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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Le Mystère de l'Incarnation dans l'art chrétien primitif
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1937-01, Collections de BAnQ.

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Archéologie LE MYSTÈRE DE L’INCARNATION DANS L’ART CHRÉTIEN PRIMITIF Il ne faut pas être théologien pour savoir que le Mystère de l’Incarnation, strictement uni à celui de la Sainte Trinité, et, — dirai-je presque,— son corollaire, est le pivot autour duquel se déroulent toute la foi et les pratiques du catholicisme; nul ne sera donc étonné que nous eD trouvions des traces dans les monuments de l’art chrétien primitif.Toutefois, la crèche, telle que nous la reproduisons, — paysage de fantaisie, avec des statues coloriées de personnages et d’animaux, — ne remonte qu’au XlIIe siècle, et fut inventée par saint François, qui se trouvait alors au pittoresque ermitage de Greccio, près Rieti.Nous avons quatre types de monuments anciens nous rappelant la Nativité : des fresques, des sculptures, des mosaïques et de menus objets, — ceux dont s’occupe cette science spéciale que d’aucuns rattachent à l’archéologie, et qu’on appelle la glyptique.* * * La peinture ne nous donne qu’une idée indirecte de la naissance du Sauveur, puisqu’elle représente très souvent l’Enfant Jésus dans les bras de la Sainte Vierge, ou encore l’adoration des Roys Mages ; mais l’archéologie ne connaît qu’une seule représentation pictoriale de la crèche, au cimetière de Saint-Sébastien, sur la voie Appienne.Bien que, par un lavage maladroit, elle ait malheureusement été perdue ces dernières années, elle a été plusieurs fois copiée.Un seul mais large cadre en couleur, rectangulaire, et un nimbe rond, très simple, autour de la tête de la Sainte Vierge montrent que la peinture est du milieu du IVe siècle.On ne voit que le buste, sans bras, d’une femme jeune, aux cheveux retombant discrètement tout autour de la tête, et vêtue de la dalmatique.Devant elle, sur une sorte de table LE MYSTÈRE DE L’iNCARNATION.427 à quatre pieds, on voit l’Enfant Jésus, maillotté, et orné lui aussi d’un nimbe rond plus fourni que celui de la Sainte Vierge, mais toujours d’une extrême simplicité.On voit aux pieds de l’Enfant Jésus, à gauche, les deux animaux traditionnels.* * * Les sculptures, en bien plus grand nombre, ornent presque toujours des sarcophages, et sont toutes d’une naïveté émouvante.Citons celle, des débuts du IVe siècle, que vit Roller vers 1881, dans la région des Caecilii, au cimetière de Saint-Calixte sur la voie Appienne.La crèche, panier en osier posé directement sur le sol, occupe le milieu de la scène, tournée de droite à gauche, sous un toit sous lequel viennent s’abriter l’âne et le bœuf.La Sainte Vierge et saint Joseph sont à droite, sous des arbres : le saint, debout, jeune encore, bien qu’aux traits fatigués, s’appuyant au toit d’une main, est revêtu d’une tunique courte, telle qu’on la voit aux bergers, et tient de l’autre main un gros bâton recourbé, le (( pedum ».La Sainte Vierge, jeune aussi, d’un type purement romain, est assise sur un rocher et enveloppée de voiles.Aux pieds de l’Enfant Jésus, à gauche, la tête appuyée sur le panier, se tiennent l’âne et le bœuf.On voit derrière eux les Roys Mages, au nombre traditionnel de trois, reconnaissables au bonnet phrygien, et suivis d’un chameau, lequel paraît sortir d’un bosquet.L’étoile, qui les précède, touche le toit sous lequel se trouve la crèche.Il y a encore au musée de Latran deux sarcophages moins anciens et moins finement travaillés que celui-ci : l’un est de la fin du IVe siècle, l’autre du Ve.Dans le premier, le personnage à droite est saint Joseph, jeune, à la figure presque poupine, debout sous un arbre, revêtu de la tunique courte, et tenant d’une main le (( pedum ».La crèche est pareille à celle du sarcophage que nous venons d’étudier, et se trouve, comme elle, sous un toit, qui abrite aussi les animaux.Puis la scène change brusquement, donnant lieu à ce que Dom Leclercq appelle une (( maladroite juxtaposition des deux scènes » : les Roys Mages, en effet, tournant le dos à la crèche, dont ils ne sont séparés que par un arbre, offrent leurs présents à l’Enfant Jésus dans les 428 LE CANADA FRANÇAIS bras de sa Mère, assise sur un siège à dossier large et très élevé.Dans l’autre, au contraire, l’union des scènes est faite plus habilement, la crèche étant vide, et la Sainte Vierge se tenant auprès d’elle, l’Enfant Jésus dans les bras.Plus ancien, de la première moitié du IVe siècle, plus beau, mais, par malheur aussi, très abîmé, nous avons encore le sarcophage du cimetière Teutonique, au Vatican.Toutes les têtes en ont été brisées ; et ce vandalisme est d’autant plus regrettable que la seule figure intacte, celle du bœuf, est d’une anatomie impeccable.Il rappelle le sarcophage de la région des Caecilii, dont il diffère, toutefois, par le manque d’arbres, et parce que la Sainte Vierge paraît assise non pas sur un rocher, mais sur un pan de mur.Arles nous offre aussi un fragment de sculpture représentant la Nativité : c’est la partie centrale, et divisée en deux plans surposés, d’un sarcophage cannelé du milieu du IVe siècle.La partie inférieure représente les Roys Mages, en tunique courte et coiffés du bonnet phrygien, qui semblent chercher un point dans le ciel, l’étoile.On voit dans le haut la crèche, tournée de gauche à droite : c’est un panier en osier, qui diffère des précédents parce qu’il repose sur quatre pieds.La Sainte Vierge et saint Joseph se tiennent debout, et ont, surtout la Sainte Vierge, le type romain très prononcé.La Mère, à la tête du berceau, surmontée de l’étoile, a probablement les bras croisés, mais on ne peut guère s’en rendre compte avec certitude, parce qu’elle est enveloppée de voiles.Saint Joseph, en face, aux pieds de la crèche, est vêtu d’une tunique courte, tient d’une main un bâton, et élève l’autre en un geste qui présente quelque analogie avec celui des Roys Mages, et qui tient à la fois de l’extase et de la prière.Entre les deux, il y a l’âne et le bœuf.A côté de ces scènes, que je n’hésiterai pas à appeler canoniques, il en est d’autres plus ou moins de fantaisie, parce que les personnages essentiels y font complètement défaut, ou sont remplacés par d’autres qui ne sont, en somme, que des comparses.C’est ainsi qu’un fragment de sarcophage du milieu du IVe siècle, cité par Bosio dans sa Roma sotterranea, montre l’Enfant Jésus serré dans un maillot qui lui prend disgracieusement la tête, — de manière à rappeler, plutôt que la nais- LE MYSTÈRE DE L’INCARNATION.429 sance, l’usage oriental de l’embaumement, — et posé sur une table sur laquelle est étendue une nappe.A la tête et aux pieds sont deux bergers, barbus, âgés, revêtus d’une tunique courte, et portant chacun un bâton qui tient du ((pedum )), sans, toutefois, être aussi recourbé.Il y a entre eux l’âne et le bœuf.Un autre fragment de sarcophage, cité par de Rossi dans le Corpus Inscriptionum Christianarum, parce qu’il porte en exergue l’inscription : «Placido et Romulo Coss», qui indique justement l’année 343, montre l’Enfant Jésus maillotté comme dans le sarcophage précédent, et posé à même sur le terrain.Aux côtés, séparés par les animaux, sont deux bergers, du même âge, environ, que ceux du sarcophage précédent, mais sans barbe.La sculpture est grossière, et les gestes des personnages assez gauches ; même le bâton que tient l’un d’eux est ridiculement contourné.Un arbre et une main que l’on voit à gauche ne sont pas des indices suffisants pour permettre de reconstruire toute la scène, dont le détail essentiel est l’absence de la Sainte Vierge et de saint Joseph.Mais la moins orthodoxe de ces représentations incomplètes de la Nativité est celle du sarcophage de la basilique ambrosienne de Milan, que Dom Leclercq a traité de (( scène hiératique de l’effet le plus disgracieux )).Et, de fait, le maillot de l’Enfant Jésus, l’absence complète de tout autre personnage, les animaux eux-mêmes, raides, stylisés et nullement ressemblants, font beaucoup plus songer à un monument de l’Assyrie ou de l’Égypte qu’à une sculpture chrétienne du Ve siècle.Je pourrais citer encore de nombreux exemples ; mais je préfère m’arrêter au sarcophage du musée de Syracuse, — un des plus beaux du IVe siècle, — où la scène de la Nativité se trouve perdue, noyée parmi beaucoup d’autres.Il est évident, d’après les monuments que nous avons étudiés jusqu’ici, qu’il y a beaucoup de variétés dans les représentations sculpturales de la crèche.Celle-ci, tantôt isolée, tantôt unie à d’autres scènes, se trouve, la plupart du temps, jointe à l’adoration des Roys Mages et, en quelque sorte, est complétée par elle.La partie essentielle, le berceau, est lui-même des plus variés, l’Enfant Jésus se trouvant parfois dans un panier en 430 LE CANADA FRANÇAIS osier, avec ou sans pieds, parfois sur une table, recouverte ou non d’une nappe, et parfois à même sur le sol.Mais, en général, toutes les sculptures représentant la crèche relèvent surtout des livres canoniques et de la tradition, tandis que la mosaïque et les menus objets paraissent beaucoup plus s’inspirer des apocryphes.* * * Nous n’avons guère de mosaïques relatives au Mystère de l’Incarnation, en dehors de celles de Sainte-Marie-Majeure ; aucune de celles-ci ne nous montre la crèche ; mais nous y trouvons des faits qui s’y rapportent : l’adoration des Roys Mages, le massacre des Innocents et la fuite en Égypte.Dans la première de ces mosaïques, on voit l’Enfant Jesus, d’une dizaine d’années environ, assis sur un trône et entouré de quatre anges : l’étoile est au-dessus de sa tête.On voit à sa gauche une femme enveloppée de voiles, derrière laquelle se tiennent deux des illustres visiteurs paraissant sortir d’une ville ; et à sa droite une autre femme, richement vêtue, qu’on a pensé être la prophétesse Anne, ou, peut-être, la Sibylle de Cumes.Le massacre des Innocents est surtout remarquable par 6on exécution artistique : on y voit un groupe de soldats, et de nombreuses femmes ; chacune a dans les bras un petit enfant qu’elle s’efforce de cacher : elles portent la détresse et l’angoisse empreintes sur la figure.Dans la troisième scène, qui est évidemment inspirée par un apocryphe, un groupe d’hommes ayant 1 air de notables sortent d’une ville, à gauche, et semblent aller au devant d un groupe d’anges accompagnant 1 Enfant Jesus, d environ quatre ans.On voit au milieu des anges une femme vêtue de couleurs foncées et couverte de bijoux, qui n est certainement pas la Sainte Vierge, parce qu’elle ne porte pas de nimbe, tandis que l’Enfant Jésus et les anges en ont un , auprès d’elle se tient un homme barbu, revêtu d’une dalmati-que blanche et sans nimbe, ce qui prouve que ce n’est pas saint Joseph.* * * Les menus objets sont presque innombrables.Je dois pourtant citer parmi les plus beaux et les plus caractéristiques LE MYSTÈRE DE L’iNCARNATION .431 le tissu du € sancta sanctorum », au Latran.La scène se déroule à l’intérieur d’un large cadre blanc orné de feuillages.La crèche, surmontée de l’étoile et tournée de droite à gauche, paraît faite de planches.On voit à sa droite saint Joseph âgé, barbu, dépourvu de nimbe, et enveloppé d’un grand manteau blanc : en face de lui se tient la Sainte Vierge, entre deux âges, vêtue de noir, et la tête entourée d’une large auréole.Entre eux, derrière la crèche, sont les deux animaux.Parmi les délicieuses sculptures qui ornent la porte de Sainte-Sabine, à l’Aventin, nous avons aussi une naïve représentation de l’adoration des Roys Mages : elle ressemble assez aux scènes analogues des sarcophages, avec cette différence que la Sainte Vierge, qui paraît aussi coiffée du bonnet phrygien, est élevée au-dessus de plusieurs marches.Mais la principale richesse de l’archéologie chrétienne après l’époque constantinienne est dans les ivoires : celui du musée de Berlin, représentant le voyage à Bethléem et la Nativité, est particulièrement naïf.Citons encore celui de Nevers, divisé en deux parties : dans celle de gauche, on voit l’Enfant Jésus, maillotté, couché sur de la paille, entre l’âne et le bœuf, sur un mur.La Sainte Vierge et saint Joseph sont absents ; mais on voit sur la partie de droite l’adoration des Roys Mages.La Sainte Vierge, assise sur un escabeau, tient l’Enfant Jésus sur ses genoux.L’ensemble de la scène a un cachet charmant de cordiale intimité.Non moins nombreuses ni moins importantes sont les pâtes de verre et les pierres gravées.J’en citerai trois.D’abord, un tout petit jaspe, carré, de deux centimètres de côté environ.L’on y voit la Sainte Vierge, couchée à côté de la crèche, au-dessus de laquelle sont les animaux.A côté de la Sainte Vierge sont les lettres grecques H FEN qu’il faut lire H FENNHSlS, et qui signifient: «la Nativité».A l’angle de droite le plus élevé, c’est-à-dire au-dessus de la Sainte Vierge, un peu à l’arrière, se trouve l’étoile.Pour compléter la scène, il y a quelques bergers et un animal, qui paraît être un chien.Le tout, minuscule, demande à être regardé à la loupe.Le second, du British Museum, est un demi-cercle en pâte verte.La Sainte Vierge est couchée et un peu de côté, revêtue de ce costume spécial et très ample qu’on appelle la «stola».Derrière elle, couché aussi, est l’Enfant Jésus, au- 432 LE CANADA FRANÇAIS dessus duquel on voit l’âne et le bœuf.Aux pieds de la Sainte Vierge, se trouve saint Joseph, assis par terre, vêtu du ((pallium» ; le coude appuyé sur le genou, il a l’air de méditer ou de se reposer.Dom Leclercq dit qu’il a un nimbe.De l’autre côté sont prosternés les Roys Mages.Le dernier est un ovale, du Vile siècle, cité par Vetto-ri.On y voit une grossière mangeoire, surmontée d’une sorte de fenêtre à deux ouvertures, auxquelles apparaissent les têtes de l’âne et du bœuf.L’Enfant Jésus, maillotté, et orné d’un large nimbe crucigère, repose dans la mangeoire.Un peu derrière lui est l’étoile, la comète plutôt, car s en détache un rayon qui vient toucher l’auréole.La sainte Vierge est sous l’étoile, couchée sur un escabeau.Saint Joseph, à gauche, est âgé, barbu, la tête entourée d’un nimbe, et est assis sur un escabeau ; on voit le croissant au-dessus de lui.Je m’en voudrais de ne pas citer, pour finir, la belle croix en émail des papes Symmaques et Serge I, actuellement au trésor du «sancta sanct rum », au Latran.On y remarque sept scènes relatives au Mystère de l’Incarnation, et évidemment inspirées des apocryphes: l’Annonciation et la \ isita-tion, en haut ; la Nativité, au centre ; le départ pour Bethléem et l’adoration des Roys Mages, sur les bras ; et la présentation au Temple et le baptême dans le Jourdain, au-dessous.La seule partie qui nous intéresse aujourd’hui est le centre, la Nativité.Cette scène rappelle d’une manière frappante le jaspe que nous avons remarqué tantôt ; à tel point que je suis fort tenté de croire que l’un et 1 autre sont du même artiste.Cette longue, mais forcément incomplète, énumération de monuments serait inutile si nous n’en tirions pas quelques conclusions : d’abord la foi constante dans 1 Incarnation du Fils de Dieu ; et je crois pouvoir affirmer à ce sujet que l’union de la Nativité et de l’adoration des Roys Mages constitue un acte de foi et une protestation contre les grandes hérésies du IVe et du Ve siècle, qui s’attaquaient justement à la Personne divine de Notre-Seigneur.Mais, en plus d’une valeur didactique, puisque ces œuvres d’art affirment l’Incarnation du Fils de Dieu et les privilèges LE MYSTÈRE DE L’INCARNATION.433 de sa double nature, elles ont aussi une valeur dépréca-toire.Les fidèles qui les contemplaient se rappelaient, en effet, le devoir de prier pour eux-mêmes ou pour les défunts par les mérites de l’acte dont ils avaient la représentation sous les yeux.Fines ou grossières, ces images sont l’expression de l’invocation des ndeprecationes» : «Per Nativitaiem tuam, libera nos, Domine.» Puisse Jésus, par le Mystère de son Incarnation, donner enfin au monde l’ordre et la paix ! BIBLIOGRAPHIE Dictionnaire d’Archéologie chrétienne et de Liturgie, par Dom Fernand Cabrol et Dom Henri Leclercq.Paris, Letouzey et Ané.En cours de publication.Dictionnaire des Antiquités chrétiennes, par M.l’abbé Marti ont.3e édit., Paris, Hachette, 1889.I mosaici di S.Maria Maggiore in Roma, par le R.P.Sisto Scaglia.Roma, Pustet, 1910.Marquis de Barre de Davéjean.Rome, le 19 novembre 1936.
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