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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Une grande âme
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1937-04, Collections de BAnQ.

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Biographie UNE GRANDE AME Daigne la Vénérable Madeleine de Saint-Joseph hausser mon esprit et diriger ma parole ! Il n’est point très difficile à un païen, encore moins à nous, chrétien, d’imaginer que la vie du monde ne se réduit pas à notre infime Terre, ni à l’agitation d’une éphémère poussière humaine qui n’est, en regard du temps et de l’espace, qu’une impondérable quantité.L’historien qui, de haut, mesurerait l’humanité pour ce qu’elle vaut dans l’univers matériel devrait, afin d’y verser quelque ampleur, ajouter aux quantités la qualité, infuser dans le périssable, comme l’âme informe le corps, une substance constante, impérissable, celle du spirituel.Nos historiens nous ont assez bien buriné les faits et gestes de ces ancêtres français qui ont importé en Canada les notions d’une plus pleine façon de vivre.Mais il reste encore, je crois, à méditer et composer la maîtresse œuvre où surtout brilleraient les origines spirituelles de notre pays.Peut-être même devrais-je dire : les origines surnaturelles.* * * Il est un livre 1 où l’intelligence de ces origines, non politiques, non matérielles, frappe l’esprit de nouvelles et plus vives clartés.Si d’autres ouvrages nous ont appris ce que nous devons à des cœurs d’élite qui ont apporté de l’ancien monde au nouveau des richesses naturelles et surnaturelles, celui-ci les complète en nous révélant une âme, une très grande âme, moins connue, inconnue peut-être, de la plupart d’entre nous.1 La Vénérable Madeleine de Saint-J oseph.On peut se procurer ce beau volume de 600 pages (prix, 30 francs) en s’adressant a la Révérende vtAre Prieure du Carmel 3 r„e de l’Est.Cité Boigues, Clamart (berne), France. UNE GRANDE AME 779 Lt pourtant c est elle, Madeleine de Saint-Joseph, active et forte génitrice, qui, correspondant directement avec les premiers missionnaires venus en Canada, se chargeait chaque année, avant le départ de la flotte, de quêter « tout l’argent qu’elle pouvait » et de recueillir « de toutes parts des petits meubles ».Si son zèle lui valait des refus et « quasi des affronts », elle disait : « Ne faut-il pas souffrir quelque chose pour gagner un pays à Jésus-Christ ?» Dans les Relations de 1636, le Père Paul Le Jeune donne cette partie d’une lettre de la Vénérable : Nous accompagnons vos travaux de nos petites prières, particulièrement vers la Sainte-Vierge à qui nous sommes dédiées, vers notre Père Saint-Joseph, notre Mère Sainte-Thérèse, les Anges du pays où vous êtes afin que leur force et leur puissance soient avec vous.Un an plus tard, il écrit que « tout ce saint Ordre prend les armes pour nous avec une telle ardenr que j’en suis tout confus ».Et ce même Père Le Jeune déclarait en 1648 : « Madame la duchesse d Aiguillon est reconnue pour fondatrice d’un si grand ouvrage (l’Hôtel-Dieu, à Québec) mais la Mère Madeleine de Saint-Joseph est tenue, après Dieu, pour la première motrice et la vraie mère de cette œuvre.» Assurément celui-là, qui n’ignorait pas que la duchesse d’Aiguillon était nièce du grand Richelieu, savait mettre le temporel à son rang.Madeleine du Bois (1578-1637), fille d’Antoine du Bois et de Marie Prudhomme, après une jeunesse sage, sérieuse, se sentit appelée au premier établissement que fondaient’en France, dans Paris, des Carmélites venues d’Espagne : le Carmel de l’Incarnation.Entrée en 1604, elle y fut novice un an, maîtresse des novices de 1605 à 1608, puis élue prieure, devenant ainsi la première prieure française du premier monastère, en France, des Carmélites Déchaussées.Elle est réélue en 1611, quittant sa charge en 1615.Peu après, un autre monastère étant installé à Paris, on lui en remet là direction.Elle est rappelée au « grand couvent » en 1624 et ce nouveau priorat dure jusqu’en 1635.Deux années 780 LE CANADA FRANÇAIS encore d’une vie intense et calme dans la prière, les travaux et les souffrances, puis la mort l’emporte, le 30 avril 1637.Tous les Carmels de France fêteront ce tricentenaire.Du sec résumé que je viens de présenter nul ne pourrait déduire la richesse du livre, non plus que la vue d’un squelette ne permet d’imaginer le complet dessin du corps.Mais je puis assurer que, de ces données, l’auteur a façonné une œuvre vraiment grande et belle, vivante.Si j ajoute que le cardinal Verdier, archevêque de Paris, en écrivit la préface, ce devrait être, je pense, suffisante garantie.Voudrait-on quelque chose encore ?.Couronne par 1 Academie française?.Eh bien, c’est déjà fait.Mais l’auteur ?Qui est-ce ?L’auteur n’a point voulu signer.Je respecterai donc cette humilité et tairai le nom.Toutefois je prends liberté de déclarer que l’ouvrage est dû à une Carmélite, fille spirituelle, en ce même Carmel de l’Incarnation, de celle dont, après un long labeur, elle nous présente un nouveau portrait, achevé.Car, déjà, il en existait deux.Une première biographie « par un prêtre de l’Oratoire » était publiée dès 1645.En réalité deux auteurs y avaient pris part : le Père Gibieuf, mieux renseigné, et le Père Senault, meilleur styliste.Un peu plus tard, un autre oratorien, le Père Jacques Talon, aidé de nombreux témoignages, écrivit une Vie plus complète.Elle parut en 1670.Composés, comme l’on composait en ces temps-la, en s’adressant surtout à la raison chez des âmes plus simples et plus fortes que les nôtres, ces livres ne s’attachent qu’à l’essentiel, à l’intime, à l’interne, sans grand souci de l’externe.Ceci ne les empêchait point, en ce sérieux dix-septième siècle, d’obtenir large succès.D’ailleurs, vivant à la même époque, le lecteur pouvait aisément reconstruire un décor qui, astheu-re, nous est à peu près invisible._ Élargissant les travaux de ces premiers écrivains, y ajoutant une foule de manuscrits authentiques, recréant le décor perdu avec toute l’exactitude où puisse atteindre la plus scrupuleuse histoirfe, l’auteur du présent ouvrage parvint, sans exagérer le culte du physique, du sensoriel, où se complaît de nos jours la décadence littéraire, à intéresser si vivement qu’on se laisse bientôt emporter dans un monde merveilleux. UNE GRANDE AME 781 Le romantisme (et il est loin d’être mort) avec sa débauche d’imagination a complètement déformé aux yeux du public l’aspect des siècles précédents et, notamment, du dix-septième siècle.La plupart des historiens eux-mêmes, n’ayant pas la taille des hommes qu’ils étudiaient, n’en ont su voir que les gestes, les figures, l’externe.Les portraits des plus illustres, ils les ont réduits à leurs subjectives conceptions.Ils ont laissé de côté ce qu’ils ne comprenaient point : les plus intimes puissances, les âmes.Vouloir peindre le grand siècle en teintes purement politiques, terrestres, c’est à peu près comme si l’on tentait d’expliquer l’épique aventure de l’Islam sans y percevoir le ferment spirituel.On a comme l’impression d’un crépuscule qui se changerait en lever de soleil lorsque, dans le livre dont je parle, on rencontre autour de Madeleine de Saint-Joseph, lui demandant conseils et prières, lui prêtant leur influence, de célèbres personnages qui, auparavant, n’étaient que silhouettes et qui, soudain, s’illuminent d’une lumière où ils apparaissent vrajs, doués de vie.Voici, tout ardent de projets, un jeune aumônier de vingt-huit ans qui deviendra cardinal de Bérulle.Voici la noble femme qu’on appelait alors madame Acarie.Voici, auprès de son frère le Commandeur, le marquis de Sillery, chancelier de France ; et cet autre fameux chancelier, Michel de Maril-lac.Voici des reines, et fort dissemblables : Marie de Médecis, Henriette de France, qui marche vers ce trône d’Angleterre d’où roulera la tête de son mari, et Anne d’Autriche ; ces deux dernières surtout étaient fort liées par l’âme avec la prieure du Carmel.Et voici encore le puissant Richelieu, qui, acceptant le rôle de protecteur des carmélites en France, consent, lui que l’on estime si autoritaire, à n’être que leur dévoué serviteur.Mais, évidemment, entre toutes ces âmes, celle que l’auteur nous recrée avec le plus de plénitude et d’intensité, c’est l’âme de Madeleine de Saint-Joseph.Peut-être pourrait-on reprocher parfois à la plénitude de nuire à l’intensité.Peut-être y a-t-il aussi quelque propension, comme chez presque tous les hagiographes, à trop désincarner, à déshumaniser le sujet étudié, et l’on se sent dans un domaine moins inaccessible lorsqu’on surprend les novices carmélites, et Madeleine avec elles sans doute, coupables, comme des personnes ordinaires, d’un innocent accès de fou rire, encore 782 LE CANADA FRANÇAIS que la cause n’en soit point expliquée.Ainsi, n’imaginez donc pas que cette Vie soit d’une gravité rebutante.Loin de là.Tout esprit quelque peu sérieux la lira, pressé de poursuivre, sans la moindre fatigue.L’intérêt y est soutenu, fort et varié, jusqu’aux dernières pages.Il s’y rencontre une foule de passages où la pensée plane dans un monde autrement vaste, autrement admirable, autrement constant que celui qui compose, sur la croûte terrestre, l’ordinaire existence de nos instables fourmilières.Souvent, et tout naturellement, l’élévation des idées entraîne un misérable cœur à prier afin d’obtenir un peu de ce que la grande âme de Madeleine savait si largement acquérir à force de patient courage.Il m’est impossible, en si brève étude, de pénétrer au détail d’une œuvre si haute, si dense et si complexe.Mais, entre tant de paroles qui m’ont le plus porté à réfléchir, peut-être parce qu’elles mettent en clarté une perfection difficile, la simplicité, dont, je crois, nous nous éloignons chaque jour davantage,— j’en glanerai quelques-unes et les offrirai comme ultime gerbe.Voici (page 131) unie à l’incommensurable grandeur l’extrême simplicité : Il s’agit d’une novice carmélite, Catherine de Jésus.Lorsque la Mère prieure l’allait voir dans sa cellule et lui demandait : « Que faites-vous ?» elle répondait d ordinaire : « Je regarde Dieu qui remplit ceci.» Et puis elle se taisait.Qu’est-ce que toute notre humaine sagesse, toutes nos terrestres agitations, en face de cet amour qui, si naturellement et si paisiblement, incorporesapetitessedans l’éternelle Immensité ?Voici encore (pages 371-373) d’autres traits : il y avait dans un monastère deux jeunes religieuses dont l’une avait plusieurs visions de Notre-Seigneur, de la \ierge, et autres choses extraordinaires ; et l’autre n’avait rien de tout cela.Pourtant c’était celle-ci que préférait la Vénérable prieure, et la suite lui donna raison.Elle écrivait aussi à une autre prieure : Vous savez ce qui est dit de notre Mère sainte Thérèse : quelle n’avait pas été récompensée au ciel pour ses ravissements, mais bien pour ses travaux.Enfin, ma Mère, nous ne voyons point que le Fils de Dieu ait promis de donner le ciel à ceux qui ont des pensées sublimes, des lumières extraordinaires, des visions ou des extases ; mais nous voyons qu’il l’a promis aux pauvres d’esprit, UNE GRANDE AME 783 aux miséricordieux, aux débonnaires, et à ceux qui souffrent persécution pour son amour.Elle-même travaillait sans cesse à rabaisser son esprit au dénuement le plus complet, se regardant comme « la boue des rues ou chose très immonde, sur laquelle repose une très grande pureté ».Et voici enfin, pour ceux qui estiment comme une richesse l’éminence des dons et des grâces, une parole vraiment terrible: Madeleine disait que « ces paroles de Notre-Seigneur qu’il est plus facile qu’un chameau passe par le pertuis d’une aiguille qu’un riche entre au royaume de Dieu, s’entendaient aussi bien des richesses spirituelles que des temporelles ».* * * Lorsque après lecture d’une œuvre si haute il faut lourdement reprendre pied au milieu des tumultes de la fourmilière humaine, rentrer dans la mêlée et tâcher de ne point y demeurer inutile, deux conclusions au moins me semblent, pour notre gouverne terrestre, assez évidentes.D’abord, que si la France, au temps où elle engendra le Canada, était nation si robuste, si virile, c’est qu’elle s’alimentait abondamment de spirituelles nourritures.Secondement, que nous pousser, comme on le fait tant à présent, vers l’admiration des esprits dits positifs, pratiques, et au dédain du « mystique », c’est faire preuve de jugement court et de savoir rabougri.S’il m’était donné de vivre aussi longuement que Mathu-salem (ceci est supposition, non souhait), je ne serais pas surpris, vers l’an deux mille huit cent, de trouver encore florissants les Ordres franciscains, jésuite, carmélite, alors que l’empire britannique et les républiques des soviets n’existeront plus qu’à l’état de gros volumes sur les rayons des bibliothèques, et de petits manuels à l’usage des écoliers qui bailleront sur tout ce qui nous semble, astheure, de la plus extrême importance.Car enfin, à moins d’être aveuglé par le parti-pris, tout homme qui sait l’histoire des sept ou huit derniers siècles peut faire cette constatation : alors que les esprits loués pour leur sens pratique n’ont guère installé que de l’instable, ces mystiques : François d’Assise, Ignace de Loyola, Thérèse d’Avila, Madeleine de Saint-Joseph, ont bâti des œuvres qui non seulement demeurent mais vivent, mais s’accroissent, en dépit de toutes les tempêtes.Georges Bugnet.
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