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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
La chasse gallery - II
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1934-10, Collections de BAnQ.

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Le coin du Parler français LA CHASSE GALLERY (Suite) L’élément principal de cette sorcellerie ou de cette légende, c’est l’idée du transport aérien.Cette idée est vieille comme la magie et la sorcellerie.Avant même Simon le magicien, il y avait de merveilleux récits de voyages aériens.Souvenons-nous des fables homériques : c’est Apollon qui revêt les plumes d’un faucon et s’envole du mont Ida (Iliade, XV, 237), Mercure, à qui Jupiter attache des ailes aux tempes et aux pieds et qui fait les commissions des dieux de l’Olympe.Le procédé d’Apollon, aussi bien que celui de Mercure, n’est pas, en somme, trop choquant ; il est rationnel.Mais le cheval ailé, appelé Pégase, que Persée montait pour se transporter des bords de l’Hippocrène jusqu’en Égypte, nous paraît déjà, malgré ses ailes, participer de la sorcellerie.Je ne parle pas de Dédale, ni de son fils Icare ; bien loin d’être des sorciers, ils étaient les savants aviateurs de leur temps.On connaît le triste sort qui échut à Hellé, alors que, transportée avec Phryxus par un bélier, dans les airs, elle fut effrayée en passant au-dessus de la mer et tomba à l’eau.C’est de ce jour que la mer fut appelée, à cet endroit, l’Hellespont.Les Grecs eurent bien la conception du vol des dieux à travers les airs, mais ces voyages aériens sont toujours accomplis par des moyens rationnels.Jupiter lui-même, quand il se met en voyage, monte sur le dos de l’ancien roi d’Athènes, Périphas, métamorphosé en aigle.Pourtant la fable nous apprend que Borée se métamorphosa en cheval et que, par ce moyen, il se procura douze poulains qu'il donna à Dardanus.Ces poulains étaient si rapides qu’ils couraient sur les moissons sans écraser les épis et sur les eaux sans enfoncer.De pareils exploits sentent un peu le sortilège.Romulus, fondateur de Rome, est considéré par tous les historiens de la Magie et de la Sorcellerie, comme un prodigieux magicien, parce qu’un jour qu’il passait en revue son armée, il serait disparu en s’envolant au ciel.Au dire des LA CHASSE GALLERY 167 poètes, les sorcières de l’antiquité, non seulement voyageaient dans les airs, mais arrêtaient les astres dans leur cours, faisaient descendre la lune du ciel et remonter les fleuves vers leur source (Pauly’s Encylclopœdie, IV, 1401, 1409 et Mommsen et Marquardt, Manuel des antiquités rom., XII, 134).Cette croyance à la lévitation ou au vol des êtres à travers l’espace est de tous les temps et de tous les lieux.A l’exemple de Jupiter, le Yehl des Tlinkits de la Colombie anglaise se revêt des plumes d’une grue ou d’un corbeau pour voyager.En Orient, en Arabie, aux Indes, la littérature a consacré ces légendes.Dans les contes des Mille et une nuits, le roi Salomon possède un tapis merveilleux sur lequel ils s’asseyent, lui et sa cour, pour se rendre à Damas ou auprès de la reine de Saba, en voyageant dans les airs.Il n’avait qu’à frotter sa bague au tapis et à lui donner un coup de baguette pour qu’aussitôt le tapis se mît en route.Dans un ancien roman indien, le Sinhasâna dvatrinsati, qui a été reproduit en persan, sous le titre du Trône enchanté, le prince Vikramaditya reçoit du dieu Dharmaradja un sofa magique, au moyen duquel il peut se transporter partout.Apollonius de Thyane, auteur toujours cité par les mothy-logues, dit, en parlant des Brahmanes : “ J’ai vu ces Brahmes de l’Inde qui habitent sur la terre et qui n’y habitent pas ”, voulant dire qu’ils s’élèvent avec facilité dans l’air.M.Ernest Bosc, dans son Glossaire raisonné de la Divination, de la Magie et de l’Occultisme (Paris, 1910) rappelle les étonnantes prouesses d’un Anglais (était-il sorcier ?) du nom de Douglas Home, qui s’exhibait dans les salles publiques de Londres vers la fin du siècle dernier et qui a écrit un livre intitulé Révélations sur ma vie surnaturelle.Home pratiquait le phénomène de lévitation ; il s’élevait par une sorte d’influence magnétique et allait toucher le plafond (1).(1) Home explique ainsi ses expériences, aux pp.52-53 de son livre : Durant ces élévations je n’éprouve rien de particulier en moi, excepté cette sensation ordinaire dont je renvoie la cause à une grande abondance d électricité dans mes pieds ; je ne sens aucune main me supporter et, depuis ma premiere ascension,.je n’ai plus éprouvé de crainte, quoique, si je fusse tombé de certains plafonds où j’avais été élevé,'je n’eusse pu éviter des blessures sérieuses.Je suis, en général, soulevé perpendiculairement, mes bras raides et soulevés par-dessus ma tête et je me trouve dans une position de repos.J’ai demeuré souvent ainsi suspendu pendant quatre et cinq minutes.Une seule fois mon ascension se fit en plein jour.C’était en Amérique.En quelques occasions, la rigidité de mes bras se relâcha et j’ai fait, avec mon crayon, des lettres et des signes sur le plafond, qui existent encore, pour la plupart, à Londres.” 168 LE CANADA FRANÇAIS Cet élément de la légende de la Chasse Gallery que j’ai appelé le transport aérien est, pour ainsi dire, universel.On l’a vu en Orient, à Athènes, à Rome, chez les Bouddhistes, chez les Musulmans, chez les Païens.On le trouve chez les chrétiens également.Le P.Mabillon, dans le tome V, p.265, des Actes de l'Ordre bénédictin, cité le moine Wetin, de Richenon, qui, dans la nuit du 1er au 2 novembre 824, parcourut le Purgatoire et le Paradis.A son réveil, il donna, de son voyage, des détails circonstanciés qui furent recueillis par l’abbé Hetton.La Bedollière cite, d’après Duchesne (p.624) une jeune fille des environs de Reims, nommée Flotilde, qui aurait été transportée au-delà de la lune, en 940.Saint Agobard, évêque de Lyon, né au Ville siècle, qui a écrit des ouvrages célèbres contre les superstitions, témoigne, lui aussi, de la vivacité de cette croyance parmi les chrétiens de son temps.Je le citerai un peu plus loin.L’anonyme auteur de l'Histoire de l’Église de Reims (en latin) parue en 1617, raconte qu’un nommé Bernold fut enlevé dans l’autre monde.Là, il se trouva au milieu de quarante-et-un évêques, parmi lesquels il y en avait de sa connaissance, et, entre autres Ebbon.Ils étaient couverts de haillons.Ebbon, apprenant que Bernold allait retourner sur la terre, le pria de les recommander aux prières de leurs vassaux, diocésains, clercs et laïques.Bernold s’acquitta exactement de la commission auprès des sujets et fidèles des évêques et revint, quelque temps après, dans l’éternité, où il trouva les évêques vêtus de blanc, parés de belles étoles, chaussés de sandales, le visage riant et frais comme s’ils venaient de faire leur barbe et de prendre un bain.Ebbon le remercia en lui disant que leur condition s’était bien améliorée.“ Nous avions, dit-il, un géolier sévère et tracas-sier ; maintenant notre gardien est saint Ambroise, qui a pour nous les plus grands égards.” * * * Il serait superflu d’ajouter à ces quelques témoignages des preuves empruntées aux chroniques inépuisables de la sorcellerie ou aux collections de contes populaires, pour montrer combien cette idée de vol ou d’ascension est naturelle à l’esprit humain.Mais ici, au lieu d’avoir affaire LA CHASSE GALLERY 169 à des âmes candides qui prenaient leurs rêves pieux pour des réalités, nous n’apercevons que des mécréants, des débauchés ou de pauvres faibles d’esprit que la misère et le vice portaient à la pratique de ruses et de crimes monstrueux.On connaît l’hérésie des Vaudois qui, au Xlle siècle, rêvèrent d’une vie parfaite dans l’indigence absolue et la communauté des biens.Trois siècles plus tard, de nouveaux Vaudois signalèrent leur existence, un peu partout, en France et à l’étranger même.C’étaient de misérables gens, éloignés de la famille chrétienne d’alors par leur abjection morale.Les tribunaux et les inquisiteurs exagéraient, d’ailleurs, la rigueur de la répression de leurs soi-disant sorcelleries.On prétendait qu’il y avait non seulement des gueux adonnés aux sorcelleries des Vaudois, mais aussi des ecclésiastiques, des évêques et des cardinaux.Assurément les polices d’alors avaient un intérêt quelconque à dénoncer le plus d’hérétiques (ou de pseudo-hérétiques) possible.Voici comment l’inquisiteur Pierre Le Broussard s’exprimait, en 1459, dans un acte d’accusation : “ Quand ils voulloient aller à ladite Vaulderie, d’ung oignement que le diable leur avoit baillé ils oindroient une vergue de bois bien 'petite et leurs palmes et leurs mains, puis mettaient cette ver-guette entre leurs jambes et, tantost, ils s’envoloient où ils voidloient estre, par desseure bonnes villes, bois, eanes et les portoit le diable aù lieu ou ils debvoient faire leur assemblée (Cité par Félix Bourquelot dans son étude sur les Vaudois du XVe siècle, publiée dans la Bibliothèque de l’École des Chartes, vol.VIII, p.81.) Le juge promettait-il l’acquittement à un sorcier s’il révélait le nom de ses complices, celui-ci répondait qu’ils étaient des dizaines de milliers dans Paris et des centaines de mille dans toute la France.Les sorciers se réunissaient, la nuit, dans des cavernes ou au bord d’étangs, dans certaines clairières où ils rencontraient le Diable avec qui ils étaient liés par un pacte.Chacun venait à ces sabbats par la voie des airs, à califourchon sur un balai ou sur un bâton, une “ vergette de bois ”.Mais nous ne nous attardrons pas à décrire plus longuement les prétendues escapades des sorciers et sorcières (1).(1) On lira peut-être avec intérêt quelques extraits d’un procès criminel de Sorcellerie (fait en 1617 à Montbéliard) que j’ai tirés du dossier K.2030 aux Archives Nationales de Paris : 170 LE CANADA FBANÇAIS Ainsi que dans la Chasse Gallery, les sorciers qui étaient transportés par les airs, devaient éviter de prononcer le nom de Dieu, sinon le charme était rompu et le voyage achevé.Jean Bodin cite de nombreux cas de sorciers qui s’étant rendus à 150 ou 200 lieues étaient forcés de revenir à leur domicile à petites journées, leur véhicule étant désenchanté.* * * Dans la Chasse Gallery, comme dans un grand nombre de légendes analogues, un des éléments principaux consiste en l’idée de la chasse.Le Gallery de Bretagne était un chasseur qui avait, en son vivant, profané le dimanche.Or il nous est venu, apparemment des pays du Nord, une tradition, un conte terrible qui a fait une grande impression sur les chroniqueurs et les poètes anglo-normands.Je veux parler de la bande ou de la maisnie Hellequin (Helle, enfer ; kind, kin, race).Gaston Raynaud, qui était un philologue et un grand savant, nous apprend, dans une petite étude écrite en 1891 pour un recueil de Mélanges dédié à Gaston Paris, intitulée la Maisnie Hellequin, que cette histoire se rattache à une légende répandue dans toute l’Europe.Dans certaines nuits, principalement aux changements de saisons “ alors que la nature tout entière est bouleversée par le vent et la pluie, la croyance populaire.attribue ce fracas et cette ruine à une troupe d’esprits fantastiques qui, montés sur des chevaux rapides, accompagnés de chiens bruyants, sont condamnés, en punition de leurs péchés, à chevaucher ainsi jusqu’à la fin du monde ”.Originairement, cette chevauchée était simplement le fracas qui Interrogatoire d'Henriette Barut.“ Respond que leurs maîtres [les diables] les y portoient sur leurs cols [au bois pour le sabbat] et leur donnoit ung baston blanc en la main.Et toutes les fois quelle y estoit portée, cestoit de nuyt, environ les 10 ou 11 heures du soir ; mais n'a remarqué quels jours de la sepmaine cestoit.Bien est-elle asseurêe quelles y pouvaient aller trois ou quatre fois par chacun an, noyant aussi remarqué les saisons, sinon quelle y a esté quelques foies en la saison de Pasques et de Noël, et mesmefust avec sa sour Catlin le vendredy avant Pasques fleurys dernier passé auquel sabbath l’on dansait comme susdit, y ayant ung violon pour instrument de la danse, et après que la danse estoit achevée, chacun et chacune s’agenouilloit devant ledit bouc et luy baisait le derrière, puis l'on salloit à tables .et après le repas finy chacun retournait à la dance qui ne duroit pas beaucoup, puis chacun reprenait son baston blanc et son maître la rapportoit et chacun disparaissoit alors.” LA CHASSE GALLERY 171 accompagne la transition de l’été à l’hiver.Ce phénomène cosmique, dès que la conscience humaine s’en empare, prend un sens symbolique selon la mentalité du lieu où il est observé.Chez les païens germaniques, c’est la Chevauchée des dieux (en Suède) et la Chasse de Wotan, le dieu de la guerre (en Allemagne).Chez les chrétiens, on trouve des explications de cet impressionnant événement des nuits d’angoisse, qui naturellement s’inspirent de l’histoire biblique : c’est, en Bretagne, avant de devenir la Chasse Gallery, le Chariot de David, en Franche-Comté, la Chasse d’Holo-pherne, dans le Blésois, la Chasse Macchabée.De leur côté, les poètes et ceux qui écrivaient l’histoire populaire, ont donné à cet événement les héros de l’antiquité qu’ils affectionnaient : c’est la Chasse du Roi Arthur, encore en Bretagne, le Carosse du Roi Hugon, en Touraine, le Chasseur Noir, en Westphalie.D’après l’Allemand Jacques-Louis Grimm, auteur de la Deutsche Mythologie, le Chasseur Noir personnifierait Jean de Hackelnberg, duc de Brunswick.Cette chasse fantastique s’est appelée, en Lorraine, la Grande Chasse ; dans les Alpes, la Chasse Sauvage ; en Touraine, la Chasse Briguet ; dans la forêt de Fontainebleau, le Grand Veneur ; en Normandie, la Chasse Hennequin ; dans les Vosges, c’est Marie Hennequin ; en Champagne, c’est Arlequin, formes dérivées de la maisnie Hellequin, dont il convient de dire quelques mots.Elle est mentionnée dans un roman en vers très ancien, qu’on intitule le Roman de Richart (fils de Robert le Diable).Dans ce roman l’auteur rapporte le pacte fait entre Richard et le diable, ses combats contre le vieil ennemi du genre humain, la rencontre de la maisnie Hellequin, célèbres chasseurs qui passent, la nuit, dans les airs, à la poursuite d’une proie invisible.Dès le Xlle siècle, Wace en parlait dans sa chronique.Richard sans Peur, petit-fils de Rollon, était le troisième duc de Normandie.Comme il chassait, un jour, il entendit un grand bruit dans la forêt, ainsi qu’en font les chasseurs au galop.Tous ses compagnons, effrayés, se sauvèrent.Richard resta seul et marcha même au devant des mystérieux chasseurs.Un Roi lui apparut, entouré de nombreux chevaliers tout armés.C’était, selon la légende, Charles le Simple, Roi de France, mort depuis longtemps, qui, en punition de ses crimes, revenait sur la terre, deux fois par semaine, pour faire pénitence.L’infor- 172 LE CANADA FRANÇAIS tuné souverain devait même, après avoir battu les bois de Normandie, se transporter par la voie des airs, jusqu’en Palestine, sur les bords du Jourdain, où l’appelait la justice divine.La première mention qu’on trouve de la maisnie Hellequin, dans les histoires ou chroniques françaises, serait chez le moine anglo-normand Orderic Vital, du Xle siècle (Orderici Vitalis angligenœ, cœnobii Uticensis monachi, historiœ ecclesiastical, libri tredecim.Ed.Le Prévost.T.III, pp.371-372, 1845) : le prêtre Gauchelin, du diocèse de Lisieux, assiste, durant une nuit, de janvier, l’an 1092, au défilé de la Chevauchée infernale, cortège d’âmes entraînées par le démon en punition de leurs péchés ; parmi elles, il en reconnaît quelques-unes, avec lesquelles il s’entretient, “ hœc, sine dubio, familia Herlechini.” M.Raymond cite deux autres dignitaires ecclésiastiques anglais, Pierre de Blois et Gautier Map qui, dans leurs écrits, ont parlé du cortège infernal de la maisnie Hellequin.Ceux, dit Pierre de Blois, qui se donnent trop au monde, mériteront de faire partie du cortège infernal ; ce sont des milites Herlewini.Map (Xlle siècle), auteur de plusieurs poèmes arthuriques, parle des phalanges nocti-vagœ quas Herlethingi dicebant ; il dit qu’elles sont fréquentes en Basse-Bretagne, mais que, depuis 1155, elles ont cessé de se montrer en Angleterre et dans le pays de Galles.A partir du XlIIe siècle, la légende d’Hellequin devient un thème très fréquent dans la littérature française.La Chevauchée infernale sera vue, un peu partout, et principalement au fameux cimetière des Alyscamps (Champs Élysées) près d’Arles.Ce cimetière, qui date des Romains, contient encore de nombreuses sépultures de Gaulois, de Sarrasins, de Romains.Y seraient ensevelis des chrétiens, des païens et plusieurs chevaliers de la suite de Charlemagne.Il aurait été béni ou consacré par Jésus-Christ lui-même sous l’épiscopat de saint Trophine.De partout en Europe, on venait, au moyen âge, à Alyscamps pour y finir ses jours et y être enterré.Quand, dans l’Enfer, Dante veut s’approcher de la ville où se morfondent les Érinnyes et la décrire, il a recours au paysage tumulaire d’Arles qu’il avait connu : “ Comme, près d’Arles où le Rhône devient stagnant.la plaine est toute bosselée de tombes ” (chant IX). LA CHASSE GALLERY 173 * * * Nous connaissons à peu près tous les éléments de la légende : le transport aérien, course ou chevauchée ; les personnages, qui sont d’abord des dieux du Paganisme, puis des pécheurs, impies ou renégats du christianisme.Nous connaissons le véhicule : des oiseaux, dans la mythologie, puis des chevaux, enfin un balai ou une baguette enchantée.— Mais, dira-t-on, l’élément voiturant qui, dans la Chasse Gallery canadienne est le canot d'écorce, doit certainement être d’invention canadienne.Cela paraît, de prime abord, incontestable.Toutefois, il ne faut pas oublier que la nef ou le navire a été incorporé à la légende bien avant que le Canada existât.Saint Agobard, archevêque de Lyon, qui vivait au IXe siècle et qui est une des gloires de l’Église de France, s’élevait déjà dans son temps contre les superstitions et les pratiques de la sorcellerie qui régnaient dans son diocèse.On lui attribue même un court traité de la grêle et du tonnerre (cf.Patrologie latine, de Migne), écrit dans le dessein de combattre l’erreur de ceux qui croyaient pouvoir provoquer la grêle et l’orage à volonté sur les moissons de leurs ennemis.Il appelle ces sorciers des tempestaires (tempestuarii).Ces tempestaires vendaient à l’avance à des navigateurs aériens les moissons qu’ils détruisaient ainsi.Ces navigateurs aériens transportaient ainsi les fruits de leur sorcellerie dans une région appelée Magonie et qui est, sans doute, la patrie des sorciers.Je cite saint Agobard : Nous avons vu et entendu beaucoup de gens assez fous et assez aveugles pour croire et pour affirmer qu’il existe une certaine région appelée Magonie d’où partent, voguant sur les nuages, des navires qui transportent dans cette même contrée, les fruits abattus par la grêle et détruits par la tempête, après toutefois que la valeur des blés et des autres fruits a été payée par les navigateurs aériens aux tempestaires, de qui ils les ont reçus.Nous avons vu plusieurs de ces insensés qui, croyant à la réalité de choses aussi absurdes, montraient à la foule assemblée quatre personnes enchaînées ¦—-trois hommes et une femme — qu’ils disaient être tombés de ces navires.Depuis quelques jours ils les retenaient dans les fers, lorsqu’ils les amenèrent devant moi, suivis de la multitude, afin de les lapider ; mais, après une longue discussion, la vérité ayant enfin triomphé, ceux qui les avaient montrés au peuple se trouvé- 174 LE CANADA FRANÇAIS rent, comme dit un prophète, aussi confus qu’un voleur lorsqu’il est surpris.J.-J.Ampère, commentant ce passage de saint Agobard dans son Histoire littéraire de la France (III, 178) dit qu’il y a quelque rapport entre les folles croyances condamnées par Agobard et les voyages aériens des sorciers Lapons.Y aurait-il des canots lapons à côté des canots d’écorce des trappeurs canadiens ?C’est possible.En tout cas, grâce à A.Lang (Mythes, Cultes et Religions, trad.Marillier, Paris, 1896, p.342), je trouve des navires, que dis-je, des canots chez les naturels des îles Tonga.Là, les âmes des privilégiés, appelés Egi ou nobles, sont transportées dans des canots qui filent rapidement vers Boloton, pays des esprits et des dieux.Enfin, il paraît que chez les Égyptiens, il y avait, aussi, un vaisseau des morts, où les âmes qu’il transportait devaient vaincre de grandes difficultés au cours de leur navigation.Mais ce vaisseau rappelle le souvenir de “ la barque à Caron” ! Et cela nous conduit au temps d’Homère.Il ressort de cette rapide enquête qu’il en est pour l’origine de la Chasse Gallery comme pour les fabliaux du moyen âge, selon la loi établie par M.Joseph Bédier dans son précieux ouvrage de 1893.La Chasse Gallery ne vient pas de l’Inde ni du folklore aryen ; peut-être vient-elle, en son thème général, de la Scandinavie.La chevauchée des chasseurs pénitents a une origine chrétienne.La Chevauchée des dieux ou la Chasse de Wotan a-t-elle du rapport avec la maisnie Hellequin ou la Chasse Gallery P Je ne le crois pas.Quant à Gallery il paraît être un succédané des Hellequins, de Charles le Chauve ou du Chasseur Noir ; s’apparente-t-il avec les divinités des Nibelungen ?Voilà un sujet d’étude.Ce ne sont certes pas les quelques coups de sonde portés en ces pages qui m’autoriseront à formuler un système.Pourtant je serais enclin à croire que ces traditions, ces légendes sont également réparties dans la création et que les hommes ont eu, sur les bords du Gange, sur ceux du Nil comme dans l’Hellade, en Laponie, en Scandinavie comme en Touraine, en Bretagne et en Normandie, une virtualité de pensée et de génie égale.Tous les êtres pensants ont un cycle d’idées à concevoir et à développer ; comme ces idées jaillissent du heurt de la conscience avec le monde extérieur, elles ont LA CHASSE GALLERY 175 nécessairement un caractère uniforme dans leurs grandes lignes.Il y a une corrélation entre tous les produits de l’intelligence humaine ; de là viennent dans les inventions de l’esprit, les genres, les espèces, les cycles, les modifications superficielles de forme, de couleur, de timbre, mais, au fond, la substance, l’inspiration, l’accent est le même partout.Si l’idée de transport aérien, l’idée de diable, démon, génie, celle de chasseur, celle de péché et de pénitence sont des idées accessibles à tous les esprits, tous les esprits concevront, indépendamment les uns des autres, des Chevauchées de dieux, des Chasses de Wotan, des Chasses Hellequins, des Chevauchées infernales et des Chasses Gallery.Et je dirai, comme M.Bédier des fables et fabliaux, qu’il paraît impossible de rien savoir de leur origine ni de leur mode de propagation.(Fin) Edmond Buron.
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