode proposent des sujets, des programmes, ils procèdent à des enquêtes sur la réussite de leurs subordonnés, ils mettent à leur disposition les moyens de travail nécessaires.— Avec le concours des services d’action, ils publient le bulletin mensuel des Équipes, et son complément le Bulletin de méthode.Tout ceci gratuitement, bien entendu : c’est une forme de charité ; les étudiants à la bourse légère peuvent toujours donner quelques heures de leur semaine, et c’est en se dévouant ainsi pour rien que l’on accomplit de grandes choses. LES ÉQUIPES SOCIALES 207 Au-dessous du Centre, les bureaux locaux; au-dessous des bureaux, les Équipes individuelles.Chaque Équipe a son chef, sur qui reposent les responsabilités, et qui doit organiser, suivant les demandes, cercle d’études ou cours techniques.Chaque groupe d’Équipes a son bureau, son prêtre-conseil, et, partout où cela se peut, ses réunions mensuelles : ainsi les méthodes se confrontent, les résultats acquis se font connaître, les amitiés se nouent ou se renforcent.A côté de ces réunions pratiques ont lieu des réunions spirituelles, afin que la grâce nourrisse l’action ; une messe et une communion générale les précèdent.Tous les ans, un Congrès des Équipes rapproche les adhérents du mouvement, et une fête attire sur lui l’attention du grand public.Autant de cas particuliers, autant d’Équipes différentes.Œuvre d’éducation chrétienne, elles devaient trouver leur premier champ d’action dans les patronages, et leur éclosion s’est faite souvent à l’appel du clergé paroissial.Aux adolescents que groupait ce clergé, elles apportaient, soit cette gymnastique de l’esprit qu’offre le cercle d’études, soit des connaissances spéciales — langues vivantes, dessin géométrique — qui devaient leur être utiles plus tard.Puis ces adolescents ont grandi : ils sont allés au service militaire ; on s’est efforcé de les y suivre, de les soutenir moralement, de leur rendre une famille en leurs garnisons lointaines.Puis ils se sont mariés : et les premiers Équipiers, mûris et souvent mariés eux-mêmes, n’ont pas voulu que leur amitié s’arrêtât là ; laissant à leurs cadets leur succession parmi les jeunes, ils ont constitué des Équipes d’adultes, voire des Équipes de ménages.— Enfin l’extension la plus remarquable des Équipes s’est produite lorsque des ouvriers, irréligieux, communistes en grande partie, sont venus leur demander de leur donner en toute bonne foi, comme aux autres, un supplément de culture générale.Ainsi sont nées les Équipes de pénétration : formule délicate, puisque le moindre soupçon de pression morale gâterait tout, formule extrêmement féconde néanmoins, puisqu’elle permet d’illuminer un peu des âmes généralement inaccessibles.Aux Équipes masculines se sont bientôt ajoutées les Équipes sociales de jeunes filles.Elles ont la même organisation, le même esprit, le même genre d’activité : les étudiantes se sont adressées aux ouvrières, aux midinettes ; elles leur ont fait part de leurs études ; elles les ont aidées moralement dans 208 LE CANADA FRANÇAIS leurs difficultés ; laissant les mondaines parler chiffons autour de leur tasse de thé, elles sont venues, elles aussi, porter aux déshérités un peu de lumière, un peu d’amitié, un peu de joie.Enfin il faut accorder une mention spéciale aux Équipes sociales de malades (Auxilia).Nées sur l’initiative d’une jeune fille, malade elle-même, Mlle Rivard, elles veulent rendre courage à ces malheureux qu’une tuberculose osseuse ou pulmonaire cloue sur leur lit d’hôpital.Dans les sanatoria des Flandres ou de Bretagne, ils sont des milliers, ces allongés, qui, s’ils guérissent, resteront des infirmes : les distraire, varier leurs longues heures immobiles, et faciliter, en les instruisant, leur retour à une existence normale, voilà ce que se propose Auxilia.Des cours par correspondance leur enseigneront les langues, le dessin, le calcul et tout ce qui prépare aux examens, les rendant ainsi plus aptes à trouver un gagne-pain ; des conférenciers viendront quelquefois transformer leur salle d’hôpital en cercle d’études ; un bulletin fournira régulièrement un aliment à leur pensée ; ils se diront qu’ils ne sont pas tout à fait écartés du monde vivant, puisque l’on s’occupe ainsi d’eux, et, ici encore, l’amitié jouant son rôle aidera leur âme à s’épanouir.Ils ne recevront pas de banales leçons, comme les apporterait une École du Génie civil ; des lettres accompagneront leurs sujets de travail ; et le maître et l’élève, se racontant mutuellement leur vie, sentiront vite naître en eux la joie d’une compréhension reconnaissante.Bien d’autres formes d’action s’offrent aux Équipes, ou tout au moins aux Équipiers : les uns partent en colonies de vacances ; d’autres se sont efforcés de créer, à Paris, un contact avec les indigènes venus des colonies ; d’autres visitent les prisons ; il est peu d’œuvres préexistantes que leur esprit ne doive renouveler.Mais cet esprit, plus caractéristique chez elles, est bien celui de toute la jeunesse catholique de France ; et leur exemple ne présente qu’un témoignage, entre dix autres, de cette montée vers l’idéal chrétien à laquelle les initiatives laïques, si belles soient-elles, ne sauraient rien opposer d’équivalent.Auguste Viatte.
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