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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
En Belgique, l'influence française est vivement battue en brèche
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1937-10, Collections de BAnQ.

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EN BELGIQUE, L’INFLUENCE FRANÇAISE EST VIVEMENT BATTUE EN BRÈCHE D’aucuns s’étonneront peut-être de voir développer un tel sujet dans cette revue !.Pourtant c’est un thème de brûlante actualité et de toute première importance qui, en Europe Occidentale, fait couler beaucoup d’encre.Ceci s’explique par les répercussions extrêmement graves que le déclin de l’influence française en Belgique peut avoir sur la situation internationale européenne et, du même coup, sur le sort de la paix.D’autre part, tout ce qui intéresse la France, le prestige français, ne peut manquer d’intéresser les lecteurs du Canada français.Enfin — dernier argument militant en faveur d’une étude qui se situe en Belgique — il existe une analogie démographique frappante entre le Royaume de S.M.Léopold III et le Canada.Là trois millions de Wallons de race, de culture et de langue française, ici trois millions de Canadiens de race, de culture et de langue française, les uns et les autres défenseurs courageux, ardents, et infatigables du prestige français.Toutes ces raisons justifient cet exposé dont nous garantissons par avance l’impartialité.En effet, nous nous bornerons à rapporter des faits, des conceptions, des arguments, aussi bien ceux des Wallons francophiles que ceux des Flamands francophobes.Il appartiendra donc à nos lecteurs de se faire eux-mêmes une opinion à la lueur de ces pages objectives d’histoire contemporaine.Pour bien saisir le problème du sort de l’influence française en Belgique, il faut d’abord en préciser les données.Autrement dit, il faut déterminer exactement la position démographique du Royaume de S.M.Léopold III. 158 LE CANADA FRANÇAIS Eh bien ! au point de vue ethnique, le peuple belge ne constitue pas un bloc homogène.Il est le résultat de l’assemblage de trois fractions démographiques différentes sous l’autorité d’un même Souverain : Au N.-O.: 4.322.083 Flamands.au S.-E.: 3.048.433 Wallons.au Centre : 929.424 Bruxellois.Or, en dépit des persévérants efforts des gouvernants, on ne peut pas dire qu’il y ait vraiment eu fusion, amalgame entre ces trois groupements disparates, tout au moins entre le bloc flamand et le bloc wallon.De race, de culture et de langue néerlandaise, les Flamands n’ont pour la France aucune sympathie ; tous la dédaignent, beaucoup s’en méfient, certains même la haïssent.Tontes les aspirations de la Flandre se résument dans son cri de guerre : « Los van Frankrijk ! » ou si vous préférez : « Détachons-nous de la France ! » lancé, pour la première fois, à Dixmude, en 1935, par le délégué des anciens combattants flamands.Si les Flamands sont nëerlandophiles, certains même germanophiles, les Wallons, au contraire, sont francophiles.Ils aiment la France, leur seconde patrie ; leur cœur bat pour « la Gaule baignée de lufnière méditerranéenne, plus que jamais nécessaire au bien spirituel de l’humanité », Me Aug.Buisseret, bâtonnier du barreau de Liège, dixit.Coijacés entre ces deux groupements antagonistes, les Bruxellois s’efforcent de les amadouer, de les concilier, bref de les cimenter en un bloc homogène sous le signe du drapeau national noir, jaune, rouge.Tâche ingrate s’il en est, car Flamands et Wallons, de leur côté, ne restent pas inactifs — il va sans dire — et s’évertuent de gagner la capitale à leur cause respective ! Les uns comme les autres ont d’ailleurs des chefs énergiques, des orateurs pleins de fougue et de talent, une presse qui ne manque ni de brio, nj de hardiesse.Du côté flamand, les feuilles les plus bruyantes sont : Hier Dinaso, organe de M.Van Severen et du parti « Dinaso )) à tendances hitlériennes, le Volk en Staat, cher à M.De Clercq et aux nationalistes flamands, le Standaard de M .Sap et de la droite flamande, Elckerlijc où M.Van Cauwelaert expose ses conceptions dans une forme plus modérée, sans parler de Omrocp, de Nieuw Vlaanderen, de Nieuw Kempen, EN BELGIQUE 159 de Nieuwe Staat, de De Dag, de Volksmacht, de De Week, de H et Aankondigingsblad, etc.Pour leur répondre, les Wallons, eux aussi, ont leurs tribuns et leur presse de combat.Des tribuns, la Wallonie n’en manque point et en possède même de fort beaux comme M.l’abbé Mahieu, M.Georges Truffaut, M.Louis Piérard pour ne citer que quelques noms parmi les plus célèbres.Quant aux feuilles wallonnes, les plus en vue sont «1 Action Wallonne, le meilleur des journaux wallons, extraordinairement bien renseigné, et la Wallonie Nouvelle, organe nationaliste wallon dans le sens le plus pur du terme », aux dires même de M.Ward Hermans, rédacteur au flamingant Volk en Staat.A côté de cette presse d’assaut, il existe de nombreux organes plus modérés comme la Gazette de Charleroi, le Journal de Liège, le Pays Wallon, la Meuse, l'Express, la Vie Wallonne, la Défense Wallonne, etc.En bref, Flamands et Wallons se regardent un peu comme chiens et chats, et il n’est pas trop de toute l’habileté d’hommes comme M.Van Zeeland pour empêcher de nombreux coups de dent et de griffe.De grands journaux bruxellois comme la Nation belge et P Indépendance belge s’efforcent, eux aussi, de concilier les extrêmes et d’apaiser leur turbulence.La politique elle-même n’a pu réussir à dissiper l’antagonisme wallo-flamand.Sans doute, les citoyens belges sans distinction de race, flamands, bruxellois et wallons, se sont-ils ralliés, selon leurs aspirations politiques, à l’un des trois grands partis traditionnels, catholique, libéral ou socialiste, mais ils n’ont point pour cela oublié leur origine, ni abandonné leurs revendications ethniques, culturelles et linguistiques.Dans chacun de ces trois grands partis, Flamandset Wallons se sont bien côtoyés et mis d’accord sur un programme commun, mais ce programme les uns et les autres ont rêvé de l’appliquer dans le cadre régionaliste en conservant leur langue, leur culture, leurs traditions particulières. 160 LE CANADA FRANÇAIS En un mot, le ferment racique et linguistique est un obstacle à l’unité absolue des partis politiques belges.Le cœur d un Flamand, à quelque parti qu’il appartienne, n a jamais cessé de battre pour La Haye, et son regard de se tourner vers le Nord, si brumeux soit-il.Au contraire, le cœur d’un Wallon, à quelque parti qu’il appartienne, n’a jamais cessé de battre pour Paris, et son regard de se tourner vers le Sud, vers le soleil méditerranéen.Tout en vivant côte à côté, les Flamands et les Wallons, ne se sont jamais compris.Selon une formule courante, les premiers, catholiques, libéraux ou socialistes, « sentent Pays-Bas », alors que les seconds, catholiques, libéraux ou socialistes « sentent France ».C’est tellement vrai que, quel que soit leur parti politique et en dehors de lui, Flamands d’un côté, Wallons de l’autre, se sont groupés en ligues, en fronts, en concentrations ayant pour objet la défense de leur culture et de leur langue respectives.La constitution de tels groupements est d’ailleurs pratiquement facilitée par ce fait que la Flandre est en majorité de droite (frontistes et catholiques conservateurs), tandis que la Wallonie est en majorité de gauche (catholiques sociaux, libéraux et socialistes).Quoi qu’il en soit, ces ligues manifestent une très grande activité, organisent de nombreuses réunions, parfois même de grandioses meetings.Dans le camp flamand, le plus célèbre peut-être a été celui de Dixmude ; le 18 août 1935, où, devant plus de 100.000 manifestants, fut lancée la fameuse formule qui résume tout un programme: « Los van Frankrijk ! » « des milliers de participants, a écrit René Pouret dans son compte rendu, ont affirmé une fois de plus leur haine de la culture française, de la France, des alliés de la France et des Belges de culture française ».Moins tapageur, mais peut-être plus important, fut le Congrès de la Concentration flamande qui s’est tenu à Louvain, le 19 juillet 1936.Là fut scellé un rapprochement permanent entre la vieille droite flamande et les nationalistes EN BELGIQUE 161 flamands dits couramment « frontistes ».Au surplus, voici le compte rendu de M.René Pouret : A côté d’intellectuels romantiques, il y avait des syndicalistes et des affairistes.Le dinasisme était représenté.Bref, c’était, selon l’expression germanique, un Landtag assez complet.La concentration y a été votée non sans que les nationalistes eussent précisé qu’ils n’entendaient pas être absorbés, mais, au contraire, être des animateurs.Et le but est le développement de la Flandre, son autonomie culturelle, son expansion économique et, bien entendu, l’indépendance de sa politique à l’égard de la France.Naturellement les Wallons ont riposté ! Eux aussi se sont groupés, sans distinction de partis politiques, au sein, soit de la Concentration Wallonne, soit du Front démocratique Wallon, organismes qui, depuis le 15 février dernier, ont d’ailleurs décidé de coordonner leurs efforts en vue d’assurer par l’unité le succès de la cause commune, à savoir : la défense de la culture et de la langue française ! Eux aussi ont intensifié leur propagande, les uns par la plume, les autres par le verbe, souvent par les deux.C’est Me Buisseret, échevin de Liège, c’est Georges Truffaut, député, c’est surtout l’abbé Mahieu qui, presque chaque soir, parcourt la campagne wallonne pour galvaniser les cœurs !.Eux aussi enfin ont leurs rassemblements de masse.Il faut retenir plus particulièrement le pèlerinage annuel des Wallons au monument de 1’ « Aigle blessé » à Waterloo.Reproduisons le compte rendu qu’a donné de cette manifestation en 1936 Y Action Wallonne sous le titre : Waterloo 1936 Wallons de Belgique et Wallons de France ont manifesté leur indéfectible unité.De l’enthousiasme.Une foule plus considérable que jamais.Le IXe pèlerinage à Waterloo sera marqué d’une pierre blanche dans les annales de notre histoire politique.Peu importe l’incompréhension congénitale de certains hommes, les sarcasmes balourds d’une presse flamande ou bruxelloise qui n’entendra jamais rien au sentiment de la Wallonie.Il y a, par-dessus des rancœurs et malgré des appétits féroces, la volonté d’un peuple qui prend conscience de sa personnalité ; il 162 LE CANADA FRANÇAIS y a, au contact des événements, la réponse précise à des problèmes vitaux, mais il y a — surtout ! — chez tout Wallon, l’esprit gaulois qui se réveille.Et cela signifie, comme l’a dit Georges Michaux, comme l’a dit François Van Belle, comme l’ont affirmé par leurs acclamations les milliers de pèlerins qui manifestaient, le 14 juin, devant l’« Aigle blessé », qu’à toute tentative d’« expérience » les Wallons, tous les Wallons répondront de toute la force de leur âme : Vive la France ! Vive la France !.Et voici l’Abbé Mahieu, cette grande victime, qui apparaît comme un symbole : « Il faut sauver la Wallonie, il est presque trop tard.» C’est un cri de détresse, profond, pathétique ; l’émotion est à son comble, une seule pensée domine et la foule, à pleines poitrines, entonne la Marseillaise.Elle a rassemblé tous ses espoirs, elle a répondu comme répondent les foules de chez nous par le chant de la délivrance.Voilà une prose qui en dit long sur l’état d’âme, les sentiments, les aspirations, non pas peut-être de tous les Wallons, mais du moins de ceux d’entre eux, que l’on a coutume d’appeler les « Wallonisants » ou « Wallingants » ef qui sont des francophiles cent pour cent, intégraux et irréductibles !.Eh oui ! le bloc wallon, considéré dans son ensemble, apparaît moins homogène, moins bruyant, plus apathique que le bloc flamand.Et les militants de s’en plaindre amèrement.Ecoutons : sur ce thème M.Marcel Fabry : .Et puis, il y a autre chose.Les Wallons appartiennent à une race raffinée que choquerait une insistance trop grande dans l’exposé de ses griefs.Une sorte de pudeur les incite à se taire .et on en arrive à les ignorer.Pendant ce temps, les Flamands clament bien haut leurs revendications ; on s’habitue à les entendre, on les prend en considération, on les respecte.Tout cela n’aurait guère d’importance, si les Flamands étaient une minorité inoffensive.Mais c’est tout le contraire : ils sont plus nombreux que nous et ne le savent que trop.Aussi un régime d’union étroite avec eux nous entraînera-t-il fatalement à leur remorque.C’est pourquoi il y a une question wallonne ; ce n’est même plus une question de sentiment ; c’est une simple question d’arithmétique.Et l’arithmétique joue d’autant moins en faveur des Wallons que ceux-ci, numériquement inférieurs, sont encore EN BELGIQUE 163 affaiblis, depuis les élections générales de mai 1936, par le succès des communistes et des rexistes, dont la plupart des représentants parlementaires furent élus par des voix wallonnes.Or, chacun sait que s’il est une question dont les chefs moscoutaires n’ont guère cure, c’est bien celle des aspirations patriotiques qu’inconsciemment ou non, peuvent nourrir leurs électeurs, fussent-elles favorables à un pays démocratique comme la France, dont, pour l’instant, le gouvernement est orienté vers la gauche.Quant à M.Léon Degrelle, le jeune chef du mouvement rexiste, lui aussi se soucie fort peu de la défense des revendications spécifiquement wallonnes.Il est l’allié du parti frontiste pannéerlandais et germanophile, et certaines de ses diatribes enflammées contre la France (bien que né d’une mère française) ne témoignent point d’une bien grande francophilie, — c’est le moins que l’on puisse dire.« Rex », nous confiait, peu après ces élections du 24 mai 1936, un Wallon intégral et clairvoyant, a brisé l’ébauche du grand rassemblement entre tous les Wallons.Hélas ! les événements survenus depuis un an devaient lui donner raison.De l’aveu même d’un Ministre d’État flamand, la volte-face du second gouvernement Van Zeeland en politique internationale doit être attribuée pour une bonne part à l’attitude des députés rexistes qui, rejoignant, au point de vue extérieur, l’ensemble des députés flamands, ont considérablement nui à la cohésion du bloc wallon, battu en brèche son unité, affaibli sa force et diminué son prestige.Mais que les « Wallonisants » se consolent : pour l’instant, l’essor de la poussée rexiste est arrêté.Du moins, le cuisant échec infligé, le 11 avril dernier, par M.Van Zeeland à M.Degrelle, à l’occasion de l’élection partielle de Bruxelles (échec dû en partie à la condamnation des principes et des méthodes totalitaires du Rexisme par Mgr Van Roey, archevêque de Malines) le laisse-t-il présumer.Du même coup, les fissures faites au bloc wallon par le mouvement rexiste se combleront sans doute assez rapidement. 164 LE CANADA FRANÇAIS Quoi qu’il en soit, aux élections générales de 1936, des Wallons au cœur gaulois et à la culture latine ont apporté leurs suffrages à des hommes, communistes ou rexistes, qui, eux, pour la plupart, se souciaient fort peu de leurs aspirations raciques.Or, en régime parlementaire, l’opinion de l’élu compte plus que celle de l’électeur !.C’était à peu près le sentiment de M.G.-A.Detry, président de « l’Union professionnelle de la presse belge » qui, au lendemain du scrutin du 24 mai, écrivait fort pertinemment : Demain l’axe de la majorité gouvernementale sera plus flamand qu’avant les élections.La formule de collaboration catholico-libéro-socialiste aura cette conséquence de réduire encore l’influence wallonne au sein du gouvernement, puisque rexistes et communistes, élus presque tous en Wallonie et à Bruxelles, se retrouveront dans l’opposition à côté des nationalistes flamands.Or, les préoccupations de ceux qui président aux destinées du pays sont orientées vers les revendications des Flamands, jugés plus obstinés et plus disciplinés dans leur effort que les Wallons.Ma foi, notre objectivité se doit de reconnaître que, tiraillé, dans le pays et au Parlement, par deux forces inégales et de sens contraire, le Gouvernement de S.M.Léopold III est lentement sans doute, mais néanmoins irrésistiblement entraîné par la plus forte, c’est-à-dire vers le Nord, vers la Flandre.Les conceptions flamandes l’emportent donc sur les conceptions wallonnes et naturellement le prestige f rançais en Belgique en subit les contre-coups.Car Paris a beau n’avoir jamais rien fait pour favoriser les revendications de la Wallonie, il n’en reste pas moins évident que la cause de la France apparaît comme liée à celle des Wallons, souvent plus français que bien des citoyens de la Ille République.Il nous appartient donc de préciser les conceptions respectives des Flamands et des Wallons et de définir l’attitude du Gouvernement belge à leur égard, ce qui nous permettra, du même coup, de faire le point du prestige français.Nous ferons cet examen au triple point de vue : EN BELGIQUE 165 culturel et linguistique, politique, économique.I.DOMAINE CULTUREL ET LINGUISTIQUE Pour le Gouvernement de Bruxelles, tout le problème — et il est délicat — se ramène à maintenir l’unité du Royaume en dépit de la dualité des races et des langues.Au XIXe siècle, il avait été tranché au mieux des aspirations wallonnes puisque c’était 1 e français qui avait été déclaré langue nationale.Mais vint un jour où les Flamands revendiquèrent le droit de se servir du néerlandais comme langue de culture.C’est alors que Bruxelles imagina de généraliser le bilinguisme.Seulement cette solution ne satisfit ni les Wallons, ni les Flamands.Et M.Marcel Fabry a très bien dit pourquoi dans un des tout derniers numéros de Y Action Wallonne.Ni les Wallons, parce qu’ils constatèrent que, chez eux, bilinguisme et flamandisation étaient synonymes.Or, flaman-diser la Wallonie, ce serait faire une « Belgique abâtardie et vouée à la mort ».Ni les Flamands, parce que le bilinguisme maintenait en Flandre la culture française qu’ils considèrent comme contraire au développement normal de leur peuple.Aussi Vidée du bilinguisme fit-elle place à Vidée régionaliste, sous le signe de laquelle furent élaborées les lois linguistiques de 1932.Quelles en étaient les grandes lignes?— Division du Royaume en trois régions : région wallonne, région flamande et agglomération bruxelloise ; — Substitution au bilinguisme de l’usage obligatoire de la langue régionale : français en Wallonie, néerlandais en Flandre ; — Statut particulier de l’agglomération bruxelloise, basé sur une liberté d’appréciation donnée aux Conseils communaux ; — Dédoublement des services centraux permettant aux Wallons comme aux Flamands d’accéder séparément aux plus hautes fonctions officielles.C’est suivant ce principe régionaliste que furent réglés les statuts de l’administration, de l’enseignement et de la justice.Mais, actuellement, le bilinguisme semble vouloir renaître de ses cendres avec un projet de loi sur le statut linguistique 166 LE CANADA FRANÇAIS de l'armée, projet qui consacre l’unilinguisme des formations militaires et le bilinguisme des officiers.Ce bilinguisme imposé aux officiers est d’ailleurs vivement critiqué, non seulement dans les journaux wallons d’avant-garde comme VAction Wallonne, mais même dans les feuilles bruxelloises unitaires comme la Nation Belge sous la plume du colonel J.Ray.C’est, explique M.Marcel Fabry, que la « loi projetée aurait pour résultat d’abandonner, en fait, aux Flamands le commandement et l’organisation de l’armée ».« Éventualité d’autant plus redoutable pour les Wallons, ajoute-t-il, qu’on connaît l’état d’esprit des Flamands quant à la défense de l’Est.» Or, le projet, jugé excessif par les Wallons, est considéré, par les Flamands, comme un pis-aller.Certaines feuilles flamingantes, c’est-à-dire ultra-flamandes, ne lui ménagent d’ailleurs point leurs critiques.Au lieu d’une « flamandisation intégrale de l’armée », écrit le Volk en Staat du 21 décembre dernier, on nous sert « une loi qui n’est ni plus ni moins qu’une loi linguistique belge ».Son confrère le Standaard du 28 décembre n’est pas plus tendre : le projet, dit-il, va contribuer à maintenir en Flandre le « chancre du bilinguisme », entendons la culture française.En bref, le réveil du bilinguisme ne suscite guère d’enthousiasme tant chez les Flamands que chez les Wallons.Pour les premiers, en effet, le bilinguisme est synonyme de francisation, pour les seconds il est synonyme de flamandisation.Certes il y a bien une autre solution préconisée par M.Jean Rey, conseiller communal de Liège : c’est celle basée sur la notion moderne de la protection des minorités.En effet, il existe en Flandre une minorité wallonne, tandis qu’il n’existe point de minorité flamande en Wallonie : deux situations différentes auxquelles devraient correspondre deux EN BELGIQUE 167 régimes linguistiques différents.La thèse est facile à saisir._ Mais inutile de dire que si pareille solution avait les préférences des Wallons, elle serait rejetee d emblee par les Flamands et avec quelles clameurs !.C’est que là-bas, en Flandre, en effet, certains esprits sont très montés comme en témoignent quelques incidents assez significatifs.Aipsi.en février dernier, des « patrouilles de chevaliers du pinceau » se signalèrent par toute la Flandre : a Malines, Menin, Zottegem, Gand, Anvers, Grammont, etc., les inscriptions françaises furent enduites d’une couche de peinture blanche.Bruxelles lui-même n’a pas échappé aux « patrouilleurs ».Tous les noms de rues unilingues d’Ixelles furent barbouillés.Les auteurs de ces plaisanteries d’un goût douteux laissèrent, paraît-il, des traces de leur passage le long du Boulevard Botanique et jusqu’aux abords de la gare du Nord.« Brussel Vlaamsche Grond ! (Bruxelles, terre flamande !) » Et ma foi, les journaux flamingants ont applaudi.Le Volk en Staat, par exemple, s’est écrié : La Flandre ne demande plus son droit, elle le prend.Un seul moyen est efficace : l’action ! Nous espérons, ajoute le même journal, que ces incidents ne sont qu’une introduction à une action systématique pour l’unilinguisme de la Flandre.Voilà donc où en est actuellement, dans ses grandes lignes, la question linguistique et culturelle en Belgique.Il ressort très clairement que le français, autrefois langue culturelle et nationale, a perdu pas mal de points au profit du néerlandais.Naturellement les Wallons sont fort mécontents, et pourtant les Flamands sont encore très loin d’être satisfaits ! Tout récemment, un ami wallon nous confiait en substance : Le bilinguisme ne résoudra pas le problème belge.Ce problème a dépassé le stade des querelles linguistiques, c’est une question de races et de peuples. 168 LE CANADA FRANÇAIS I arlez aux flamands de question linguistique et vous verrez avec quel mépris ils traiteront les « taalwetten ».Eux, ce qu’ils veulent, c est 1 autonomie thioise c’est-à-dire leur rattachement aux Pays-Bas ou, à défaut, tout au moins une orientation économique, militaire et culturelle de la Belgique vers la Hollande et vers l’Allemagne.Ce qu’ils veulent surtout, c’est le sabotage de la défense de notre frontière est.Deux solutions s’entrevoient à ce terrible problème : ou bien, avec_ la complicité du bilinguisme, la transformation de la Belgique en Etat Flamand dans lequel l’influence des Wallons serait annihilée .Et cette solution, nous Wallons, nous la repoussons !.— ou bien un fédéralisme à trois (Flandre, Wallonie et Bruxelles) dont l’idée commence à se développer dans les milieux bruxellois et qui sauvegarderait la personnalité de chacun.Et ainsi, grace a 1 aimable déclaration de notre ami, nous sommes amenés sur le terrain politique.II.DOMAINE POLITIQUE Ici il faut distinguer, bien entendu, le plan intérieur et le plan extérieur.A.Politique intérieure a) Point de vue flamand Que veulent les Flamands ?Une majorité imposante veut Yhégémonie ou, à son défaut, la division de la Belgique.Mais, d’accord sur le principe, les Flamands ont des conceptions différentes sur son application.Le parti Dinaso,— d’ailleurs numériquement faible,— dont le che>f est M.Joris Van Severen, se réclame des principes définis par M.Hitler dans son livre Mein Kampf.Son rêve, c’est la reconstitution de la Grande Nêerlande, qui comprendrait : a) la mère patrie, c’est-à-dire YÉlat Thiois composé de la Hollande, de la Flandre et de Bruxelles ; EN BELGIQUE 169 b) la Confédération Thioise, c’est-à-dire l’État Thiois renforcé de la Frise, de la Wallonie et du Luxembourg ; c) Y Empire Thiois qui, avec les Indes Néerlandaises et le Congo belge, formerait le bloc général.Écoutons d’ailleurs M.Van Severen traiter de la future ( ?) Confédération au Congrès de Bruges en 1935 : Autour du peuple thiois vivent 400.000 Frisons, environ 3.000.000 de Wallons, 200.000 Luxembourgeois.Nous voulons faire de ces peuples des alliés incorporés au puissant État Thiois dans lequel ils jouiraient de l’autonomie nécessaire à la sauvegarde de leur personnalité, mais où, chacun à sa place, ils devraient remplir fidèlement et consciencieusement leurs devoirs de membres d une fédération d’États sous l’hégémonie de l’État Thiois.Tout près du dinasisme se situe le « Vlamsh Nationaal Verbond », c’est-à-dire le parti nationaliste flamand dit encore frontisie ou activiste que préside M.De Clercq.Ses effectifs sont assez imposants : il a d’ailleurs 16 élus à la Chambre des Représentants.Son programme est nettement séparatiste.On peut le résumer en trois points : 1) Démembrement du Royaume en Flandre et en Wallonie.2) Rattachement de la Flandre à la Hollande et, du meme coup, formation de l’État Thiois.3) Assimilation de Bruxelles, qui perdrait d’ailleurs son titre de capitale au profit d’Anvers.Pour être complètement édifié sur ce dernier point, il suffit de se reporter à un récent article du Volk en Staat, article dont voici la teneur : Nous, nationalistes flamands, déclarons sans ambages que nous voulons vous conquérir, vous Bruxellois, à nos conceptions nationales thioises.Nous, nationalistes flamands, nous avons la nostalgie de notre grande patrie, la patrie thioise.La Flandre ne nous suffit pas.Elle est trop petite.Nous voulons un grand peuple et une patrie puissante, c’est-à-dire l’État thiois avec ses ports nationaux : Anvers, Amsterdam, Rotterdam, avec ses villes célèbres : Bruxelles, Gand, Bruges, Louvain, Utrecht, La Haye, Groningue, avec ses sept universités, ses treize millions d’habitants, ses riches colonies.Vous reconnaîtrez que cet État vaut bien qu’on se lance dans la grande aventure de la lutte thioise libératrice. 170 LE CANADA FRANÇAIS Bruxellois, un jour viendra où vous devrez choisir.Voulez-vous être incorporés à la France avec cette Wallonie qui se cramponne à vous, bien qu’elle vous considère comme des étrangers ?Voulez-vous être dans cette France, ou tout est centralisé, où tout est effacé et étouffé par la « Ville-Lumière », un objet de curiosité serti sur la Wallonie, transformée en tout petit département ?En somme, peu de différences entre les revendications de M.Van Severen et celles de M.De Clercq : l’un et l’autre aspirent à la constitution de VÉtai thiois, mais le premier veut englober Frise, Wallonie et Luxembourg dans une confédération thioise, tandis que le second abandonne ces pays à leur propre sort.En bref, suzeraineté chez M.Van Severen, simple séparatisme chez M.De Clercq.Passons à des fractions plus modérées, animées par des leaders moins intransigeants comme M.Van Cauwelaert ou même M.Sap.Que veulent-elles ?Est-ce un système fédéraliste avec deux associés unilingues : Flandre-Wallonie et un territoire à statut spécial : Bruxelles P Est-ce le maintien du système unitaire actuel ?On ne sait au juste.Mais ce qui est bien connu, c’est leur volonté de voir, dans l’une ou l’autre hypothèse, s’affirmer la prépondérance flamande, en tou{ et pour tout, Pour s’en convaincre, il suffit d’extraire quelques passages parmi les plus caractéristiques du programme électoral élaboré, en 1936, par le Katholick Vlaamsch Landsbond : Nous acceptons l’unité politique de la Belgique : a) pour des raisons de fait ; b) pour des raisons de solidité économique.Mais la représentation flamande au Parlement, forte de sa supé-rioté numérique, peut prendre pour la totalité du pays des décisions qui protègent l’expansion flamande.Ce sont les raisons pour lesquelles nous voulons le maintien de l’unité du pouvoir législatif pour les deux parties du pays, cette unité étant favorable à l’esprit de conquête flamand.Nous exigeons le dédoublement des pouvoirs exécutifs pour autant qu’il soit dicté par l’intérêt du peuple flamand.Au point de vue des affaires culturelles, le dédoublement doit s’étendre EN BELGIQUE 171 jusqu’au ministre inclusivement, d’où la nécessité de créer à l’instruction publique deux départements distincts.Prose édifiante s’il en est, montrant très bien que si les Flamands se résignent — oh ! sans grand enthousiasme — au maintien du système unitaire, c’est parce que, certains de leur majorité parlementaire depuis la réforme électorale de 1936, ils le considèrent comme présentement susceptible d’assurer le triomphe de « l’esprit de conquête flamand ».C’est là le but à atteindre, les moyens importent peu ! Le Katholick Vlaamsch Landsbond ne veut donc point le démembrement du Royaume de Belgique, ni le rattachement de la Flandre aux Pays-Bas : c’est en cela qu’il se distingue du frontisme et du dinasisme.Mais, pourrait-on nous objecter, vous n’étayez votre thèse que sur les décisions des partis conservateurs flamands ; les libéraux, les socialistes, qu’en faites-vous ?Si nous n’avons disserté que sur le programme de la droite et de l’extrême-droite flamandes, c’est qu’en pays thiois, ces partis constituent la majorité.Or, cette majorité conservatrice est suivie sur le terrain des aspirations raciques par les minorités du centre et de la gauche.Autrement dit, lorsqu’il s’agit d’une revendication spécifiquement flamande, il n’existe plus ni dinasos, ni frontistes, ni catholiques, ni libéraux, ni socialistes, mais seulement des patriotes flamands.Tout comme lorsqu’il s’agit d’une revendication spécifiquement wallonne, il n’existe plus ni catholiques, ni libéraux, ni socialistes, mais seulement des patriotes wallons.* * * b) Point de vue wallon Que veulent les Wallons sur le terrain de la politique intérieure ?Quelle forme d’État souhaitent-ils ?Oh ! simplement celle qui leur permettrait de résister à la poussée flamingante, celle qui leur permettrait d’échapper à la flamandisation menaçante, celle qui leur permettrait de rester des latins intégraux. 172 LE CANADA FRANÇAIS Or, avec l’actuel système unitaire, les Wallons peuvent-ils espérer conjurer le péril?.Depuis la réforme électorale de 1936, qui donne une majorité certaine aux Flamands à la Chambre des Représentants, beaucoup de Wallons sont très sceptiques, sinon franchement pessimistes.Aussi nombre d’entre eux s’orientent-ils vers une autonomie plus ou moins absolue : fédération à trois en compagnie de la Flandre et de l’agglomération bruxelloise ou bien indépendance complète.La figure la plus représentative de la cause autonomiste wallonne est sans doute celle de M.l’abbé Mahieu, véritable apôtre qui, chaque soir, s’en va, par la campagne, de village en village, semer la bonne parole.Et quelle parole ! Beau tribun qui expose sa thèse avec la fougue du fanatisme, l’abbé sait faire vibrer son auditoire.Écoutons plutôt sa voix enflammée résonner dans un silence quasi-religieux : La politique wallonne du point de vue intérieur, c’est-à-dire du point de vue de l’organisation du pays, doit être établie en fonction de la politique flamande, puisque c’est avec les Flamands que nous devons résoudre le problème de la Belgique.Après le Congrès de la concentration flamande qui s’est tenu à Louvain, le 19 juillet dernier, il ne reste plus aucun doute sur la volonté de la Flandre.Celle-ci réclame une organisation juridique, sociale et économique spécifiquement flamande.C’est dire qu’elle réclame pratiquement l’autonomie ; elle repousse définitivement le ïégime unitaire belge.Dans ces conditions, il ne reste aux Wallons qu’à réclamer à leur tour l’autonomie et à fixer avec les Flamands les bases sur lesquelles pourrait s’édifier une Belgique nouvelle.Mais tous les intérêts des partis coalisés avec les banques et tous les organismes centraux de la capitale s’opposent avec l’énergie du désespoir à la solution séparatiste qui se prépare.Disposant de l’argent et de la presse, les unitaristes sont jusqu’à présent parvenus à soutenir leurs positions.Cependant il est déjà parfaitement clair qu’ils ne pourront résister à la vague de fond qui monte de Flandre.Si nous voulons maintenir l’intégrité française de la Wallonie, si nous voulons que l’argent des contribuables wallons soit employé à perfectionner l’outillage de la Wallonie, si nous voulons rester maître chez nous, une seule solution est possible : l’autonomie ! * * * Ainsi donc, en Wallonie comme en Flandre, la thèse autonomiste ou plus exactement la thèse fédéraliste (deux associés BN BELGIQUE 173 unilingues : Flandre-Wallonie et un territoire à statut spécial : Bruxelles) semble rallier, chaque jour, un nombre croissant de partisans.Seulement en cas de succès de cette thèse, la nouvelle fédération devrait inévitablement adopter une politique extérieure commune.Or, là est une pierre d’achoppement ! Les conceptions des Flamands et des W’allons sont diamétralement opposées, et l’on imagine assez mal comment un accord pourrait intervenir.Cette remarque nous conduit sur le terrain de la B.Politique extérieure Que veulent les Flamands ?Que veulent les Wallons ?Quelle est l’attitude du gouvernement de S.M.Léopold III?^ „ * V a) Point de vue flamand Le principe directeur de la politique extérieure flamande, nous le trouvons dans la fameuse formule lancée à Dixmude, en 1935, par le délégué des anciens combattants flamands : « Los van Frankrijk ! » c’est-à-dire « Détachons-nous de la France ! » Sur ce principe, tous les Flamands sont d’accord.Nous n’en voulons pour preuve que l’opinion d’un modéré comme M.Van Cauwelaert, opinion que reflètent avec beaucoup de limpidité tant ses discours que ses articles.En voici les principaux points : — Neutralité volontaire ; — Abandon de l’accord défensif franco-belge ; — Souscription aux seuls engagements se limitant aux frontières belges, c’est-à-dire condamnation de la politique de sécurité collective et des pactes d’assistance mutuelle et, par là même, adhésion à la formule allemande des pactes bilatéraux de non-agression, sous réserve toutefois de les inclure dans le pacte de la S.D.N.; — Collaboration intime avec la Hollande ; 174 LE CANADA FRANÇAIS — Adhésion à un bloc nordique d’États neutres (Pays-Bas, Suède, Norvège, Danemark, Finlande).En somme, ce que préconise M.Van Cauwelaert et avec lui la quasi-totalité de la Flandre, c’est le renversement complet de la politique extérieure pratiquée constamment par la Belgique depuis 1919, politique dont le pivot était l’alliance militaire, purement défensive d’ailleurs, avec la France.Nous verrons plus loin que le point de vue flamand a fini par l’emporter au sein du gouvernement de M.Van Zeeland.Ainsi M.Van Cauwelaert veut indubitablement que la Belgique se détache de Paris pour se rapprocher de La Haye.Mais quelle est son attitude à l’égard de Berlin ?Certes il désirerait un rapprochement, des rapports cordiaux, mais néanmoins le réarmement du Ille Reich et les visées impérialistes de M.Hitler l’inquiètent, du moins, il le dit, dans un récent article de son journal Elckerlijc.Cette méfiance du leader modéré lui vaut d’ailleurs une volée de bois vert de la part de Voile an Staat, organe des nationalistes flamands, dont les sentiments germanophiles sont bien connus.Il suffit de se souvenir qu’on a pu lire sur cette feuille, alors qu’elle s’appelait encore le Schelde, ce dithyrambe du Führer : Heureux peuple qui possède un Adolf Hitler ! Aussi longtemps que le monde tournera sur son axe, les traces de cet homme resteront empreintes sur la terre.Cette admiration frontiste pour Berlin va naturellement de pair avec une égale haine pour Paris.La prose suivante, extraite du même organe, est assez significative : La France est et reste pour nous, Flamands, l’ennemie héréditaire parce qu’elle demeure un obstacle à l’union de tous les Néerlandais en un seul État, parce que sa politique impérialiste, vieille de huit siècles, lui commande de rétablir les frontières militaires de l’ancienne Gaule.On ne trouverait pas mieux dans la presse officielle du dictateur allemand.Et nous ne parlons point de certaines EN BELGIQUE 175 caricatures plus injurieuses pour la France que celles des feuilles berlinoises les plus gallophobes., , _ Quoi qu’il en soit, autant il serait abusif de généraliser la germanophilie irréductible et systématique de certains éléments extrémistes, autant il est pertinent de qualifier le Flamand moyen de neutraliste, pannéerlandais et francophobe.* * * Mais comment la formule de neutralité se traduit-elle sur le terrain militaire ?— D’abord par l’abandon de toute alliarice militaire avec les pays voisins quels qu’ils soient.Pratiquement c est l’alliance française, alliance traditionnelle depuis 1920, qui est visée.Du même coup, les accords préventifs, obligatoires et permanents entre États-majors français et belge tombent.— Ensuite par la défense éventuelle de toutes les frontières aussi bien celles du Sud et du Nord que celle de l’Est, qui, jusqu’à présent, était la seule fortifiée parce que seule menacée.Le dispositif militaire belge devant désormais être à même de jouer en direction de toutes les frontières, le gros de l’armée belge devra être concentré au centre du Royaume.Mais, en cas d’attaque à l’Est, c’est-à-dire d attaque allemande,—la seule que tous les Belges clairvoyants et de bonne foi puissent redouter,— quelle tactique les leaders flamands préconisent-ils ?Eh bien ! ils se rallient au plan Galet-Nuyten-Van Overs-traeten, c’est-à-dire courte résistance à Liège et sur le canal Albert, suivie d’une retraite stratégique derrière la lointaine ligne d’eau de l’Escaut et non plus d un simple repli sur la proche transversale Anvers-Namur-Arlon.Et pourtant cette dernière tactique, permettant, elle, la liaison avec les troupes françaises venues en soutien et 1 articulation du front des deux armées en Ardenne, était encore susceptible d’assurer une défense efficace de la Wallonie et du Luxembourg.Au contraire, avec la tactique flamingante, si la Flandre est protégée, la Wallonie et le Luxembourg sont, par contre, complètement dégarnis, abandonnés et ouverts à l’invasion.Mais, hélas ! de ceci, beaucoup de Flamands paraissent n’avoir cure. 176 LE CANADA FRANÇAIS Pour assurer la prépondérance de leurs conceptions stratégiques, certains Flamingants n’hésitent pas à réclamer pour des hommes à eux la direction de l’État-major et du Ministère de la Défense Nationale.Témoins ces lignes glanées dans une feuille campinoise, le Nieuwe Kempen : La seule bonne solution serait que l’armée et la direction de 1 armée fussent placées entre les mains d’hommes ayant la confiance des flamands.Il faudrait un chef d’État-major et un ministre de la Défense Nationale qui fût flamand de cœur.Même son de cloche au Standaard : Si nous voulons devenir maître de l’État, écrivait tout dernièrement le journal cher à M.Sap, Ministre d’Êtat, nous ne devons pas laisser plus longtemps la puissance militaire entre les mains de ceux qui ne sentent pas comme nous.Nous pouvons nous emparer de 1 armee.Aujourd’hui déjà, nous sommes le nombre.Si demain nous sommes le nombre et le poids dans le corps des officiers, cette force sera dans nos mains.Et l’on s explique ainsi les violentes attaques dont fut victime de la part de la presse flamingante M.Devèze, wallon pur sang, Ministre de la Défense Nationale du premier cabinet Van Zeeland et promoteur de diverses mesures qui n’eurent point l’heur de plaire aux Flamands : crédits nouveaux pour la défense du pays, prolongation de la durée du service militaire.b) Point de vue wallon Or, quelle est l’opinion des Wallons sur toutes ces questions diplomatiques et militaires ?Nous n’étonnerons certainement pas nos lecteurs en affirmant que les conceptions wallonnes sont diamétralement opposées aux conceptions flamandes.Eh oui ! lorsque le cœur des Flamands crie : « Los van Frankrijk ! », le cœur, mais aussi la raison des Wallons lui répondent : « Alliance toujours plus intime avec la Fran- ce ! » EN BELGIQUE 177 Pour les Wallons, un seul danger de guerre : l’Allemagne ! L’Allemagne surarmée, impérialiste, menaçante, dont ils entendent maintenant résonner, à leurs portes, les hordes motorisées.Aux Flamands qui leur opposent la garantie, purement verbale d’ailleurs, de M.Hitler, ils crient : Mais la tragique leçon de 1914 est-elle si lointaine pour que vous l’ayez déjà oubliée P A l’heure voulue par lui, le Reich n’hésitera point à fouler de nouveau le sol sacré de notre Wallonie.Vous Flamands, vous vous en moquez sans doute, mais nous, Wallons, nous ne nous en moquons point.Comme, d autre part, nous sommes trop faibles pour pouvoir résister seuls, nous devons nous appuyer sur des voisins plus forts, sur des voisins qui viendront à notre secours, sur la France d abord, sœur latine qui nous a déjà tant de fois défendus et dont on ne peut douter de la valeur militaire.Or, l’aide française ne peut vraiment être efficace que si elle est immédiate et, partant, minutieusement préparée à /’avance, dès le temps de paix, par un contact intime, permanent et obligatoire entre les États-majors français et belge.Et plus la menace teutonne se fera pressante, plus ce contact devra être étroit.L’heure n’est donc point à la dénonciation de l’accord défensif avec la France, notre alliée naturelle, mais, au contraire, à son resserrement.Cet accord, c’est la seule garantie efficace de la sécurité du pays, c est la meilleure voie du salut ! Si le Reich nous sait vigilants et forts, forts du soutien immédiat et minutieusement préparé de l’armée française, lui qui ne respecte que la force, hésitera à nous attaquer.Sinon, que vous le vouliez ou non, la Belgique, non seulement notre Wallonie, mais aussi votre Flandre, sera une fois de plus le champ de bataille de l’Europe : eh bien ! cela nous ne le voulons pas.Fi donc de votre renversement des alliances et de votre conception neutraliste qui ne fait que le jeu des visées impérialistes de Berlin.Que l’on écoute d’ailleurs sur ce thème la voix de Me Aug.Buisseret, échevin de Liège : La neutralité n’est pas un moyen terme : c’est proprement la thèse allemande.Silence donc aux flaireurs d’hérésie ! Les exigences de notre cœur coïncident avec celle de l’intérêt général.Pour avoir quelque 178 LE CANADA FRANÇAIS chance de garder avec la paix, notre liberté, il faut nous assurer à l’avance l’aide de la France et, par là même, de ses alliés.Mais pour réclamer l’aide de nos voisins, il faut qu’on ne puisse douter, en cas d’agression, ni de la loyauté, ni de la force de notre propre assistance.Tel est le langage de la raison, celui qu’il est urgent de faire entendre dans le Nord comme dans le Sud du pays, dans les assemblées délibérantes et dans les sphères supérieures.Mais la timide raison, trop souvent, balbutie ou se tait.Et lorsque, le 14 octobre dernier, cédant à la pression flamingante, S.M.Léopold III, dans un discours retentissant, déclara se rallier à la thèse neutraliste, ce fut un vif mécontentement parmi la population wallonne.Le lendemain, VAction Wallonne, organe cher au vaillant militant qu’est M.Georges Thone, imprimait en grosse manchette : PARIS OU BERLIN ?La Belgique a choisi Berlin.La Wallonie choisira Paris.Dans ses commentaires, le même journal écrivait : La nouvelle politique est fondée non sur des réalités, mais sur l’idéologie flamande, frénétiquement anti-française.La réalité, telle qu’elle ressort des procès-verbaux de la Commission militaire mixte et des déclarations des autorités militaires les plus soucieuses de ménager les sphères officielles, est la suivante: —¦ Le péril imminent est à l’Est.— Notre armée ne peut, seule, couvrir la frontière de l’Est.— La coopération avec la France est donc essentielle.— Cette coopération doit être assurée, avant l’instant où les divisions motorisées allemandes auront franchi notre frontière.Le lieutenant général Maglinse, notamment, l’a affirmé avec force dans une déposition dont nous extrayons les trois formules suivantes : — Une attaque en direction de Liège est certaine.— Une liaison constante avec les Français doit être réalisée.— Pour tenir victorieusement sur la ligne frontière, nous devons avoir l’aide immédiate de l’armée française.Quelques jours plus tard, dans un grand meeting tenu à Liège, salle de la Piazza, M.l’abbé Mahieu, toujours sur la EN BELGIQUE 179 brèche, clamait l’amour du peuple wallon pour la France et dénonçait « le crime contre l’esprit, le crime contre le pain, le crime contre le sang ».A l’issue de cette grandiose réunion, levée au milieu d’un enthousiasme frénétique, les manifestants, précédés de drapeaux français et wallons, parcouraient la ville en cortège, aux accents de la Marseillaise.En profond désaccord sur le terrain diplomatique, Flamands et Wallons ne le sont pas moins sur le terrain stratégique.Pour ceux-ci, vouloir faire de l’organisation militaire belge une plaque tournante susceptible de défendre toutes les frontières, c’est se résigner à n’en défendre efficacement aucune.M.G.-A.Detry, chroniqueur particulièrement perspicace de politique internationale, n’a pas craint de qualifier de pure « fumisterie » la conception de la couverture sur plusieurs frontières.Le distingué président de « l’Union professionnelle de la Presse belge » se retranche d’ailleurs derrière l’opinion autorisée d’un critique militaire belge très connu, le Colonel Requette.Selon cet expert, la couverture sur deux fronts est une hérésie militaire.Un effort efficace ne peut être fait que sur un seul front, et ce front, c’est, étant donné le réarmement allemand qui se poursuit à outrances celui de l’Est : c’est conforme à la logique militaire, mais aussi à la logique tout court.Au surplus, le Colonel a insisté sur la nécessité de construire, dans le Luxembourg, un fort d’arrêt doté d’une grosse artillerie capable de juguler tout le réseau routier s’étendant entre Laroche et Martelange.Donc hostile à toute stratégie, inspirée par des considérations politico-sentimentales, qui laisserait pratiquement leur « petite patrie » et celle des Luxembourgeois amis sans défense, les Wallons rejettent le plan Galet-Nuyten-Van Overstraeten.Ils réclament, en cas de conflit avec le Reich (le seul qui puisse être envisagé), la résistance à la frontière même et pour cela, la construction préventive, le long de la frontière 180 LE CANADA FRANÇAIS allemande, d’une série de fortifications qui prolongeraient la « ligne Maginot ».Plus directement intéressés que les Flamands au problème de la défense nationale (parce que vivant dans un pays dont la valeur stratégique est très tentante pour leurs turbulents voisins germaniques), les Wallons sont mieux disposés à consentir les sacrifices nécessaires : crédits nouveaux, prolongation de la durée du service militaire, etc.Enfin, n’ayant qu’une confiance limitée ou même aucune confiance dans les conceptions des stratèges flamingants, les Wallons voudraient que les leviers de commande de l’armée (Etat-major et Ministère de la Défense Nationale) soient confiés aux leurs, à défaut à des Bruxellois éprouvés, mais jamais à des Flamands.c) Attitude du gouvernement bruxellois Bref, c’est, sur toute la ligne, l’opposition la plus absolue entre les conceptions flamandes et wallonnes.Aussi comprend-on que Bruxelles, pris entre les deux feux, n’ait point la tâche aisée.Eh bien ! les Flamands ont fini par l’emporter.Peu à peu, de bonne ou de mauvaise humeur, le gouvernement de M.Van Zeeland en est venu à leurs conceptions ; et ce, malgré la résistance de certains ministres wallons comme MM.Bovesse et Merlot.Voici les principales étapes de cette « capitulation ».Le 6 mars 1936, le vieil accord franco-belge de 1920 est dénoncé, mais remplacé par un nouveau.Les Flamands applaudissent.Sans doute un peu tôt, car ils s’aperçoivent que la satisfaction à eux donnée par M.Van Zeeland est purement platonique : les conversations entre États-majors français et belge restent obligatoires.Rien n’est donc changé au fond.Le 7 mars, l’Allemagne viole le traité de Locarno en réoccupant la Rhénanie.France, Angleterre et Belgique se concertent, réaffirment à Londres, le 1er avril, le traité EN BELGIQUE 181 déchiré et prennent l’engagement de se garantir réciproquement contre toute agression non provoquée et, pour ce faire, de resserrer leurs contacts d’état-major.De la sorte, l’alliance franco-belge se trouve renforcée!.Seulement viennent les élections générales de mai 1936 : les Wallons en sortent affaiblis.L’offensive flamingante reprend de plus belle : MM.Sap, Van Cauwelaert et consorts donnent de la voix.Il faut à toute force les apaiser.M.Van Zeeland forme son second cabinet.M.Devêze, jugé trop « wallingant », est éliminé du Ministère de la Défense Nationale.Une Commission militaire mixte se réunit et semble vouloir se rallier aux conceptions stratégiques Galet-Nuyten-Van Overstraeten relatives au repli derrière l’Escaut et à la défense de toutes les frontières.A la Chambre des Représentants, M.le Président Van Zeeland, ayant besoin de la droite flamande pour le vote d’une nouvelle loi militaire (prolongation de la durée du service), lui fait risette et déclare : Notre organisation militaire constitue donc une mécanique qui peut être tournée dans n’importe quelle direction (sous-entendez même vers le Sud) pour parer à n’importe quelle difficulté (sous-entendez même à une attaque française).Puis, le 20 juillet 1936, M.Spaak, ministre des Affaires Etrangères, dans un discours retentissant, prône l’idée d’une nouvelle politique indépendante « exclusivement et intégralement belge ».Le 14 octobre suivant, S.M.Léopold III, dans une déclaration faite au Conseil des Ministres, mais rendue publique, préconise à son tour une nouvelle orientation politique : la neutralité volontaire et l’égoïsme sacré.L’effet de l’allocution royale est considérable.Paris et Londres s’inquiètent et demandent des éclaircissements à Bruxelles.Que veut exactement la Belgique ?Eh bien ! elle est décidée à abandonner sa traditionnelle politique d’alliance avec la France et l’Angleterre pour se renfermer dans une stricte neutralité, non pas juridique comme en 1914, mais volontaire, c’est-à-dire lui permettant de conserver son entière liberté d’action et d’arrêter, en chaque cas particulier, sa conduite comme bon lui semble. 182 LE CANADA FRANÇAIS Bien que résolue à défendre l’intégrité de son propre territoire contre une quelconque agression et à renforcer, à cette fin, son organisation militaire, elle veut renoncer à toute alliance politique avec qui que ce soit et se dégager de tout engagement envers qui que ce soit.Par contre, elle demande à ses voisins de la garantir.Bref, si paradoxal que cela puisse paraître, elle veut être garantie sans être garante, ce qui pratiquement signifie qu’en cas de violation de son propre territoire, ses voisins seraient tenus de se porter à son secours, mais que dans l’hypothèse inverse, elle, Belgique, ne serait pas obligée d’intervenir.Réussira-t-elle à faire prévaloir son point de vue P A la fin de mars 1937, le Bibi Léopold III s’est rendu à Londres pour plaider auprès du Foreign Office sa nouvelle conception de politique internationale, conception d’égoïsme sacré qui n’est pas sans danger.A supposer que — ce qui est d’ailleurs à peu près certain —-la France et l’Angleterre consentent à donner leur garantie sans réciprocité, cette garantie ne sera vraiment efficace pour la Belgique qu’auiant que subsisteront les conversations préventives entre états-majors l.Si oui, les généralissimes franco-anglais demanderont vraisemblablement au généralissime belge d’abandonner les conceptions Galet-Nuyten-Van Overstraeten.Seulement gare aux Flamingants que le Roi et M.Van Zeeland avaient voulu amadouer par la nouvelle orientation de leur politique extérieure : ils tonneront à la trahison !.Il n’en restera pas moins, répliquera le Gouvernement belge, que, maintenant, nous n’entrerons en guerre que si notre sol — lui seul et non plus celui de nos voisins comme auparavant — est foulé par un envahisseur.1.La librairie parisienne Plon vient justement de faire paraître, sous la signature d’un technicien consommé, le général Messimy, ministre français delà guerre en août 1914, un livre intitulé : Mes souvenirs, qui, estime M.Fernand Dehousse, constitue un « rappel fort opportun du passé en même temps qu’un avertissement pour l’avenir ».Rappel du passé ?.Le Général Messimy démontre que tous les déboires militaires franco-belges de 1914 sont imputables a 1 absence d accords préventifs entre les deux états-majors français et belges.(( Faute de ces accords préliminaires, souligne le général, la Belgique et la France vont payer, du meilleur de leur sang et de la plus riche partie de leurs territoires, le scrupule qui les a empêchées de prendre, dès le temps de paix, des garanties communes contre le danger du parjure allemand.» Avertissement pour l’avenir?.L’Histoire étant un perpétuel recommencement, toute garantie politique qui ne s’appuierait^ point-, dès le temps de paix, sur une liaison intime et constante entre 1 état-major du garant et celui du garanti ne serait qu’une dangereuse chimère. EN BELGIQUE 183 Théoriquement c’est vrai, mais pratiquement ce ne l’est plus, car —• aucune illusion n’est possible — la position géographique et stratégique de la Belgique veut et voudra toujours qu’elle soit impliquée dans un conflit mettant aux prises la France et l’Angleterre (qui a précisément déclaré avoir sa frontière sur le Rhin) d’une part, l’Allemagne de l’autre.Ceci est d’autant plus évident que Bruxelles consent à assimiler le survol de son territoire par des avions étrangers à une véritable violation ! d) Que penser de la nouvelle politique extérieure du Gouvernement belge ?En fait, la nouvelle politique extérieure de la Belgique ne peut qu’affaiblir sa position militaire (et surtout celle de la Wallonie !) vis-à-vis du seul danger qui la menace, le danger allemand.La neutralité belge constitue donc un succès à la fois matériel et moral pour la djplomtie du Ille Reich : il suffit de lijre la presse d’Outre-Rhin pour s’en convaincre.Par là même et dans la même mesure, elle marque un échec du Quai d'Orsay, voire du Foreign Office.Que les dinasos et autres frontistes pro-hitlériens s’en réjouissent, c’est dans la règle du jeu, mais que les Flamands moyens, simplement pannéerlandais les imitent, c’est une bévue.Car le jour où l’ogre allemand aura mangé le soldat français et le marin anglais, qui pourra bien l’empêcher d’avaler le commerçant d’Anvers ou le paysan néerlandais P Tous ces truismes, un diplomate de l’intelligence, de l’expérience, de la trempe de M.le Président Van Zeeland (une longue et pénible captivité pendant la Grande Guerre lui ayant permis de se faire une idée exacte de la mentalité teutonne) les connaît certainement.Et s’il a voulu paraître les ignorer, c’est et ce ne peut-être que dans un but de politique intérieure : apaiser les Flamingants en leur donnant une satisfaction, sinon de fond, tout au moins de forme, afin de les rallier au système chancelant de l’unitarisme, de les réconcilier avec les Wallons et les convaincre de la nécessité d’une défense commune en cas d’agression.Louable but évident, mais sera-t-il atteint ?A lire déjà les réactions de certaines feuilles flamandes, il est permis d’en 184 LE CANADA FRANÇAIS douter ; tout au plus, l’heure du fédéralisme sera-t-elle retardée !.ifais, unitaire ou fédérative, si la Belgique veut vraiment conserver son indépendance, elle se doit, en dépit de tous les beaux discours, d’entretenir des contacts d’état-major avec « 1 axe Paris-Londres » ; c’est la condition sine qua non de sa sécurité.Ainsi, en théorie, tout serait changé ; en fait, on continuerait comme par le passé.Rester soi-même tout en semblant devenir un autre homme, n’est-ce point là l’art d un grand politique ?M.Van Zeeland ne nous fera certainement pas mentir.Quant à la France, sa diplomatie — c’est indéniable — a subi dans l’affaire un échec assez cuisant, disons même une bonne gifle.Toutefois son propre système défensif n’en sera guère affecté ; elle en sera quitte pour fortifier, de Givet à Dunkerque, la frontière belge qui jusqu’alors ne l’était point.De sorte qu’en définitive, les grands vaincus, ce seront les contribuables français.III.DOMAINE ÉCONOMIQUE Que veulent les Flamands ?Que veulent les Wallons ?Les premiers veulent une Flandre prospère, les seconds une Wallonie non moins florissante.Penchons-nous donc sur le programme et les moyens d’action des uns et des autres.a) Point de vue flamand Et d’abord les Flamands.Il s’est constitué, en Flandre, des groupements économiques spécifiquement flamands qui ont su combiner les intérêts vitaux de la « petite patrie » avec ses intérêts culturels et raciques.Leurs efforts ont été — peut-on dire — couronnés de succès : ils ont fait d’énormes progrès et jouent, de jour en jour, un rôle de plus en plus important dans la direction de l’économie du Royaume tout entier.L’exemple le plus caractéristique est celui du « Vlaamsch Economisch Verbond », dit couramment « V.E.V.». EN BELGIQUE 185 Le « V.E.V.» fut fondé à Gand, en 1926, aux fins, disent ses statuts, « de promouvoir les intérêts économiques flamands ainsi que l’emploi du flamand dans la vie des affaires , d’étendre les relations commerciales avec les pays de langue néerlandaise, etc.».L’activité de cette association se manifesta dans différents domaines : réorganisation de 1 industrie textile, caisse de compensation pour employés, intervention en matière de tarifs d’électricité, de tarifs de charbons, etc.En présence d’une telle vitalité, un nombre sans cesse croissant de groupements (union des agents de change, union des ingénieurs, association générale du textile, pour ne citer que quelques noms) s’affilièrent au « V.E.V.», ce qui lui permit d’augmenter son influence et de prétendre, à juste titre d’ailleurs, représenter la quasi-totalité de l’économie flamande.Le résultat, c’est que le « V.E.V.» jouit aujourd’hui d’un gros crédit auprès des pouvoirs publics.Son président est reçu par S.M.Léopold III et par ses ministres ; il sait faire prévaloir ses conceptions et manœuvrer pour que la politique économique du Royaume soit, avant tout, conduite en fonction des intérêts particuliers du peuple flamand : — équipement ultra-moderne du port d’Anvers ; — déplacement de l’industrie belge vers la Campine ; — drainage des exportations vers Anvers ; — recherche de débouches vers le Nord : rapprochement économique avec les États Scandinaves (Suède, Norvège, Finlande, Danemark) et union douanière avec la Hollande ; — dédain pour le marché français tant métropolitain que colonial, dédain qui n’a pas empêché les plus acerbes critiques contre la politique douanière de la France, spécialement en matière de contmgement.b) Point de vue wallon Passons aux revendications, au programme et aux moyens d’action des Wallons.Au point de vue de l’organisation, il n’existe en Wallonie aucun groupement économique comparable au « Vlammsch Economish Verbond » ni comme importance, ni comme influence.On n’y trouve guère que des chambres de com- 186 LE CANADA FRANÇAIS merce et autres bourses industrielles ne se préoccupant que de problèmes purement locaux.Et des économistes consommés du pays wallon de s’en plaindre amèrement, tel M.Maurice Firket, professeur à l'École des Hautes Études commerciales et consulaires de Liège qui, dans un récent numéro de l’Action Wallonne, écrivait en substance : N’y aura-t-il pas quelqu’un chez nous qui prendra en main la défense des intérêts économiques du peuple wallon, envisagé comme une communauté nettement distincte ?Nous espérons que si et que bientôt il sera possible de réunir les bonnes volontés nécessaires et de mettre sur pied l’organisme qui nous manque : « l’Association Économique Wallonne ».Faisant contrepoids au « V.E.V.», elle seule pourra sauver l’économie de notre « petite patrie », qui se meurt.« Non ! nous ne pouvons accepter que notre vieille ville de Liège prenne, de plus en plus, des allures de « Liège-la-Morte », nous disait encore M.Groven, conseiller communal de cette cité.Et M.Maurice Firket de nous donner les causes du déclin de l’économie wallonne : Il est de notariété publique que la situation économique de notre Wallonie s’est singulièrement aggravée au cours de ces dernières années.Combustible, matières premières, moyens de transport, standing de vie de nos populations plus évoluées que celles du pays plat (la Flandre), tous ces éléments jouent un rôle extrêmement important dans notre économie moderne et, par conséquent, nous mettent en assez fâcheuse posture vis-à-vis de nos concurrents.D’autre part, la politique centralisatrice à laquelle nous avons été soumis jusqu’à présent, amène les dirigeants de notre industrie à transporter leurs sièges de fabrication vers les régions nord du pays sous le prétexte d’y trouver des conditions de production plus favorables.Comme cette industrie est de plus, très souvent, entre les mains de la haute banque, dont les chefs, fussent-ils même parfois d’origine wallonne, habitent maintenant Bruxelles et sont complètement contaminés par le milieu bruxellois, il en résulte que rien, qu’aucune considération morale ne vient freiner ce mouvement d’émigration de notre industrie vers le Nord et le Nord-Ouest.Même cri d’alarme sous la plume de Me Aug.Buisseret, échevin de Liège et directeur de l’Action Wallonne, qui, se EN BELGIQUE 187 référant aux études documentées de l’économiste Henri Albert, écrit que, depuis un quart de siècle, la Wallonie est en état de stagnation économique et que certaines régions marquent une inquiétante régression.Depuis 1910, l’industrie s’est déplacée vers le Brabant, Anvers et le Limbourg.La lente extinction des charbonnages du Sud, conjuguée avec le développement du bassin campinois, joue un rôle dans cette évolution, mais d’autres causes moins naturelles déterminent la catastrophe.Ces causes, en voici les principales, toujours selon Me Buisseret : ¦—¦ Attirance de Bruxelles accrue par une concentration systématique non seulement sur le plan administratif, mais financier, intellectuel, artistique ; — Hypertrophie d’Anvers qui a réussi à concentrer les deux tiers du commerce extérieur belge et à subordonner à ses appétits les intérêts du reste du pays ; — Conception nouvelle de la défense nationale « en profondeur », qui provoque la transplantation des industries intéressant l’armée vers le nord-ouest, c’est-à-dire hors de la Wallonie.Et l’échevin de la ville de Liège d’en conclure : Nous avons droit, de toute urgence, à des compensations.Puis-qu il est question de favoriser la création d’industries nouvelles, le gouvernement se doit d’accorder une attention particulière, par priorité, à la région que ses méthodes politiques, militaires et économiques tendent jusqu’à présent à ruiner.Et nous sommes ainsi amenés aux revendications économiques des Wallons dont nous n’énumérerons que les plus caractéristiques : Répartition équitable des crédits ; Perfectionnement rapide et efficace de l’outillage des bassins industriels ; Établissement de moyens de communication répondant aux besoins vitaux de la Wallonie, notamment : la jonction de la Meuse liégeoise au canal Juliana et au Rhin, un canal à grande section Charleroi-Dunkerque. 188 LE CANADA FRANÇAIS Le but, c’est d’enlever à Anvers le quasi-monopole du trafic wallon, de permettre à Rotterdam et à Dunkerque de le concurrencer et, par suite, de provoquer un abaissement des prix de transport, abaissement des plus salutaires pour les carriers, les charbonniers et autres producteurs de la Wallonie.Et à ceux qui leur objecteraient qu’Anvers est belge, Rotterdam hollandais et Dunkerque français, les Wallons répondraient qu’il n’y a aucune raison de protéger Anvers, belge sans doute, mais avant tout flamand, au détriment de Liège et des industries wallonnes.Mais la disposition capitale du programme wallon, c’est, sans contredit, le rapprochement économique avec la France, sous la forme d’un tarif douanier préférentiel, sinon d’une véritable union économique.Sur ce point-là encore, opposition absolue entre Flamands et Wallons.Les uns veulent que la Belgique recherche de nouveaux débouchés pour ses exportations vers le Nord, les autres vers le Sud ! Les uns souhaitent, une alliance économique avec le Pays-Bas et les États Scandinaves, les autres avec la France et son Empire colonial ainsi qu’avec les Républiques Sud-américaines ! Fin 1935, M.Ward Hermans vociférait dans le Schelde : Alarme ! Nous crions : attention ! Une offensive en faveur d’une union douanière franco-belge se prépare.Commencement 1937, M.Maurice Firket ironisait dans VAction Wallonne : 1 A la manière d'Ibsen1.Une nouvelle offensive vient d’être déclenchée par nos gouvernementaux en faveur des accords d’Oslo et d’Ouchy de cocasse mémoire.c) Attitude du Gouvernement de Bruxelles Que voilà, faites à deux dates différentes, deux citations dont la comparaison est édifiante! Elle prouve, à coup sûr, que, de 1935 à 1937, l’évolution de la politique économique extérieure du Gouvernement belge ne s’est point faite 1.(Usen : poète dramatique et satirique norvégien (1828-1906). EN BELGIQUE 189 selon les conceptions wallonnes, c’est-à-dire en direction du Sud, en direction de la France.C’est qu’en effet, après avoir été vertement critiqué dans sa politique douanière, Paris a fini par être dédaigné.Faut-il rappeler que la « Grande Crise » fut particulièrement sévère pour la Belgique, pays essentiellement exportateur ?Or, devant le danger, l’économie belge se tourna vers Paris lui demandant aide et assistance au moment même où, atteint, lui aussi, par le marasme général, il était réduit à prendre d’énergiques mesures protectionnistes à l’égard de tous les pays étrangers sans aucune exception.Alors ce fut l’occasion d’un beau vacarme dans la presse flamande et bruxelloise.Il ne fut pas jusqu’à certains Wallons qui s’en mêlèrent ; témoins ces lignes écrites par M.Henri Lepersonne, ingénieur liégois, dans l’Exportateur français du 14 mars 1935 : Nous entendons.La Belgique n’est pas traitée par la France plus mal que l’Abyssinie, le Siam ou le Guatemala : c’est le traitement de la clause de la nation la plus favorisée, pas moins mais pas plus.Eh bien ! nous voilà au nœud du problème.Si la France ne comprend pas qu’il y a une différence, qu'il y a une nation qu’elle doit, qu elle se doit de favoriser, et que cette nation, c’est la Belgique, si la France ne comprend pas cela en cette année 1937, alors entre elle et nous, tout est perdu.On va au divorce, de sa faute, pas de la nôtre.Et ces paroles, plutôt âcres dans leur courtoisie, émanent, répétons-le, d’un Wallon.Alors on devine aisément ce que pouvaient être celles des Flamingants.De leur côté, fortement atteints dans leur vitalité, le haut commerce et la grosse industrie belge firent entendre leurs doléances.Citons pour mémoire un certain réquisitoire très serré de M.Morel, président de la Fédération Nationale des Chambres de Commerce et d’industrie de Belgique (Exportateur français, du 14 mars 1935).Puis vint la dévaluation du belga en mars 1935 ! Ce fut l’occasion d’une nouvelle campagne anti-française : on accusa Paris de ne pas avoir soutenu la devise belge.En bref, crise, chômage, dévaluation constituèrent un « bouillon de culture » tout à fait propice au développement du virus-francophobe. 190 LE CANADA FRANÇAIS La grande presse parisienne ignora ses attaques ou tout au moins ne daigna pas — bien à tort à notre sens y répondre de bonne encre.Courageusement quelques leaders wallons, journalistes, économistes ou hommes politiques, suppléèrent à ce silence et mirent les choses au point, tels MM.1 abbé Mahieu, G.-A.Detry, A.Buisseret, Morice Firket, Georges Truffaut, Louis Piérard, etc.Les arguments ne leur manquèrent d’ailleurs point : Refus par Bruxelles, à trois reprises différentes, en 1916, 1918 et 1923, de l’offre d’union douanière que lui avait faite Paris ; Obstacle de la clause de la nation la plus favorisée ; Bonne volonté française en dépit du marasme de son marché intérieur : tentative de négociation sur la base des reliquats des contingents non utilisés ; Hospitalité donnée à des dizaines de milliers d’ouvriers belges, sédentaires, saisonniers et frontaliers, en dépit du chômage total ou partiel de très nombreux travailleurs français ; La France (la seule métropole sans même parler de son domaine colonial) restée au plus fort de la crise, et de loin, le premier client et le premier fournisseur de la Belgique et lui procurant, chaque année un fort joli boni ; Etc.Quant au rôle prêté gratuitement à la France dans la tragédie du Belga, c’est le Premier Ministre du Royaume qui, en personne, se chargea d’en montrer la parfaite correction, coupant ainsi court à une campagne aussi pernicieuse que tendancieuse.Quoi qu’il en soit, bon gré mal gré, les Belges durent s’accommoder de leur franc amputé et attendre des temps meilleurs.Attente qui ne fut d’ailleurs pas vaine, car 1936 amena avec lui un renouveau d’activité dans les affaires.Force fut donc aux détracteurs de la France de cesser leurs attaques (sur le terrain économique, s’entend) et de changer leur tactique.Alors ce marché français qu’ils EN BELGIQUE 191 avaient tant envié, ils affectèrent de le dédaigner et de le tenir comme d’aucune utilité pour le commerce belge.Naturellement les leaders wallons se rebiffèrent et, chiffres à l’appui, démontrèrent le mal fondé des allégations flamingantes.Sans grande difficulté, ils établirent que les onze à douze millions de kilomètres carrés de l’Empire français, disséminés dans les coins les plus divers du globe, sous les latitudes les plus variables et sous les climats les plus différents étaient capables : d’approvisionner intégralement, ou presque, le consommateur comme l’industriel belge ; d’absorber la plus grosse partie des exportations du Royaume ; de servir de terre d’élection à ses ouvriers chômeurs.En 1936, par exemple, plus d’un cinquième du commerce extérieur de la Belgique s’est fait avec l’Empire français et celle-là en a retiré un boni de près d’un milliard de francs belges.C’est une loi économique qui veut que le marché normal du commerce belge soit la France et, du même coup, tout son Empire.Or, comme toute loi, elle est inéluctable : les tribuns du flaminguisme pourront tonner contre elle tant qu’ils voudront, ils ne s’en affranchiront point, ils devront la subir de gré ou de force.Comme, d’autre part, les possibilités de cet Empire s’avèrent, chaque jour, de plus en plus considérables, Bruxelles ne doit pas hésiter ; il doit tenter de s’aggréger au bloc économique français et, dans ce but, commencer par négocier avec Paris un double accord préférentiel visant et le régime douanier et la main-d’œuvre.Mais, entendons bien qu’il s’agit de négocier.Autrement dit, il s’agit d’offrir une « monnaie d’échange », disons, par exemple, pour mieux fixer les idées, l’aide des capitaux belges pour le financement de la France d’Outre-Mer.Bref, l’Empire français complété par l’Amérique du Sud ! Là, et là seulement, sont, d’après les Wallons, les chances de salut de l’économie belge.Mais surtout qu’on ne leur parle point d’accords économiques avec les pays du Nord, Hollande, Norvège, Suède, Danemark, Finlande ; toute nouvelle tentative dans ce sens est irrémédiablement vouée à l’échec.Et à l’appui de 192 LE CANADA FRANÇAIS leur thèse, ils invoquent le précédent des Conventions d’Oslo avec les pays Scandinaves (1930) et d’Ouchy avec les Pays-Bas (1932) qui, l’une et l’autre, ont « sombré dans le ridicule ».Mais les leaders du front wallon ont beau dire, crier, tempêter, menacer.A l’heure actuelle, le Gouvernement de S.M.Léopold III semble beaucoup plus enclin à satisfaire les aspirations et à suivre les directives des Flamands que les leurs.C’est si vrai que des négociations économiques sont actuellement en cours avec les États nordiques, dits États neutres, alors que rien n’est tenté auprès de Paris.Si, de ceci, la France ne souffre guère au point de vue purement mercantile, il en va différemment du point de vue moral : tout comme sa cote politique, sa cote économique est indéniablement en baisse à Bruxelles.Conclusion Ainsi, dans la Belgique de 1937, l’antagonisme entre la race flamande et la race wallonne subsiste dans toute son acuité.Rien, pas même l’épreuve de 1914-1918, n’a pu réussir à l’apaiser d’une manière durable.Bien que Paris et La Haye n’aient rien fait pour soutenir ou même encourager, (’un les aspirations wallonnes, l’autre les aspirations flamandes, il n’en apparaît pas moins que la cause française est liée à celle de la Wallonie comme la cause néerlandaise est liée à celle de la Flandre.Or,— nous l’avons vu,— dans tous les domaines, les Flamands Vemportent sur les Wallons : l’influence française recule devant l’influence néerlandaise.Victoire des Pays-Bas avec lesquels Paris entretient des relations amicales : en soi rien de très alarmant.Mais, dans le cas particulier, la victoire de la Hollande, c’est la défaite de la France et la défaite de la France, c’est la victoire de l’Allemagne, de l’Allemagne impérialiste et revancharde.Or, ça c’est grave ! Que des patriotes belges de la trempe de S.M.Léopold III et de son Premier Ministre M.Van Zeeland, considéré comme l’un des plus grands hommes d’État contemporains, ne flairent point le péril, c’est difficilement concevable.La vérité, EN BELGIQUE 193 c’est que, dans leur amour d’une Belgique une et indivisible, ils veulent tout sacrifier à l’unitarisme politique et éviter coûte que coûte le fédéralisme.Hélas, manœuvre dangereuse s’il en est !.Ont-ils oublié que « qui trop embrasse mal étreint » ?.Et pour avoir été trop patriotes, ne risquent-ils point de voir, un jour, leur patrie dévorée par l’ogre teuton ?En tout cas, qu’ils se disent bien que le salut de la Belgique, unitaire ou fédérative, est, avant tout, dans une France forte unie à une Angleterre décidée.Charles Cohcelle.
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