Le Canada-français /, 1 février 1935, Quelques additions au "Glossaire du Parler français au Canada"
Le coin du Parler français QUELQUES ADDITIONS AU « GLOSSAIRE DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA »' Ces vocables proposés comme additions au Glossaire ne sont pas tous absolument nouveaux.Si la majorité le sont, il s’en trouve tout de même quelques-uns qui sont de simples variantes phonétiques, d’autres qui étaient connus, mais qui ont des acceptions non consignées dans le Glossaire, enfin de rares cas où l’on apporte simplement un peu de précisions.La prononciation de ces vocables, évidente dans la plupart des cas, n’est pas indiquée.Le Glossaire ne s’étend pas aux noms propres.Il a semblé utile toutefois d’inclure dans cette liste le nom Anticosse, si connu des vieux navigateurs d'en-bas.Les noms de plantes qui n’avaient pas pris place dans le Glossaire n’ont pas été systématiquement inclus dans cette liste.On les trouvera dans la Flore Laurentienne, du frère Marie-Victorin, qui sortira prochainement des presses.Pour les vocables d’emploi local, l’aire géographique est indiquée brièvement.Il ne faudra pas considérer cette liste comme un supplément au Glossaire, mais plutôt comme des notes personnelles en marge du Glossaire.Elles renferment d’ailleurs des vocables dont le sens s’éloigne trop peu du français pour qu’on songe à les inclure dans un glossaire canadien.Pour l’étude de quelques mots, l’auteur a bénéficié de la collaboration de M.Bernard Rousseau, étudiant au Séminaire de Québec.A A Prononciation : Nager (a ouvert bref ; fr., a ouvert moyen).Carotte, cariole, crabe (a fermé long).1.Notes présentées au second congrès de l’ACFAS, à Québec, le 8 octobre 1934. QUELQUES ADDITIONS AU GLOSSAIRE 581 air bête (s.m.ou s.f.).Avoir l’air bête : paraître mal, avoir mauvaise apparence.Ex.: Cette chaise a l’air bête.En français, le qualificatif air bête s’adresse à l’homme seulement (voir Hatzfeld).allonge (s.f.).Voir Élonge.Anticosse (L’—).L’île d’Anticosti (chez les vieux navigateurs et gardiens de phares surtout), arbapuce (s.f.).Sumac vénéreux.Aussi barapuce.Ajouter ces deux formes à celles déjà mentionnées dans le Glossaire : herbe à la puce, herbe à puce, arbarapuce, herbarapuce.avoir.Ajouter la locution : avoir son dîner (déjeuner, souper) sur l’estomac : ne pas avoir digéré.Hatzfeld cite comme familier : un aliment qui est resté sur l’estomac.B barachois (s.m.).La définition du Glossaire est : « petit port, anse, lieu de refuge.Ex.: Ancrer dans le .bara- chois.» Le barachois est en premier lieu une barre de sable et de gravier formée à l’embouchure d’une rivière dans les régions de marées.L’acception du Glossaire, si toutefois elle existe, ne peut que dériver du premier sens.D’autre part, l’exemple « Ancrer dans le barachois » peut aussi bien signifier : « ancrer en dedans du barachois », c’est-à-dire entre le barachois et la terre ferme.Le mot viendrait de barre à choir.barapuce (s.f.).Voir arbapuce.bâton fort (s.m.).Bâton de sucre de menthe.Dans le Glossaire, se trouve, avec un sens plus étendu, bâton de crème.bergamote (s.f.).Menthe.Dans la région de Québec.Le Glossaire écrit à tort berganotte (pron.bèrganot) : il s’agit évidemment d’une erreur de transcription.En France : fruit du bergamotier, arbre du genre Citrus.besace (s.f.).Sac que les écolières portent à la ceinture, sous leur robe.Se nomme aussi poche de sœur.bête.Voir air bête. 582 LE CANADA FRANÇAIS bois de chien (s.m.).Sumac vénéneux.Région de Québec, surtout dans les localités où le nom d'herbe à la ¦puce ne s’applique pas au Sumac vénéneux mais à l’Apocyn à feuilles d’Androsème.bois de plomb (s.m.).Dirca palustris.Tire apparemment son nom de ses propriétés purgatives, bol et tasse.Dans le Glossaire, se trouvent les deux mots ; mais il y aurait avantage à préciser certaines acceptions.A Montréal, bol est du genre féminin, et signifie bol (s.m.), récipient hémisphérique.Dans le district de Québec, où il est surtout du genre féminin, bol s’emploie dans le sens de tasse.Ex.: un bol de café.Tasse s’emploie à Montréal dans l’acception française : petit vase à anse dont on se sert pour boire.Dans le district de Québec ce mot s’emploie surtout pour désigner le pot à l’eau.bourgot (s.m.).Le premier sens du Glossaire est : coquille servant de porte-voix (du fr.burgau).Il faudrait ajouter à cette acception : petit mollusque univalve (Buccinum undatum L.) d’eau salée, commun dans le bas Saint-Laurent.Pour désigner un mollusque ayant de vagues ressemblances avec celui-ci, les Français ont bigorneau (éty.bicornis).C cannages (s.f.pl.).Conserves de fruits, de légumes ou de viande.Ne s’emploie apparemment pas au singulier.(Éty.angl.can).cannerie (s.f.).Fabrique de conserves.Ex.: La cannerie de Montmagny.On peut se demander si ce nom — bien qu’anglicisme évident — ne devrait pas être conservé.chien de mer (s.m.).Dans le sens ordinaire, c’est un poisson du groupe des requins.A ce sens, mentionné dans le Glossaire, il faudrait ajouter le sens figuré : il y a un chien de mer sous la barque : quelque chose se trame en dessous.Expression employée chez les pêcheurs de la Gaspésie.chu.Première pers.prés.ind.du verbe être.Voir sus.co (s.m.).Coq.District de Québec. QUELQUES ADDITIONS AU GLOSSAIRE 583 colletailler (se).Dans le Glossaire : se colleter, lutter à bras le corps.Signifie aussi: se bousculer (en s’amusant), coq (s.m.).Mèche de cheveux redressée sur la tête.On dit aussi coq-à-Papineau.Dans Harzfeld, coque (s.f.) de cheveux : cheveux tournés en forme de coque.Dans Larousse, la même expression est définie par : nœud de cheveux.corbigeau (s.m.employé surtout au pl.).Camarine.Ce sens mentionné dans le Glossaire s’emploie elliptiquement pour graines-à-corbigeaux, le nom corbigeau, désignant un oiseau (courlis).corderoi (s.m.).Le Glossaire cite chemin en corderoi ; mais ne mentionne pas le sens primitif : velours à côtes.Notre mot corderoi vient-il de l’anglo-américain corderoy ?Ce qui semble évident, c’est que corduroy dérive du français corde-de-roy (voir Clifton et Grimaux).coudon.(Éty.: écoute donc.) Interjection ou adverbe.1.Voyons.Ex.: Coudon ! tâche de comprendre.2.Évidemment.Ex.: Viens-tu ?— Coudon.3.De grâce.Ex.: Coudon ! attends-moi.culottes (s.m.pl.).Culotte (sing.).Cas analogue : pantalons (s.m.pl.) pour pantalon (sing.).D dépocher.Dépocher quelqu’un : le mettre à sec (au jeu, chez les enfants).Être dépoché, se faire dépocher: perdre au jeu (chez les enfants).En fr.: tirer de sa poche, débourser.Ex.: Dépocher vingt francs.Dans ce cas, antonyme de empocher.diable le vert (au).Variante de au diable vert.Fr.au diable Vouvert, et par corruption, au diable au vert.dish (s.f.) (de l’anglais).Gobelet de fer-blanc (chez les forestiers).E ei.Prononciation.Baleine (ei=e ouvert bref ; devrait se prononcer e ouvert long, comme dans tête), electrolier (s.m.).Applique électrique.Apparemment de l’anglo-américain electrolier.élève.Prendre un enfant en élève : adopter un enfant. 584 LE CANADA FRANÇAIS Dans Hatzfeld : élève (s.f.) : l’ensemble des opérations qui ont pour objet l’éducation et la multiplication des animaux domestiques.Ex.: L’élève des bestiaux, ellébore.Région de Québec.Nom donné improprement au Vératre vert.Nous ne possédons pas de véritable ellébore.élonge (s.f.).Dans le Glossaire, sous allonge, au troisième sens, on renvoie, sans donner de définition, au mot élonge ; mais celui-ci a été omis.Élonge : unité de meule (de foin) sur pilotis.Terme propre à l’Isle-aux-grues où l’on fait les foins sur la bat-ture qui se recouvre d’eau pendant les grands-mers.Le foin fauché et réuni en meules est conservé sur la batture.Pour protéger ces meules contre les hautes marées, on les édifie sur des échafauds, à quatre pieds du sol.Ces échaffauds ont environ neuf pieds de long : cette unité est une élonge.Quelques échafauds ont double longueur : ce sont des échafauds à deux élonges.entrequint.Part, passé du verbe entretenir.Variante de entretint, cité dans le Glossaire.épinette (s.f.).Nom populaire des Épicéas du Canada.Épinette blanche : Épicéa du Canada ou épicéa glau- que (Picea glauca).Épinette noire : Épicéa marial (Picea mariana).Dans ces deux sens, épinette est un canadianisme à conserver.Il se trouve déjà dans Pierre Boucher (1664).Épinette rouge : nom donné improprement au Mélèze laricin.Nom à rejeter.Il existe peut-être d’ailleurs une véritable épinette rouge (Picea rubens) sur la frontière du Québec et des États-Unis.Dans les listes de vocables fournies au comité du Glossaire, il y a quelques années, j’avais noté les exemples précédents.Ils furent omis sans doute parce que dans Hatzfeld le premier sens du mot épinette se lit comme suit : « Nom vulgaire de quelques espèces de sapins et autres arbres résineux.Épinette blanche, Épinette du Canada.Épinette rouge, mélèze d’Amérique.» La définition d’Hatzfeld, bien que fautive, s’applique à nos arbres, car aucun arbre français ne porte le nom d'épinette.La présence du mot dans un dictionnaire français démontre seulement que le terme est entré dans la langue : il ne QUELQUES ADDITIONS AU GLOSSAIRE 585 cesse pas pour cela d’être un canadianisme.Ainsi le mot canadien.Le Dr Léo Pariseau, dans une brochure publiée récemment (En marge du récit de la
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