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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
À bord du "Pie XI"
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1936-02, Collections de BAnQ.

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Voyages A BORD DU “PIE XI C’est grâce à ce petit bateau, le « Pie XI », que j’ai pu réaliser, en partie du moins, un des rêves de ma vie.Combien de fois, en effet, penché sur une carte du Canada, n’avais-je pas, tout émerveillé, songé à ces vastes terres inhospitalières constituant les Territoires du Nord-Ouest, le Labrador et le Nord canadien ! Comme fasciné, j’avais senti naître en moi un immense désir de visiter un jour ces contrées lointaines et mystérieuses.Bercé par cet espoir, je regardais le temps fuir, sans détourner un instant les yeux de mon but, lorsque, au printemps de 1933, par un heureux hasard, se présenta une occasion unique de mettre mes projets à exécution.En effet, on m’offrait aimablement de monter, à titre de voyageur-marin, sur un petit bateau à destination de ces pays, objets de mes rêves d’enfant, alors que je dévorais les récits des voyages d’aventures faits dans les régions arctiques ou antarctiques.Mais, l’avouerais-je, au premier abord, j’hésitai, obéissant à cet instinct contradictoire qui nous porte à préférer le rêve à la réalité.Ce ne fut qu’une hésitation passagère, et, m’étant aussitôt ressaisi, je m’empressai de régler tous les détails préliminaires avec les intéressés et décidai de faire partie, avec un jeune ami, de l’équipage de la goélette de S.E.Monseigneur Arsène Tur-quetil, O.M.I., l’évêque du Cercle polaire, dans son aventureux voyage aux postes lointains de Chesterfield Inlet et de Churchill.Le « Pie XI » D’abord, voici un bref historique de cette goélette, des circonstances qui ont amené son achat et du noble emploi auquel l’évêque du Cercle polaire la destine.La dépression, qui depuis plus de quatre ans nous étreint de sa main de fer, ayant diminué sensiblement les revenus de tout le monde, les aumônes des fidèles aux œuvres missionnaires sont devenues si restreintes que le travail des missions s’en trouvait A BORD DU « PIE XI )) 497 compromis.Mis en face de cette réalité, d’autres auraient peut-être suggéré de fermer quelques missions.Monseigneur Turquetil, lui, savait bien que fermer des postes, ce serait perdre le fruit de longues années de sacrifices, de dévouement apostolique, et renoncer aux résultats obtenus au prix de la santé et de la vie même des missionnaires.C’eût été un recul et il voulait aller de l’avant.A la suite de mûres réflexions, l’évêque du Cercle polaire trouva la solution au problème financier de ses missions.Il s’était successivement mué en menuisier, pêcheur, marin ; pourquoi ne deviendrait-il pas armateur ?Puisque le prix du transport par bateau absorbait une trop grande part de ses faibles ressources, pourquoi n’aurait-il pas son propre bateau ?Pendant trois ans, il se forma au métier à bord du « Thérèse », barque de 10 tonnes, faisant 2.500 à 3.000 milles chaque été.Il pouvait maintenant songer à acquérir un vaisseau.Après bien des recherches, il trouva à La Have, Nouvelle-Écosse, une goélette de 67 pieds de longueur et de 17 de largeur jaugeant 34 tonnes, munie de 4 voiles et de 2 moteurs de 20 c.v.chacun.Le « Brigdet and Freeman », enregistré au port de Saint-Jean de Terre-Neuve, fut bientôt inscrit au ministère de la Marine sous le nom de « Pie XI ».La mission avait son bateau.Restait à préparer l’expédition ; on mit le petit navire dans le bassin de radoub et on le couvrit de « bois de fer » à sa ligne de flottaison, pour le protéger contre les glaces qu’il pourrait avoir à traverser.On le munit d’une ancre et d’une chaîne de sûreté.On y installa l’électricité, un appareil de sans-fil, qui permettrait d’obtenir des stations du Gouvernement les renseignements nécessaires en cas de brouillard, de champs de glace, d’affolement de la boussole, etc.Remis à l’eau, il reçut sa cargaison ; un wagon de marchandises entra dans ses cales.Le départ Le 13 juillet 1933, le « Pie XI », toutes voiles au vent, moteurs ronflant, arborant avec fierté le drapeau papal, quittait Halifax pour sa destination : Chesterfield Inlet et Churchill.Sept personnes en tout, équipage et passagers, se trouvaient à bord : le P.Arthème Dutilly, O.M.I., 498 LE CANADA FRANÇAIS représentant de Monseigneur Turquetil et, en plus, sans-filiste et assistant-mécanicien ; le capitaine G.-N.Pentz, vieux loup de mer ; son frère Norman, second ; son fils Everett, cuisinier ; George Ernst, mécanicien ; Alfred Mahoney, étudiant au High Scholl d’Arcy McGee, de Montréal, et l’auteur de cet article.Dès notre sortie du bassin d’Halifax, une brise plutôt forte gonfla nos voiles et nous porta à pleine vitesse vers North-Sydney.où nous dûmes arrêter pour réparer un tuyau.Mais, à quelque chose malheur est bon ; nous en profitâmes pour voir le pays et refaire notre plein d’essence et d’huile, les moteurs consommant indifféremment l’une ou l’autre de ces substances.Après cette escale forcée, nous mîmes le cap sur Belle-Isle.Nous avions compté sans la brume et la glace.Ces deux éléments nous causèrent des ennuis assez sérieux, et ce n’est qu’après maintes difficultés que nous parvînmes à franchir le détroit, laissant derrière nous les côtes désolées et accidentées de Terre-Neuve.Nous aperçûmes alors le phare du cap Norman, que nous dépassâmes bientôt, et, six jours après notre départ d’Halifax, nous entrions, l’après-midi du 19 juillet, dans le premier port du Labrador, Battle Harbour, pour y passer la nuit.Battle Arbour Ce premier arrêt nous permit de prendre contact avec les beautés naturelles de cette contrée sauvage et avec la vie plutôt pénible des pêcheurs de la côte.Battle Harbour est un pauvre village de pêcheurs.Quel triste et morne pays, surtout sous la brume et la pluie glaciale ! Imaginez de misérables maisons de bois accrochées au flanc des montagnes, battues par tous les vents, petites et si basses que l’on ne parvient à y pénétrer qu’en se courbant.Mais il y a compensation à tout, et, si l’aspect de ces bicoques est triste, on est agréablement surpris de l’amabilité de ceux qui les habitent.Vu leur isolement, ils aiment beaucoup à recevoir des visiteurs, qu’ils viennent de Terre-Neuve ou du Canada.Tous, compatriotes ou non, sont les bienvenus.Battle Harbour appartient à Terre-Neuve ainsi que tout le Labrador.Ce n’est qu’après le cap Chidley que nous serons de nouveau en pays canadien.Mais on nous reçoit en amis. A BORD DU « PIE XI » 499 La population de Battle Harbour ne dépasse guère 150 personnes.Elle se compose surtout d’Anglo-Saxons de Terre-Neuve et de quelques Irlandais, ces derniers catholiques pour la plupart.Battle Harbour est un des plus importants postes de pêche établis le long de la côte du Labrador.Le poisson s’y vend en grande quantité.Une compagnie de Terre-Neuve l’achète, le prépare sur place et le dirige vers Saint-Jean.Battle Harbour possède un entrepôt de sel ; de nombreux bateaux de pêche viennent s’y approvisionner, ou reçoivent leur approvisionnement en haute mer.Le port, difficile d’accès mais bien protégé contre les vents du large, présente cette particularité fort appréciable qu’il est possible de s’y procurer de l’eau fraîche et même certaine quantité de combustible, en cas de nécessité.Toute l’activité de la colonie s’exerce sur la pêche ; la pêche domine tout ; on ne rêve et ne parle que de poissons ! A propos de pêche à la morue, voici la première expérience que nous avons faite : nous venions de quitter North-Sydney ; le capitaine voulait avoir du poisson frais pour déjeuner (il était 4 heures).Rien de plus facile : il jette à l’eau un gros hameçon double, le « jigger », laisse dérouler de 50 à 60 pieds de corde, agite l’hameçon de haut en bas et remonte une magnifique prise, une pièce de 25 à 30 pouces de longueur, qui bondit sur le pont en lançant des reflets argentés.Quelques instants après, nous jouissions d’un repas excellent et peu coûteux.Il semble que certaines familles soient établies à Battle Harbour depuis 2 ou 3 générations.Battle Harbour avait un petit hôpital, qui fut rasé par un incendie, en même temps que le magasin général et le bureau de poste il y a 2 ou 3 ans.On a senti le besoin de rebâtir ces derniers édifices, mais il est à regretter qu’il n’en ait pas été de même pour l’hôpital, car, comment parer aux coups éventuels de la maladie dans un poste si isolé ?En cas d’urgence, on peut bien, il est vrai, télégraphier au médecin de Saint-Anthony.S’il est là, si la mer est belle et si aucun contretemps n’arrête le canot-automobile, le docteur arrive 5 ou 6 heures après.Mais les retards doivent être assez fréquents.On trouve aussi, à Battle Harbour, un temple épiscopalien et une école élémentaire où, pendant la saison morte, on apprend aux enfants les rudiments de la langue anglaise.Mais durant la saison de pêche, tous, jeunes et vieux, sont à la 500 LE CANADA FRANÇAIS morue.Ce genre de vie est bien pénible.Le menu du jour se compose à peu près exclusivement de poisson ; la provision de pain et de pommes de terre n’est pas toujours assurée.Il est vrai qu’en certains endroits du moins le sol est riche, noir, collant, et produirait bien, semble-t-il, certains légumes, comme les radis, les choux, les betteraves, etc., mais la culture n’est pas chose facile pour ces gens et, voudraient-ils en faire, ils manquent complètement d’entraînement pour ce genre d’occupation.La pêche absorbe tout leur temps.La femme elle-même, après avoir vaqué aux soins du ménage, doit voir à l’entretien des agrès de pêche.Je ne sais si je me suis trompé, mais il m’a semblé voir, dans les yeux de ces pauvres déshéritées du sort, quelque chose comme un reflet d’amertume à l’endroit de ces pays si durs, où la vie apporte si peu de compensations.Tout le monde, en effet, est en lutte continuelle contre le froid, la mer, la solitude.Si la vie est remplie de difficultés pour les hommes, elle l’est davantage pour les femmes, car, à part la charge à peu près exclusive de la famille, elles doivent assumer celle des travaux les plus pénibles, sans compter qu’elles ne sont l’objet d’aucune indulgence de la part de leurs maris, qui affectent à leur égard un air de maîtrise et de supériorité inexorables.Le féminisme est inconnu à Battle Harbour ! L’élevage des chiens se fait sur une assez grande échelle et donne de jolis bénéfices.En fait d’animaux domestiques, nous n’avons vu que deux chèvres ; aussi importe-t-on une grande quantité de lait évaporé.Pour le naturaliste, Battle Harbour offre un vif intérêt à cause de ses formations géologiques.Les rochers qui forment les assises du groupe des îles de Battle Harbour, appartiennent au précambrien.Aussi sont-ils arrondis, polis, comme usés sous l’action du grand glacier continental qui couvrit le Labrador, à l’époque glaciaire.On trouve de magnifiques gneiss sur les rivages des îles, ainsi qu’en de nombreux endroits environnant le port.L’altitude de ces îles ne dépasse guère 150 pieds, excepté à l’endroit culminant de la grande île Caribou, Black Head, où l’élévation atteint 200 pieds.Nous employâmes la plus grande partie de la veillée à visiter, en compagnie du R.P.Dutilly et d’Alfred Mahoney, quelques familles de pêcheurs catholiques.Nous pûmes ainsi nous rendre compte « de visu » de la misère et des difficultés sans nombre qu’éprouvent ces pauvres gens.Acca- A BORD DU « PIE XI )) 501 blés de fatigues, mais heureux quand même de nos courses de l’après-midi et de la soirée, nous réintégrâmes domicile sur le « Pie XI », afin de tout préparer pour le départ fixé au lendemain et qui devrait être matinal.Le brouillard nous força de le remettre à dix heures.Ce contretemps, fâcheux en soi, nous permit d’aller faire quelques cueillettes de plantes et de roches dans les environs du port.Après avoir renouvelé notre provision d’eau et mis tout en ordre sur le bateau, par un beau soleil, nous quittions Battle Harbour, sans nous douter aucunement de l’imprévu qui nous attendait.Pendant la nuit, le vent souffiant avec force du large avait charrié et rassemblé à l’entrée du port un contingent de glaçons de toutes formes et de toutes dimensions qui se balançaient doucement sur les eaux.A la fin de juillet ! L’arrivée ou le départ d’un bateau dans ces régions n’est pas un mince événement.Aussi, quand nous levâmes l’ancre, toute la population, mettant de côté, pour la circonstance, ses occupations et ses soucis, était accourue pour saluer notre départ.Nous fûmes particulièrement touchés de la présence d’un certain nombre d’Irlandais, fixés sur une petite île, située juste à l’entrée du port et que nous avions été si heureux de visiter la veille au soir.Puis, toutes voiles dehors, sous les regards sympathiques et empreinte de curiosité des assistants, nous mîmes le cap sur Hawkes Harbour, où nous devions relâcher.Hawkes Harbour Sur le soir, après une journée entière de navigation, nous abordâmes, en effet, à Hawkes Harbour, minuscule poste de 2 ou 3 familles, dont une d’indiens, et nous y passâmes la nuit.Ces quelques familles composent à peu près toute la population sédentaire de la localité, mais, en été, elles reçoivent l’appoint de 150 à 200 marins attirés par les avantages qu’offre ce port pour l’industrie de la pêche à la baleine.Les baleiniers ont là un magnifique établissement.Grâce à l’obligeance du gérant, un M.O’Brien, nous eûmes l’avantage malgré l’heure tardive, d’en visiter en détail tous les bâtiments ; M.O’Brien nous expliqua le fonctionnement des machines et nous exposa les opérations de dépeçage des baleines.Cet établissement, fermé en 1930, sans doute par suite de la crise, retrouvait, cette année-là, après avoir été remis 502 LE CANADA FRANÇAIS entièrement à neuf, son activité ancienne, comme, d’ailleurs, celui de Gready Island.Tous deux, administrés par la même compagnie, reprenaient leurs opérations.Chacun peut recevoir 200 baleines par saison.Le R.P.Dutilly, que le problème scientifique intéresse à un haut degré, après avoir pris de minutieuses informations sur les méthodes de capture de la baleine et les opérations de dépeçage, s’enquit du lait particulièrement riche de ce mammifère.M.O’Brien lui promit de lui en envoyer un échantillon dès que les circonstances le permettraient.En fait, un échantillon lui parvint à Oka venant de notre bienveillant cicerone, qui tenait ainsi sa promesse, mais le lait était dans un état pitoyable et ne put être utilisé que pour analyse bactériologique.Ici, se place un événement de prime importance.Ce fut à Hawkes Harbour que nous fîmes connaissance avec les cousins, vulgairement dénommés
de

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