Le Canada-français /, 1 septembre 1937, L'enfance de la Vérendrye - Prélude du deuxième centenaire de la découverte de l'Ouest canadien
Vol.XXV, n° 1.Québec, septembre 1937 LE CANADA FRANÇAIS 1 Publication de l’Université Laval Histoire L’ENFANCE DE LA VÉRENDRYE Prélude du deuxième centenaire de la découverte de l’Ouest canadien Le dimanche 18 novembre 1685, Messire Jean-Gauthier dé Brullon, curé de l’église paroissiale de Notre-Dame des Trois-Rivières, baptisait en ladite église, située au rond-point des rues actuelles Saint-Pierre et des Casernes, un petit Trifluvien né de la veille.Pour une bourgade qui ne comptait guère plus de cent cinquante habitants et à peine vingt foyers, l’événement n’était pas négligeable.D’autant moins que l’heureuse famille qui s’accroissait d’une unité était celle du sympathique gouverneur René Gaultier, sieur de Varennes, qui remplissait cette charge depuis seize ans à la satisfaction de tous.Sa femme, née Marie Boucher, venait de lui donner son onzième enfant ’.Le nouveau-né reçut le prénom de Pierre, comme l’illustre aïeul Pierre Boucher, son parrain.Celui-ci, qui ne s’éloi- 1.René Gaultier de Varennes eut treize enfants : René (1669) et Jeanne (1671), tous deux morts peu après 1681 ; Louis (1673), sieur de La Véren-drye, tué sur un champ de bataille d’Europe, vers 1707 ; Madeleine (1674), épousa Charles Petit, sieur de Livilliers (1694) ; Pierre (1675), décédé en bas âge ; Jacques-René (1676-1757), seigneur de Varennes, capitaine dans les troupes de la marine ; Jean-Baptiste (1677), ordonné prêtre en 1700, grand-vicaire du diocèse de Québec et membre du Conseil Souverain (1724), décédé en 1726 ; Marie-Marguerite (1680), épousa Louis Hingue, sieur de Puijibault (1707) ; Marie-Renée (1682), mariée à Christophe Dufrost, sieur de La Jemmeraye (1701).puis à Timothée Sylvain (1720) ; Anne-Marguerite (1684-1726), religieuse Ursuline ; Pierre, sieur de La Vérendrye (1685-1749), découvreur du Nord-Ouest ; Philippe (1687) et Jean-Baptiste (1688), tous deux morts en bas âge. 6 LE CANADA FRANÇAIS gnait guère de sa seigneurie de Boucherville, était représenté à la cérémonie par son fils l’enseigne Lambert Boucher de Grandpré.La marraine fut la fille aînée du gouverneur, Madeleine, âgée de onze ans.Un autre fils de M.de Varennes, Louis, de douze ans plus âgé que Pierre, était sieur de La Vérendrye.Entré dlans la carrière des armes, il sera tué au service de la France en Europe vers 1707.C’est à ce moment que Pierre héritera du nom de La Vérendrye b René Gaultier était né à Bécon (Anjou) en 1634 2.Un siècle auparavant, des lettres patentes avaient été enregistrées à la Cour des Comptes de Paris, portant anoblissement de Gaultier de Varennes, argentier et valet dû roi, Jean II le Bon.Il vint au Canada en 1665, comme lieutenant d’une compagnie d)i fameux régiment de Carignan.Après avoir pris part à la campagne contre les Agriiers, il fut envoyé aux Trofe-Rivières où il épousait, en 1667, la fille aînée du gouverneur, Pierre Boucher dte Boucherville.La jeune mariée n’avait que douze ans.Lorsque M.dé Boucherville, deux ans plus tard, résigna ses fonctions afin de se consacrer à la mijse en valeur db ses terres, son gendre fut choisi pour lui succéder.La commission de gouverneur dtes Trois-Rivières n’était valable que pour trois ans.Elle fut renouvelée en 1672, sur la recommandation d,e l’intendant Jean Talon qui mandait au roi : « M.db Varennes a dp mérite et ne manque pas db zèle.)) Il devait garder ce poste db confiance vingt années durant, jusqu’à sa mort.Ce fut en 1672 également qu’il obtenait en concession les seigneuries de Varennes et du Tremblay 3.M.de Varennes n’était pas riche.Ses maigres appointements de gouverneur et le produit de sa petite ferme des Trois-Rivières, joints aux revenus insignifiants de ses deux seigneuries, suffisaient à peine aux besoins de sa nombreuse famille.Comme beaucoup de gentilshommes et d’officiers, en dépit des ordonnances royales, il se livrait à la traite des fourrures.En 1681, Frontenac dénonce entre Wutres « les sieurs de Varennes, gouverneur dés Trois-Rivières, et Bou- 1.Bulletin des Recherches Historiques, 1917, p.3.10.2.Fils d’Adam-Pierre, sieur de la Varandière, et de Bertrande Gourdeau.3.Il y a en France, dans le département de Maine-et-Loire, les communes de Varennes-su'-Loire, près de Saumur, et de la Tremblaye, non loin de Cholet. l’enfance de la vérendrye 7 cher, son beau-père, qui ont chacun c,inq canots et dix hommes en traite dans les bois ».La Barre, plus conciliant, lui permet d’établir un poste à la Gabelle, petit fief situé à quatre lieues dès Trois-Rivières et qui porte le nom de La Vérendirye ; mais l’intendant de Meulles proteste auprès de Colbert et insiste pour que les règlements soient observés.Dans le même temps, le gouverneur général Denonville écrit aê son côté au ministre : Le sieur de Varennes vous demande, Monseigneur, la continuation de son gouvernement des Trois-Rivières et vous supplie de lui renouveler sa commission, qui est finie, n’étant que pour trois ans.C’est un très bon gentilhomme, qui n’a de vice que la pauvreté.Je vous assure qu’il a du mérite et de l’autorité.Il aurait bien besoin de quelque grâce du roi pour élever et soutenir sa famille.De passage aux Trois-Rivières en 1684, La Hontan écrivait : Le roi y a établi un gouverneur qui mourrait de faim si, au défaut de minces appointements, il ne faisait quelque commerce de castor avec les Sauvages.Faute de pouvoir récompenser autrement un digne serviteur, on se contentait de fermer les yeux sur ces légères infractions.Néanmoins, le 30 mars 1687, Louis XIV lui écrivait personnellement qu’il avait été informé de ces échanges illégaux et formulait l’espoir qu’ils ne se renouvelleraient pas.Lorsque M.de Varennes mourut, en 1689, il laissait les siens dans une situation fort précaire.Un mémoire de l’année suivante mentionne que la veuve et ses huit enfants sont réduits à la mendicité et que « s’il y avait lieu d’ajouter quelque petite pension à cette pauvre famille, ce serait une grande chdi-ité ».Le document ajoute : « C’est une bonne noblesse.» Plusieurs se présentaient pour recueillir, moyennant finances, la succession du gouverneur.Le 10 mai 1691, l’intendant de Champigny écrivait au ministre : M.de Ramezay, gouverneur des Trois-Rivières, a payé en ma présence à la veuve de M.de Varennes les 3.000 livres (1.000 écus) 8 LE CANADA FRANÇAIS que vous avez ordonnées, qui ont été employées utilement pour être conservées aux enfants, ainsi que vous l’avez marqué.Plus tard, de nouvelles charges de famille viendront aggraver la pénurie de Mme de Varennes.Le 20 septembre 1714, M.de Vaudreuil écrira : Cette veuve à qui Sa Majesté avait accordé une pension de 200 livres n’en a jamais joui.Elle est fort pauvre et obligée de faire subsister ses trois filles veuves, qui sont réduites à la mendicité avec leurs enfants.Ce n’est pas par un simple effet du hasard ou de la bonne fortune que Pierre de La Vérenc^jrye fut le grand Canadien que nous admirons et réalisa sa tâche surhumaine.Toutes les influences, tous les exemples, toutes les impressions, dès sa plus tendre enfance, orientèrent son esprit et son cœur vers deux points centraux et convergents : la religion et la patrie.Pour un Français du Nouveau-Monde, cet id'éal embrassait alors : la grandeur militaire, les courses audacieuses par les lacs et les rivières, la conversion de nombreuses tribus sauvages, l’attrait dé l’inconnu et la passion de pays nouveaux à conquérir.Aux Trois-Rivières,— la plus ancienne après Québec des agglomérations du Saint-Laurent et la plus exposée aux surprises des Indiens,— on vivait en pleine atmosphère héroïque.Même un enfant de trois ou quatre ans placé comme l’était Pierre ne pouvait s’y dérober.Songez que son père commandait la garnison et que le nom de son glorieux grand-père, sauveur de la place, était dans toutes les bouches.La modèste bourgade fortifiée ne comptait guère que cinquante ans d’existence, mais que d’assauts, que d’embûches, que de morts violentes au cours de ce demi-siècle ! Les anciens parlaient encore de cette rencontre tragique où le gouverneur Duplessis-Kerbodot avajt succombé héroïquement avec sept de ses hommes, sept autres restant entre les mains d« l’ennemi.On se rappelait surtout avec émotion et fierté l’exploit fameux de Pierre Boucher, à la tête dp quarante-six Trifluviens, déjouant les ruses des féroces Iroquois et repoussant une hordfe dé cinq cents d’entre eux. l’enfance de la vérendrye 9 Depuis l’arrivée dü régiment de Carignan, les Indiens refoulés à l’intérieur, on respirait enfin à l’aise ; mais de cette période lugubre d’alertes quotidiennes et de combats sans merci, la bourgade avait gardé une certaine allure belliqueuse, le culte des vertus militaires, une bravoure proverbiale.La Hontan écrivait en 1685 : « Les ïrifluviens sont les meilleurs soldats de la colonie.)) Sur ce coin de terre canadienne, la religion n’était pas moins en honneur que les armes.Les premiers missionnaires y avaient été les Récollets.Les Jésuites étaient venus ensuite, représentés par les plus vaillants de cette phalange héroïque : le Père Lejeune, qui avait mérité le titre de « père des missions jésuites en Canada )) ; le Père Bressani, emmené en captivité et torturé par les Iroquois ; le Père Anne de Noue, gelé au cours d’une tempête sur le lac Saint-Pierre ; le Père Buteux, brutalement assassiné sur le Saint-Maurice ; le Père Marquette, qui n’avait fait que passer,— venu pour apprendre le montagnais, avant d’aller se sacrifier et se couvrir de gloire sur le Mississipi.Le souvenir de ces intrépides apôtres était resté vivant dans les mémoires.Au plus fort des incursions dès sauvages, le Père Lejeune affirmait de la colonie des Trois-Rivières : Je puis dire avec vérité que jamais on n’y remarqua plus de paix, plus de repos et de piété parmi le bruit des armes et dans les frayeurs de la guerre 1.L’historipn Charlevoix ajoute que chaque cabane de colon abritait son petit oratoire de la Vierge.L’éloignement db danger n’avait pas ralenti cette ferveur et la chrétienté trifluvienne édifiait tous les voyageurs dé passage.Chez les de Varennes, l’atmosphère religieuse enveloppait d’autant plus la vie de chaque jour qu’aux exemples de piété du père et de la mère venait s’ajouter la présence régulière du prêtre.La maison du gouverneur hébergeait en effet, entre deux courses à travers son immense paroisse, le curé desservant, qui était alors un séculier.Mais les Trois-Rivières se flattaient surtout, dès cette époque, d’être la patrie par excellence des coureurs de bois, des interprètes et des découvreurs.Personnages pittoresques et légendaires, dont quelques-uns s’élevaient parfois 1.Relation de 1651. 10 LE CANADA FRANÇAIS à la dîgnité d’ambassadeurs officiels.Tels Jean Nicolet, très versés dans les dialectes indiens, qui s’était rendu en mission de paix, dès 1634, jusqu’au lac Michigan, et Nicolas Perrot, que de nombreux voyages avaient mis en contact avec les tribus les plus éloignées.Les Pépin étaient aussi haut cotés.Les deux frères Guillaume et Étienne avaient pris part à l’expédition Du Lhut au lac Supérieur ; Pierre, fils dfe Guillaume, allait attacher son nom au lac Pépin, sur le haut Mississipi.Le jeune Jacques de Noyon,— un autre Trifluvien,— venait d’atteindre le premier, à vingt ans, la rivière de la Pluie et le lac des Bois.De tous ces explorateurs, les plus célèbres étaient cependant Pierre Radisson et Médart Chouart des Groseilliers, dont les aventures défrayaient dfepuis trente ans la chronique d)e la Nouvelle-France.Une série d’incroyables randonnées vers l’Ouest les avaient condùits par terre jusqu’à la baie dfHud!son.Passés au service des Anglais, ils avaient mis sur pied la fameuse compagnie d|e traite des fourrures dont les entreprises commerciales dans le Nord avaient déclanché une lutte interminable avec la France.Rares et brèves étaient leurs apparitions aux Trois-Rivières, où la femme et les enfants de Groseilliers vivaient dims le dénuement.Par extraordinaire, ce dernier venait cependant d’y faire un séjour de cinq années, avant de repartir pour un dernier voyage.« Homme d’esprit et sachant se faire valoir », selon le mot cfe Marie de l’Incarnation, il parlait volontiers des nombreux incidents de sa vie mouvementée, et avec force détails.Tous ces récits de batailles, d’excursions lointaines, de traites fabuleuses, colportés de bouche en bouche, joints à la présence continue d’indiens et de coureurs de bois aux costumes nittoresques qu’on pouvait apercevoir le long du fleuve, autour du fort et dans le quartier réservé aux « maisons des habitués », créaient à la bourgade une atmosphère bien à elle.On y respirait le souffle du large, la soif des aventures, une insouciance absolue du danger.Il flottait dans l’air trifluvien je ne sais quel appétit de conquête qui embrassait tout à la fois les pays nouveaux, les fourrures, la gloire française et les âmes. l’enfance de la vérendrye 11 A la mort de son mari, Mme de Varennes et ses enfants avaient trouvé asile chez son père, à Boucherville.Pierre allait retrouver là, dans un cadre un peu different, un milieu propre à la culture des aspirations et de l’idéal qui avaient pris racine dans l’ambiance du foyer des Trois-Rivières.Le seigneur de Boucherville avait bâti son manoir à l’embouchure de la petite rivière de Sabrevois, à une vingtaine d’arpents de l’église actuelle.Non loin était la chapelle, de construction modeste.Les bâtiments étaient entourés d’une palissade.En face, sur le bord du Saint-Laurent, s’élevait une redoute.L’ensemble de l’établissement s’appelait le « Fort Saint-Louis ».Le Richelieu est la route naturelle des Iroquois de la Nouvelle-Angleterre dans leurs incursions contre la colonie.De Sorel, pour se rendre à Montréal, ils longent le Saint-Laurent et passent par Boucher, ville.Il faut être prêt à repousser leur attaque au besoin Pierre Boucher, qui prend sous sa protection les jeunes enfants de sa fille, est assurément l’une des figures les plus nobles et les plus remarquables de ce temps, riche en hommes droits et valeureux.Originaire du Perche, il est venu au Canada avec sa famille à l’âge de douze ans.Quatre années d’apprentissage en compagnie des Jésuites, chez les Hurons, l’ont initié à la vie des bois, à la langue et aux coutumes des Indiens.Au contact des missionnaires, il a acquis une certaine instruction et une éducation de choix qui l’aideront beaucoup à s’élever dans l’échelle sociale.De retour à Québec, il entre dans la garnison, sert d’interprète au gouverneur Montmagny et monte rapidement en grade.Nommé capitaine aux Trois-Rivières à trente ans,— après avoir sauvé la place dans les circonstances les plus dramatiques,— il en devient le gouverneur, cumulant tous les pouvoirs : militaire, civil et judiciaire.Il est le premier Canadien annobli par le roi.Ambassadeur extraordinaire auprès de Louis XIV pour plaider la cause de la Nouvelle-France en danger, il obtient l’envoi de soldats et de colons qui ramènent la tranquillité au pays et donnent up essor décisif à la colonisation.A la demande du tout-puissant monarque, il écrit même un livre destiné à faire connaître aux Français les beautés et les ressources du Canada h 1.Histoire véritable et naturelle des Mœurs et Productions du pays de la Nouvelle-France, vulgairement dite le Canada.L’ouvrage, publié en 1663, est dédié à Monseigneur Colbert, conseiller du Roy. 12 LE CANADA FRANÇAIS Parvenu au faîte de la célébrité et des honneurs, l’ancien coureur de bois n’a rien abdiqué de ses goûts pour la vie simple et familiale.Fils de paysans, il a gardé de ses origines terriennes un solide bon sens, une ténacité inébranlable, une claire vision des réalités.Il place au-dessus de tout le service de Dieu et du Roi.L’ambition personnelle n’a pas de prise sur lui.Profondément attaché au sol, dès qu’il l’a pu, il est venu s’installer sur sa seigneurie des Iles-Percées, se vouant tout entier à sa tâche de cultivateur et de protecteur des colons vivant sur ses domaines.Une haute pensée lui a inspiré ce projet mûrement réfléchi : « C’est pour avoir un lieu dans ce pays consacré à Dieu, où les gens de bien puissent vivre en repos, et les habitants faire profession d’être à Dieu d’une façon toute particulière.» Pierre Boucher a des convictions religieuses de roc, une piété qui a gardé toute la fraîcheur du jeune âge et lui inspire, dès les débuts du fort Saint-Louis, l’établissement d’une Congrégation de la Sainte Vierge, dont il est le premier président.En exploitant lui-même ses terres, il se propose aussi de servir la grande cause de l’agriculture et de « tâcher d’amasser quelque bien par les voies les plus légitimes » pour élever et instruire ses nombreux enfants.C’est au foyer de cet homme incomparable, dans ce milieu paisible et pieux de Boucherville,— d’où ne sont pas bannis cependant les échos de l’esprit d’aventure et de conquête qui souffle aux Trois-Rivières et sur toute la Nouvelle-France,— que va grandir, de sa quatrième à sa dixième année, le futur découvreur de l’Ouest canadien.L’histoire offre parfois de singulières répétitions, où il est difficile de voir un simple effet du hasard.Cent quarante ans plus tard, le même manoir de Boucherville, devenu le « Château de Sabrevois », accueillera une autre jeune veuve, descendante aussi du célèbre Pierre Boucher.L’un de ses fils sera Alexandre-Antonin Taché, futur missionnaire de l’Ouest, futur archevêque de Saint-Boniface.Pierre Boucher, qui devait vivre jusqu’à 95 ans, n’en avait pas encore 70.Il mourra en 1717, la même année que sa femme, qui atteindra sa 81e année.Père de quinze enfants, dont onze allaient laisser une nombreuse et brillante l’enfance de la vébendrye 13 postérité, il fut l’un des premiers grands patriarches de la Nouvelle-France.De cette magnifique couronne de petits-enfants qui allaient réjouir sa vieillesse, les petits de Varennes étaient les premiers fleurons.Privés de leur père, ils avaient droit à des attentions spéciales.A quel point M.de Boucherville aimait les siens, son admirable testament nous en fournit une preuve émouvante.On peut croire que Pierre fut particulièrement choyé-Il était le benjamin de la famille, les autres venus après lui n’ayant pas survécu.Il fut aussi le seul des garçons à rester constamment auprès de sa mère pendant cette période.Les deux aînés, en garnison, et le troisième, au séminaire de Québec, n’y faisaient que des apparitions intermittentes.Le seigneur de Boucherville n’a pas seulement laissé la réputation d’un homme admirablement équilibré, possédant à un degré éminent les plus riches dons de l’esprit et du cœur.On sait qu’il fut aussi le type du splendide vieillard, calme, majestueux, à la noble figure aux traits fins, encadrée d’une chevelure abondante.L?enfance de Pierre se trouva irrésistiblement influencée par cet aïeul beau à contempler, dont les conseils et l’exemple de vie s’insinuaient doucement.Les fortes qualités du grand-père: bravoure, patriotisme désintéressé, noblesse de caractère, rectitude de jugement, ténacité, piété solide, attachement à la famille, sont précisément celles qui brilleront chez le petit-fils.A Boucherville, comme aux Trois-Rivières, c’est la contemplation quotidienne du grand fleuve, qui porte dans sa brise le goût du large et la chanson des voyageurs.Comment avoir constamment sous les yeux cette magnifique « route qui marche » et ne pas sentir naître la vocation de marin, de coureur de bois ou de découvreur ?C’est aussi le voisinage redouté de l’Indien, à qui une administration relâchée facilite de nouvelles audaces.Mme de Varennes y était à peine installée avec ses enfants qu’une sérieuse alerte se produisit.Un jour, on vit toute la population des alentours accourir en hâte autour du manoir.Les hommes, le fusil au bras, poussaient devant eux quelques bêtes à cornes.I.es femmes suivaient, traînant la marmaille et serrant le dernier-né dans leurs bras.L’anxiété se lisait sur tous les visages.A Lachine, quinze cents Iroquois venaient de faire un massacre général, ne laissant pas un être 14 LE CANADA FRANÇAIS vivant dans la bourgade.Us continuaient de rôder autour de File de Montréal, semant partout la terreur.Pierre Boucher, prévenu à temps, avait fait rassembler tout son monde et ordonné les mesures de précautions indispensables.Le fort Saint-Louis avait pris rapidement Failure d’un vrai camp retranché.Pendant que les femmes et les enfants trouvaient asile et protection sous le toit du seigneur, les hommes jeunes et vieux se préparaient à repousser une attaque possible,.M.de Boucherville passait l’inspection des armes, dirigeait les exercices, veillait à la relève des sentinelles.C’était un chef né, chez qui l’imminence du danger décuplait la présence d’esprit et le sang-froid.Il semait autour de lui le courage et la confiance.Au bout de quelques jours, les nouvelles étant plus rassurantes, les colons et leurs familles avaient pu regagner leurs foyers.Le petit Pierre regretta leur départ.Ce branle-bas avait remué son imagination et fait surgir en son cerveau des visions d’un charme troublant.Peut-être désira-t-il secrètement une nouvelle incursion des Sauvages.Cependant, la position critique où se trouve la Nouvelle-France, à la merci d’une attaque combinée des Anglais et des Iroquois, a nécessité le rappel à Québec du comte de Frontenac.L’énergique gouverneur va prendre résolument l’offensive contre les deux adversaires.Au manoir de Boucherville, le seigneur suit de près les événements militaires.Il les commente avec enthousiasme et autorité devant le cercle de famille.Ces rencontres périlleuses le ramènent au temps de sa jeunesse, lorsqu’il guerroyait avec tant d’ardeur au service de la colonie.Parmi les chefs du jour, certaines figures lui sont très familières.Frontenac a lancé trois expéditions de représailles contre des établissements de la Nouvelle-Angleterre.L’une est commandée par François Hertel, un enfant de son cher Trois-Rivières ; une deuxième par Le Moyne de Sainte-Hélène, fils de son ami intime Charles Le Moyne,— son ancien voisin de la seigneurie de Longueil,— mort il y a cinq ans.Ce dernier a sous ses ordres son frère Pierre Le Moyne d’Iberville, qui vient de se couvrir de gloire dans une première campagne à la baie d’Hudson.M.de Boucherville a le droit de se montrer fier de ce brillant jeune officier, qu’il tenait sur les fonts baptismaux il y a un quart de siècle.Il ne se lassera jamais de célébrer ses incomparables exploits. l’enfance de la vérendkye 15 Ainsi, l’enfance de Pierre de La Vérendrye sera bercée par les chants de cette splendide épopée du Jean Bart canadien,— héros idéal dont il suivra toujpurs la fulgurante carrière avec la plus fervente admiration.A Québec se produit une fameuse alerte.L’amiral Phipps subit un humiliant échec sous les murs de la capitale.Et parmi les officiers qui se distinguent au cours de cette brillante défensive, on voit trois frères Le Moyne : Maricourt, Sainte-Hélène et Longueuil.Mais voilà qui est plus émouvant et plus glorieux encore pour la famille.Jacques-René de Varennes, frère de Pierre, qui n’a que treize ans, a joué lui aussi son rôle dans cette mémorable affaire.Voyant les troupes françaises défiler pour franchir la petite rivière de Beaumont, le jeune cadet s’est jeté à la nage, son épée entre les dents, et a marché bravement à l’ennemi, se battant comme un vieux soldat ! Au manoir de Boucherville, tout le monde se réjouit et s’enorgueillit de ce bel acte de bravoure précoce.Mme de Varennes oublie ses angoisses maternelles pour s’abandonner au sentiment de fierté qui lui gonfle le cœur : sa pensée se reporte vers le cher disparu qui eût tant joui avec elle de cette heure bénie.Grand-père Boucher ne réussit pas à réprimer sa joie» tout en rendant grâce au ciel de lui donner des petits-fils comme il rêve d’en avoir.Pierre n’a encore que cinq ans, mais il comprend tout ce que renferme de généreux et de sublime la conduite de son frère aîné.Il voudrait être grand afin de pouvoir, lui aussi, défendre son pays contre l’envahisseur.La rive sud du Saint-Laurent n’était rien moins que sûre.Les colons devaient se tenir constamment en garde contre les surprises de bandes d’indiens hostiles.Un jour,— Pierre avait alors sept an§,— la vigie du fort signala plusieurs canots montés par une quarantaine de soldats qui descendaient le fleuve à force de rames.Une rumeur voulait que le fort de Verchères, situé à quelques milles en aval, fût assiégé par les Iroquois et ses occupants en danger imminent d’être massacrés.Peu de temps après, on apprit la défense héroïque qu’y avait soutenue une jeune fille de quatorze ans, 16 LE CANADA FRANÇAIS tenant tête pendant une semaine, avec une garnison insignifiante, à cinquante Iroquois.Cet exploit fameux s’était accompli à une douzaine de milles du fort Saint-Louis.La seigneurie de Verchères n’était séparée de celle de Boucherville que par la seigneurie de Varennes.M.de Boucherville et sa fille aînée connaissaient fort bien le père de Madeleine, venu au Canada en même temps que M.de Varennes et comme lui officier du régiment de Carignan.Aussi, nulle part l’héroïne de Verchères n’eut-elle de plus fervents admirateurs qu’au manoir de Boucherville.Tour à tour le grand-père, la grand’ mère, la mère ou une grande sœur était sollicité de faire aux plus jeunes le récit de la sublime histoire,— parfait modèle de crânerie française.Les enfants interrompaient leurs jeux pour répéter les mots à l’emporte-pièce dans lesquels s’affirmaient le sang-froid et la résolution de Madeleine.D’abord, la harangue aux deux petits frères : Battons-nous jusqu’à la mort, pour la patrie et la religion ! Souvenez-vous des leçons que mon père vous a si souvent données, que des gentilhommes ne sont nés que pour verser leur sang pour le service de Dieu et du Roi.Puis, la réception faite à La Monnerie : — Monsieur, soyez le bienvenu : je vous rends les armes.— Mademoiselle, elles sont entre bonnes mains.— Meilleures que vous ne croyez.Et, après la visite du fort par le lieutenant : — Monsieur, faites relever mes sentinelles, afin qu’elles puissent prendre un peu de repos : il y a huit jours que nous ne sommes pas descendus de nos bastions.Aujourd’hui encore, après deux siècles et demi, ces mots claironnants, cette allure martiale ont gardé une extraordinaire puissance d’évocation chevaleresque.Quelle forte empreinte ils durent laisser, aux dernières années du XVIIe siècle, chez des epfants de même rang et de même âge que Madeleine de Verchères, exposés aux mêmes dangers, ayant grandi comme elje dans le cliquetis des armes et la crainte du terrible Iroquois ! l’enfance de la vérendrye 17 Hélas ! Boucherville, qui avait échappé jusqu’alors aux attaques de l’astucieux et féroce ennemi, connut à son tour les horreurs d’une descente des barbares.Au printemps de 1695, une de leurs bandes s’était embusquée dans les forêts avoisinantes, guettant une occasion propice pour surprendre et massacrer les colons dans leurs champs.Pendant une nuit sombre d’été, écrit l’historien de Boucherville, les Iroquois pénètrent jusqu’aux habitations et poussés par leurs instincts cruels, ils se précipitèrent sur les familles endormies, se livrant à un massacre dont les horreurs ne furent surpassées que dans celui de Lachine.Des mères, avant d’être torturées elles-mêmes, virent leurs enfants égorgés dans le berceau ; des vieillards furent saisis dans leur fuite et traînés en captivité ; le feu dévasta plusieurs habitations.Quand le matin vint éclairer ce douloureux spectacle, on put voir des restes de flammes, des cendres, quelques familles effrayées sortant des bois, où elles avaient pu se sauver, des orphelins demi-nus à la recherche de leurs parents, des maris restés sans femme, des femmes sans époux, sans famille, sans gîte b Cette tragédie lugubre jeta sur Boucherville un voile de deuil qui assombrit longtemps la population.Le seigneur et le curé se prodiguèrent pour relever les ruines et panser les plaies.En dépit des misères et de l’incertitude de l’époque, la région se colonisait, la paroisse s’édifiait, grâce à l’initiative et à la générosité de Pierre Boucher.L’ancien gouverneur des Trois-Rivières était avant tout un défricheur et un laboureur.II cultivait ses champs lui-même et s’en faisait gloire.Les nobles et les officiers d’alors n’étaient pas riches.Aussi tous les membres de la famille mettaient-ils bravement la main à la pâte et ne croyaient pas déroger en se livrant aux besognes les plus humbles.La vie du seigneur au pianoir ne différait guère de celle du colon sur sa ferme, si ce n’est que l’étendue plus grande en culture rendait la besogne du premier plus lourde.* * * La modeste chapelle où seigneur et censitaires s’assemblaient pour prier n’avait été longtemps desservie que par des missionnaires de passage.Le premier qui y avait dit la 1.Père Louis Lalande, S.J., Une Vieille Seigneurie, Boucherville, Montréal, 1891, p.135. 18 LE CANADA FRANÇAIS messe était le célébré Père Marquette, venu saluer son ami de Boucherville avant de s’élancer vers les missions de l’Ouest et la decouverte du Mississipi.Il y avait célébré le premier baptême, demeuré consigné de sa main au registre paroissial.C était celui d’une petite Indienne à qui Mme de Varennes avait servi de marraine.Le maître du fort Saint-Louis en tirait une juste fierté.Il parlait volontiers du bref séjour chez lui de l’infatigable Jésuite et de ses courses épiques d’apôtre explorateur.Dix années à peine s’étaient écoulées depuis que ce grand Français avait succombé à sa tâche géante.Pendant les veillées d’hiver, face à la cheminée, M.de Boucherville revenait fréquemment sur ces fantastiques randonnées des découvreurs qu’il avait coudoyés et qu’il admirait avec passion.Tous les projets visant à reculer les limites de l’Empire français d’Amérique et à porter toujours plus loin l’Évangile du Christ, l’enthousiasmaient non moins qu’au temps de sa jeunesse.Au nom du Jésuite Marquette, il joignait celui de son intrépide compagnon Joliet, qui se reposait alors sur son île d’Anticosti, en attendant d’aller explorer le Labrador ; celui de Cavalier de La Salle, traîtreusement assassiné sur le sol de la Louisiane, qu’il avait découverte ; celui de Du Lhut, dont la vocation s’était décidée au fort Saint-Louis même, sous son toit hospitalier.Il n’avait garde d’oublier son valeureux filleul Pierre d’Iberville, qui continuait de pourchasser les Anglais dans les postes de traite de la baie d’Hudson.Certains mots étranges pour de jeunes oreilles émaillaient ses discours,— Cathay, mer de Chine, passage du Nord-Ouest, mer de l’Ouest,— qui ouvraient des horizons vers un monde lointain et mystérieux.Les enfants de Varennes écoutaient religieusement ces récits qui associaient des noms familiers aux actions les plus chevaleresques, aux aventures les plus passionnantes, à tout ce qu’on leur apprenait à chérir et à vénérer.Les paupières alourdies par l’attention portée au conteur et par la douce chaleur venant de l’âtre, c’est la tête bourdonnante du fracas de la bataille ou des chants des canotiers qu’ils s’endormaient presque chaque soir.A la chapelle, le petit Pierre, qui était très pieux, avait parfois des distractions.Sous les traits du bon curé sulpi-cien M.de La Saudrays, plutôt corpulent et débonnaire, c’est le Père Marquette,— frêle, nerveux, énergique, tel que le l’enfance DE LA VÉRENDRï'E 19 dépeignait M.de Boucherville,— quîil persistait à voir.Le célèbre Jésuite disait la messe ou prêchait devant un rassemblement d’indiens du Nord-Ouest ; ou bien il lisait tranquillement son bréviaire, tandis que son canot d’ecorce fuyait éperdument sur le Mississipi, se frayant une voie périlleuse à travers les branches et les troncs d’arbres emportés par le courant, et que, sur la rive escarpée formant plateau, paissaient d’immense troupeaux de bisons.On ne se recueille pas bien avec de telles images dans la tête.Mais aussi, pourquoi l’ami du grand-père Boucher avait-il été aussi intrépide missionnaire que hardi explorateur?.Pourquoi, surtout, était-il venu officier dans cette petite chapelle qui gardait l’empreinte de sa puissante personnalité ?.Serait-Il défendu de rêver, même dans la maison de Dieu, à bondir sur les traces de cet apôtre conquérant ?.Quelque chose de son âme ardente et généreuse flottait à coup sûr dans cet humble oratoire où il avait prié avec toy te la ferveur qui brûlait en lui.Mgr Taché, élevé dans la même maison, lui attribuera pour une bonne part sa vocation de missionnaire h En l’absence de toute organisation scolaire à cette époque, hors de Québec et de Montréal, l’instruction n’était pas tout à fait inconnue dans les campagnes.Maîtres d’école ambulants, religieux, notaires distribuaient ici et là quelques bribes de lecture et d’écriture 2.Boucherville était mieux partagé que bien d’autres sous ce rapport.Marguerite Bourgeois y avait donné les premières leçons et ses Sœurs de la Congrégation continuaient d’y passer plusieurs mois chaque été, avant d’y établir une maison 3.L’année même où Mme de Varennes vint s’y fixer, une école était ouverte pour les garçons, avec M.Bausault comme instituteur 4.Les siens durent la fréquenter.Sans doute les religieuses de Ville-Marie, qui logeaient et faisaient la classe au manoir, les eurent-elles aussi pour élèves.Sauf Jean-Baptiste, qui entra dans les ordres, et Anne-Marguerite, qui devint religieuse Ursuline, les enfants de l’ancien gouverneur des Trois-Rivières ne semblent pas 1.Dom Benoit, Vie de Mgr Taché, Montréal, 1904, I, p.13.2.Abbé Albert Tessier, Trois-Rivières, Trois-Rivières, 1934, p.145.3.Père Louis Lalande, S.J., Une Vieille Seigneurie, Boucherville, p.153.4.Père Louis Lalande, S.J., Une Vieille Seigneurie, Boucherville, p.159. 20 LE CANADA FRANÇAIS avoir été envoyés au dehors pour y faire des études.Ce n’étaient guère l’usage alors chez les fils d’officiers et de gentilshommes.L’apprentissage des armes les appelait trop tôt pour leur permettre de s’appesantir sur les livres.Les écrits que nous possédons de La Vérendrye et de ses contemporains trahissent une orthographe nettement fantaisiste.C’était la règle de 1,’époque.Gouverneurs, intendants, militaires, hauts fonctionnaires, tous ou à peu près martyrisaient la grammaire, sabotaient l’épellation et ne signaient même pas leur nom d’une manière uniforme.Ce qui ne les empêchait pas, le plus souvent, de construire des phrases solides, claires et bien liées.En 1695, Mme de Varennes quitta la maison de son père pour aller s’installer avec ses enfants sur sa propre seigneurie.Entre Boucherville et Varennes, la distance n’est que de cinq milles : l’aïeul continua de veiller sur eux.Pierre ne séjourna que deux ans à Varennes.L’heure était déjà venue pour lui de choisir une carrière.Il n’hésita pas longtemps.Autour de lui, tous ceux de son rang ; mieux encore, tous ceux de sa famille,—- grand-père, père, oncles, frères, cousins,— appartenaient à l’Église ou à l’armée.Chez les Boucher, à part deux prêtres et une religieuse Ursu-line, tous les fils étaient soldats ou marins, toutes les filles avaient épousé des soldats ou des marins.La noble tradition se continue chez les Gaultier.Plusieurs des treize enfants ne sont pas parvenus à l’âge adulte, mais tous les survivants mâles seront gens d’Église ou d’épée.Dans trois ans, Jean-Baptiste sera prêtre ; il deviendra par la suite vicaire général du diocèse de Québec et membre du Conseil Souverain.Anne-Marguerite est au pensionnat des Ursulines de Québec et entrera dans la communauté.Madeleine est depuis trois ans la femme de Charles Petit de Livilliers, brillant officier de marine.Marie-René épousera bientôt le lieutenant Christophe Dufrost de La Jemmeraye.Plus tard, Marie-Marguerite s’unira à Louis Hingue de Puijibault.L’aîné des garçons, Louis, compte déjà une dizaine d’années de service dans l’armée.A dix-sept ans, il a été promu enseigne par Frontenac.Jacques-René marche sur ses traces, et avec quel entrain, on l’a vu à Québec! l’enfance de la vérendhye 21 Pour un jeune Canadien de noblesse, brûlant de zele et d’ambition, qui rêve de se sacrifier pour son pays, de porter toujours plus loin le nom de la France et du Christ, il n’y a pas d’autre carrière que celle des armes.Pierre de La Vérendrye, à douze ans, entre comme cadet dans les troupes de Sa Majesté.Donatien Fhémont.
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