Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Un quart d'heure chez Marchenoir
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (16)

Références

Le Canada-français /, 1938-03, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
UN QUART D’HEURE CHEZ Léon Bloy, puisqu’il s’agit de lui, est né à Périgueux le 12 juillet 1846.Il est mort en 1917, à Bourg-la-Reine, dans la banlieue parisienne.Il expliquait un jour à la femme pauvre, devant les grands captifs du Jardin des Plantes, la souffrance des animaux : et « les bêtes féroces le regardaient curieusement de tous les points de la galerie sombre et le vieil ours canadien lui-même parut attentif » (p.72).Loin de moi la pensée d’assimiler le- monde à une ménagerie et les Canadiens à des ours : je veux simplement voir dans cet incident la prévision d’un phénomène assez fulgurant : de tous les coins de la France, en effet, on regarde curieusement Marchenoir aujourd’hui et ses vociférations ont traversé les grandes eaux.Ses cris ne peuvent plus nous laisser tranquilles.Déjà même au pays de Québec, on a tenté de les imiter, avec les sourdines indispensables au royaume de la prudence.* * * Contemplons Marchenoir à l’âge d’homme.Les Lettres à Véronique nous donnent un portrait liminaire : Bloy a vingt ans.Il garde encore « une de ces physionomies rurales où le mufle atavique n’a pas eu le temps de livrer sa dernière bataille à l’envahissante intelligence qui monte .des vallées intimes du cœur )) 1.« Hirsute et noir », il a un nez qui ne dit rien, comme écrirait Saint-Simon, un nez où se fourvoie le chiendent d’une séditieuse moustache *, « des yeux d’un bleu si naïf qu’il a toujours l’air de s’en servir pour la première fois » 3, des yeux déjà lavés par les larmes, « le sangde l’âme », selon le mot de saint Augustin, et qu’il a versées en gemmes torrentielles.Car « à l’âge où l’on voit rôder le grand lion à tête de porc de la puberté » 4, 1.Le Désespéré, p.41.2.La Femme pauvre, p.10.3.Le Désespéré, p.42.4.Le Désespéré, p.42.336422 UN QUART D’HEURE CHEZ MARCHENOIR 697 .« très jeune, par conséquent imbécile et aussi peu croyant qu’on peut l’être », il a perdu la lumière.Et dès lors il tâtonne.Il lui semble qu’il souffre depuis toujours.Il porte en lui-même des ambitions avides et dévorantes, des tantalides de domination et de bonheur qui le déchirent avec rage — c’est lui qui nous le dit — et le font rugir de désespoir.Pauvre comme du sel, il se débat dans la détresse.Il loue son travail ici et là, pour gagner son pain, jamais bien longtemps au même endroit.Dans les loisirs que lui laissent les affres de la pauvreté, il se nourrit sans maître « des prophètes du passé » : Joseph de Maistre, de Bonald, Donoso Cortez ; il s’abreuve aux eaux tourmentées de Barbey d’Aurevilly, de Villiers de l’Isle-Adam, d’Ernest Hello, de l’anglais Carlyle, qu’il appelle son cousin germain.Il s’est composé à ces fréquentations une sorte de mysticisme social intense.Il s’avoue « communard avant la commune » par l’effet d’une corrodante fringale d’idées absolues.Cependant, « il expire de soif ».Il fait enfin la rencontre du Seigneur dans le Nouveau Testament, « durant l’oisive chaufferie de pieds d’une nuit de grand’garde, en 1870 » *.L’illustre Barbey, qui le fascine, lui facilite les premiers pas dans la voie.Il se précipite alors dans le christianisme « comme les chameaux d’Eliézer à l’abreuvoir de Mésopotamie » 2.Mais vous figurez-vous qu’il soit arrivé au port ?Hélas ! À peu près seul, depuis que ses parents sont morts,— Barbey ne le suit guère,— sans discipline, aux prises avec ses passions qu’irrite son désir d’absolu, il tire des saintes Lettres, qu’il scrute avec fureur, un Dieu à la mesure de Bloy, une exégèse assez déconcertante.Il se fait un catholicisme « hors de tous les points de vue humains ».Il réussit à lui seul de telles escalades divines que la société contemporaine ne peut garder à ses yeux le moindre prestige 3.Aussi décharge-t-il sur elle, et sans ménagement, d’effroyables brocards.Il déclare la guerre à toute son époque de vacherie, où à force de fréquenter les chameaux on prend des habitudes de cheval4 ; au monde moderne, las du Dieu vivant et qui s’agenouille de plus en plus devant les charognes5.Il 1-2.Le Désespéré, pp.44 et 43.3.Sejllière : Psychologie d'un mystique.4.La Femme pauvre, p.51.5.Le Désespéré, p.122. 698 LE CANADA FRANÇAIS horione avec frénésie les écrivains « aux phrases collantes et albumineuses » qui font la conspiration du silence autour de ses fresques fauves : Bourget, qui dort déjà sous les fils d’araignée, Zola, le « porc épique », Catulle Mendès (« Crapule m’embête », disait un autre contemporain), François Coppée, Alphonse Daudet, Huysmans, Gabriel Hanotaux et quelques autres, sans oublier Georges Ohnet, (( le Jupiter tonnant de l’imbécillité française ».Les dernières pages du Désespéré montrent à l’œuvre l’« entrepreneur de démolitions » : quel carnage de philistins ! D’autre part, « missionné pour le témoignage de l’« Esprit-Saint », Bloy houspille sans merci l’Église de son siècle, si peu semblable à l’Église du moyen âge, l’Église de France surtout, où il prétend chercher en vain « des prêtres qui soient fraternels aux intelligences ».C’est qu’il est devenu, il l’avouera plus tard, « un mastodonte d’orgueil ».« Cannibale céleste », il cherche du divin à dévorer dans les sanctuaires, et son outrance mystique lui fait voir un peu partout des caricatures de Notre-Seigneur.Selon lui, ces « caricatures » perdent trop de temps avec « les poulardes qui picorent dans les sacristies », avec les « paroissiennes effeuillées », et redoutent sans raison la chasse pastorale des brebis perdues et des loups par trop malodorants.A l’Église encore il ne pardonne pas l’attitude qu’elle a prise sur ses interprétations à lui, assez contestables d’abord, des apparitions de la Salette, le « gnan-gnan renanien » de ses prédicateurs huppés à la Didon, son horreur de la Pauvreté, la pacotille de son imagerie et le plâtre colorié de sa statuaire.Ses propos, vous le comprenez, ses exigences et ses outrances étonnent et scandalisent.Les anticléricaux de la République, les académiciens, les bourgeois cossus, les catholiques tièdes, les autres injustement offensés, « submergés sous des tonnes de matière verbale », poisseuse, tous, y compris Louis Veuillot, qui l’avait tout d’abord embrigadé à V Univers, et qui le rejette un peu par jalousie, s’épouvantent et tournent le dos au vociférateur apocalyptique.Et comme il passe plus de trente années « à faire par choix, ce qui ne se faisait pas », il voit sa vie devenir une sorte de « campagne triste où il pleut toujours » l.La misère est son hôtesse assidue.La « pourpre vive de son 1.La Femme pauvre, pp.63 et 125. UN QUART D’HEURE CHEZ MARCHENOIR 699 talent » est étouffée dans la conspiration du silence « comme une tentation du diable ».L'immense Marche-noir 1 n’a plus alors qu’à prier, qu’à souffrir, qu’à se raconter.Il se raconte dans une œuvre touffue, « de sanglots et de hurlements », où son « imagination de fulminate » entasse les diamants, les pierres précieuses, les avalanches énormes de beauté mêlée par-ci, par-là à la fange la plus stercorale.Le Désespéré, la Femme pauvre, le Mendiant ingrat, mon Journal, Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne, VInvendable, le Vieux de la Montagne, le Pèlerin de l’Absolu nous disent les épisodes d’une vie qui humainement ne pouvait mener ailleurs qu’au désespoir.Mais « l’Esprit souffle où il veut », nous dit saint Jean dans son Évangile.Et le Paraclet, que Léon Bloy appelle incessamment à son aide au milieu de ses dérélictions, va faire du Désespéré un apôtre capable d’ébranler les âmes les plus revêches « par l’ouragan de sa prière, de sa confiance, de son amour ».Bloy rencontre des amis admirables, une épouse plus admirable encore, dont la vie patiente et pleine d’œuvres lui font comprendre que « le pèlerin de l’absolu » a été assez souvent « trop peu décemment vêtu ».Il s’élève alors au-dessus des luttes qui l’ont isolé et s’abandonne à de grandioses effusions mystiques où se fond sa dureté première.Son appétit d’alliance supraterrestre, qui le faisait fulminer contre la distinction cafarde entre le précepte et le conseil, distinction génératrice de médiocrité chrétienne, « se tasse », si l’on peut ainsi s’exprimer, se métamorphose.L’union avec l’absolu, c’est la sainteté, une affaire effroyablement personnelle : Bloy le comprend en gémissant.Et lui qui se croyait promulgateur d’éternité, précurseur des Cosaques et du Saint-Esprit dans les catastrophes qui, selon lui, devaient purifier le monde, avoue humblement : Je le confesse, j’ai souvent espéré, à cause de la puissance de parole que Dieu m’avait confiée, de traîner vers lui les multitudes.Aujourd’hui (Bloy doit avoir alors soixante-six ans) je n’ai rien perdu de ma force intellectuelle ni de ma faculté d’enthousiasme, mais, tout cela, c’est pour devenir, si Dieu le permet, un petit enfant dans les bras de Jésus .Soyez patient et doux envers vous-mêmes.Il est infiniment probable que Dieu ne fera rien 1.Jacques Debout : préface aux Lettres de Léon Bloy à Frédéric Brou. 700 LE CANADA FRANÇAIS de ce que vous avez rêvé, non plus de ce que j’ai rêvé moi-même.Il fera mieux ! 1 * * * Et voilà Bloy à 66 ans.Contemplons-le, cette fois-ci, aux portes de la vieillesse.Le beau livre de Stanislas Fumet {Mission de Léon Bloy) nous le montre trapu, « mal serré dans des vêtements sans élégance, le pantalon déformé aux genoux par la prière, le veston pareil à celui de tous les travailleurs, une cravate sans poésie nouée au faux-col de tout le monde » 2.Mais quel regard ! Des yeux fixés sur l’absolu, à fleur de tête, et qui versent toujours quotidiennement, on le devine, leur rançon de larmes.Sa moustache s’est épaissie et s’étale à la gauloise.Sans doute il ne sort pas tout à fait du cercle hallucinant où l’ont placé naguère, l’abbé de Moidrey et celle qu’il appelle Véronique, mais il s’est rasséréné.Il vit intensément de liturgie : c’est la manière la plus sûre de rencontrer Dieu dès ici-bas.Il communie tous les jours.Il ne manque jamais la grand’-messe paroissiale.Il aime s’installer « à l’abri de tous les yeux, dans une chapelle latérale et presque toujours solitaire )) 3.L’antique symbole de Nicée, « dans le houlement grégorien des Douze articles incommutables », le transfigure.« A l’immense éclat du SaDctus, il se redresse, il se brandit lui-même jusqu’aux cieux, dans l’ivresse rédemptrice de cette louange oécuménique » {Le Désespéré, p.305).Il est dès lors tout préparé pour communier dans l’amitié des siens.Car il va du monde dans l’intérieur de la Femme pauvre.La maison de Madame Bloy, dans son dénuement, loin d’être une caverne sordide, avait quelque chose de « cordial et de doux.Une sorte d’ambiance surnaturelle y inspirait le respect tout en provoquant l’abandon.On y entrait inquiet.On en sortait conquis » 4.« Je me rap- pelle, écrit Jacques Maritain, un des plus illustres filleuls de Léon Bloy, la douceur et la tendresse de cet homme terrible, la merveilleuse hospitalité de ces pauvres, dans la maison de qui les ailes du miracle semblaient battre sans bruit6.» 1.Lettres à l'abbé Cornuau .Introduction.2.Mission de Léon Bloy, p.348.3.Le Désespéré, p.301.4.Lettres à Frédéric Brou et à Jean de la Laurencie ; introduction par Jacques Debout.5.Quelques pages sur Léon Bloy ; citation de S.Fumet. UN QUART D’HEURE CHEZ MARCHENOIR 701 Le grand combat de Jacob et de l’ange est donc fini.Cette fois, c’est Jacob ou Marchenoir qui est bien vaincu.Il a dû passer comme les autres, avec un peu plus de sursauts, par la Porte des humbles.* * * Le catholicisme de Léon Bloy est maintenant un beau temple sans fissure à côté des cathédrales englouties de l’ère renanienne.Ses cloches éclatent en fanfares ; son accent retentit sans vergogne, avec la crânerie du chant des martyrs primitifs.Sans doute au début, ce catholicisme a traîné des scories, mais des épreuves épouvantables ont tout purifié.Écoutons là-dessus, Léon Bloy lui-même : « Ma patrie à moi, c’est avant tout l’Église romaine, et j’entends être un soldat du Christ .Mes genoux appartiennent à la sainte Église catholique, apostolique, romaine, exclusivement *.» « Je n’appartiens à personne, sinon aux trois Personnes qui sont en Dieu .» « Je suis pèlerin du saint Tombeau ! Je suis cela et rien de plus » (La Femme -pauvre, p.172).Et rien de la religiosité d’un dilettante.Il ne fut pas de ces Rares qui découvrent le catholicisme dans un vitrail ou dans un neume de plain-chant (F.P., p.215).« Il ne pensait pas qu’une architecture spéciale fût indispensable aux élans de sa dévotion » (La Femme pauvre, p.215).Il fut un adorateur en esprit et en vérité.Et quelle fontaine de prières ! « Il priait des heures durant et toutes les nuits il se levait pour dire l’office des morts 1 2 3.» Il aime les âmes du Purgatoire.Pour les soulager, il gagne le plus qu’il peut d’indulgences, en particulier le 2 novembre ou à la fête de la Portioncule.« Hier, ma chérie, c’était le 2 août, j’ai été un peu négligent mais j’ai pu faire cent et une visites3 ! » Et ces pratiques, que je dirais québécoises, il les étale à l’époque où se perpétue l’étouffement spirituel de maint Psichari ! Il vénère « l’immense et silencieux saint Joseph, ombre du Père, patriarche des chrétiens ».Son culte pour « Celle qui pleure », la Vierge Marie, est tel qu’il lui vaut la persécution.Il comprend la solidari- 1.La Femme pauvre, p.161.2.S.Fumet.M.de Léon Bloy, p.348.3.Lettres à Véronique, p.88. 702 LE CANADA FRANÇAIS té chrétienne, la doctrine du corps mystique.Et voici comment il l’exprime : Tout homme qui produit un acte libre projette sa personnalité dans l’infini.S’il donne de mauvais cœur un sou à un pauvre, ce sou perce la main du pauvre, tombe, perce la terre, troue les soleils, traverse le firmament et compromet l’univers.Ou encore : La communion des saints, antidote ou contre-partie de la dispersion de Babel, atteste une solidarité humaine si divine, si merveilleuse, qu’il est impossible à un être humain de ne pas répondre de tous les autres, en quelque temps qu’ils vivent, qu’ils aient vécu ou qu’ils soient appelés à vivre.Le moindre de nos actes retentit à des profondeurs infinies et fait tressaillir tous les vivants et tous les morts, en sorte que chacun d’entre les milliards d’humains est réellement seul devant Dieu 1.Et goûtez bien le jour qui selon lui éclaire la souffrance humaine : « Vous souffrez?donc, vous représentez Dieu.» Nous voilà loin du catholicisme édulcoré et littéraire des vaniteux.Et quelle leçon en même temps pour les freluquets des lettres qu’un vague vernis littéraire consacre surhommes, et qui prétendent dans un titanisme naïf échapper aux lois communes des pratiques et de la morale ! Lui, il se dépasse à courir après Dieu : eux, ils ont enseveli leurs convictions rachitiques avec les bandelettes encore mouillées de leurs passions butées sur un seul objet.* * * Il me reste à vous dire un mot du style de Léon Bloy, de ses moyens d’expression.Je laisse ce soin à Marchenoir lui-même, qui s’est compris mieux que personne, très conscient qu’il était de ses dons d’artiste.Ouvrons le Désespéré : Par l’effet d’une loi spirituelle bien déconcertante, il se trouva que la forme littéraire de cet enthousiaste était surtout consanguine de celle de Rabelais.Ce style en débâcle et innavigable, qui avait toujours l’air de tomber d’une alpe, roulait n’importe quoi dans sa fureur.C’étaient des bondissements d’épithètes, des cris à l’escalade, des imprécations sauvages, des ordures, des sanglots ou des prières.Quand il tombait dans un gouffre, c’était pour 1.Lettres à René Martineau (à Élisabeth Joly). UN QUART D’HEURE CHEZ MARCHENOIR 703 ressauter jusqu’au ciel.Le mot, quel qu’il fût, ignoble ou sublime, il s’en emparait comme d’une proie et en faisait à l’instant un projectile, un brûlot, un engin quelconque pour dévaster ou pour massacrer.Puis, tout à coup, il redevenait, un moment, la nappe tranquille que la douce Radegonde avait azurée de ses regards l 2.Écoutons cette page de la Femme pauvre : La violente couleur de l’écrivain, sa barbarie cauteleuse et alambiquée ; l’insistance giratoire, l’enroulement têtu de certaines images cruelles revenant avec obstination sur elles-mêmes comme les convulvulacées ; l’audace inouie de cette forme, nombreuse autant qu’une horde et si rapide, quoique pesamment armée ; le tumulte sage de ce vocabulaire panaché de flamme et de cendres ainsi que le Vésuve aux derniers jours de Pompéi, balafré d’or, incrusté, crénelé, denticulé de gemmes antiques à la façon d’un martyr ; .tout cela parut à Léopold un miroir magique où bientôt il se déchiffra lui-même, avec le hoquet de l’admiration 3.Et terminons par là : on peut lire Léon Bloy par plaisir artistique ou pour mettre du feu et du sang dans le style, ou mieux, pour rencontrer un homme.Il conviendra toujours de dépasser le pamphlétaire, qu’il fut accidentellement d’ailleurs, pour aller « jusqu’à l’essence de son œuvre, qui est la glorification du surnaturel et le déploiement somptueux de la vie intérieure » 3.Le très grand artiste qu’il fut serait bien humilié, semble-t-il, de voir nos polémistes ramasser sans aller plus loin dans ses livres la collection assez trouble de ses imprécations et de ses injures.N’allons pas oublier non plus que Léon Bloy est une nourriture assez forte et qu’il reste inabordable chez nous à toute une armée de lecteurs falots de convictions, à la merci de la moindre chiquenaude.Les vociférations de Marchenoir les troubleraient jusqu’aux racines de leur gratte-ciel.D’ailleurs Bloy a déclaré lui-même dans une lettre à René Martineau en parlant de son œuvre : « Je ne vois pas bien une chrétienne lisant certains endroits.» Il n’a rien dit des chrétiens qu’il suppose assez virils pour le comprendre et pour l’aimer sans dame.Émile Bégin, pire.1.Le Désespéré, p.129.2.La Femme pauvre, p.135.3.Jacques Debout, livre déjà cité.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.