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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Jeunes français d'aujourd'hui III
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1936-01, Collections de BAnQ.

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JEUNES FRANÇAIS D’AUJOURD’HUI1 (Suite et fin.) Les étudiants Le nombre des étudiants des universités françaises n’a pas cessé de s’accroître d’année en année.Qu’on en juge par le tableau suivant : Années Théologie Droit 1875-1876 108 5.238 1913-1914 108 16.465 1919-1920 179 13.948 1924-1925 204 16.517 1928-1929 301 17.381 Total global Médecine Sciences Lettres 5.290 295 238 11.665 7.330 6.586 14.118 10.517 6.355 14.671 11.272 10.320 19.967 14.252 15.060 Total des étudiants de l’Université de Paris 1875-1876 11.158 5.143 1913-1914 42.037 17.393 1919-1920 45.117 17.770 1924-1925 53.051 22.521 1928-1929 66.961 27.750 Cet accroissement considérable du nombre des étudiants français et des étudiants étrangers venus en France, prouve, d’une part, que la vigueur intellectuelle du pays se maintient, et, d’autre part, que le rayonnement de nos Facultés augmente à l’étranger.Il a eu, pour conséquence, des complications multiples d’ordre matériel : insuffisance des locaux des Facultés et des Écoles, crise du logement pour les étudiants, — difficultés qui s’ajoutent à celles déjà subies du fait du coût toujours élevé de la vie.Chacun sait qu’il était plus facile de vivre avec très peu d’argent avant la guerre que maintenant avec même proportionnellement beaucoup d’argent.La vie chère pose aussi 1.Voir les numéros d’octobre et de décembre. JEUNES FRANÇAIS D’AUJOURD’HUI 423 des problèmes d’ordre psychologique difficiles à résoudre.D’autre part, le nombre des étudiants français de modeste origine va en croissant.La petite bourgeoisie et la classe ouvrière fournissent un contingent d’intelligences de plus en plus important au pays.De 1918 à 1926, 19.500 boursiers ont fait leurs études secondaires aux frais de l’État.On a pu retracer la carrière suivie par 15.696 de ces boursiers et se rendre ainsi compte qu’une énorme proportion d’entre eux s’est engagée dans l’enseignement supérieur.En voici un tableau probant : Magistrature 126 Agriculture .268 Barreau 429 Commerce .1.123 Médecine 201 Industrie .1.692 Pharmacie 116 Colonies .48 Enseignement 2.744 Armée, Marine et Administration 1.542 Aéronautique.1.820 Professions libérales .1.320 Banque .164 Travaux publics .261 Grandes Écoles.2.166 Divers .1.066 Ces deux facteurs, la vie chère et l’accession des garçons de milieux modestes ou pauvres aux études supérieures, ont été à l’origine d’un mal souvent déploré : le paupérisme des étudiants.S’il a « le culte de l’intelligence fortement accroché au cœur », l’étudiant pauvre entrera tout de même à la Sorbonne et il s’organisera contre la misère.Par quels moyens ?D’abord par l’économie.Mais alors, trop souvent, à force de se restreindre, il en arrive à pratiquer une sous-alimentation préjudiciable à sa santé et devient la proie toute désignée de la tuberculose.D’ailleurs, à notre époque, l’économie ne suffit plus à ceux qui doivent vivre petitement, car la vie chère a atteint tout ce qui est indispensable à la subsistance.L’étudiant sans le sou cumule des occupations d’ordres divers et souvent opposés.Il demande à ses mains de gagner l’argent nécessaire à la nourriture de son corps et de son esprit.Il cherche tout d’abord, et c’est logique, à donner des leçons.Mais cette profession aux ressorts multiples et assez vagues est si encombrée, si mal rétribuée ! Il essaye donc autre chose : il se fait correcteur dans une maison d’édition ou une imprimerie.Pendant trois jours, 424 LE CANADA FRANÇAIS il corrige et pendant quatre jours, il travaille pour lui-même.Les étudiants correcteurs sont encore des privilégiés.Poussés par le besoin, beaucoup d’autres font des besognes plus absorbantes et plus dures : ils sont garçons dans les restaurants, chasseurs à la porte des théâtres et des cinémas, employés de tramways, surveillants d’usines.D’autres encore ne dédaignent pas de laver la vaisselle, ou d’exercer, aux Halles, le métier pénible mais relativement bien rétribué de débardeurs.Lorsque le plongeur s’est lavé les mains, lorsque le débardeur a transporté des sacs de pommes de terre, des quartiers de bœuf ou des chapelets d’oignons pendant une partie de la nuit, l’un et l’autre vont à l’amphithéâtre retrouver la science ou la littérature, la médecine ou la philosophie.Mais, dans leur enthousiasme, ils comptent sans le surmenage, qui les désarme contre la maladie.Quelle que soit l’ardeur au travail des étudiants pauvres, leurs études souffrent forcément de cette dispersion de leur esprit et de leurs forces.La grande affaire pour eux est de gagner du temps, cela se conçoit.Ils accumulent donc inscription sur inscription pour passer au plus vite des examens leur permettant d’accéder à une carrière lucrative.Bien entendu, leur culture générale souffre autant que leur santé de cette hâte.C’est là ce qui a servi de prétexte à certains enquêteurs pour déplorer le « laisser-aller, la diminution de l’effort intellectuel fourni par les jeunes ».Rien n’est plus injuste ni plus inexact, et nous citerons ici le témoignage très qualifié de M.Charlety : Si la culture générale, et surtout la culture littéraire fléchit dans certains milieux, par contre, les connaissances scientifiques s’accroissent sans cesse.La culture évolue, comme évoluent les civilisations, mais l’effort et les résultats intellectuels restent statiques.Les courants intellectuels qui dominent dans notre jeunesse étudiante, ne correspondent pas précisément à un esprit simpliste.Les jeunes Français d’aujourd’hui sont positifs, par la force même des circonstances matérielles,— sans exaltation apparente, soucieux d’éviter la phraséologie, le lyrisme emphatique.Ils prennent soin de cacher leur sensibilité, par une espèce de pudeur, sous un ton blagueur à froid.Un tout jeune parlait l’autre jour de Victor Hugo JEUNES FRANÇAIS D’AUJOURD’HUI 425 en ces termes irrévérencieux : « Notre glorieux fumiste national.» Il outrait certainement les termes, par désir juvénile d « épater » son interlocuteur ; mais il n’est pas moins vrai que Victor Hugo et, en général, les poètes romantiques émeuvent rarement nos garçons et sont peu lus par eux.Renan et Anatole France, les deux pôles d’attraction de la génération précédente, les déçoivent encore davantage.Quelques-uns, peu nombreux en somme, vont à Maurras, parce qu’ils trouvent en lui un restaurateur du classicisme.qu’ils admirent et parce qu’il leur apporte une foi : la foi en la patrie.D autres, plus nombreux, sont allés à Bergson, philosophe de l’intuition, parce qu’ils veulent réagir contre le rationalisme desséchant de Renan et de France.D’autres se plaisent à suivre Proust dans les méandres compliqués de sa pénétrante dissection de l’âme humaine.Peu d’entre eux ont le courage d’absorber cette indigeste pâture intellectuelle ; la plupart se bornent à lire deux ou trois volumes, puis admirent passionnément sans aller plus loin.Pointe de snobisme ?Peut-être.et qui est également pour quelque chose dans le succès de Valéry et de Gide.D autres enfin, les plus avancés politiquement, ajoutent beaucoup plus d’importance au fond qu’à la forme, et, meme s’ils sont des littéraires ou des scientifiques, trouvent leur plein épanouissement intellectuel dans la lecture des économistes.Henri de Man, André Siegfried, André Philip sont profondément goûtés par ces jeunes gens que l’on peut considérer comme une petite élite.Les mêmes garçons lisent Georges Duhamel,— surtout la Possession du Monde et les livres sur Sala vin, auxquels ils trouvent une portée morale,— mais trouvent exagéré son anti-américanisme des Scenes de la Vie future.Car, si ces jeunes gens sont éloignés de tout ce que la mentalité américaine courante peut avoir d élémentaire et d’utilitaire, ils sont tout de même presque toujours attirés par ce qu’il y a de neuf et d’humain dans les méthodes économiques et sociales du nouveau continent En résumé, les jeunes Français de nos jours ne sont, en général, ni romantiques, ni très rationalistes, ni frivoles, ni superficiels dans leurs goûts intellectuels ; ils ont besoin de pensees claires, d’imagination constructive et non de formules et de mots sonores et élégants.Ils cherchent à 426 LE CANADA FRANÇAIS trouver, dans leur nourriture intellectuelle, des éléments pour édifier une société rajeunie, pour sortir des crises perpétuelles, du chômage douloureux, du pessimisme ambiant, du désordre économique.Comme ce sont les problèmes économiques qui se posent avec le plus d évidence, ils lisent les économistes, mais ils sentent très vivement qu au delà de ces questions-là, il y a une question morale plus grave.Il faut entendre mes jeunes amis Bernard et Alain souligner la nécessité pour chaque individu d’accomplir une « révolution intérieure », condition essentielle d’une réorganisation du monde.Quant aux tendances morales courantes des étudiants, M.Guillet se déclare à ce sujet très optimiste.Voici comment il les caractérise : Avant tout, l’amour de la famille.Je ne suis jamais intervenu près d’un jeune homme qui avait commis une erreur plus ou moins grave, ou était sur le point de la commettre, sans invoquer la pensée de sa mère, et je n’ai jamais senti des cœurs insensibles, ni vu des rétablissements tardifs.D’autre part, nos jeunes gens ont bâte de fonder eux-mêmes un foyer.Il y a 30 ans, on comptait rarement des élèves mariés ; actuellement ils sont une vingtaine à l’École centrale des Arts et Manufactures et le nombre des fiancés est très élevé.Ensuite, l’ambition.Oui, notre jeunesse est ambitieuse, mais n’est pas arriviste.Elle désire acquérir rapidement une situation intéressante, sans doute, du point de vue matériel, ne serait-ce que pour créer une famille, mais aussi du point de vue scientifique, technique, avec un avenir assuré ; mais afin d atteindre ce but, elle entend bien n’employer que des moyens propres, des méthodes honorables.Sans doute veut-elle obtenir assez rapidement les appointements qui assureront la vie du foyer, mais elle ne valorise pas un homme, suivant l’argent qu’il gagne ; elle a profondément le respect e ceux qui consacrent une vie désintéressée à la recherche scientifique, notamment, et, malgré son affection pour les sports et le cinema, elle sait faire la différence entre les savants — trop souvent pauvres et peu rémunérés — et les boxeurs ou les grandes vedettes qui, en un voyage de quelques mois aux Etats-Unis, gagnent plus que dans sa vie entière un mathématicien ou un physicien dont les travaux ont des répercussions mondiales.Ils estiment a juste valeur, et leur jugement est très sûr.Le Recteur de l’Université de Paris exprimait ainsi dernièrement sa confiance : Il existe encore des esprits à qui la science ne rapporte rien d autre qu’une immense satisfaction.Je ne doute pas que notre pays JEUNES FRANÇAIS D’AUJOURD’HUI 427 ne continue à produire toujours des jeunes gens qui ne pourront pas ne pas jouer le rôle que leur vie intérieure leur impose.Ces étudiants pauvres qui s’exténuent à des besognes contradictoires, ne sont-ils pas là pour répondre aux pessimistes, à la manière d’une journaliste qui, ayant fait une enquête sur la vie des étudiants de nos Facultés s’est écrié : Il faut avoir le culte de l’intelligence fortement accroché au cœur pour ne pas entrer dans la quincaillerie plutôt que d’entrer à la Sorbonne.Les Étudiants et la Politique Dans chaque Université s’est constituée une A.G.(Association générale) laquelle réunit dans la même ville les étudiants de tous ordres.Les A.G., dont l’ensemble forme l’Union nationale, sont aujourd’hui les plus anciennes organisations estudiantines.On leur doit beaucoup ; on leur devrait plus encore si elles n’étaient souvent accaparées par des parties politiques.A côté des A.G., il existe, surtout dans le Quartier latin, des associations corporatives.Il y en a une pour les Lettres, une pour les Sciences, il y a surtout la « Corpo » de médecine et l’Amicale des étudiants en Pharmacie.Enfin comme groupements politiques d’étudiants, citons, en allant de « droite » à « gauche » : 1.Les Étudiants d’Action française.Leur doctrine est celle dont M.Maurras est le théoricien.Us sont partisans du nationalisme intégral et d’une restauration royaliste en France.2.Les Phalanges universitaires, groupement nationaliste rattaché aux Jeunesses patriotes.3.La Jeunesse étudiante catholique, l’un des mouvements specialises de l Association catholique de la Jeunesse française.Il est nettement confessionnel et de tendance politique modérée, penchant vers le conservatisme.4.La Ligue d’Action universitaire républicaine et socialiste, de nuance radicale-socialiste et socialiste, fondée en 1924, après le triomphe électoral du Cartel des Gauches.5.Les Étudiants socialistes, affilies aux Jeunesses socialistes. 428 LE CANADA FRANÇAIS 6.Les Étudiants communistes, qui ont tenu trois congrès, mais sont, en réalité, un mythe.En 1928, ils étaient, de l’avis du parti communiste lui-même, 8, dont 6 opposants ! Et depuis ce brillant recensement, oncques n’entendit plus jamais parler d’eux ! Les Jeunes et la Politique Les jeunes Français de notre époque ne se passionnent plus pour la politique comme l’ont fait leurs aînés, affirme-t-on couramment.Est-ce vrai ?D’abord, il faut remarquer que les échaulîourées entre étudiants d’opinions politiques différentes sont très fréquentes.Des minorités, répondra-t-on ?Mais les luttes épiques menées par les étudiants d’antan et rapportées par des poètes romantiques, n’étaient-elles pas aussi le fait de minorités P _ Toute l’Université de France n’a pas passé sur les barricades de 1830.( Victor Hugo lui-même parle, dans les Misérables, d’une trentaine de jeunes gens ; mince aventure, en somme, mais elle fut contée par Victor Hugo.Et ceux qui réservent au passé leurs facultés d’admiration et d’enthousiasme, s’imaginent aujourd hui qu en 1832 toute l’Université de Paris bondissait sur les barricades, cheveux au vent et drapeau au poing.Les temps ont changé ; nos garçons boxent maintenant encore pour des questions politiques, mais Victor Hugo n’est plus là pour ennoblir leurs batailles.Et puis il paraît que, de républicains, ils sont devenus royalistes.Si c’était vrai, cela n’aurait rien d’étonnant, l’esprit de nos escholiers parisiens étant un esprit frondeur qui les jette toujours dans l’opposition.> Depuis Pierre Sorbon, ils sont, par principe, contre l’ordre établi !.Mais ce n’est pas exact : les étudiants d Action française ont eu la majorité, jusqu’en 1930, dans le sein de )’A.G.des Étudiants parisiens, qui groupe 3.000 membres.Or, il y a près de 28.000 étudiants à Paris, dont 13.000 Français ! On voit que l’emprise de l’A.F.n’est pas aussi grande que pourrait le faire croire le bruit fait par ses étudiants ; car ce sont eux surtout qui organisent des chahuts,— JEUNES FRANÇAIS D’AUJOURD’HUI 429 de ces chahuts contre lesquels les gens sérieux s’indignent depuis saint Louis,— ce sont eux qui se livrent avec les Jeunesses socialistes à des batailles rangées dont la vieille Sorbonne est le théâtre accoutumé depuis tant de siècles.Rien de neuf à cela.Si la masse de nos jeunes est assez indifférente en matière politique, ij faudrait peut-être s’en prendre à ceux qui ont fait de la politique quelque chose de démodé, de frelaté, de mesquin, qui tient beaucoup plus de la cuisine électorale que des controverses d’idées.Il faudrait peut-être s’en prendre aussi à certaines faiblesses du régime.En tout cas, les jeunes se méfient de la politique et encore plus des politiciens.Ils sont tous plus ou moins antiparlementaires.Dans leurs discussions, ils en arrivent à exprimer des doutes, à formuler des réserves, des critiques similaires —• toutes proportions gardées — sur la démocratie, le parlementarisme, le suffrage universel, l’individualisme républicain.Le problème de l’elite dirigeante ou du
de

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