Le Canada-français /, 1 octobre 1936, La mesure de l'intelligence. Méthode des tests
Psychologie LA MESURE DE L’INTELLIGENCE Méthode des tests De tout temps des différences dans l’intelligence des hommes ont été observées ; on a remarqué que les uns étaient brillants, les autres moyens, stupides ou idiots.Relativement peu savent qu’aujourd’hui, au lieu de se fier à une appréciation tout subjective, on peut, grâce aux tests d’intelligence, évaluer scientifiquement et objectivement les capacités mentales, et en exprimer le résultat en termes numériques.Ces tests ont eu de nombreuses répercussions, allant bien au-delà de la psychologie expérimentale qui les a élaborés, et il est bon que tous ceux qui s’intéressent aux questions humaines en aient au moins quelques notions.Les premiers essais de mesure de l’intelligence remontent à la fin du dernier siècle.Ils prirent d’abord la forme de tests sensoriels : capacité d’évaluer divers poids, temps de réaction à une excitation auditrice, temps nécessaire pour nommer une couleur, rapidité du mouvement du bras, sensibilité de la peau, etc.On employait alors de tels tests parce qu’on croyait que l’acuité physiologique! était la même pour tous, et que les différences étaient dues au degré d’attention, identifiée avec l’intelligence ; mais on reconnut vite que la mesure du mental par le physique ne conduit pas à des conclusions valides.Les psychologistes cherchèrent alors à évaluer l’intelligence en mesurant l’une des facultés ou fonctions de l’esprit, perception, mémoire, association, imagination.On croyait à cette époque que l’exercice d’une faculté dans une direction spéciale produisait l’amélioration générale de cette faculté et même affectait les autres activités de l’esprit.Mais Thorndike, Woodworth et autres démontrèrent que le simple exercice d’une faculté est spécifique et sans transfert appréciable, et que divers tests d’une même faculté donnaient des résultats différents.Maintes expériences postérieures ont confirmé ces conclusions. LA MESURE DE L’iNTELLIGENCE 143 C’est à un Français, Alfred Binet, directeur du laboratoire de Psychologie à la Sorbonne, que revient l’honneur d avoir produit la première échelle de mesure mentale.En 1903, les autorités scolaires de Paris, alarmées par le grand nombre d’écoliers incapables de suivre les classes ordinaires, demandèrent à Binet de préparer une méthode qui séparât ces inaptes.Binet se mit à l’oeuvre et s’assura la collaboration du Dr Simon.Il fit d’abord l’essai des tests sensoriels, alors en faveur, mais il s’aperçut bientôt qu’il faisait fausse route.Contrastant la conduite des enfants normaux et anormaux, il conclut que l’intelligence se manifeste principalement par la compréhension, l’invention, la direction et la censure, et qu’un test, pour être valide, doit renfermer des épreuves nombreuses et variées, portant sur ces i ormes de l’activité mentale.Maîtres et médecins ont toujours eu l’habitude d’examiner l’état d’esprit de leurs élèves ou patients en leur posant de simples questions.Binet adapta cette méthode et standardisa une série de questions ou problèmes pour chaque année.Ainsi, une question à laquelle pouvait répondre 75% des enfants de six ans, mais qui était trop difficile pour la majorité des enfants de cinq ans, fut considérée comme un bon test pour l’âge de six ans.En suivant ce procédé, Binet établit des séries de questions, graduées pour chaque âge, de trois à quinze ans, et touchant les différents aspects de l’esprit.La première échelle métrique du développement de l’intelligence fut publiée en 1905.Des éditions revisées parurent en 1908 et en 1911 ; en cette dernière année, Binet mourut, laissant ses travaux inachevés.Son échelle, aussi simple qu’ingénieuse, reçut un accueil favorable dans tous les pays.Mais comme les tests avaient été étalonnés sur des enfants des faubourgs ouvriers de Paris et sur un nombre insuffisant de sujets, il n’est pas étonnant que, transportés à l’étranger, ils donnaient des résultats un peu différents de ceux obtenus par Binet.Aussi des adaptations furent-elles préparées.La mieux connue de ces révisions est celle de Terman, professeur de Pédagogie à l’Université Stanford, Californie.Elle résulte d’expériences minutieuses faites sur 2300 enfants et adultes, de tout calibre intellectuel, et il est reconnu qu’elle constitue une grande avance sur l’échelle de Binet. 144 LE CANADA FRANÇAIS Selon cette échelle, un enfant de six ans doit pouvoir discerner la droite et la gauche, noter les lacunes de croquis, compter 13 sous, répondre à des questions telles que celles-ci : « Si tu dois aller quelque part, et que tu manques le train, qu’est-ce que tu dois faire ?», répéter une phrase de 16 à 18 syllabes, etc.Un enfant de 10 ans doit pouvoir définir 30 mots d’une liste de 100, discerner l’absurdité de quatre phrases comme la suivante : « Un homme disait : La route qui va de ma maison à la ville descend tout le temps jusqu’à la ville, et descend tout le temps de la ville à ma maison », reproduire de mémoire deux dessins, rapporter la substance d’un récit, donner une réponse satisfaisante à des questions comme celles-ci : « Pourquoi devons-nous juger une per- sonne d’après ses actes plutôt que d’après ses paroles ?», donner spontanément 60 mots en 3 minutes, etc.Pour exprimer les résultats des tests, on emploie les concepts de « l’âge mental » et du « quotient intellectuel ».L’âge mental est « ce degré d’habilité mentale qui est possédé par l’enfant moyen de l’âge chronologique correspondant ».Ainsi, un enfant de 8 ans a un âge mental de 8 ans s’il répond aux questions de 8 ans ; il a donc la capacité mentale d’un enfant moyen de 8 ans ; s’il peut passer la liste de 10 ans, il mérite un âge mental de 10 ans et se trouve supérieur à la moyenne ; si les problèmes de 6 ans constituent sa limite, son âge mental est de 6 ans, et il est d’une intelligence inférieure.Le quotient intellectuel, plus précis que l’âge mental, s’obtient en divisant l’âge mental par l’âge chronologique.Le quotient intellectuel d’un enfant de 8 ans qui a un âge mental de 10 est donc de 125 (en pratique, on omet le point décimal).Pour les adultes, afin d’éviter des quotients trop bas, l’âge chronologique est fixé à 16 ans.Les tests Binet sont linguistiques, consistant en questions et réponses verbales.Avec des enfants sourds ou muets, ou qui pour une raison ou une autre ne peuvent se rendre justice, on emploie les tests de performance ou d’exécution.Dans ces tests, l’enfant se sert de ses mains ; il assemble des pièces, reconstruit des figures dissociées, manipule des blocs, etc.Des tests analogues sont aussi utilisés dans les examens d’orientation professionnelle, afin de découvrir les aptitudes du sujet.Dans la pratique, les tests Binet ont deux graves inconvénients : ils sont longs à administrer, demandant 30 ou 40 LA MESURE DE L’iNTELLIGENCE 145 minutes et davantage pour chaque sujet, ce qui rend interminable l’examen d’un grand nombre d’enfants; de plus, ils exigent des examinateurs spécialement entraînés.On a alors construit des tests collectifs qui peuvent être donnés à plusieurs sujets à la fois et par toute personne qui veut suivre les instructions.C’est à un comité de psychologistes américains que nous devons les premiers tests collectifs, qui furent préparés, non pour des enfants, mais pour des adultes.Lorsque les États-Unis entrèrent en guerre, en 1917, les chefs de l’armée américaine eurent à choisir rapidement les conscrits capables de devenir officiers et éliminer ceux trop obtus pour apprendre à manier un fusil.Us demandèrent donc à des psychologistes de réputation de préparer à cet effet un test, que deux millions de soldats subirent.Le succès de ce test de l’Armée américaine attira l’attention des éducateurs, et après la guerre, des tests collectifs furent introduits dans les écoles, les collèges et les universités, aux États-Unis et en Europe.Ces tests écrits peuvent s’appliquer à plusieurs centaines de sujets à la fois et ne requièrent pas plus que f d’heure ; ils renferment un grand nombre de questions, portant sur la compréhension, le raisonnement, l’attention, la capacité de voir les relations et de résoudre des questions nouvelles, ne dépendant pas des connaissances acquises.En voici quelques exemples : Large est à petit comme lourd est à — ?Sucre est à miel comme amer est à — ?Quand est à où comme temps est à — ?S’il y a plus d’A’s dans ANTANANARINO que dans AFGHANISTAN, écrivez P, à moins qu’il n’y ait plus de N’s dans celui-là que dans celui-ci, dans lequel cas, écrivez R.MURDNUNOC est un mot écrit à l’envers.Écrivez-le à l’endroit.Continuez la série 37, 31, 26, 22,.Pierre est assis à gauche de Jean, et Jacques est à gauche de Pierre Si je me tiens face à eux, qui est à ma droite ?Si le train est en retard, Paul manquera son rendez-vous.Si le train est en temps il manquera le train.Nous ne savons pas si le train fut en temps ou non.Savons-nous si Paul fut au rendez-vous ?(12 ans).Si on désire un test moins facile, on peut essayer de déchiffrer la phrase anglaise suivante : ?x ?z Y) 2z- x) :&?x- k z)VV-x )V x ?zz2- (k(-& 146 LE CANADA FRANÇAIS Lorsque les tests sont donnés à un grand nombre de sujets non sélectionnés, ils révèlent des faits intéressants.56-65 66-75 76-85 86-95 96-105 106-115116-125126-135 136-145 .33% 2.3% 8.6% 20.1% 33.9% 23.1% 9.% 2.3% 55.% Distribution des quotients intellectuels de 905 enfants.La hauteur de chaque rectangle indique le nombre d’enfants ayant le Q.I.correspondant, indiqué par la première ligne de chiffres.La deuxième ligne donne le pourcentage d’enfants dans chaque groupe.(D’après Terman.) On constate d’abord que l’intelligence est distribuée dans la population suivant la courbe de la probabilité, qui, on le sait, à la forme d’une cloche : haute fréquence de l’intelligence moyenne, et diminution symétrique aux extrêmes.Les résultats sont les mêmes dans tous les pays.Le polygone ci-près illustre la distribution de l’intelligence chez 905 enfants.En se basant sur de telles données, on peut dire que l’intelligence est distribuée dans la société à peu près dans les proportions suivantes : Q.I h en dessous de 50 (imbéciles et idiots).50% Q.I.50-69 (débiles).2.50% Q.I.70-79 (cas frontières).4% Q.I.80-89 (lenteur intellectuelle).13% Q.I.90-110 (intelligence moyenne ou normale).60% Q.I.111-120 (intelligence légèrement supérieure).14% Q.I.121-140 (intelligence supérieure).5% Q.I.140 et au-delà (intelligence très supérieure).1% 80% de la population ont donc une intelligence moyenne ou inférieure à la moyenne.Ce fait se prête à maintes interprétations.Cette distribution de l’intelligence est d’ailleurs 1.Quotient intellectuel, LA MESURE DE L INTELLIGENCE 147 la même que pour tout autre trait ; mesurez la taille, la pesanteur, la mémoire, l’habilité mathématique, l’honnêteté, la façon dont retombent 10 pièces d’un sou lancées en l’air 1,000 fois, vous obtiendrez des résultats analogues.Une question souvent débattue est la supériorité intellectuelle d’un sexe sur l’autre.On a longtemps cru que la femme, en vertu de son infériorité physique, était aussi mentalement inférieure à l’homme.D’après les tests, il n’en est rien : garçons et filles obtiennent dans l’ensemble des résultats équivalents.Cependant on rencontre plus de quotients élevés (150 et au-dessus) chez les hommes que chez les femmes.1% de la population masculine dépasse les femmes les mieux douées, si le reste des deux sexes s’égale.La prédominance dans l’histoire d’hommes éminents sur les femmes célèbres confirme ce fait.Ce ne sont pas tant les opportunités que les dons naturels qui ont manqué aux femmes pour devenir des génies.Un autre fait révélé par les tests est la constance du quotient intellectuel.Celui-ci demeure en général le même pendant toute la vie de l’individu.Les différents tests qu’on donne aux mêmes enfants, à diverses étapes de leurs études, indiquent très peu d’altérations dans le niveau intellectuel.Jusqu’à date une seule expérience a démontré qu’un changement de milieu pouvait modifier le Q.I.h On constata que de jeunes enfants, issus de parents pauvres, haussaient sensiblement leur quotient après avoir été adoptés par des familles riches.Terman, dans une expérience similaire, obtint des résultats négatifs 2.Ces faits portent à croire que l’intelligence est innée, plutôt qu’acquise ; elle aurait même une base physiologique.D’après des examens au microscope, une section donnée du cerveau d’un débile mental contient moins de cellules qu’une section correspondante chez un normal.Les enfants tendent à avoir l’intelligence de leurs parents : les professionnels ont des enfants qui sont mieux doués que ceux des travailleurs manuels, quoique l’inverse se rencontre ; environ 75% des enfants débiles ont des parents débiles.1.Freeman, F.N., « The influence of environment on the intelligence, school achievement, and conduct of foster children », 27th Yearbook National Society for the Study of Education, 1928, 102-217.2.Terman, L.M., « The influence of nature and nurture upon intelligence score », Journal of Educational Psychology, 1928, 332-367. 148 LE CANADA FRANÇAIS Une autre révélation des tests est l’âge auquel la maturité mentale est atteinte.Cet âge varie suivant les capacités intellectuelles reçues à la naissance.L’idiot atteint sa limite à 3 ans, l’imbécile à 8, le débile à 10 ou 12 ans, le normal à 14 ou 15, le surdoué à 16 et au-dessus.L’âge mental moyen des soldats américains était de 13^ ans.Ces chiffres surprennent à prime abord, s’ils peuvent plaire aux cyniques, mais il ne faut pas les rejeter sommairement.Comme la croissance physique, la croissance mentale est limitée ; l’intelligence de la foule n’a jamais été cotée très haut ; la majorité des adultes remplissent des fonctions purement routinières, et il n’est pas étonnant que lorsqu’ils ont à résoudre des problèmes nouveaux, ils ne fassent pas meilleure figure que les adolescents.Il faut ajouter que si l’intelligence cesse de croître en altitude assez tôt, elle peut s’étendre en superficie indéfiniment, grâce à l’expérience, au savoir, à la technique, et ce dernier aspect n’est pas mesuré effectivement par les tests actuels.Les tests ont reçu de nombreuses applications dans les diverses branches de l’activité humaine, mais c’est dans le domaine de l’éducation qu’ils ont rendu les plus grands services.Il est reconnu que la pédagogie doit être basée sur la psychologie, qu’il faut adapter l’enseignement à la nature de l’enfant, à ses capacités, aux lois de son développement.Sans doute, il est possible de connaître les aptitudes d’un élève sans l’aide des tests.Ainsi les maîtres ont l’habitude de juger les aptitudes par l’habilité à acquérir les connaissances scolaires, mais cette méthode n’est pas sans inconvénients.De pauvres résultats scolaires peuvent être dus à plusieurs causes : mauvaise santé, absences, manque d’intérêt ou de travail, etc.Il est difficile de connaître la raison véritable si on ne peut juger l’intelligence, indépendamment des autres facteurs.Des hommes éminents n’ont-ils pas été considérés comme peu doués à l’école ?Newton et Darwin étaient des derniers de classe ; Napoléon Bonaparte fut le 42ème, sur 43 finissants, à l’École militaire.Les examens eux-mêmes ne sont pas infaillibles ; n’a-t-on pas vu une copie de géométrie recevoir de la part de 114 correcteurs entre 28 et 92 points ?Des réponses-modèles, rédigées par un professeur d’histoire, tombèrent entre les mains des examinateurs, qui LA MESURE DE L’iNTELLIGENCE 149 leur attribuèrent entre 40 et 90 points.Les parents, s’ils sont cultivés, pourront se faire une juste idée des capacités de leur rejeton.Mais souvent ils manquent de points de comparaison et leur affection les illusionne.Je me souviens d’une brave femme qui amenait un jour son garçon de 10 ans à la Clinique pour lui faire subir un test ; elle le croyait pres-qu’un génie, parce qu’il savait sa table de multiplication jusqu’à 24, alors qu’elle-même n’avait jamais pu dépasser la table de 6.En réalité, l’enfant n’avait qu’une intelligence moyenne.Les tests obvient aux désavantages d’une appréciation subjective, et les maîtres qui ont eu l’occasion de s’en servir les ont toujours utilisés dans la suite.Ils constituent une méthode sûre, éprouvée, objective, scientifique, de juger l’intelligence, indépendamment des connaissances acquises ; ils neutralisent les influences d’un milieu défavorable ou le manque d’intérêt ; ils ont dans la pratique découvert plusieurs élèves bien doués, qui étaient ignorés par les maîtres.En outre, les tests ont une grande valeur prédictive ; ils indiquent, non pas ce que l’élève a appris, mais ce qu’il peut apprendre ; appliqués à un jeune, ils évaluent son intelligence et prédisent aussi ses succès probables à l’école.On rencontre des jeunes, qui, à force de travail, réussissent à franchir les classes inférieures, mais qui, faute de capacités, échouent dans des examens plus difficiles.Plusieurs études ont démontré que la proportion d’échecs est beaucoup plus forte chez ceux qui obtiennent de maigres résultats sur un test d’intelligence 1.Par une sage orientation, on peut ainsi sauver beaucoup de temps et d’effort.Il est bon d’ajouter toutefois que, pour obtenir des conclusions valides, il faut toujours considérer les résultats scolaires, etc., en regard de ceux des tests.Un autre fait révélé par les tests dont les éducateurs doivent tenir compte est la constance du quotient intellectuel.Il est vain d’espérer changer un anormal en normal, de s’acharner à développer chez quelqu’un des capacités qu’il n’a pas.L’éducation ne peut donner ce que la nature a refusé.Les critiques qui reprochent à l’école de ne pas produire des élèves uniformément brillants feraient bien de s’enquérir d’abord des faits.Il ne faudrait pas conclure cependant 1.Cf.Burwell, W.R., « Some results of psychological testing at Brown University ».School and Society, 1925, pp.48 ff. 150 LE CANADA FRANÇAIS que l’éducation est inutile.Loin de là.S’il apparaît impossible d’augmenter la dose innée d’intelligence d’un élève, il reste à lui enseigner comment tirer le meilleur parti de ses capacités et lui faire produire le plus grand rendement.Ce domaine est très vaste, puisque aucun être humain n’a encore réussi à exploiter au maximum l’une quelconque de ses facultés.Les remarquables progrès réalisés chez les anormaux des écoles spéciales montrent ce qu’on pourrait faire chez les normaux et surnormaux.Sur ce point, les nouvelles méthodes de la psychologie sont très efficaces.Grâce à elles, l’enfant peut apprendre à raisonner, imaginer, critiquer, penser juste, voir l’essentiel d’une question, beaucoup plus effectivement et rapidement que par les méthodes usuelles.Une application évidente des tests est la découverte des différences individuelles.Ces variations entre les capacités des individus sont beaucoup plus grandes qu’on ne le croyait avant l’introduction des tests.Dans une même classe d’une école ordinaire, on a trouvé des quotients intellectuels allant de 60 à 140, des âges mentaux variant entre 7 et 12 ans 1.D’après des tests scolastiques, on a trouvé que le meilleur lecteur était 22 fois plus efficient que le moins bon.Dans un test de mémoire donné à une même classe, Binet trouva que le premier pouvait reproduire 54 vers, et le dernier 4 seulement2.De telles différences sont spécialement marquées à l’école primaire.Il est donc erroné de traiter tous les élèves d’une même classe d’une même façon, sauf en matières de justice.En général 40% des élèves s’écartent de la majeure, en degrés variés ; même les écoliers moyens diffèrent entre eux par des aptitudes spéciales.Des élèves si différents ne peuvent être enseignés avec succès par les mêmes méthodes.Il faut adapter l’enseignement aux capacités de chaque enfant et ne demander de chacun que ce qu’il peut donner.L’Évangile lui-même ne nous dit-il pas qu’il faut exiger de chacun suivant les talents qu’il a reçus ?C’est une perte de temps et d’efforts que d’associer des élèves trop différents par l’intelligence.Des leçons adaptées à la moyenne seront trop aisées pour les brillants, et trop difficiles pour les sous-doués.C’est pourquoi, afin d’obtenir l’homogénéité nécessaire à une instruction fructueuse, cer- 1.Goldring, C., « Intelligence testing in a public Toronto school s.2.Binet, A.,
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