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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Au lendemain d'un centenaire. Champlain et son oeuvre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1936-01, Collections de BAnQ.

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Histoire AU LENDEMAIN D’UN CENTENAIRE Champlain et son œuvre Il y a eu trois cents ans le 25 décembre 1935 que mourait à Québec Samuel de Champlain.Des manifestations discrètes ont marqué cet anniversaire.Il a semblé que le Canada français se devait de prendre part à ces manifestations et d’en prolonger l’écho.Voilà la raison de cet article rédigé à la hâte par un profane en questions historiques.Il y a peu de neuf à écrire sur Champlain depuis l’ouvrage consciencieux du regretté N.-E.Dionne.Quand aux vues d’ensemble, il serait peut-être périlleux de les demander à une époque de notre histoire qui fut plus fertile en improvisations généreuses qu’en réalisations longuement méditées.En dépit de leurs carences, puissent les pages qui suivent ne pas constituer un hommage trop indigne à l’illustre Saintongeois.Parler de Champlain, c’est évoquer Québec, l’escarpement de son rocher, le dévalement de ses maisons à flanc de montagne, l’infini mouvant du fleuve dans le portique des Laurentides.Ce rapprochement des images et des idées auquel nous ont habitués nos premières leçons d’histoire du Canada synthétise à merveille la vie et l’œuvre du Saintongeois.Il y eut à la vérité dans cette vie autre chose que Québec : les guerres de religion, le voyage aux Indes occidentales, l’Acadie, vers la quarantaine cette frêle et émouvante créature qui a nom Hélène Boullé.Mais il y eut surtout cela et je crois que sur la fin, en la Noël de 1635, sauf Dieu, il n’y avait plus guère que cela.La première rencontre entre l’homme et le lieu date d’aussi loin que le mois de juin 1603.Cette année-là, Samuel de Champlain s’essayait à coloniser en Amérique pour le compte d’Aymar de Chastes.Il était parti de France à la mi-avril en compagnie du sieur de Pont-Gravé, capitaine de la « Bonne-Renommée ».Le 24 mai, les deux explorateurs étaient à Tadoussac.Quelques jours plus tard, leur vaisseau 458 LE CANADA FRANÇAIS jetait l’ancre devant Québec.Dès l’abord, Champlain fut conquis par la hautaine majesté du site, la conjonction de la rivière et du fleuve, la fertilité du sol.Il eut l’intuition nette, précise qu’il y avait là l’emplacement d’une ville, amorce d’un empire catholique et français.Au retour du lac Saint-Pierre, lorsqu’il repassa devant Stadaconé, son rêve flottait sur le rocher et la forêt, ce rêve qu’il promenait depuis 1599 peut-être de Mexico à Tadoussac sans trouver endroit où le poser.Je dis « peut-être », car j’ignore à quel moment précis et sous quelle latitude le guerrier et le marin firent place chez Samuel de Champlain au colonisateur.J’incline à croire que ce fut au Nouveau-Mexique.Il y eut la vision d’une conquête fabuleusement riche et outrageusement mercantile.Il dut songer alors avec amertume à la France trop absente des affaires d’Amérique.La cupidité ruineuse des conquistadors lui inspira sans doute cette conception de l’exploitation d’un pays par l’agriculture et les établissements stables plutôt que par le commerce et les mobiles postes de traite.Ce sont là hypothèses fragiles, plaisirs délicats par quoi l’esprit essaie de pénétrer à travers l’amoncellement des noms, des dates et des faits jusqu’à l’intime d’une âme qui fut particulièrement ardente et forte.Il semblait bien qu’en 1603 l’heure de la Nouvelle-France avait sonné.En cet essai de colonisation, tout avait été prévu de ce qui était humainement prévisible.La mort survint que l’on n’attendait pas et qui fit crouler par la base l’œuvre commencée.Le 12 septembre, date du retour de Champlain en France, Aymar de Chastes reposait depuis deux mois en terre bénie.Après bien des pourparlers et une entrevue entre Champlain et Henri IV, Pierre du Guast, sieur de Monts, consentit à recueillir la succession de M.de Chastes.Monsieur de Monts avait été le compagnon de voyage de Champlain sur la « Bonne-Renommée ».Il était huguenot et il tenait pour l’Acadie contre le Saint-Laurent.Champlain avait en horreur la Réforme.Il ne croyait pas aux possibilités d’établissement sur les bords de la rivière Sainte-Croix.Mais il était homme à accommoder son rêve aux proportions mesquines de la réalité.Il suivit de Monts en Acadie.Les années qu’il y vécut de 1604 à 1607 furent des années de misère, qui n’eurent guère d’utilité que pour la AU LENDEMAIN d’üN CENTENAIRE 459 future colonie de Québec.C’est en Acadie que Champlain acheva sa formation comme colonisateur et qu’il put corriger ce qu’il y avait d’outrancier ou d’inexact en ses desseins.Le 30 juillet 1607, Poutrincourt, Lescarbot, Champlain quittaient Port-Royal, le dernier pour n’y pas revenir.En 1608, Samuel de Champlain reprenait la route d’Amérique.Il avait réussi à intéresser monsieur de Monts au Saint-Laurent.Monté sur le « Don-de-Dieu », il fit halte a Tadoussac.Le 3 juillet 1608, il débarquait à Québec avec trente compagnons.Il planta une croix sur le site de la future capitale.Quelques semaines plus tard l’« Habitation » surgissait de terre.L’imagerie a popularisé cette demeure élevée par Champlain.Dès lors il y eut sur le cap Diamant, outre le rêve immense, les premières et prometteuses réalisations de ce rêve.Poser un rêve en quelque endroit de ce monde, c’est nécessairement déranger des égoïsmes, se faire des amis, s’attirer des ennemis.Champlain l’expérimenta d’immédiate et incessante façon.Une tournée d’exploration l’ayant conduit chez les Algonquins le mena finalement où il ne voulait pas aller : à la guerre contre les Iroquois.Il dut à trois reprises, 1609, 1610 et 1615, combattre ces féroces adversaires des Hurons.Il fut blessé en deux rencontres et assista à des scènes de cannibalisme qui auguraient mal pour l’avenir de la Nouvelle-France.Monsieur de Monts ne s’était décidé à coloniser à Québec qu’après avoir obtenu d’Henri IV le monopole de la traite des pelleteries au Canada.Son privilège n’ayant pas été renouvelé en 1609, il se retira de l’entreprise l’année suivante.De lieutenant d’un seigneur riche et puissant, Champlain devenait simple trafiquant, mais un trafiquant qui avait l’originale et coûteuse prétention de fonder une colonie.Pour parer aux déficits de sa caisse et subvenir aux dépenses d’établissement sur le cap Diamant, il résolut de se livrer à la traite des fourrures.Il établit des comptoirs à Tadoussac, à Québec et au lac Saint-Pierre.Lui-même se fixa en l’île de Montréal, dont il fit le centre de ses opérations commerciales.A la faveur de la liberté du commerce, une nuée de marchands s’abattit sur les rives du Saint-Laurent et la traite ne fut d’aucun profit à ceux qui s’y livrèrent.Champlain comprit qu’il ne pouvait continuer seul l’entreprise commencée.Il passa les mers et s’en alla en France solli- 460 LE CANADA FRANÇAIS citer les influences et les ressources nécessaires à son établissement en voie de formation.L’influence, il l’alla demander à de non moindres seigneurs que le comte de Soissons, le prince de Condé, le duc de Montmorency et le duc de Ventadour.Ces personnages illustres se succédèrent de 1612 à 1627 avec le titre de vice-rois dans le gouvernement de la Nouvelle-France.Ils firent de Champlain leur lieutenant au Canada, mais à part l’autorité assez illusoire dont ils le revêtirent, ils ne servirent guère les desseins du fondateur de Québec.Soissons ne fit que passer.Condé, engagé dans des aventures politiques, vit son crédit et sa fortune chanceler.Montmorency, un moment intéressé aux affaires de Québec, s’en dégoûta devant les tracasseries des marchands de fourrures.Seul le duc de Ventadour entra pleinement dans les vues de son lieutenant général et soutint d’énergique façon la cause du catholicisme contre les prétentions des huguenots.La noblesse ménageait à Champlain prestige et protection.Elle n’était pas en mesure de financer son entreprise.Le fondateur de Québec dut commencer auprès des trafiquants du Royaume cette longue série de démarches et de sollicitations qui pendant quinze années allaient le mener sur toutes les routes de France et le conduire de déboires en déboires à la situation presque désespérée de 1627.Avec l’aide du comte de Soissons, il réussit à intéresser à son entreprise un certain nombre de marchands de Bretagne et de Normandie qu’il groupa en une association commerciale.A la mort du comte de Soissons, cette compagnie fut réorganisée par le prince de Condé.Elle porte dans l’histoire le nom de compagnie de Rouen.En retour d’avantages commerciaux concédés par Louis XIII, la compagnie prenait sous sa protection la Nouvelle-France et s’engageait à en défrayer les frais d’administration.Une nouvelle compagnie fut formée en 1620 par le duc de Montmorency.Cette compagnie, dont les principaux actionnaires étaient les de Caen, engagea une lutte à mort à la compagnie de Rouen représentée au Canada par Pont-Gravé.En 1622, Champlain obtint du roi la fusion des deux compagnies en une seule : celle de Montmorency.La mise sur pied de ces organisations commerciales indispensables au progrès de la colonie coûta à Champlain des efforts inouïs et l’engagea dans un antagonisme croissant AU LENDEMAIN d’üN CENTENAIRE 461 entre son parti, c’est-à-dire le parti des colons et des missionnaires, et le parti des marchands.Ces derniers avaient comme premier souci de trafiquer et comme second souci d’empêcher toute expansion coloniale en Nouvelle-France et toute tentative d’évangélisation des tribus indiennes.Ces messieurs estimaient que défrichement et prosélytisme religieux ruineraient tôt ou tard le commerce des fourrures.En conséquence, ils intriguèrent pour prévenir la venue à Québec des Récollets et des Jésuites.Ils réduisirent à la plus simple expression les secours en hommes, en vivres et en munitions que selon les termes de leur charte ils devaient expédier à la colonie naissante.La compagnie de Rouen tenta même de substituer Pont-Gravé à Champlain comme lieutenant du vice-roi en Nouvelle-France.Le fondateur de Québec ayant entrepris de fortifier la ville, les de Caen firent opposition à ces travaux.Le fort Saint-Louis commencé en 1620 ne fut terminé qu’en mai 1624.La merveille est qu’à travers ce chassé-croisé de guerres et de cabales la colonie subsistait.Bien mieux, elle grandissait.Les premiers missionnaires étaient arrivés à Québec dès 1615.Ils étaient quatre : Jamet, Le Caron, Dolbeau et Duplessis, récollets de la province de Saint-Denis.Ils commencèrent l’œuvre d’évangélisation auprès des infidèles.Le Père Le Caron s’en alla au pays des Hurons, le Père Dolbeau chez les Montagnais.Le Père Jamet et le Frère Duplessis érigèrent à Québec une chapelle dans laquelle ils desservirent la population française de la Capitale.La venue de nouveaux ouvriers en 1620 permit aux Récollets d’ouvrir pour les enfants sauvages leur séminaire de Notre-Dame des Anges sur les bords de la rivière Saint-Charles.Les premières familles, celles d’Abraham Martin, de Nicolas Pivert et de Pierre Desportes, arrivèrent au Canada en 1613.En juillet 1616, il y avait à Québec vingt-neuf colons français.Trente-trois furent amenés cette année-là par Pont-Gravé.L’année suivante, Louis Hébert vint établir sa demeure près de l’« Habitation ».A peine débarqué, il maria sa fille aînée, Anna, à Étienne Jonquet.Malheureusement la jeune femme mourut enceinte en 1619 suivie de près dans la tombe par son mari et le Frère Pacifique Duplessis.Une autre fille d’Hébert épousa dans la suite Guillaume Couillard.En 1620, madame de Champlain fit le voyage d’Amérique.Elle y demeura quatre ans et dut 462 LE CANADA FRANÇAIS retourner en France, incapable qu’elle était de supporter les rigueurs de l’hiver canadien.Elle revit de temps à autre son mari.Elle apprit en 1636 son décès survenu à la Noël de l’année précédente.Fondatrice des Ursulines de Meaux, elle mourut en odeur de sainteté le 20 décembre 1654, dix-neuf ans presque jour pour jour après son mari.Singulière et prenante destinée que celle de cette délicate épousée de douze ans! L’année 1635 fut marquée par un événement d’une importance considérable pour la colonie : l’arrivée des Jésuites.Les Récollets, incapables faute de ressources de soutenir seuls les missions indiennes, avaient réclamé leur concours.Au printemps de 1625, les Pères Charles Lalemant, Jean de Brébeuf et Ennemond Massé débarquèrent à Québec.Les huguenots avaient fait précéder leur arrivée d’un pamphlet intitulé Y Anticoton.Guillaume de Caen commandait en l’absence de Champlain.Il refusa de recevoir les religieux au fort Saint-Louis.Ceux-ci durent accepter pour quelques mois l’hospitalité des Récollets en leur monastère de Notre-Dame des Anges.Ce contretemps n’était pas fait pour décourager de tels hommes.Dès septembre 1625, ils entreprirent la construction d’une résidence sur l’emplacement du fort élevé par Jacques Cartier en 1535.Le 6 avril 1626, cette construction était achevée.Pendant que l’on bâtissait à Québec, le Père de Brébeuf était allé hiverner chez les Hurons.La mission huronne abandonnée en 1616 avait été reprise sept ans plus tard par le Père Yiel et le Frère Sagard.Au printemps de 1627, le Père Anne de la Noue et le Père de la Roche d’Aillon prêtèrent main-forte au père de Brébeuf dans ses travaux apostoliques.Tous revinrent au Saint-Laurent en 1628 pour assister l’année suivante à la prise de Québec par Kirke et se voir déporter en Europe avec la moitié de la population française de la ville.La mission huronne fut reprise de façon définitive en 1634.Elle devait vers 1648 porter des fruits abondants de salut et préparer dans le sang l’Apothéose romaine de 1925.La colonie avait prospéré, mais ce n’avait pas été sans de grandes traverses et fatigues pour son fondateur.Il avait recruté un à un les éléments qui la constituaient.Depuis la retraite de monsieur de Monts en 1610, il avait dû sans influence et sans ressources personnelles, assumer le fardeau AU LENDEMAIN d’üN CENTENAIRE 463 d’une entreprise qui ne pouvait se développer que moyennant protection et finance.Pour sauver son œuvre, il avait été obligé d’y intéresser les marchands et les nobles.Mais à mesure que cette œuvre s’était développée, 1 antagonisme avait grandi entre les éléments disparates qui, avec des vues profondément divergentes, s’employaient à 1 entreprise du Saint-Laurent.En 1627, il semblait que Champlain tiraillé en tous sens n’avait plus qu’à reprendre son rêve grandiose d’impérialisme français au Canada pour 1 aller enfouir dans le silence et la retraite d’une ville de province.Brusquement le cardinal de Richelieu intervint dans les affaires d’Amérique.Il comprit qu’il fallait opter résolument pour la colonisation si l’on ne voulait pas assister à bref délai à l’écroulement de toutes les entreprises françaises au Saint-Laurent, y compris la traite des pelleteries.Il supprima la compagnie de Montmorency.Il amena le duc de Ventadour à se démettre de sa charge de vice-roi.Le 29 avril 1627, il signait avec Claude de Roquemont, Louis Houel et autres notables de Paris l’acte d’établissement de la compagnie de la Nouvelle-France, mieux connue sous le nom de compagnie des Cent-Associes.La colonisation au Canada cessait d’être l’œuvre d’un homme pour prendre figure d’entreprise nationale.La compagnie des Cent-Associés était composée de nombreux gentilshommes, de plusieurs religieux, d’hommes de robe et de marchands-bourgeois.Elle s’était assigné comme tâche la colonisation de la Nouvelle-France, comme moyen de parvenir à cette fin la traite des pelleteries.Le roi concédait aux Associés de multiples privilèges.En retour, ceux-ci s’engageaient à faire passer au Canada quatre mille artisans et colons en quinze ans, à veiller pendant trois ans à leur subsistance et à les établir sur des terres au bout de ce temps.Les huguenots étaient exclus de la Nouvelle-France.La mise de fonds de la compagnie était de trois cent mille livres.Le Canada allait enfin sortir de la situation mesquine dans laquelle il végétait depuis 1608.Les Associés se mirent aussitôt à l’œuvre.Au printemps de 1628, ils affrétèrent quatre navires chargés de provisions de bouche, d’hommes et de munitions.Le commandement de cette flotille fut confié à Claude de Roquemont, l’un des signataires de la charte des Cent-Associés.Ce dernier était porteur d’une commission nommant monsieur 464 LE CANADA FRANÇAIS de Champlain gouverneur et lieutenant général du roi dans toute la Nouvelle-France.Malheureusement, le 18 juillet, le commandant français rencontra à l’entrée du fleuve Saint-Laurent les vaisseaux d’un corsaire anglais, David Kirke.Le combat s’engagea.Les pirates eurent le dessus.Kirke s empara des navires des vaincus et envoya sommer Champlain de lui remettre les clés de la ville.Le gouverneur répondit de si fière façon que l’amiral anglais renonça à son projet d’assiéger Québec et reprit le chemin de l’Europe.L hiver fut des plus pénibles pour la colonie française.Les vivres faisaient défaut.On vécut de blé-d’inde, de pois et d anguilles.Le 19 juillet 1629, la flotte de Kirke fut signalée à la hauteur de l’île d’Orléans.Lorsqu’elle fut arrivée devant Québec, un canot s’en détacha porteur d’un parlementaire.Champlain posa ses conditions, qui furent acceptées.Le 22 juillet, on arbora le drapeau anglais à Québec .Le gouverneur, les religieux, quelques colons prirent place sur le vaisseau-amiral, qui les conduisit tout droit en Angleterre.Trente Français restaient au pays.Aussitôt arrivé à Londres, Champlain courut chez l’ambassadeur de France, M.de Châteauneuf.Il lui dicta lettres et mémoires sur la prise de Québec.Un mois plus tard, il partait pour Paris.Il rencontra Richelieu, eut une entrevue avec le roi, fit agir les Cent-Associés.Charles I désavoua Kirke et se déclara prêt à remettre la ville à Louis XIII.Sur les entrefaites, les affaires d’Europe s’embrouillèrent.La rébellion de Gaston d’Orléans menaçait la France d’une guerre civile.Les tractations languirent jusqu’à 1632.On peut se figurer les inquiétudes de Champlain durant ces années d’expectative.Enfin, le 29 mars 1632, le traité de Saint-Germain-en-Laye fut signé, qui rendait à la France le Canada et l’Acadie.L’espérance revint à Champlain de revoir Québec et d’y reprendre sur de nouvelles bases l’œuvre commencée en 1608.La paix conclue, le cardinal de Richelieu se hâta de réorganiser la compagnie des Cent-Associés.Il envoya aussitôt Émery de Caen reprendre possession de Québec.L’année suivante, Champlain fut nommé gouverneur de la Nouvelle-France.Une flotte de trois vaisseaux fut équipée par les agents de la Compagnie.Elle transporta au Canada le nouveau gouverneur, les Pères de Brébeuf et Massé, plus de deux cents colons et soldats.J’imagine que Champlain dut AU LENDEMAIN D’UN CENTENAIRE 465 revoir avec émotion les petites gens qui, sur sa parole, avaient choisi de rester au poste en dépit de la durete des temps.Le gouverneur avait promis, si le Canada était rendu à la France, d’ériger à Québec une chapelle en l’honneur de Notre-Dame de la Recouvrance.A peine débarqué, il en fit commencer la construction.A l’automne de 1633, on put y célébrer la messe.Cette église fut agrandie de moitié en 1635.A sa mort, Champlain lui légua tout son mobilier.Le temple, inauguré solennellement en 1636, fut placé alors sous le patronage de l’Immaculée-Conception.La première église paroissiale de Québec fut incendiée le 14 juin 1640.L’année 1634 fut vraiment pour la colonie le point de départ d’une ère nouvelle.Le 4 juillet, sur l’ordre de Champlain, le sieur de La Violette fondait les Trois-Rivieres.Il y construisit un fort et une habitation.Les Pères de Brébeuf et Daniel avaient assisté à cette fondation.Ils étaient partis aussitôt après pour le pays des Hurons en compagnie de Jean Nicolet.Les Jésuites devaient maintenant supporter seuls le fardeau des missions indiennes.Les Récollets avaient été écartés de la Nouvelle-France par les Cent-Associés.Le 15 août 1635, le Père Le Jeune ouvrait à Québec un collège pour l’instruction des Français et des Indiens.Ce fut le premier établissement d’enseignement secondaire en Amérique du Nord.Robert Giffard était venu à Québec en 1627.Il avait été fait prisonnier par les Kirke l’année suivante.Pour le dédommager des pertes qu’il avait subies alors, la compagnie des Cent-Associés lui concéda en janvier 1634 une vaste seigneurie sur la côte de Beauport.Giffard s’occupa aussitôt de recruter des colons en son pays de Mortagne.En juin de la même année, il arrivait à Québec avec une colonie de quarante-deux censitaires.Il se mit à la besogne.Deux ans plus tard, il récoltait sur ses terres de quoi nourrir vingt personnes et employait sept hommes à des travaux de défrichement ou de construction.Il est resté dans notre histoire comme le type du seigneur colonisateur.Le Champlain qui était revenu à Québec en 1633 était un homme de soixante ans.Sa santé robuste avait fléchi sous le poids des années.Tant de travaux et d’inquiétudes, les blessures reçues chez les Iroquois, une malencontreuse chute de cheval avaient eu raison de sa solide constitution.Avant 466 LE CANADA FBANÇAIS de quitter la France, il avait tenu à rédiger son testament, par lequel il faisait donation à sa femme de ses biens immobiliers.Un moment il espéra revoir son pays natal.L’arrivée au Canada, l’incessante activité qu’il devait déployer pour administrer la colonie l’arrachèrent aux tristes pensées qui avaient accompagné sa traversée.Le 15 août 1635, il faisait tenir au cardinal de Richelieu son dernier rapport sur l’état de la colonie.Deux mois après, il était frappé de paralysie.Il se remit cependant.Il put sortir, contempler de son jardin le panorama laurentien, les habitations qui décelaient dans cette sauvagerie la civilisation.Il suivit par la pensée les Jésuites en mission chez les Hurons, La Violette aux Trois-Rivières, plus près de lui Gifïard le défricheur.Il essaya de se représenter ce que serait dans deux ou trois cent ans l’œuvre qu’il avait entreprise.Les derniers vaisseaux étaient repartis pour la France.Il n’y avait plus pour lui que Dieu et le Canada.Il eut une rechute en décembre et sentit que c’était la fin.Il fit mander le Père Lalemant, baigna son âme tout entière dans le sang de son Rédempteur.Le 25 décembre, la mort venait, qu’il accueillait en catholique.Ce fut un deuil général dans la colonie.Le Père Le Jeune prononça son éloge funèbre.Il fit un parallèle touchant entre la naissance du Sauveur à la terre et la naissance de ce grand chrétien au ciel, mais il oublia de mentionner dans les Relations le jour des funérailles et le lieu de l’inhumation.Nul ne sait où repose le fondateur de Québec.Samuel de Champlain avait rêvé grand.Il a eu, ce qui est plus rare, la ténacité de son rêve.Après avoir rêvé, il a agi et cela pendant trente années.Il fut tout à tour découvreur, fondateur, soldat, négociateur, parce qu’il fallait être tout cela pour installer dans la déficiente réalité d’ici-bas le rêve caressé.Il fit preuve en toutes rencontres d’une inlassable constance, d’une grande force de caractère, d’un esprit lucide, humblement et profondément réaliste.Il se montra par dessus tout un chrétien modèle.Des années après sa mort, les Indiens parlaient avec admiration de l’entière pureté de ses mœurs.Ses paroles et ses actes furent toujours d’un fils aimant de l’Église.Il avait défendu au prix de son sang la foi catholique contre les huguenots.La conviction lui resta toute sa vie de l’absolue valeur de cette foi et de l’obligation où est tout croyant de la faire rayonner en notre monde de ténèbres. AU LENDEMAIN d’üN CENTENAIBE 467 Cela plus que tout le reste fait comprendre qu’il ait pu pendant des années poursuivre à travers mille embarras et mille fatigues une entreprise aussi complexe et aussi prosaïque que la fondation d’une colonie.L’humaine nature peut expliquer une carrière de découvreur ou de conquistador, difficilement celle de fondateur, tant pour faire œuvre durable il faut mourir à soi et à tout ce qui est soi-même.Il y eut pour Champlain et son œuvre non l’appel des hommes pour des tâches d’hommes, mais l’appel d’en haut pour des besognes divines.Parce qu’il y a encore cet appel, il est à souhaiter qu’au lendemain du tri-centenaire de la mort de Champlain, Québec redevienne ce qu’il était dans la pensée de son fondateur, ce qu’il a un peu cessé d’être depuis quelques années : le cerveau et le cœur de la vie française en Amérique.Paul-E.Gosselin, prêtre, de la Société canadienne d’Histoire de l'Église.
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