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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
La Pologne d'hier et d'aujourd'hui
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1934-06, Collections de BAnQ.

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LA POLOGNE D’HIER ET D’AUJOURD’HUI(1) 2 Choses vécues (2) Je crois que pour comprendre la Pologne d’après guerre il faut se reporter à son histoire et bien se pénétrer des faits suivants : d’abord que c’est un pays très vieux, un pays qui a toujours joué un rôle prépondérant en Europe et finalement un pays sans frontières naturelles.Son histoire fut une longue série de luttes, non seulement contre des voisins entreprenants mais encore contre les incursions sans cesse renouvelées des Asiatiques, dont il arrêtait la marche sur l’Europe occidentale.C’est, je crois, vers l’an 500 que, d’après la légende, les trois frères slaves Lech, Czech et Rus partirent à la découverte de nouveaux territoires pour leurs tribus.Rus, ancêtre des Russes, alla au nord-est, Czech, au sud et fonda ce qui devint la Bohême, Lech marcha vers l’occident.A une croisée de chemins, Lech trouva un nid d’aigles blancs et à cet endroit bâtit une ville : Gniezno (le nid).L’aigle blanc devint l’emblème des descendants de Lech, les “ Lachy Polacy ” (Polonais) et Gniezno, la première capitale du royaume.La Pologne a, petit à petit, au cours des siècles, agrandi son domaine soit par des alliances comme celle qui lui adjoignait la Lithuanie, soit par des conquêtes.A l’apogée de sa puissance, elle s’étendait de la mer Baltique à la mer Noire.La Prusse orientale et la Courlande furent ses vassales, et ses rois eurent le titre de “ Hospodar ” dans les (1) L’auteur de cet article, Madame le docteur Lina Burke, est une Française, qui est née en Pologne et qui demeure aujourd'hui à Ottawa.Elle a rapporté des souvenirs émus de ce pays-martyr.On nous saura gré de les publier dans notre revue.—- Note de la Rédaction.(2) Les impressions sur la Pologne d’après guerre, contenues dans cet article, ont été rapportées par ma sœur, Suzanne Sailly, qui y a fait récemment un séjour de trois mois et s’est documentée pour son journal, ï Infor malion Sociale, sur les conditions de vie dans les centres urbains et parmi la population rurale. 914 LE CANADA FRANÇAIS contrées qui forment aujourd’hui une partie des puissances balkaniques.A la Pologne revient l’honneur d’avoir eu très tôt un régime parlementaire, puisque, dès la première dynastie, le pouvoir des rois était tempéré par un “ sejm ” ou diète.Elle a été de nom et de fait une république au temps où en France le Roi-Soleil, botté et éperonné, déclarait : “ L’état, c’est moi.” Ce n’était certes pas une république démocratique : la noblesse et le haut clergé seuls avaient voix au chapitre.Le chef élu par eux et choisi généralement parmi les familles régnantes d’Europe prenait le titre de roi, mais il ne transmettait pas la couronne à ses descendants, et le pouvoir était concentré entre les mains du “ sejm ”, c’est-à-dire en réalité, de la noblesse.C’était aussi un régime basé sur la majorité absolue et voué à l’insuccès par le fait du “ liberum veto ”, qui permettait à une seule voix dissidente d’empêcher une loi d’être adoptée, mais c’était néanmoins une avance considérable sur les autres nations dans le domaine parlementaire.Il est donc tout à fait naturel qu’ayant ce grand passé dans le cœur et la mémoire, les Polonais aient, au moment du remaniement des frontières européennes, insisté pour faire effacer les traces des partages de 1772 et de 1793 et pour retrouver leur pays dans son intégrité.Ainsi ils ont réclamé le corridor de Danzig.Leur point de vue est à peu près celui-ci : le fameux corridor, c’est notre province de Pomorze, qui depuis la préhistoire a été habitée par des Slaves, qui nous a appartenu jusqu’en 1308, époque à laquelle elle nous fut enlevée par les chevaliers de l’ordre Teutonique, mais que nous avons reconquise un siècle plus tard pour la garder jusqu’au partage de la Pologne.Dire que le Pomorze est allemand, c’est, historiquement, tout aussi illogique que de vouloir donner la ville de Calais à l’Angleterre, sous prétexte qu’elle a été anglaise pendant plus de deux cents ans.Danzig, c’est notre ville de Gdansk, tout comme la Silésie est notre Slazek, la ville de Posen, notre Poznan, Lemberg, notre Lwow.Je me souviens parfaitement que lorsque nous quittions Varsovie pour aller passer des vacances soit à Zakopane en Pologne autrichienne, soit à Soboty près de Gdansk dans la Pologne allemande d’alors, nous n’avions pas, malgré les formalités de douane et de frontières, l’impression de changer de pays.Nous voyagions, comme l’exprimaient nos amis LA POLOGNE D’HIER ET D’AUJOURD’HUI 915 polonais, “ dans la couronne Je me souviens aussi qu’à Gdansk comme dans les environs, si le commerce, “ les affaires ”, l’administration étaient allemands, le fond de la population était bel et bien slave et aussi farouchement polonais qu’à Varsovie, c’est-à-dire d’un patriotisme exaspéré par deux siècles de brimades et de persécutions.Quand je pense à ce sentiment national si vivace, ma vie d’écolière au pensionnat de Mme Jasinska me revient toujours à la mémoire.Le programme d’études émanait du ministère de l’Instruction publique ; la langue officielle était le russe ; l’étude de l’histoire de la Pologne était strictement prohibée et le polonais, considéré comme langue étrangère et mis sur le même pied que le français et l’allemand.Mais comme on trichait ! D’abord, le personnel enseignant était largement polonais, et quoique les livres de classe fussent écrits en russe, on avait une tendance à réserver cette langue pour les grandes occasions : visites de l’inspecteur, arrivée inopinée d’un professeur russe, etc.Puis, les leçons de dessin, de couture et de calligraphie étaient du camouflage.Nous apportions religieusement cahiers, planche à dessin, travail à l’aiguille ; nous placions ces objets bien en évidence sur les pupitres, mais de nos poches sortaient des calepins, et nous prenions soit un cours d’histoire soit un cours de littérature polonaise donné par une pseudo-surveillante, en réalité par un professeur attitré.A la moindre alerte, les calepins disparaissaient et nous nous mettions au travail prescrit par le programme officiel, en nous efforçant de ne pas trop avoir des airs de conspiratrices.Ces alertes étaient causées d’ordinaire par les visites de l’inspecteur, fonctionnaire russe, qui arrivait toujours inopinément, fouillait les pupitres et ne manquait jamais de nous faire réciter comme preuve de civisme les noms et les titres de la famille impériale.Par suite, l’étude de tout ce qui touchait à leur pays devenait pour mes compagnes un cas de conscience et le gouvernement russe par son intolérance même déjouait ses propres plans.Les leçons d’histoire de Russie étaient, d’autre part, l’objet de manifestations d’un autre genre.La version russe des guerres interminables que se firent la Pologne et la Moscovie donnait trop volontiers la victoire à cette dernière ; lorsqu’il y avait contradiction absolue avec la version polonaise des événements, mes compagnes se réfugiaient dans la résistance passive.L’une après l’autre elles venaient au tableau et 916 LE CANADA FRANÇAIS refusaient de parler ; elles aimaient mieux se faire punir que de répéter une chose qu’elles considéraient comme inexacte ou portant atteinte à l’honneur de leur pays.A douze ans, c’est méritoire ! Il ne faut pas un grand effort d’imagination pour deviner quelle pouvait être l’attitude des adultes.Au point de vue social l’ancienne Pologne pouvait être divisée en quatre classes : les grandes familles (les Radziwill, les Lubomirski, les Czartoryski, les Potocki, etc.), la moyenne et la petite noblesse, une maigre bourgeoisie et la masse des paysans.Là-dessus venaient se greffer les Juifs : Juifs riches, qui tentaient sans grand succès de s’insinuer dans la société polonaise ; Juifs à barbe de prophète en costume traditionnel : longue lévite noire, casquette plate, qui parcouraient les campagnes achetant récoltes et bétail et que l’on voyait guidant à travers les rues des villes des troupeaux de bœufs étiques ou des caravanes invraisemblables d’oies, à grand renfort de cris et de coups de gaules ou d’aiguillon ; Juifs orthodoxes, qui le vendredi soir allumaient les trois lumières rituelles à leurs fenêtres, allaient une fois l’an noyer leurs péchés dans la rivière et commémoraient les quarante années de séjour dans le désert en construisant dans la cour intérieure de leurs maisons des abris à toit de branchages où les hommes seuls passaient quarante jours dans le jeûne et la pénitence ; Juifs qui avaient complètement envahi le commerce des villes, prêteurs sur gages, cabaretiers.On les retrouvait en général partout où leur esprit subtil était susceptible de trouver quelque chose à glaner sur le gentil pour la plus grande gloire d’Israël.Je ne sais si cette structure sociale a beaucoup changé; le fond en est resté le même avec pourtant les deux différences suivantes : 1) le développement de la grande industrie a donné naissance, d’une part, à une aristocratie industrielle qui s’apparente aux grandes familles et, d’autre part, aux ouvriers qui font corps socialement avec les paysans ; 2) la bourgeoisie prend de l’importance de jour en jour, et l’on ne rencontre plus souvent chez le Polonais moyen d’aujourd’hui ce mépris souverain du commerce qui le caractérisait jadis.J’ai visité l’année dernière dans la région de Cracovie des “ izbys ” (des propriétés de gentilshommes terriens) et l’un LA POLOGNE D’HIER ET D’AUJOURD’HUI 917 des châteaux du prince Radziwill.Ce château est digne des bords de la Loire ou de l’Italie : parc immense, tableaux de maîtres, vaisselle de prix.Les izbys sont typiques avec leurs murs badigeonnés de bleu ciel et leurs toits de chaume ; on y voit de nombreux enfants aux cheveux de lin, nu-pieds, un pauvre mobilier et pour seul ornement des images saintes accrochées au-dessus des lits ; sur ces lits s’entasse un pilône de coussins dont le plus petit, le “ jasiek ” est un oreiller de poupée.La demeure classique du gentilhomme campagnard est une maison parfois en bois, toujours très simple de ligne et à un seul étage, avec un fronton encadré de deux colonnes, un perron par lequel on accède directement à de grandes pièces.Là, on mène une vie économe, la crise atteignant tout le monde à des degrés relatifs ; là on conserve les vieilles traditions culturales polonaises.Au XVIIIe siècle les “ szlachcice ” (gentilshommes) étaient tellement avides de culture occidentale qu’ils parlaient le latin entre eux.A présent ils parlent le français, l’anglais, l’allemand, mais surtout le français et nous prodiguent cette hospitalité cordiale, affable et généreuse dont les Polonais ont le secret.On vous fait asseoir devant une table surchargée de mets délicieux : pain noir, lait, beurre frais, miel, fruits, thé, gâteaux et liqueurs de toutes sortes.La vapeur du samovar développe les parfums combinés, et l’on savoure tout cela en parlant, en français, de la France.— Paris !.ah ! Paris !.Montmartre !.soupire le maître de la maison.Dans le salon, sur la table, traîne un Figaro — ou même une Action française.Les jeunes ont souvent une allure anglo-saxonne : knickerbockers, cheveux plaqués, démarche sportive, car l’influence occidentale dominante, pour les “ gens chics ”, remonte de la France vers la Grande-Bretagne.L’arrivée d’une Française semble tout naturellement amener des conversations brillantes sur tout ce qui touche à la France : Poincaré et Tardieu ; Bourget, Bordeaux, Farrère, Maurois et Morand; Coty, le Journal et le Matin ; Sacha Guitry ; et, enfin, sujet brûlant ! l’antibolchevisme.A travers la noblesse et la bourgeoisie moyenne, on ne peut apercevoir qu’une seule image de la Russie actuelle : l’homme au couteau entre les dents, le bolchevick, que l’on déteste parce qu’il est Russe, et encore plus parce qu’il est bolchevick.2 918 LE CANADA FRANÇAIS Les plus acharnés antibolehevicks sont, ici, des Polonais qui ont fait leurs études en Russie tzariste.Ils sont, encore plus que les Polonais restés en Pologne, fervents de tout ce qui est occidental, imprégnés de cette culture qui faisait, d’un Tourgueneff, un Russe déraciné, et ils ont, vis-à-vis de la Russie bolcheviste, une mentalité de Russe blanc.Et pourtant,l’ont-ils tous?Je pense,ici, aux réflexions qui m’ont été faites par un jeune intellectuel Polonais sur le destin de sa race, réflexions qui indiquent un autre courant d’idées.“ Nous avons eu, disait-il, un art italien, une culture française, des hobereaux teintés de prussianisme.Nous avons maintenant une jeunesse anglophile.Moi-même, j’ai cherché, dans les habitudes, la culture, l’énergie anglaises, une discipline pour contenir les tendances, un rêve, toute la passion — et la passivité — qui m’habitent.Je n’ai réussi qu’à me donner une apparence anglo-saxonne et le goût du sport.C’est un vernis qui passe son temps à craquer.” Et, après avoir médité un instant, mon interlocuteur conclut : “ Il serait plus simple et plus franc de vous dire la vérité : je regarde vers l’est.Et je ne suis pas le seul à le faire parmi les jeunes de “ l’intelligence ” polonaise.Là-bas, on tente une expérience nouvelle.Nous avons dans les veines un peu le même sang que ceux qui y travaillent.Vraiment, je vous assure, nous regardons vers l’est.” Il y a aussi le peuple et surtout les paysans.J’en ai observé le dimanche pendant la messe entendue au dehors de l’église trop pleine.Je me suis mêlée à un groupe compact agenouillé devant un mur, parmi des hommes recueillis et des paysannes, dont les jupes raides à gros plis sont rayées de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.Nous ne pouvions rien voir de la cérémonie, et pourtant, au tintement de la clochette de l’élévation, une houle parcourut cette assemblée humaine, un long soupir douloureux coupé de sanglots et de cris.Des femmes se prosternaient le front dans la poussière, d’autres tendaient les bras avec des regards extasiés.Évidemment ce mysticisme est assez extérieur.Combien de fois ai-je pu voir une baba (femme mariée) désolée interrompre une oraison pour mordre dans une croûte de pain ou un “ ogurek ” (concombre salé et fermenté) et, la dernière bouchée avalée, recommencer à prier d’un ton lamentable, balançant le corps d’avant en arrière et versant des larmes! LA POLOGNE d’hIER ET D’AUJOURD’HUI 919 Quoi qu’il en soit, les paysans sont vraiment très malheureux.J’ai bavardé avec eux et tous se sont plaints du fait qu’ils travaillent beaucoup pour ne gagner presque rien, tant les prix agricoles sont bas.Dès qu’il s’agit d’acheter au village un objet manufacturé, c’est un drame familial, car, si l’on peut se nourrir des produits du sol ou des bêtes de la ferme, on ne possède pour ainsi dire pas d’argent liquide.On a toujours gagné trop peu pour se constituer des réserves pour les mauvais jours et, du reste, les paysans polonais n’ont pas comme les paysans français des dispositions marquées pour le bas de laine.On se lamente donc, doucement, en implorant la Vierge Noire avec des larmes et des prières.— Je serais bien allé en France, dit un paysan, mais il paraît que, chez vous, ça va mal aussi.— Ça va mal partout, dit un autre.Il y a trop de monde sur la terre, et la terre ne peut pas nourrir tous ces hommes.Tous acquiescent sauf un grand gaillard aux yeux clairs, à la tête rasée et au visage hâlé, barré de deux moustaches tombantes, qui dit : — Mais non, ce n’est pas ça.Puisqu’il y a des pays où l’on brûle le café et le blé.Il s’arrête un instant devant les regards soucieux et étonnés qui pèsent sur lui.Puis, il reprend avec calme, d’une voix chantante : — La vérité, c’est que tout est mal arrangé ! — Ah, mère de Dieu, Reine de la Pologne, gémit à côté de lui une baba éplorée.Tu entends, tout est mal arrangé.Aide-nous, sainte Vierge, aide-nous, panna Maria ! En Polésie où je me rends plus tard, on vit encore comme aux siècles passés.Tout est fait à la maison et à la main.La laine cardée, le lin apprêté puis filé, les étoffes tissées, teintes, cousues, brodées, tout ceci est l’œuvre des “ babys ” et des jeunes filles.Et la laine est coupée sur le dos des moutons polésiens ; le lin est cultivé et arraché dans les champs proches.Les paysans font eux-mêmes leurs maisons, leurs meubles, leurs canots, leurs traîneaux, leurs chariots, etc.Ils utilisent pour tout cela les maigres ressources du pays : bois, roseaux, osier, terre, et font preuve d’une grande ingéniosité pour se passer de ce que le pays ne contient pas.C’est ainsi qu’ils 920 LE CANADA FRANÇAIS arrivent à remplacer les boulons de fer par des chevilles en bois.L’on rencontre à tout instant des canots, des traîneaux, des chariots même, dans lesquels il n’entre pas une parcelle de métal.Et dans les villes ?Dans les centres miniers de Dabrowa et de la Haute Silésie ?Là les ouvriers bénéficient de l’assurance-chômage et sont en outre secourus par la bienfaisance communale ou privée, avec participation du gouvernement.Foyers pour chômeurs, distributions de vivres, billets gratuits de cinéma, organisation de causeries, cantines pour les enfants, etc.Les enfants sont l’objet de soins particuliers.La Pologne a en septembre 1932 instauré sur tout son territoire un système scolaire uniforme : six ans d’école primaire, quatre ans de gymnase et deux ans de lyceum, qui ouvre les portes des universités.Garçons et filles ont le même programme, le même régime, les mêmes professeurs indifféremment de l’un ou de l’autre sexe et les mêmes examens ou concours.Dans certaines provinces, comme par exemple en Polésie, l’effort cultural se heurte à l’extrême pauvreté des habitants.L’entretien d’un enfant coûte cher ; par ailleurs, son “ manque à gagner ” diminue les ressources de la famille, jusqu’au moment où il aura terminé ses études et trouvé un emploi.Le directeur des gymnases de la ville de Pinsk, M.Slivinski, nous a montré par quel moyen cette question était résolue — pour certains du moins : quatre heures par semaine sont consacrées par les élèves à la menuiserie.Sous la direction d’un maître qualifié, d’un professionnel, les garçons fabriquent tous les meubles nécessaires à leur gymnase et à celui des filles.Tout : bancs, tables, pupitres, casiers à livres, bibliothèques, lits, chaises, fauteuils, armoires, porte-manteux, etc., sort de leurs mains.Ils ont fait même l’ameublement de l’appartement directoral, et celui de la chambre destinée aux inspecteurs de passage.J’ai pu examiner de près tous ces meubles.Ils sont évidemment simples, mais très corrects et d’une solidité parfaite.Les élèves sont non seulement notés, mais aussi payés, et l’argent qu’ils gagnent ainsi par leur habileté manuelle sert à payer la nourriture de leur esprit et leur permet de faire leurs études sans rien coûter à leur famille.Les garçons jugés trop faibles par l’inspection médicale scolaire pour faire ces travaux de menuiserie apprennent la reliure. LA POLOGNE d’hIER ET D’AUJOURD’HUI On l’enseigne aussi aux filles.Elles peuvent payer une partie des frais occasionnés par leurs études en reliant les livres employés dans le gymnase ou en faisant des travaux de couture ou de broderie.Tous les rideaux des deux gymnases sont faits par elles.Ce système a l’avantage de faciliter les études des enfants pauvres et, par ailleurs, il détruit l’absurde cloison étanche qui sépare — si arbitrairement en Europe — le travail dit “ intellectuel ” du travail dit “ manuel ”.Dans les écoles primaires l’inspection médicale est pratiquée d’une façon très sérieuse, et tous les enfants jugés débiles sont nourris gratuitement.Dans cette catégorie entrent non seulement les enfants des chômeurs mais encore ceux dont les parents ne gagnent pas assez.Comme me le disait la femme du “ starosta ” (maire) de Pinsk, “ à partir de deux enfants, c’est dur ; à partir de trois, c’est la misère, et il y en a souvent sept et huit ”.En outre, des distributions gratuites de pain et de lait sont faites deux fois par jour à tous les enfants.A côté des cantines sont installées les salles d’habillement où cordonniers et tailleurs réparent chaussures et habits pour tous ces petits, qui sont en général propres et bien vêtus.Donc si la crise amène en Pologne, comme dans le reste du monde occidental, l’augmentation des impôts, la baisse des salaires, la paralysie par sous-consommation, l'État et les communes, à force d’entr’aide, parviennent tout de même à combler les “ trous ” de la structure économique en attendant des jours meilleurs.En quinze courtes années de restauration, la Pologne a eu fort à faire : relever les ruines d’un pays qui lui aussi avait servi de champ de bataille, en souder étroitement les parties séparées par deux siècles de domination étrangères, assurer l’intégrité de ses frontières, développer ses industries et instruire, instruire, surtout dans les campagnes où l’ancien gouvernement tsariste avait laissé l’analphabétisme régner en maître.Elle a su éviter le fascisme échevelé de sa voisine de l’ouest et le bouleversement radical de l’U.R.S.S.Placée entre deux théories extrêmes, c’est peut-être elle qui trouvera la solution que nous cherchons tous.Qui sait ?Lina Burke.
de

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