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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Le français, langue universelle
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1935-05, Collections de BAnQ.

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Le Coin du Parler français LE FRANÇAIS, LANGUE UNIVERSELLE A la fin du 18e siècle, l’Académie de Berlin mettait au concours le sujet suivant de dissertation : « Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle ?Pourquoi mérite-t-elle cette prérogative ?» C’était déjà rendre un hommage explicite à la suprématie du français sur les autres langues.Le moraliste Rivarol, qui remporta la palme, résumait ainsi les qualités d’une langue que tous les hommes cultivés de l’époque se piquaient de connaître et de parler.« C’est que, disait-il, la langue française est, de toutes les langues, la seule qui ait une probité attachée à son génie.Sûre, sociale, raisonnable, ce n’est plus la langue française, c’est la langue humaine.» Et personne, alors, ne pouvait contredire un pareil témoignage que les faits, du reste, confirmaient éloquemment.Parvenue à un point de perfection qu’aucune autre langue ne pouvait réclamer, œuvre commune de plusieurs peuples et de toutes les classes de la nation, le français avait fini par remplacer le latin qui avait lui-même succédé au grec, comme véhicule de la pensée dans les échanges intellectuels entre nations et dans le domaine de la diplomatie.Après le grec et le latin, il s’offrait aux hommes comme l’instrument le plus souple et le plus précis pour rapprocher les uns des autres au moins les grands esprits de chaque nation.Le Grand Siècle, celui de Louis XIV, que le génie d’un Corneille, d’un Racine, d’un La Fontaine et d’un Bossuet suffirait seul à immortaliser, avait porté le nom de la France aux limites les plus lointaines du monde civilisé.Et l’œuvre d’expansion intellectuelle française, commencée, rendue possible par lui, était achevée au milieu du siècle suivant, le 18e.Pas un penseur, alors, pas un grand écrivain, désireux d’atteindre le monde, qui pût ignorer la langue française.S’il n’écrivait pas lui-même directement dans cet idiome, comme le célèbre historien anglais Gibbon, dont le premier ouvrage fut composé en français, il devait trouver un disciple qui traduisît son œuvre en français.C’était la seule 908 LE CANADA FRANÇAIS chance qu’il eût, fût-il anglais, allemand ou italien, d’être compris et connu des classes dirigeantes1.Ce qu’un historien italien avait écrit, dès le 13e siècle, pour se justifier de ne pas employer son idiome maternel, philosophes et savants étrangers du 18e siècle pouvaient le reprendre à leur compte avec beaucoup plus de raison : « La langue française court parmi le monde ; elle est plus dilettable à lire et à ouïr que nulle autre.» A cette époque encore, tous les chefs d’États, papes, empereurs, rois et princes, la parlaient et l’employaient, même dans les instructions qu’ils donnaient à leurs propres ambassadeurs.C’est en français qu’ils correspondaient.Bien plus, comme c’était le cas à la cour de Russie ou à celle de Prusse, on n’entendait le plus souvent que la langue française dans les capitales européennes.Personne n’ignore que Frédéric II, roi de Prusse, l’ami de Voltaire et des philosophes, avait fini par connaître et parler le français mieux que l’allemand.Ceux qui sont allés à Postdam, le Versailles prussien, ont pu y voir la bibliothèque du grand roi, bibliothèque composée en forte majorité de livres français.Us ont pu s’arrêter devant le testament olographe du même souverain, rédigé lui aussi en français de la première à la dernière ligne.Dans la bonne société de tous les pays, dans les milieux diplomatiques, le français était seul en usage.Jusqu’au début du XVIIe siècle, comme le rapporte M.Jusserand dans l’École des Ambassadeurs, « l’idée que l’anglais pût être une des langues à apprendre ne venait à personne ».La plupart des traités de paix et des conventions internationales étaient également écrits en français, que la France y fût ou non partie.Tel fut le cas, notamment des trois traités qui consacrèrent les partages de la malheureuse Pologne.A tel point que Joseph de Maistre, dans ses remarquables Soirées de Saint-Petersbourg, pouvait mettre ces paroles dans la bouche de son interlocuteur : « Vous régnez bien plus par votre langue que par vos armes, quoique celles-ci aient ébranlé l’univers.» Et n’allons pas croire que la langue française se soit ainsi, dans le passé, imposée par la contrainte.Le premier rang qu’elle avait conquis, à l’exemple du grec et du latin remplacés par elle, elle le devait à ses qualités intrinsèques dont la moindre n’était pas la clarté.Langue conquérante, devenue, comme le proclamera plus tard Étienne Lamy, à Québec 1.C’est encore le cas de plusieurs sociétés savantes. LE FRANÇAIS, LANGUE UNIVERSELLE 909 même, « une richesse universelle et l’une des plus magnifiques parures qu’ait jamais revêtue la pensée humaine », le français allait conserver ce caractère tout au long du 19e siècle et jusqu’à nos jours.Pour ne citer que deux faits se rapportant à l’époque de l’avant-guerre, c’est en français que • se firent les débats des célèbres conférences internationales de La Haye, en 1899 et 1907.Sans doute, à première vue, il semble bien que la langue française ait, depuis 1919 surtout, perdu le premier rang que l’unanimité des peuples lui avait assigné en raison de ses vertus b Nombreux, pour nous en tenir à eux, les Canadiens de langue anglaise et peut-être aussi de langue française, qui refusent d’admettre, par ignorance ou parti pris, la suprématie du français dans le monde.Il existe, en effet — la chose était également vraie au 19e siècle — d’autres langues qui sont plus parlées que le français : le chinois, l’anglais, le russe, l’allemand et l’espagnol.Si l’on s’en tient, par exemple, au nombre des sujets britanniques, dispersés aux quatre coins du globe, on doit reconnaître que les pays où la langue anglaise est officielle l’emportent sur les régions où domine le français.Mais même là, sans compter les peuples britanniques dont l’anglais n’est pas la langue maternelle — Hindous, Maltais et une partie des Africains du sud — il existe quelques millions de sujets de Sa Majesté Georges V qui parlent le français : ceux du Canada et ceux de l’île Maurice.Que la langue anglaise, néanmoins, soit, chiffres en mains, officiellement plus répandue que le français, la chose est certaine.Mais de là à prétendre, comme certains le font, que le français a cessé d’être la langue internationale, la langue universelle par excellence, même dans le domaine commercial, la langue la plus couramment parlée par tous les peuples de la terre, après la langue maternelle, il y a loin.A Versailles, il est vrai, pour la première fois, l’anglais a été mis sur le même pied que le français.Le célèbre traité de paix, que les Allemands grignotent feuille à feuille comme un artichaut, a été rédigé dans les deux langues.Mais, en cas de doute sur l’interprétation des termes, c’est le texte 1 Un slaviste distingué, M.Franck Schoell, tout en soutenant que «le français achève lentement de perdre ce qu’il a pu acquérir d’universalité » (cf.Nouvelle Revue de Hongrie, avril 1935) n’en reconnaît pas moins que, « sur le continent européen, le français conserve encore une avance très sensible comme langue diplomatique commune », qu’il demeure « langue des relations internationales ».Bien des points de son article sont, du reste, contestables. 910 LE CANADA FRANÇAIS français qui doit l’emporter.A la Société des Nations encore — construction branlante de conception anglo-saxonne — l’anglais est au même rang que le français.Lorsque les diplomates se réunissent à Genève, sur les bords du lac Léman, les orateurs peuvent, en principe, employer le français ou l’anglais, chaque discours étant immédiatement traduit dans l’autre langue officielle.Dans la pratique, cependant, sur dix discours prononcés, huit ou neuf le sont en français.Il en va de même au sein des différentes commissions, qui sont au nombre de six.Celui qui assiste à ces réunions peut constater que, pendant un discours français, diplomates et hommes d’État écoutent attentivement.Mais, lorsqu’arrive la traduction anglaise, la plupart quittent la salle ou se plongent dans la lecture d’un livre ou d’un journal.Ils ont compris.On peut se passer de l’anglais à Genève.Le français est indispensable.Plusieurs de nos délégués unilingues l’ont appris à leurs dépens ; un entre autres, l’honorable M.Rowell qui avouait, à son retour de Genève, combien son ignorance du français l’avait ennuyé.Faut-il rappeler qu’aujourd’hui encore c’est en français que le doyen du corps diplomatique, à Berlin — en l’espèce le nonce du Pape, à qui les protocoles de Vienne (1815) accordent la préséance-—offre, le premier janvier de chaque année, les voeux de ses collègues au président du Reich allemand ?Faut-il rappeler que le Souverain Pontife — la chose s’est produite notamment au cours de la réception des journalistes étrangers l’été dernier — s’adresse toujours en français à ses auditoires internationaux ?Sait-on qu’en Angleterre même, de nos jours, le roi sanctionne une loi ordinaire par la formule « le roy le veult », une loi de subsides, par les mots « le roy remercie ses bons sujets, et accepte leur benevolence, et ainsi le veult», et un bill privé, par la phrase «soit fait comme il est désiré» ?Si, par contre, le souverain refuse la sanction, on écrit : « le roy s’avisera b » Faut-il rappeler que lorsque des diplomates, des hommes d’État, des savants, des journalistes des pays d’Europe centrale ou orientale s’assemblent, ils emploient généralement le français comme langue de leurs délibérations P Il en fut ainsi au quatrième congrès international des études byzantines tenu à Sofia (Bulgarie), en octobre 1934.A la 1.Cf.Constitutional Law of England, by Edward-W.Ridges, Steves and Sons, Pub. LE FRANÇAIS, LANGUE UNIVERSELLE 911 séance d’inauguration, présidée par le roi Boris, le ministre de l’Instruction publique bulgare, le professeur Mollov, s’est adressé en français à son auditoire.De son côté, c’est en français que le recteur de l’Université de Sofia a souhaité la bienvenue aux délégués venus de presque tous les pays d’Europe, quelques-uns même d’Amérique et d’Asie.La majorité des travaux étaient, du reste, rédigés en français.Sait-on qu’il se publie à Budapest un hebdomadaire de langue française, à Belgrade (Yougoslavie), un quotidien rédigé en français, à Bucarest (Roumanie), deux quotidiens, à Constantinople,— du moins il en était ainsi jusqu’à ces tout derniers temps,— quatre quotidiens, au Caire, deux, à Alexandrie, un ?Et tous ces journaux — je laisse de côté les revues mensuelles publiées en français à Budapest, Constantinople, Prague et Athènes — sont fort bien écrits par des gens du pays dont le français n’est pas la langue maternelle.Quelle est la langue seconde dont l’enseignement est généralement obligatoire dans les écoles publiques d’un grand nombre de pays, même en Allemagne et en Russie ?Le français.En prenant, il y a quelques mois, possession de sa chaire à l’Université d’Edimbourg, M.John Orr, inaugurait son cours par une conférence consacrée à l’utilité du français, qu’il a qualifié de « troisième langue classique, dont la connaissance est aussi utile aux étudiants que le latin et le grec ».Au cours d’un voyage en Pologne et dans les Balkans, j’ai j)u rencontrer des souverains, des hommes politiques de toutes nuances, des prélats, des écrivains et des journalistes.Sauf deux ou trois exceptions, tous ces hommes parlent un excellent français.Tous sont des lecteurs assidus de livres et de périodiques français.Dans les hôtels et les restaurants de toutes les grandes villes d’Europe, y compris Londres, les menus sont généralement rédigés en français.Il m’est arrivé de donner en français plusieurs conférences, en Pologne, en Roumanie, en Yougoslavie, en Hongrie, devant des auditoires dont l’idiome naturel n’est pas le français.Et comment oublier ce banquet du 4e centenaire du Collège de France, à Paris, au cours duquel les représentants de 34 pays furent invités à prononcer une allocution ?Sauf l’Américain et l’Irlandais, tous les orateurs employèrent le français.Un brillant fonctionnaire anglais, sir Ronald Storrs, de passage à Montréal, en juillet 1934, déclarait que le français 912 LE CANADA FRANÇAIS est langue officielle en Égypte.De fait, bien que l’Égypte soit un protectorat anglais x, le français continue d’y être la langue de beaucoup la plus répandue, après l’arabe.Il n’est pas un Égyptien, un tant soit peu instruit, qui ne parle notre langue, souvent comme un vrai Parisien, ou, si l’on préfère, comme un Tourangeau de race, puisque, dit-on, le meilleur français est parlé à Tours.A la devanture des magasins, au Caire et à Alexandrie, le français voisine avec l’arabe.Dans les tramways, les autobus et les trains, sur les plaques qui indiquent les noms de rue, encore du français.Même en Palestine, où les trois langues officielles sont l’hébreu, l’arabe et l’anglais, le français occupe une place de choix.Faut-il rappeler enfin, pour terminer, que le français est la langue des grandes unions internationales ?L’Union internationale pour la protection de la propriété industrielle, dont le Congrès se tenait à Londres, il y a plusieurs mois, et réunissait les délégués de quarante pays, a décidé que la langue française resterait la langue officielle de l’LInion, et que toute convention internationale intervenant à propos de la protection de la propriété industrielle serait uniquement rédigée en français.L’Union Postale universelle — la plus ancienne et peut-être la plus importante de toutes — ne reconnaît officiellement, depuis sa fondation, que le français.On l’a bien vu encore, lors de son dernier Congrès tenu au Caire, en février 1934.Il y avait là les représentants de 70 pays.La plupart parlaient couramment le français, y compris le chef de la délégation anglaise.Il se produisit, toutefois, un petit incident qu’on me permettra de rapporter ici.Lorsque le Congrès eut été inauguré par des discours prononcés en français, le chef de la délégation hindoue se leva.En un français très correct, après avoir rendu hommage à notre langue, ce haut fonctionnaire demanda à l’assemblée d’admettre l’anglais comme langue officielle des délibérations au même titre que le français.Ce fut un tollé presque général.Seuls, les représentants de l’Angleterre, des États-Unis, de la Chine et de l’Australie appuyèrent leur collègue hindou.L’Espagnol, l’Argentin, l’Italien plaidèrent en faveur du français, ajoutant que, si l’anglais était admis, ils exigeraient l’emploi de leur langue nationale.Le délégué irlandais fut 1.L’Égypte est toujours, officieusement du moins, un protectorat anglais, car le dernier traité anglo-égyptien n'a pas été ratifié. LE FRANÇAIS, LANGUE UNIVERSELLE 913 particulièrement énergique et l’Allemand lui-même réclama le maintien d’une langue unique : le français, la procédure suivie depuis 1874 ayant, disait-il, donné les meilleurs résultats.Le Congrès risquait de devenir une tour de Babel.L’Hindou retira sa proposition et tout se fit en français, comme par le passé.Oui, notre langue continue d’être la première.C’est encore elle, pour employer l’expression d’un savant danois, « qui nous divise le moins et que nous sommes habitués à regarder comme la plus courtoise du monde ».L’univers en reconnaît la clarté et la précision, aujourd’hui comme au temps où la France donnait le ton à l’Europe.Tant pis pour ceux qui s’obstinent à l’ignorer et rêvent même de la proscrire de certaines régions du Canada ! Jean Bruchési.
de

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