Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
La libération de Pascal Beschais - I
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (14)

Références

Le Canada-français /, 1935-03, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
Fantaisie philosophique LA LIBÉRATION DE PASCAL BESCHA1S Je n’ai pas emporté de livre; ce que j’écrirai sera plus humain.Anatole France.On doit se rabattre sur l’intuition et trouver son chemin à la clarté du soleil de la poésie plutôt qu’à l’aide de la carte du raisonnement.Charles Morgan.There are more things in haeven and earth, Horatio, than are dreamt of in your philosophy.Shakespeare.Les autres éternellement sur nous, j’étouffe.Paul Claudel.Je tiens pour impossible de connaître le tout sans connaître les parties.Pascal.L’unité psychologique n’est qu’apparente.Nous sommes divers essentiellement.Le métier cristalise en nous quelques-unes de nos potentialités spirituelles et notre entourage nous juge sur elles.Pourtant il n’y a pas que le cœur de la Comtesse de Noailles qui soit innombrable.Son expérience est le fait de chacun, si sa lucidité est géniale.Pour vivre tous nos moi, il faudrait une sorte de métempsycose dans le temps.Certains tiennent le pari qui sont tour à tour poètes, musiciens, mathématiciens ou philosophes.Le type parfait d humanité est peut-être encore Michel-Ange.Le plus grand nombre ne peut se réaliser totalement : c’est là la grande tristesse humaine.Notre temps affine encore cette douleur en forçant notre ame a 1 attitude unique et définitive.Babitt fuyait son milieu pour se retrouver.Tel autre cherche une évasion dans le rêve.Il s’imagine tel qu’il LA LIBÉRATION DE PASCAL BESCHAIS 627 voudrait être.Le refoulement psychologique est le mal contemporain.L’honnête homme du dix-septième siècle vivait vraiment, parce qu’il libérait toutes les personnes qui en lui voulaient vivre.Il cherchait à connaître toutes ces personnes et se mettait à l’école de l’ondoyant Montaigne.Ces personnes, la solitude, le bruit, le voisin nous les révèlent, si nous sommes attentifs.Combien qui pris par la fièvre des villes découvrent en eux, aux champs, une source qu’ils ignoraient! L’important est d’être conscient.Le monde nous diminue de ses riens, s’il nous envahit sans être contrôlé.Il ajoute à notre moi par accession et laisse croire qu’il change notre substance.Les traits essentiels demeurent, bien qu’on ne les distingue pas sous leur gangue.On ne se reconnaît plus ; on s’est oublié.Puis on est pris de terreur en constatant combien de pensées sont en nous qui ne sont pas de nous ; notre âme est devenue un écho, un décalque, une réplique.De quoi ?Du dernier livre, du dernier journal, de la dernière émission.Tout nous empêche de penser, sous prétexte de nous forcer à penser.Il n’y a plus d’âme simple, nue, vraie, sincère.Les âmes sont en série, comme les vêtements.L’humanité est satisfaite, paraît-il, d’une idée originale par siècle.Impuissance intellectuelle ou décadence ?Puis si une âme se révèle, son milieu ne la comprend plus.C est comme si un buffet renaissance devenait empire ou changeant plutôt de nature se muait en bergère Louis XVI.Il est choqué, ahuri.Je ne savais pas que vous fussiez poète, me dîtes-vous, l’autre soir, Berthe.Et vous ajoutiez : « Vous qui êtes si, si, si.» Eh oui, Berthe, je le suis à ma façon et suffisamment pour être ému du rayon de sang que jette le soleil à son déclin sur les eaux de ma ville.— Mais vous n’en avez pas le droit, semblait conclure votre surprise.On ne change pas ainsi.Mais vous-même, Berthe, vous seriez étonnée si je vous révélais à vous-même.Je vous ferais peut-être de la peine.Vous affichez des personnes qui ne sont pas vous.Il est plus facile de juger sommairement ; multiplier les traits, c’est consacrer à son prochain un temps qu’on distrait de soi-même.Et l’on vit ainsi étranger aux siens. 628 LE CANADA FRANÇAIS Renonçons donc à convertir notre entourage à plus de nuances ; tout en continuant avec lui les rapports cordiaux, gardons les masques qu’il nous impose.Tout le jour, les personnes habituelles tiendront le premier rang, commandant, discutant, analysant, actives au service de notre métier, de notre famille, de notre pays.Puis le soir.Le soir, cette personne qui en moi rêve, s’éveille, se souvient, s’attendrit, généralise, doucement se glisse vivifiant ma vie.Ensemble nous causons tandis que les autres se reposent pour les tâches du lendemain.Je me suis tellement habitué à ses visites, à ses discussions, qu’elle a pris pour moi consistence physique.C’est ainsi qu’est né Pascal Beschais.Phénomène de dédoublement conscient et voulu.Beschais ne me ressemble pas comme un frère, bien qu’il soit plus moi que moi.Il est mon passé, mon présent et mon futur.Je change, mais lui demeure.Il me relie à mes petits plus intimement que je le fais, car il est eux aussi.Ils le comprennent plus que le moi sévère que je suis parfois obligé de leur montrer.Il ne se lasse pas de leurs interrogations ; il comprend tous leurs chagrins, les gros et les tout petits.Il me les fait comprendre en me rappelant ce que j’avais oublié.Mes petits, Térèse, Lucile, Gisèle, Colette, Jean et Nicole, ce sont eux qui l’ont libéré.Rien ne résiste plus à leur intrusion.Quand je gronde, Beschais me souffle mon, mes impuissances.Il corrige, il explique.Il est ma lumière et mon centre.C’est lui qui en ce moment me fait remarquer que ces prolégomènes n’indiquent encore rien ; qui me demande où je vais.— Pourquoi le demander, Beschais ?Diminue une narration qui la soumet à un plan.La synthèse que tu formes en moi, je voudrais l’indiquer sans l’imposer.N’est-ce pas toi qui un jour m’a souligné ces lignes de Remy de Gourmont : « Je ne lis guère de romans, mais j’aimerais ceux qui ne finissent pas du tout et dont la conclusion serait laissée au soin du lecteur.» D’où viennent ces pages ?Mais tu le sais mieux que moi ; peut-être d’une lassitude barrésienne.— Encore une livrée d’emprunt, une attitude. LA LIBÉRATION DE PASCAL BESCHAIS 629 — Le reconnaître en un écrivain, ce n’est ni l’abaisser, ni se hausser, mais uniquement vérifier en soi ses inquiétudes.— Le génie doit ressembler à la foule.Ensemble nous avons fréquenté les docteurs ès vérité pour découvrir que l’intuition et la foi nous révèlent du monde mille fois plus que les syllogismes.Avec VImitation nous avons dit : « Que les docteurs se taisent.» Au lieu d’analyser la vie en soi, j’ai voulu la saisir en moi.(( La vérité parle au dedans de nous sans aucun bruit de paroles », écrit encore le moine de lumière.Celle-là, parce qu’elle n’argumente pas, on la comprend.— C’est aussi la seule que comprennent tes petits.Combien de fois ai-je cherché dans les livres une réponse à leurs interrogations.Mais les livres ne relatent que ce que l’on voit, qui n’est qu’une partie de ce qui est.Or les enfants voient autrement que nous.— Ils sentent plus intensément.Leur âme a la nostalgie d’autres climats.Française d’origine, romaine de foi, d’Amérique par la naissance, elle ne comprend pas la variété des temples dans les jardins à l’anglaise.— La grande misère de notre défaite ! — Ensemble, nous leur dirons, Beschais, de ne pas changer, de garder leur, leurs traits.— Et s’ils sont las de vivre.— Nous les habituerons à survivre.Paul Fontaine.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.