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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Un Évêque de vingt-neuf ans
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1936-10, Collections de BAnQ.

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Histoire IJN ÉVÊQUE DE VINGT-NEUF ANS' Le siège épiscopal de Québec existe depuis bientôt trois siècles.Des prélats remarquables par leur science, leur vertu et leurs talents administratifs s’y sont succédé avec une rapidité parfois déconcertante pour nos humaines prévisions.Cependant aucun d’eux n’avait, jusqu’à cette année, rencontré un biographe digne de lui.L’histoire ne pouvait ignorer François de Montmorency Laval, le premier de tous dans l’ordre du temps et de la sainteté.Elle lui a consacré un livre, celui de l’abbé Auguste Gosselin, qui date depuis longtemps déjà au point de vue historique comme au point de vue littéraire.Les successeurs du grand Évêque en sont encore à attendre leurs historiens, et c’est aux pages de l’histoire générale qu’il faut aller demander quelques traits de leur physionomie et les événements saillants de leur carrière épiscopale.Grâce à M.le comte de Quinsonas, cette lacune est maintenant comblée en ce qui concerne Monseigneur de Laubéri-vière.Le volume d’une tenue impeccable que M.de Quinsonas vient de consacrer à ce prélat n’est pas une simple entreprise littéraire.Arrière-petit-neveu de l’évêque, catholique de vieille souche, M.le Comte a écrit son livre en hommage d’admiration à un ancêtre que sa famille vénère comme un saint.Pour ces raisons, parce que Monseigneur de Laubérivière est nôtre par les affections de son âme de prêtre et par sa tragique destinée, il a semblé nécessaire de présenter aux lecteurs du Canada français et l’œuvre de M.de Quinsonas et le prélat dont elle évoque si opportunément le souvenir.Celui qui devait être pendant quelques mois à peine le cinquième évêque de Québec, François-Louis Pourroy de Laubérivière, naquit à Grenoble le 16 juin 1711.Sa famille, 1.Comte de Qüinsonas.Monseigneur de Laubérivière.Un vol .in-8 de 206 pages, avec une lettre préface de S.Em.le Cardinal Baudrillart.Chez G.-P.Maisonneuve, 32, rue de Granelle, Paris, 1936. 128 LE CANADA FRANÇAIS fixée depuis le seizième siècle dans la capitale du Dauphinée, avait donné plusieurs des siens à l’Église, à l’Armée et au Parlement.François-Louis fut baptisé le lendemain de sa naissance.Sa jeunesse se partagea entre l’hôtel familial de Grenoble et le château de Mérieu où l’on conserve pieusement les papiers de l’évêque de Québec.Il entendit très jeune l’appel de Dieu.Le 21 mars 1721, pendant qu’il faisait ses humanités au collège des Jésuites de Grenoble, il fut tonsuré.Il avait dix ans.Six ans plus tard, il partait pour Paris afin d’y étudier la philosophie et la théologie au séminaire de Saint-Sulpice.Sa vie est alors celle d’un pieux séminariste, guère différente de l’existence que, de nos jours encore, on mène dans les grands séminaires.Son biographe reproduit quelques lettres qu’il écrivit à sa mère pendant ces années de formation cléricale.En passant, le jeune clerc apprend à Mme de Laubérivière qu’il a été nommé sacristain et qu’il lui arrive de casser des pots dans les chapelles de Saint-Sulpice.Il sait à l’occasion — et de la plus aimable façon du monde — faire la quête auprès de ses correspondants en faveur de ces chapelles.Il est tel supérieur de grand séminaire qui se gaudirait de compter parmi ses clercs aussi habile quêteur.Le 2 septembre 1729, le jeune de Laubérivière était reçu maître ès arts.Le 4 octobre de la même année, il commençait ses études théologiques.Sous-diacre en 1732, il était presque aussitôt pourvu d’un canonicat : celui d’un sien oncle à l’église collégiale de Romans.En ces heureux temps, les chanoines n’étaient pas toujours d’âge canonique.Le 4 septembre, il était fait prêtre dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice à Paris.Il devait passer trois autres années dans cette Maison, tout entier à l’étude des sciences théologiques.Cette patiente initiation à la théologie lui valut le doctorat en Sorbonne le 1 avril 1738.Le premier soin du jeune docteur fut de gagner Romans afin d’y remplir enfin son office de chanoine.Il ne fit guère que passer dans cette ville du Lyonnais.Les quelques mois qu’il y vécut furent employés — sa correspondance en fait foi — à la conquête des âmes.Même chanoine, M.de Laubérivière se préoccupa de liturgie.Dans une lettre de cette époque, il mande à sa mère de ne lui point envoyer un surplis avec une grande dentelle au bas « parce que ce n’est point l’usage d’en porter ici ».En mars 1739, UN ÉVÊQUE DE VINGT-NEUF ANS 129 il était en visite chez ses parents à Grenoble lorsque, brusquement, il fut rappelé à Paris par le Roi.II était, à 29 ans, nommé évêque de la Nouvelle-France.Le nouveau prélat, à peine arrivé à Paris, dut se mettre en frais d’audiences et d’équipages.La bonne grâce de sa jeunesse, le parfait équilibre de son esprit suffirent aux frais d’audiences.Par contre, sa bourse succomba vite devant les dépenses assez considérables que lui imposaient son rang et ses fonctions.Il dut alors s’employer en toute humilité et abnégation à financer son entreprise missionnaire.Les siens lui vinrent en aide.Lui-même dénicha dans ses courses à travers la capitale une mitre de drap d’or qu’il paya 135 francs, deux ceintures de soie blanche qu’on lui abandonna pour 12 francs et tutti quanti.C’est en ce grand équipage de pauvreté apostolique qu’il fut sacré évêque de Québec dans la chapelle de Saint-Sulpice le 16 août 1739.Son prédécesseur sur le siège épiscopal, Monseigneur Dosquet, assistait à la cérémonie, et l’évêque consécrateur n’était autre que le prédécesseur de ce dernier : Monseigneur de Mornay.La famille du jeune évêque n’avait pu assister à la consécration épiscopale de François-Louis.En fils affectueux, le prélat s’empressa d’aller porter aux siens une de ses premières bénédictions.Il rencontra sa mère à Lyon, fit à Romans la cérémonie de la confirmation et termina cette année 1739 en la compagnie de ses parents dans l’hôtel familial de Grenoble.En février 1740 (non 1739, comme l’écrit son biographe), il était à Paris, préparant son voyage pour le Canada.Enfin, le 10 juin 1740, après bien des démarches et des contretemps, il quittait La Rochelle pour Québec.La navigation du Rubis, le navire qui portait le prélat, fut d’abord des plus heureuses.En vue des côtes de Terre-Neuve, la manœuvre devint difficile.Bientôt le typhus se déclara à bord du vaisseau.En peu de jours, les ponts et les entreponts regorgeaient de malades.Monseigneur et les personnes de sa suite s’employèrent de leur mieux à soulager ces malheureux.Dès que le navire fut en vue de Kamouraska, on commença à transporter les victimes à Québec sur des embarcations plus légères.Le prélat voulut rester à son poste de dévouement.Le 8 août, alors que le navire longeait l’île aux Coudres, il se décida, sur les instances 130 LE CANADA FRANÇAIS de son entourage, à prendre place dans une chaloupe, qui le conduisit à Québec le jour même.La ville, privée d’évêque depuis longtemps, lui fit une réception triomphale.Monseigneur de Laubérivière donna la bénédiction du Très Saint Sacrement à la cathédrale et se retira ensuite dans les appartements qu’il s’était fait aménager au Séminaire.Les jours suivants, il visita les communautés de la ville et les personnages officiels.Le 12 août, il se sentit indisposé.Le 16, le pourpre parut.Le 20 août, à sept heures du matin, en sa pauvre chambre du Séminaire, le cinquième évêque de Québec rendait son âme à Dieu.Un an auparavant, jour pour jour, il prêtait serment de fidélité au Roi en la chapelle de Versailles.Il fut inhumé le soir même en son église cathédrale, où il repose de nos jours sans qu’une pierre vienne évoquer son souvenir.* * * Telle est en sa brièveté et simplicité la carrière épiscopale que M.de Quinsonas vient de livrer — révéler peut-être — au public.Les entreprises très modestes auxquelles fut associé Monseigneur de Laubérivière ne justifiaient point une telle publication.Mais dans la grisaille de cette existence de clerc et d’évêque missionnaire au dix-huitième siècle monte une pure flamme de sainteté.Et parce qu’il y a cette flamme, M.de Quinsonas ne pouvait laisser plus longtemps sous le boisseau cette lumineuse existence.Nous n’avons guère de documents autobiographiques sur les états d’âme de François-Louis de Laubérivière.Il ressort de sa correspondance qu’il n’y eut même pas les états d’âme, mais seulement une âme qui s’en va à Dieu tout uniment, trop occupée du Créateur pour se complaire dans les créatures ou en elle-même.Quoiqu’il en soit, les contemporains ne s’y trompèrent pas.Son propre évêque, Monseigneur de Caulet, ne craignait pas d’écrire dans sa Lettre du 13 novembre 1740, au sujet de la mort de M.l’Évêque de Québec : Il meurt, comme il a véçu, en Saint et en Saint que les Siècles les plus purs du Christianisme eussent révéré, comme un Martyr de la Charité, n’ayant pu devenir un Martyr de la foi, bonheur auquel il y a lieu de croire qu’il ne se fut pas refusé, si tels eussent été sur lui les desseins de Dieu. UN ÉVÊQUE DE VINGT-NEUF ANS 131 Le caractère officiel du mandement de Monseigneur de Caulet pourrait donner le change au lecteur un peu prévenu.Un des compagnons de voyage de Monseigneur de Laubéri-vière à bord du Riibis, le père Canot, S.J., n’est pas moins affirmatif ni moins net que Monseigneur de Grenoble.Dans une lettre qu’il écrivit peu après son arrivée à Québec, nous lisons les lignes suivantes : Nous eûmes à notre bord Monseigneur l’Évêque de Québec.On peut dire, pour faire son éloge en deux mots, qu’à l’âge de 28 ans c’était un prélat accompli, d’une douceur qui attirait tous les cœurs, d’une prudence consommée, d’une sainteté qui le faisait infiniment respecter ; en un mot, c’était un apôtre, un Saint.Fait remarquable, le peuple de la Nouvelle-France rendit à la sainteté de Monseigneur de Laubérivière un témoignage spontané et décisif.L’Évêque n’avait vécu dans son diocèse qu’une dizaine de jours.Il était inconnu de la majeure partie de la population.Cependant, dès septembre 1741, un curé de l’île de Montréal pouvait écrire : J’ai appris avec bien de la joie que le Seigneur justifie par des miracles, en France comme au Canada la haute idée qu’on avait conçue de feu Monseigneur de Laubérivière.On compte plusieurs miracles opérés ici en sa faveur ; partout on ne voit que neuvaines faites en son honneur.De Montréal, on descend jusqu’à Québec pour pouvoir le prier sur son tombeau.Chaque année, de 1742 à 1750, le successeur du jeune prélat, Monseigneur de Pontbriand, expédiera à M.le Président de Laubérivière le récit de guérisons attribuées à son fils.Le ministère de médiation de Monseigneur de Laubérivière, trop tôt interrompu sur cette terre, se continuait au delà du tombeau.Peut-être n’en tient-il qu’à nous d’en ressentir encore aujourd’hui les effets bienfaisants ! Évêque de Québec, François-Louis l’est encore dans l’éternité.M.de Quinsonas a recueilli avec un soin pieux tout ce passé qui se continue de vivante façon sur le plan surnaturel.Il a fouillé les moindres détails de cette existence, il a mis en lumière tous les traits de cette physionomie.Ses recherches et ses travaux nous ont valu l’œuvre de solide érudition, de haute tenue littéraire, d’exécution typographique impeccable que S.Ém.le Cardinal Baudrillart a voulu préfacer.Il 132 LE CANADA FRANÇAIS semble bien que l’histoire a dit son dernier mot sur Monseigneur de Laubérivière et qu’après M.de Quinsonas, il n’y ait même plus à glaner dans le champ du passé.Mais le jeune Évêque n’est pas entré tout entier dans l’histoire.Sa charité nous reste, qui peut, aux heures troubles que nous vivons, comme au lendemain de sa mort, prolonger parmi nous la charité même de Dieu.J’ai sous les yeux le portrait du saint prélat.Le visage est d’un ovale presque parfait.Le nez mince et droit, le port de tête énergique, les lèvres demi-closes révèlent la fermeté du caractère, une force intérieure que rien ne peut lasser.Par contre, les yeux sont d’une extraordinaire douceur, perdus en quelque vision céleste.Douceur et fermeté en l’amour de Dieu, ainsi nous apparaît en ce portrait et dans ce livre François-Louis.Il est à souhaiter — c’est là, je crois, le grand désir de M.de Quinsonas — que ce portrait soit répandu chez nous et aussi cette « Vie », et qu’on se reprenne en Nouvelle-France à prier Monseigneur de Laubérivière, cinquième évêque de Québec.Paul-E.Gosselin, pire.
de

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