Le Canada-français /, 1 septembre 1936, Un manuel de génétique
Sciences naturelles IN MANUEL DE GÉNÉTIQUE Le R.P.Louis-Marie, O.C.R., professeur de botanique et de génétique à i’Institut Agricole d’Oka vient de mettre en librairie un ouvrage aussi précieux qu’intéressant pour toutes les personnes qui veulent se renseigner sur les lois et les caprices de l’hérédité.Ce fort volume de 475 pages porte comme litre principal le mot « Hérédité » avec l’indication « Manuel de Génétique » en sous-titre.Nous avons pensé que la publication de cet ouvrage mérite plus qu’une simple mention bibliographique parce que nous croyons qu’elle fait étape dans l’histoire des sciences naturelles chez nous.D’abord, qu’est-ce que la génétique ?l’auteur la définit ainsi : « Science qui s’occupe de l’avenir des êtres vivants; c’est la science expérimentale de la génération active et passive.» Il me semble que le P.Louis-Marie n’a pas besoin d’une longue présentation, du moins pour tous ceux qui s’intéressent aux choses de la biologie, particulièrement à la botanique.Toutefois je ne crois pas blesser la modestie monastique de l’auteur en énumérant brièvement quelques-uns des titres et des raisons qui le justifient d’avoir composé et fait imprimer le premier ouvrage de génétique rédigé en français sur le continent américain.Après avoir terminé ses études classiques au Collège Ste-Marie en 1917 il entra chez les Pères Trappistes d’Oka pour y faire son noviciat et ses études théologiques.Ses supérieurs remarquèrent facilement les brillantes qualités du jeune religieux et lui confièrent, après son ordination, l’enseignement de la botanique à l’Institut agricole dont ils ont la charge.Il lui fut plus tard permis de poursuivre ses études à l’Université de Montréal, d’où il sortit avec le diplôme de Licencié ès Sciences, après avoir eu pour maître le Frère Marie-Victorin, botaniste de réputation internationale.Plus tard il alla perfectionner ses connaissances à l’Universi- 72 LE CANADA FRANÇAIS té de Harvard, où il obtint dans un minimum de temps le diplôme de Docteur en biologie (Ph.D.), après avoir travaillé sous la direction de M.L.Fernald, le maître des maîtres en botanique systématique, ainsi qu’avec les professeurs E.M.East et W.E.Castle en génétique.Revenu à l’Institut agricole pour prendre charge des cours qu’on lui avait déjà confiés, notre jeune moine-agronome y organisa l’enseignement de la botanique sur des bases modernes de même que celui de la génétique, matière fort importante dans les études agronomiques contemporaines, dont le nom n’existait même pas dans les programmes d’études il y a quinze ans.Il n’était pas un homme à faire copier des notes à ses élèves pendant toute sa carrière de professeur, et il résolut bien vite de composer quelques manuels pour laisser entre les mains des agronomes et des médecins vétérinaires autre chose que des cahiers bourrés de notes plus ou moins lisibles, qu’on s’empresse d’enfouir dans les tiroirs de son bureau une fois le diplôme obtenu, pour ne plus jamais les consulter dans la suite.Pour l’enseignement de la botanique générale, il y avait bien déjà une foule de bons manuels français ou américains, dont les derniers ont le défaut d’être rédigés dans une langue avec laquelle les étudiants moins instruits ne sont pas toujours familiers, mais pour la botanique systématique il n’y avait rien du tout.Il combla cette lacune en publiant, iljy a cinq ans, sa Flore manuel que les étudiants de toute la province saluèrent avec enthousiasme parce qu’elle mettait fin au régime des notes, qui fait vraiment perdre trop de temps, ainsi qu’aux livres rédigés en anglais.Même après la publication de la magistrale Flore laurentienne du Frère Marie-Victorin, nous croyons que le petit volume du P.Louis-Marie reste pour l’amateur et l’étudiant pauvre un ouvrage de grande valeur, qui devra être réédité lorsqu’il n’y en aura plus en librairie.Pour l’enseignement de la génétique, l’absence de manuel pratique amenait un cahos presque complet.Les lois principales de l’hérédité qui servent de base à cette science, avaient bien été formulées vers 1865 par l’abbé Grégoire Mendel, mais comme les précieuses notes qu’il avait laissées n’ont été découvertes qu’en 1900, il s’en est suivi que la science de la génétique ne s’est guère développée qu’après cette découverte.Comme elle intéressait un grand nombre UN MANUEL DE GÉNÉTIQUE 73 de biologistes dans tous les pays à la fois, il est facile de comprendre que les chercheurs de partout présentèrent leurs conclusions avec une terminologie fort variable quand l’interprétation des résultats ou des statistiques n’était pas non plus variable.Le P.Louis-Marie s’est donc mis à la tâche.Il a choisi dans cet immense labyrinthe les couloirs les plus pratiques pour les éclairer et nous permettre d’en sortir.Je n’ai ni la compétence d’expliquer convenablement comment il y a réussi ni la hardiesse d’entreprendre la chose, mais j’avoue qu’après avoir lu attentivement cet ouvrage en entier j’ai pris la résolution de le consulter fréquemment, tant pour rafraîchir chez moi les notions péniblement emmagasinées dans ma mémoire d’étudiant que pour mieux comprendre à l’occasion les articles de biologie qui me tombent sous la main ou que mes devoirs professionnels m’obligent à consulter.Je cède ici volontiers la plume à M.Jean Rostand, professeur de génétique en Sorbonne, qui écrivait à l’auteur dans une lettre en date du 15 juin 1936 : Je suis très sensible à la pensée que vous avez eue de m’envoyer, avec une fort charmante dédicace, votre beau livre de Génétique.Il est tout particulièrement difficile de condenser sous la forme du manuel, une science jeune et en pleine croissance comme celle de l’hérédité : mais vous y avez excellemment réussi, puisque, tout en exposant avec une parfaite objectivité le dernier point de nos connaissances, vous évitez de donner l’impression du définitif et, sagement, réservez partout la place des révélations futures.Par la solidité de la construction, par la richesse et l’originalité d'une érudition judicieusement triée, par la clarté de la langue et la circonspection critique, par l’abondance des figures et des schémas, votre ouvrage constitue le plus précieux des instruments de travail.Il est appelé à rendre service, non seulement aux étudiants, mais aux spécialistes eux-mêmes.Cet ouvrage devra dorénavant faire partie de la bibliothèque des biologistes, des agronomes, des horticulteurs, des zootechniciens, des médecins et de ceux qui ont charge d’âmes.L’auteur y touche à tant de points passionnément discutés ou contreversés, comme les explications qu’il donne sur la transmission des caractères physiques chez les plantes, et les animauc, intellectuels et moraux chez les humains, sur les variations, la détermination du sexe, la consanguinité, 74 LE CANADA FRANÇAIS la stérilisation, l’eugénisme, etc., que bien peu d’intellectuels ne le trouveront pas intéressant et utile au moins dans quelques-uns de ses chapitres.Sa lecture leur fera mieux comprendre une foule de points obscurs sur ces questions fort discutées en biologie, en élevage, en hygiène, en médecine en psychiatrie et même en morale.Les catholiques qui liront ce livre reconnaîtront bien vite que derrière le scientiste et le professeur se cache un philosophe et un théologien qui se fait au besoin apologiste pour défendre discrètement les doctrines de l’Église et briser parfois le ressort de certains pièges dans lesquels les mécréants veulent faire tomber notre foi, sous prétexte de science et de progrès ; ils concluront peut-être aussi que, dans l’intimité de la cellule humaine, c’est-à-dire en dessous de ses chromosomes et de ses « genes », il y a une âme qui pour le moment gère le corps mais qu’il faudra sauver ! Comme agronome, je devrais considérer plus particulièrement la partie '.spéciale qui traite de l’amélioration des plantes et des animaux.Le cadre de cet article ne me permet même pas d’en faire une analyse convenable.Je sais cependant que mes confrères agronomes, qui tous connaissent l’esprit de travail du P.Louis-Marie et dont plusieurs ont été ses élèves, apprécient la précieuse utilité d’une telle publication, nécessaire pour les tentatives d’améliorations futures, chez les plantes et les animaux.Dans une science encore en formation comme celle de la génétique, créée presque de toutes pièces depuis trente ans à peine, nous savons qu’un auteur, fut-il le plus sérieux et le plus érudit, ne peut avoir la prétention de présenter une doctrine tout à fait inattaquable.Le P.Louis-Marie ne fait pas exception, et je le connais assez pour dire qu’il ne prendrait pas au sérieux celui qui voudrait lui faire des éloges sans réserves au sujet de son livre.Aussi je n’insiste pas sur certains défauts de l’ouvrage, que je distingue assez mal d’ailleurs, quand je les examine à la lumière de mes faibles connaissances du sujet, et j’aime mieux en faire ici une présentation impartiale qu’une critique même bienveillante.S’il se trouvait des critiques moins généreux, j’oserais leur dire en insistant qu’on peut « beaucoup pardonner )) au P.Louis-Marie « parce qu’il a beaucoup aimé ».beaucoup aimé la science en composant cet ouvrage, pour la rédaction UN MANUEL DE GÉNÉTIQUE 75 duquel il a dû consulter les œuvres de quelques centaines d’auteurs ; beaucoup aimé ses élèves, anciens, actuels et futurs, de même que ses confrères professeurs en leur servant sous une forme facilement consultable ce manuel ainsi saturé de documentation afin de leur épargner du temps dans l’étude et la recherche ; beaucoup aimé sa patrie, en ayant le courage d’exposer à ses compatriotes une matière sujette à tant de critiques parce qu’elle est nouvelle mais que ces derniers sauront d’autant plus apprécier qu’elle est publiée chez nous et rédigée avec des mots français.Orner Cabon, agronome. “J’espère que cet appareil fonctionne comme le dispositif facilitant l'ouverture du paquet des Sweet Caporals!” CIGARETTES SWEET CAPORAL "La J orme la plus pure sous laquelle le tabac peut etre jume.” J^dTlcet
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