Le Canada-français /, 1 novembre 1934, Séance solennelle de rentrée à l'Université Laval. f) Rapport du recteur
SÉANCE SOLENNELLE DE RENTREE 277 dans le Pavillon des sciences, qui surgit dans un coin riant, sur les confins de la ville, avec une façade que la vigne finira par conquérir.Il trouvera à l’École d’arpentage et de génie forestier les connaissances variées qui, en bonifiant sa culture générale, lui permettront d’accomplir, à l’instar des quelque 100 diplômés qui l’ont précédé, une oeuvre profitable au pays et à lui-même.RAPPORT DU RECTEUR Mgr Camille Roy Les rapports que vous venez d’entendre vous offrent le tableau multiple des travaux accomplis pendant l’année académique 1933-1934.Ce tableau, à compartiments distincts, présente une vue nécessairement incomplète de notre vie universitaire, de tous ses mouvements, de toutes ses actions.La réalité totale de la vie ne peut guère se projeter sur une toile ; il reste toujours, en marge ou en dehors de la toile, tout ce qu’on ne peut saisir de la réalité, tous ces efforts spirituels, impalpables, invisibles, dont se composent à la fois l’enseignement des maîtres et le travail des élèves.Qu’on me permette de rappeler tout de suite ces efforts et leur mérite.Cela vous permettra, Éminence, de vous rendre mieux compte de l’esprit qui anime notre maison, et qui voudrait la faire de plus en plus digne de vos hautes sollicitudes.Il faut d’abord rendre hommage aux maîtres qui ont voulu égaler leurs leçons à l’importance de leur tâche, et qui de mieux en mieux s’efforcent de réaliser l’idéal jamais achevé de l’éducation des esprits.Dans le milieu particulier où nous travaillons, et avec les moyens insuffisants qui sont encore nôtres, nous n’accomplissons sûrement pas tous nos rêves de progrès, mais nous avons conscience de tendre toujours avec constance vers une perfection que progressivement nous voulons approcher.De mieux en mieux, dans nos universités, nous nous rendons compte des déficiences de notre vie intellectuelle, et de plus en plus nous faisons effort pour les corriger.Quant à l’application des étudiants, elle est variable comme la jeunesse mobile ou inconstante qui fréquente nos Facultés.Il y a pourtant deux choses à relever dans les manifestations du travail des étudiants : la première, c’est que ce travail s’intensifie à mesure que s’élève le niveau des programmes et des examens ; la deuxième, c’est que l’élite des étudiants paraît plus soucieuse de se donner une valeur qui corresponde à son rêve d’avenir.S’il reste encore des jeunes gens qui visent moins haut ou moins loin, qui s’enferment trop dans l’égoïsme ou l’imprévoyance du moment présent, nous avons confiance que par l’effet d’une atmosphère intellectuelle devenue, à l’Université, plus chargée d’ambitions, ils se laisseront prendre au désir de se procuer à eux-mêmes une plus sérieuse culture.R y a donc lieu, pour ceux qui organisent, dirigent la vie de l’Université, de garder, avec des exigences difficiles à satisfaire, l’optimisme qui est nécessaire à tous les progrès de l’esprit. 278 LE CANADA FRANÇAIS Exigences, optimisme : voilà deux facteurs de vie intellectuelle qu il convient de ne jamais séparer dans l’enseignement.Il faut que les maîtres soient exigeants pour eux-mêmes et pour les élèves, mais il faut qu’ils éprouvent cette confiance en l’avenir qui stimule tout à la fois leur propre travail et celui des étudiants.Au cours de l’année écoulée nous avons perdu des professeurs dont l’optimisme réel se mêlait toujours de regrets et d’espérance.Je n’ai pas à rappeler une fois de plus le rôle du Doyen Arthur Rousseau, dont la mort fut en cette année 1933-1934 le grand deuil de l’Université Laval.J’ai voulu, dès notre séance de clôture du 30 mai dernier, rendre hommage à sa mémoire et à son œuvre.J’ajoute seulement ce soir qu’il fut, lui aussi, un optimiste, mais un optimiste à sa manière qui était de prêcher toujours l’excellence.Il la croyait possible, l’excellence ; il la savait chez nous absente ; mais il travaillait sans relâche à la faire paraître, ne se déclarant jamais satisfait du médiocre et proposant sans cesse des moyens nouveaux de progrès.Un autre professeur, que la mort a frappé au cours des vacances, le 3 juillet dernier, le docteur Pierre-V.Faucher, partageait, mais à sa façon aussi et qui était bien différente, l’optimisme et les exigences d’Arthur Rousseau.Le docteur Faucher était très exigeant pour lui-même, très exigeant pour ses leçons qu’il estimait n’avoir jamais assez préparées ; plus exigeant pour lui-même, d’ailleurs, que pour ses élèves.C’est souvent l'illusion de ceux dont la conscience est fort délicate de croire facilement en l’excellence d’autrui.Le docteur Faucher jugeait son prochain avec son personnel et rigoureux souci du devoir.Lui qui fut un scrupuleux, il croyait aux scrupules des élèves.Les mécomptes ne pouvaient abattre son optimisme.Celui-ci eût été dommageable s’il ne s’était accompagné de cette bonté affectueuse qui est une force, et qui persuade par l’exemple même du devoir généreusement accompli.Et cette bonté savait insister, et elle avait, elle aussi, sous ses formes propres, des exigences, et elle communiquait à l’enseignement du professeur son efficacité.Membre du Conseil Universitaire, professeur de thérapeutique et de matière médicale, le docteur Faucher aima avec passion l’Université.Il l’aimait pour la grande œuvre d’éducation qu’elle accomplit ; et il aimait tout particulièrement, dans l’Université, les étudiants.Il les aimait parce qu’ils sont jeunes, et qu’il croyait avec eux et par eux renouveler indéfiniment son illusoire jeunesse.R les aimait parce qu’il voulait, parce qu’il pouvait leur faire du bien, et que faire du bien fut toujours le besoin, la joie de son grand cœur.Le docteur Faucher fut en clientèle ce qu’il parut toujours être dans sa chaire de professeur, le médecin qui conçoit comme un sacerdoce sa profession et qui honore cette profession par sa valeur morale, sa charité, sa conscience, autant qu’il la voulait honorer par sa valeur d’esprit et par son savoir.C’est cette conception du devoir qui fit si noble, si haute la vie du docteur SÉANCE SOLENNELLE DE RENTREE 279 Faucher, et c’est elle que nous offrons ce soir comme une leçon à nos chers élèves.Il y a quelques semaines décédait le doyen des prêtres du Séminaire de Québec, M.l’abbé Ernest Nadeau, professeur émérite de la Faculté de Théologie.Ancien professeur de Morale à la Faculté, successivement directeur du Petit et du Grand Séminaire, ancien membre du Conseil Universitaire, Monsieur Nadeau a mêlé toute sa vie à celle de notre maison.Il aima particulièrement la mêler à celle des plus jeunes.Car cette vie s’inspirait d’un besoin pressant d’ouvrir aux jeunes des horizons de promesses, de beaux horizons qu’éclairait la confiance.Il fut pourtant, lui aussi, de ces éducateurs qui tout à la fois se satisfont du présent et s’inquiètent de l’avenir.Son optimisme lui permettait d’être aujourd’hui très heureux tout en travaillant à faire excellent le lendemain.Et si M.Nadeau fut si heureux c’est qu’il aima, avec une jeunesse de cœur qui ne s’éteignit jamais, les enfants, les adolescents, les jeunes qui faisaient cercle autour de lui.Il crut lui aussi en la bonté naturelle d’autrui, et cette foi le dispensa de se tourmenter plus qu’il ne le fallait pour des vertus qu’il estimait si prochaines.Si M.Nadeau n’a fait que passer dans l’enseignement de la Faculté de Théologie, il a fourni au Petit Séminaire une longue carrière d’éducateur, et il a imprimé sur d’innombrables consciences l’image ou le cachet de sa bonté.Son sacerdoce fut avant tout paternel.Et parce que ce sacerdoce était vraiment surnaturel, il fut pour cela bienfaisant ; et nous garderons avec piété le souvenir très doux qu’il a laissé dans nos mémoires.La Faculté de Théologie a été particulièrement éprouvée cette année par la maladie et le décès de M.l’abbé Alphonse Pelletier, chargé d’un cours de théologie morale.L’abbé Pelletier était une des espérances les plus précieuses de la Faculté.Très remarquablement doué, curieux d’études et de culture, auteur de quelques articles de revue où s’était déjà montrée sa haute valeur, et pardessus tout ecclésiastique d’une tendre et forte spiritualité, il a laissé le souvenir d’un théologien délicatement renforcé d’humanisme, et d’un prêtre qui pouvait entraîner vers les sommets de la piété tant de séminaristes qui s’adressaient à lui, lui demandant conseils et direction.Il n’aura passé que quelques années parmi nous ; mais il y aura laissé un souvenir de lumière et de charité que nous n’oublierons pas.La vie qui, un jour ou l’autre, s’achève en chacun de nous, se perpétue par ceux-là qui restent et qui recueillent les tâches abandonnées.M.le docteur Calixte Dagneau a succédé au docteur Arthur Rousseau, comme doyen de la Faculté de Médecine.Il n’est pas besoin de rappeler quelle large place occupe dans la profession médicale, soit à la Faculté, soit au Collège des Médecins et Chirurgiens,— hier encore il en était réélu président,— soit dans la clientèle, le doyen Calixte Dagneau.Toute une longue et brillante 280 LE CANADA FRANÇAIS carrière le désignait à la confiance de ses collègues et à l’honneur de recueillir la succession du doyen Rousseau.Sa grande culture, son dévouement à l’Université, sa haute conscience professionnelle, son souci du progrès, son étroite collaboration avec Rousseau dans la création et l’organisation des services hospitaliers, le feront continuer avec zèle et lumière l’œuvre de son illustre prédécesseur.Au mois de mai dernier, la Société Royale du Canada a voulu honorer de façon spéciale l’un de nos professeurs, M.l’abbé Alexandre Vachon.Pendant la session annuelle tenue alors à Québec, elle a appelé M.Vachon à siéger dans une section spéciale qu’elle venait de créer en faveur de ceux qui ont rendu à la science des services signalés.On sait quelle large place occupe M.l’abbé Vachon dans notre monde scientifique, où il apparaît tout à la fois comme un esprit cultivé et comme un animateur précieux.Directeur de l’Ecole Supérieure de Chimie, directeur de la Station biologique du Saint-Laurent, membre des Sociétés ou Instituts de Chimie du Canada, M.Vachon contribue à faire connaître en dehors de notre Province nos organisations scientifiques, notre Université française, et nous ne pouvons que nous réjouir du témoignage d’estime, de considération que lui a récemment donné la Société Royale du Canada.L’École Supérieure de Chimie que dirige M.l’abbé Vachon continue d’accroître son travail, de faire à la fois de l’enseignement supérieure et de la science.Au cours de cette année, une thèse de doctorat ès sciences y a été présentée par l’un de ses anciens élèves, M.John Kane, qui l’a soutenue avec succès.De nombreux travaux de recherches sont en cours dans ses laboratoires, et l’application des professeurs à multiplier ces travaux, à les encourager, à les diriger, témoigne du souci qu’a l’École de faire honneur à sa haute mission scientifique.Deux nouveaux professeurs viennent d’y entrer à titre de chargés de cours : MM.Jean-Louis Tremblay et Cj'rias Ouellet.Tous deux sont de brillants anciens de l’École, et ils ont dans les universités d’Europe, M.Tremblay à Strasbourg et à Paris, M.Ouellet à Zurich et à Londres, continué avec grand succès leurs études scientifiques.Us y ont publié, en collaboration avec leurs maîtres, des travaux originaux qui attestent à la fois leur mérite et leur zèle pour l’avancement des sciences.Ils feront bénéficier l’École Supérieure de Chimie et ses élèves de leur culture et de leurs initiatives.L’Institut Supérieur de Philosophie vient de se pourvoir de trois nouveaux maîtres : MM.Jacques de Monléon, Charles de Koninek et le R.P.Caron, O.M.I.Ces nouveaux professeurs permettent à l’Institut d’étendre ses programmes et d’accroître son prestige.M.de Koninek, après avoir conquis son doctorat à l’Université de Louvain, a enseigné quelques années à l’Université de Détroit; M.de Monléon, chargé de cours à l’Université catholique de Paris, y est le suppléant de l’éminent professeur Jacques Maritain.Après janvier, l’Institut de Philosophie bénéficiera des leçons que viendra y donner un distingué professeur de l’Université d’Ottawa, le R.P.Caron.Ces collaborations précieuses indiquent tout le SÉANCE SOLENNELLE DE RENTREE 281 désir que nous avons de former ici un centre important d’études philosophiques.De nombreux élèves sont inscrits qui bénéficieront de ce haut enseignement.On permettra au Recteur d’adresser ce soir une cordiale bienvenue à d'autres nouveaux professeurs que viennent de s’adjoindre nos Facultés.La Faculté de Théologie, qui inaugurera cette année un cours de Patrologie, ou d’étude des Pères de l’Église, a fait appel pour ce cours au R.P.Hydulf Mathiot, assomptionniste de la maison de Sillery.Les études spéciales que le nouveau chargé de cours a faites des textes patristiques le désignaient tout naturellement à l’attention de la Faculté de Théologie pour cet enseignement nouveau.A l’École Normale Supérieure, section des Lettres, M.l’abbé Aimé Labrie, Préfet des Études au Petit Séminaire, a été chargé du cours de Pédagogie.Il y fera bénéficier nos futurs professeurs de la longue expérience qu’il a acquise dans l’enseignement des lettres au Petit Séminaire et à la Faculté des Arts.L’an dernier, à la Faculté de Médecine, par suite du départ de M.le docteur Albert Brousseau, directeur des services cliniques de Saint-Michel-Archange, les cours de cliniques neurologiques et psychiâtriques dont était chargé M.le docteur Brousseau, ont été confiés à MM.les docteurs Sylvio Caron et Lucien Lame ; le cours d’introduction à l’étude des maladies nerveuses fut confié à M.le docteur Gustave Desrochers.La longue collaboration de ces spécialistes aux services de l’hôpital Saint-Michel-Archange, les avait préparés à recevoir avec compétence cette difficile succession.D’autre part, M.le docteur Henri Marcoux, revenu l’an dernier de Paris où il a fait plusieurs années d’études brillantes, a été chargé du cours de Chimie Médicale que laissait libre le départ de M.le docteur André Paulin, rentré en France.M.le docteur Richard Lessard a été chargé du cours de Thérapeutique, vacant par la mort du docteur Faucher.Le docteur Richard Lessard s’est préparé, par de fortes études à Paris, à mériter la confiance que lui fait l’Université Laval.Il me plaît singulièrement de signaler ce soir la présence et la collaboration, à la Faculté de Médecine, de M.le Professeur Émile Sergent, de la Faculté de Paris, et membre de l’Académie de Médecine de France.Lié par la plus étroite amitié à feu le doyen Rousseau, M.le docteur Sergent est venu apporter à nos cliniques de 1 hôpital du St-Sacrement et à la Faculté un concours extrêmement précieux, que son grand ami avait lui-même souhaité.Je n’ai pas à louer ici le rare mérite de M.le Professeur Sergent.Je veux tout simplement le remercier de mettre au service de notre œuvre universitaire sa haute autorité, le prestige exceptionnel de sa carrière, et aussi toute la tendresse fraternelle de son cœur de Français canadien.L’Université Laval s’est préoccupée de continuer l’action extérieure qu’elle exerce par ses publications, ses conférences, par toutes ses relations avec le grand public. 282 LE CANADA FRANÇAIS Quatre revues, le Canada français, le Naturaliste, le Bulletin Médical des Hôpitaux Universitaires, VEnseignement Secondaire au Canada lui sont des moyens précieux de communication avec ceux qu’intéressent les questions de culture générale, de science ou de pédagogie.Ils sont autant de foyers de vie où se rencontrent les collaborateurs, et où nous retrouvons chaque mois de l’année un grand nombre de nos professeurs.Nous ne voulons ici nommer personne pour n’oublier aucun de ceux qui font l’œuvre excellente d’écrire, et de multiplier par leurs écrits notre action universitaire.L’enseignement qui tombe des chaires magistrales est sûrement la manifestation première, essentielle, de cette action ; mais combien il importe que, dans une université, les écrits s’ajoutent à l’enseignement oral! Cela importe sans doute pour le prestige de la maison, mais cela importe aussi pour décupler l’activité de chacun, pour stimuler l’ambition de savoir, pour fixer l’emploi de loisirs qui pourraient se perdre en d’infructueux plaisirs de l’esprit ou de la fantaisie.Rien ne féconde la vie du professeur comme la préoccupation de publier, de faire bénéficier les autres de ses travaux personnels.Nous invitons tous nos maîtres, et tout particulièrement nos jeunes professeurs, à pratiquer cette forme de l’apostolat intellectuel, à développer pour leur profit personnel et pour celui de l’Université ce dévouement de l’esprit.Ce fut pour procurer à l’Université Laval des occasions de prolonger son enseignement auprès du public que la saison des conférences a été l’an dernier particulièrement chargée.Lettres, sciences, philosophie, musique ont tour à tour été à l’affiche.Et nous avons constaté que le public de Québec s’intéresse de plus en plus à cette sorte d’enseignement, qui lui apporte, sous une forme soignée, des résultats précieux de spéciales études.Nous regrettons que nos étudiants des Facultés n’en profitent pas assez.Quelques-uns assurément y viennent chercher un utile supplément de culture générale ; il y en a trop qui préfèrent à cet emploi intelligent d’une heure de la soirée des passe-temps frivoles ou des flâneries oiseuses.Nous les invitons, encore ce soir, à ne rien perdre, pendant leurs années d’études universitaires, de tant d’occasions précieuses qu’ils trouvent ici de se cultiver, d’accroître leur valeur.Au cours des manifestations inoubliables qui ont marqué, à Québec, le passage des délégations françaises venues aux fêtes du quatrième centenaire de la découverte du Canada, l’Université Laval a pris l’initiative de matinées littéraires qui ont obtenu le meilleur succès.Ce lui fut une occasion excellente d’établir des relations avec les membres si distingués d’une mission nationale française qui a mérité et reçu au Canada un accueil vraiment triomphal.Des académiciens ou membres de l’Institut de France, des historiens, des hommes de lettres ou de sciences, des représentants d’Universités et de Sociétés savantes, nous ont fait l’hon- SÉANCE SOLENNELLE DE BENTRÉE 283 neur de collaborer à ces matinées ; l’une d’elles fut présidée par l’éminent recteur de la Sorbonne, M.Sébastien Charléty ; une autre nous valut le plaisir si délicat d’entendre M.Henry Bordeaux, le romancier si recherché, qu’avait délégué l’Académie Française.Et nous avons eu la joie de pouvoir associer à ces représentants illustres des lettres françaises, des professeurs de l’Université Laval, des écrivains de chez nous qui ont fait mieux connaître à nos cousins de France la survivance de notre langue, la culture et la défense de l’esprit français au Canada.De cette rencontre à l’Université Laval, tous, Français et Canadiens, retiendront sans doute plus qu’un souvenir heureux ; ils garderont l’impression réconfortante d’une fraternité qu'il est bon de resserrer pour en mieux éprouver tout le charme et tout le bienfait.En même temps que se tenaient à l’Université Laval ces matinées littéraires, les Congrès conjoints des Médecins de langue française d’Europe et d’Amérique, réunissaient, au Château Frontenac, les plus belles assemblées médicales dont Québec ait été le théâtre.L’Université Laval ne pouvait rester indifférente à des assises scientifiques d’une si grande importance.Elles avaient, d’ailleurs, pour président général, l’un de nos distingués professeurs, M.le docteur Albert Pâquet, et quelques-uns des professeurs de notre Faculté ont présenté des rapports aux séances d’études de ces congrès.Nous avons l’espoir qu’il restera aussi de ces réunions, où ont paru les maîtres actuels les plus éminents de la Médecine française, plus qu’un souvenir, mais le besoin de continuer une collaboration qui ne pourra que profiter à notre Faculté de Québec et à la médecine du Canada.Notre Faculté des Arts comprend, en plus des Ecoles qui sont nées d’elle ou qui lui sont affiliées, les Collèges classiques, affiliés eux aussi, qui demandent à l’Université Laval ses programmes et ses diplômes du baccalauréat ès arts.L’an dernier, 4,830 élèves fréquentaient ces maisons et s’ajoutaient comme une large couronne aux 715 élèves des différentes Facultés et Écoles de Québec.C’est le grand souci du Conseil universitaire de Québec de travailler au progrès de plus en plus souhaité de nos études classiques.Il doit compter, pour assurer ce progrès, sur le concours du Conseil des Supérieur des Petits Séminaires et Collèges affiliés.Il sait que ce concours lui est acquis.Tous se rendent compte qu’un programme classique n’est pas une formule intangible.S’il comporte des éléments de base qui sont essentiels et qu’il faut maintenir, il comporte aussi d’autres éléments que des conditions de temps et de milieu peuvent modifier.Ces modifications sont des adaptations nécessaires.Ces adaptations exigent des initiatives, et les initiatives supposent de la vie.Il faut donc de la vie dans nos maisons d’enseignement classique, et une vie abondante, une vie pédagogique, une vie intellectuelle qui ne souffrent ni routine, ni l’application de la loi du moindre effort, ni paresse d’esprit.C’est pour assurer cette vie pédagogique toujours en mouvement vers le progrès que le Conseil de l’Université a créé il y a quatorze 284 LE CANADA FRANÇAIS ans, en 1920, l’École Normale Supérieure ; il l’a créée pour procurer des moyens plus faciles de formation spéciale, supérieure, aux professeurs des Collèges classiques.Persuadé que le progrès n est guère possible, si les maîtres n’ont pas reçu eux-mêmes une culture qui fasse entrer plus de lumière et de meilleures méthodes dans leur enseignement, le Conseil de l’Université et la Procure du Séminaire de Québec n’ont pas reculé devant d’immenses sacrifices d’argent pour créer et maintenir l’École Normale Supérieure.Et cette Ecole a rendu déjà de très précieux services.Elle a formé d’excellents professeurs, qui y sont venus prendre leurs grades supérieurs de diplômés ou de licenciés.Me permettra-t-on d’inviter encore ce soir les supérieurs et directeurs de nos maisons d’enseignement classiques à mieux ou à plus utiliser cette Ecole Normale ?Depuis quatorze ans qu’elle existe, elle n’a sûrement pas produit, pour l’enseignement classique et ses progrès, les résultats que l’on en pouvait attendre, et justement parce qu’elle n’est pas assez fréquentée par les jeunes ou futurs maîtres de cet enseignement.Je n’ignore pas les difficultés du recrutement professoral ecclésiastique.Je n’ignore pas non plus les critiques —- d’ailleurs d’inégal prix — que l’on fait de notre culture.Les difficultés du recrutement doivent être aussi promptement résolues que l’exigent les nécessités mêmes de la tâche que nous avons assumée de donner à la jeunesse sa formation classique, et une formation qui soit la meilleure possible.U y a sûrement corrélation entre la culture des maîtres et la valeur de leur enseignement.Si une haute culture personnelle n’est pas nécessairement un brevet d’aptitudes pédagogiques, et s’il peut arriver qu’un licencié enseigne moins bien ou plus mal qu’un bachelier, il faut bien reconnaître qu’à valeur égale d’esprit et d’aptitude pédagogique, le professeur pourvu des grades de culture supérieure a plus de chance de donner à sa classe une meilleure tenue intellectuelle.Et c’est pourquoi l’on me pardonnera d’avoir exhalé encore ce soir une plainte souvent renouvelée au sujet du recrutement insuffisant de notre École Normale ; nous savons trop que cette insuffisance ne va pas sans une lenteur trop grande, et correspondante, du renouvellement des cadres de l’enseignement classique.Mais, il me plaît de l’ajouter tout de suite, nous n’attendons pas un renouvellement complet de ces cadres pour améliorer les programmes et les méthodes.Peu à peu, et peut-être sans assez de bruit — puisque le bruit seul éveille certaines attentions — nous modifions méthodes, programmes et examens.Notre diplôme du baccalauréat ès arts accroîtra sa valeur de toutes les difficultés nouvelles que comportera à l’avenir le second examen.Ce second examen fut trop longtemps et en trop grande mesure, en ce qui regarde la philosophie et les sciences, un exercice de reproduction de textes de manuel.La formation philosophique et scientifique comporte sûrement pour l’élève la connaissance des manuels ; mais elle suppose aussi une discipline d’esprit, une aptitude à utiliser les éléments de la science ou de la philosophie, SÉANCE SOLENNELLE DE RENTRÉE 285 aptitude, discipline que ne vérifient pas assez des questions de mémoire.Les questions de l’examen du baccalauréat, si elles peuvent exiger la connaissance des manuels, doivent viser pardessus tout à éprouver la valeur de l’esprit du candidat.Et c’est rendre un très mauvais service aux élèves eux-mêmes que de les laisser trop sous l'impression que c’est la mémoire qui triomphe au baccalauréat.C’est, du coup, supprimer chez eux un motif de curiosité intellectuelle, de travail personnel, dont ils auraient bien besoin pour combattre une naturelle paresse d’esprit.Et, d’ailleurs, est-il bien sûr que notre légendaire paresse d’esprit n’est pas, en bonne mesure, imputable à nos disciplines d’esprit ?Les questions du baccalauréat mieux établies inviteront les correcteurs eux-mêmes à une appréciation moins mécanique des copies, et les élèves seront tout heureux de savoir qu’à l’avenir et tout à la fois les examens seront plus difficiles, les copies mieux jugées et leurs diplômes mieux appréciés.Ils goûteront tout particulièrement l’occasion qui leur sera fournie dès cette année de montrer mieux leur valeur personnelle dans deux dissertations qui s’ajouteront au programme du second examen du baccalauréat, l’une en philosophie et l'autre en apologétique.D’autre part, nous inaugurons cette année la réforme depuis longtemps souhaitée d’un examen de mathématiques, pour le baccalauréat, au cours de lettres.La réforme, je l’avoue, est encore imparfaite.Ce premier examen n’a pu être obligatoirement fixé en Rhétorique, là où il devrait être.Ce qui aurait permis de poursuivre, dès l’année suivante, et sans revenir, en première année de Philosophie-Sciences, sur une puérile révision des éléments, l’enseignement de plus hautes mathématiques.Il faut bien reconnaître que nous avons trop longtemps pratiqué au sujet des mathématiques l’enfance intellectuelle.Et je crains que le nouvel examen prévu au cours de lettres, s’il est subi en Seconde ou en Troisième, en Versification ou en Belles-Lettres, ne laisse encore trop large le trou d’espace qui a jusqu’ici existé entre la dernière leçon d’arithmétique du cours de lettres et la première du cours de Philosophie-Sciences.L’enseignement des Mathématiques est tel qu’il exige la continuité.Tant que le trou ne sera pas comblé, il exposera à de fastidieux recommencements après la Rhétorique, il restera comme un gros obstacle à une meilleure distribution et à une désirable augmentation du programme des mathématiques.Chaque maison reste sans doute libre de fixer en Rhétorique l’examen nouveau, et c’est ce que nous avons fait au Petit Séminaire de Québec.Nous souhaiterions même davantage : à savoir que le programme de cet examen s’étendît au moins aux éléments d’algèbre que déjà étudient en Troisième et en Seconde nos élèves : éléments d’algèbre qu’un écolier de 17 ou 18 ans doit depuis longtemps posséder.Il y a tels éléments des connaissances humaines qu’on ne traîne pas impunément dans ses programmes jusqu’à 18 et 20 ans.Ils encombrent par leur présence trop tardive, et 286 LE CANADA FRANÇAIS ils finissent par prendre la place de meilleures choses.qu’ils ne remplacent pas.C’est encore pour ne pas laisser ignorer aux élèves du cours de lettres de tels éléments nécessaires à une première culture d’esprit que nous avons introduit au Séminaire, que s’introduisent depuis quelques années dans beaucoup de nos collèges affiliés les leçons de choses scientifiques.Ces leçons initient à la connaissance rationnelle des phénomènes naturels que l’enfant a sous les yeux depuis toujours ; et cette connaissance élémentaire profite à 1 esprit de l’enfant, il l'éveille, il l’habitue à une observation plus intelligente de ce qu'il y a autour de lui ; il fournit aussi à l’élève qui s’exerce, par la rédaction, au maniement de la langue et des idées, des mots, des faits, des comparaisons, des images qui offriront à l’art de composer des éléments précieux qui ne seront pas livresques.Le temps est venu aux oiseaux, aux fleurs, aux arbres vivants de chez nous d’entrer à leur tour, qui n’est pas prématuré,— et après une si longue occupation étrangère, — dans la littérature de nos bacheliers.C’est pour donner du temps à ces enseignements nouveaux dans les classes de lettres, que s’imposent des transpositions de matières.Nous reportons, par exemple, aux classes de Philosophie-Sciences une bonne partie de l’Histoire contemporaine que l’on voyait en Rhétorique.Une telle transposition offre d’autres avantages : certains problèmes de philosophie politique ou sociale qui surgissent de l’histoire étant plus fructueusement étudiés par des esprits plus mûrs.Je ne veux pas insister davantage sur ces considérations que suggère le travail accompli dans la Faculté des Arts.Cette Faculté occupe dans la hiérarchie universitaire une place extrêmement importante, parce qu’elle accomplit dans notre enseignement une œuvre de base.Elle porte, en grande mesure, la responsabilité de la formation classique de nos étudiants.C’est elle qui doit, par ses méthodes et ses programmes, donner à l’esprit les habitudes de travail, les connaissances essentielles qui le préparent aux études supérieures.De la façon dont se donne l’enseignement classique dépendent la préparation et la qualité de notre élite intellectuelle.Et c’est à former une élite qu’il faut sans cesse viser.De plus en plus il faudra laisser tomber en dehors des rangs trop pressés du cours classique et des candidats au baccalauréat les éléments médiocres, les traînards, ceux qui constituent un poids lourd, et qui par leurs insuffisances volontaires ou inévitables, abaissent les niveaux, paralysent le mouvement, composent dans les classes une atmosphère de mollesse peu propice à la culture.C’est une atmosphère intellectuelle, chargée de lumière, qu’il faut créer ou intensifier dans nos maisons d’éducation, et nous arriverons à la respirer plus pleinement le jour où une élite ne travaillera que sur une élite.Je veux bien toutefois ne pas réserver au génie seul le profit des études classiques,— parce qu’après tout il ne faut pas les supprimer,— mais il faudra de plus en plus réserver ce profit à ceux qui vraiment sont capables.d’en profiter. SÉANCE SOLENNELLE DE RENTREE 287 Quand la médiocrité encombre les classes instruites, celles-ci perdent leur nom ou le compromettent, et c’est la société qui alors souffre de n’avoir pas à son sommet en assez grand nombre les valeurs nécessaires.Aux valeurs de l’esprit, il faut d’ailleurs joindre celles du cœur ; aux valeurs de la science, celles de la vertu.C’est pourquoi, chers étudiants, je vous prie, avant de terminer, de ne négliger ni celles-ci, ni les autres.Si vous savez tenir droites vos volontés, vos esprits n’en seront que mieux disposés au travail ardu et constant.Au cœur généreux, large lumière.Nous voulons d’ailleurs que votre piété, que votre vie religieuse soient soutenues par une connaissance précise et raisonnée du dogme chrétien.C’est la conviction, plus que le sentiment, qui fait ou maintient la ferveur.Pour cela, vous trouvez cette année inscrit à vos programmes un cours supérieur de religion qui commencera demain.Ce cours vous sera agréable autant qu’utile.Le R.P.Yves Gautier, eudiste, a bien voulu accepter de le donner.Nul n’était mieux préparé à vous faire ce bien à l’esprit et au cœur.Préoccupé lui-même d’une haute culture que sa vie de professeur, puis celle de prédicateur ont singulièrement enrichie, il vous apportera avec des raisons de croire, des raisons de vivre.Vous écouterez avec soin les unes et les autres ; et vous les ferez vôtres, j’en suis sûr, parce que vous ne demandez qu’à bien penser et à bien faire.Comme notre Université Laval serait heureuse, si par vous et par nous, par tous ses élèves et par tous ses maîtres, elle devenait un foyer certain, de plus en plus rayonnant, de sciences, de foi et de vertus !
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