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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
L'école franco-américaine
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1938-04, Collections de BAnQ.

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Le coin du Parler français L’ÉCOLE FRANCO-AMÉRICAINE ' Malgré les jugements sévères et parfois fantaisistes que l’on ait pu adresser aux fondateurs de la Nouvelle-France au sujet de leurs soucis culturels, un fait reste indéniable, c’est que la race issue de ces planteurs de croix et de foyers constitue aujourd’hui un effort de civilisation qui a magnifiquement défié toutes les puissances d’absorption en Amérique.Après trois siècles d’une existence secouée par tous les malheurs, minée par les corrosifs et les déprimants les plus tenaces, un petit peuple demeuré lui-même s’est assez pénétré de sa vie et de son idéal français pour déployer encore la force de se reproduire et de se prolonger indéfiniment sur ce continent, si seulement, les possesseurs de son esprit ont assez découragé et de magnanimité pour continuer la sublime obstination de leur survie.A qui promène sur la carte de l’Amérique du Nord, écrivait notre historien national, l’abbé Groulx, un peu mieux qu’un regard superficiel, un fait, une réalité se dégage avec un relief singulier, et c’est dans l’immense agglomération anglo-saxonne, la survivance entêtée d’un petit peuple français.Alors que depuis cent ans, si nombreux et si compacts qu’on les ait trouvés sur tous les points de la terre américaine, aucun groupe d’immigrants européen i n’a longtemps défendu, ni même voulu défendre sa langue ou S8 culture originelle ; quand beaucoup de ces fils des plus vieilles civilisations se jettent dans le creuset américain, avec une hâte fébrile d’y broyer leur passé, seuls les descendants de Richelieu et de Colbert continuent de s’arc-bouter dans leur volonté de rester français.Et devant ce témoignage de vitalité française, Georges Goyau pouvait ajouter : « Sa survivance fut un acte perpétuel de défensive : elle ne dura qu’en luttant.Le français, là-bas, fut instigateur d’héroïsme : les attachements qu’il 1.Travail lu à la séance publique de la Société du Parler français au Canada, le 31 janvier 1938. 858 LE CANADA FRANÇAIS inspirait ne reculèrent devant aucun sacrifice.Il fallut s’acharner, durant les premières années qui suivirent 1760, contre l’impossibilité même de s’instruire.)> Le miracle de notre étonnante conservation a peut-être cessé de nous émerveiller.Il ne devrait cependant pas cesser de nous préoccuper.Aussi il est très utile de nous entretenir des efforts multipliés sur ce continent pour le rayonnement de notre culture française.C’est, je crois, la préoccupation constante de la Société du Parler français au Canada, l’inspiratrice de tant de généreuses initiatives de survivance.Je suis donc très reconnaissant envers ses distingués officiers de m avoir invité à participer à cette séance solennelle pour rappeler à nos frères de Québec, ce que nous, Franco-Américains, nous faisons chaque jour pour la conservation de notre esprit français au sein de nos chères écoles.Si la vue d’ensemble que nous présentons de nos problèmes scolaires avait pour effet d’augmenter votre sympathie à notre endroit et au besoin nous assurait des appuis nécessaires, vous voyez combien la solidarité qui nous unit gagnerait d’un pareil échange.Comme le disait si bien Mgr Camille Roy, au cours de 6es récentes visites en Nouvelle-Angleterre, nous sommes de même sang, nous vivons d’une même âme qui a donné à notre race sa vertu propre, ses qualités de tempérament, de caractère et d esprit.Étant frères, nous sommes tous héritiers d’une même mission.Une telle mission subsiste aussi longtemps que survit 1^ race qui en est dépositaire, et cette mission ne peut réussir que dans la mesure où restent unies, solidaires s’appuyant les unes sur les autres, les forces qui l’accomplissent, les âmes qui en sont chargées.Les Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre Dans cette étude, nous nous bornons à considérer seulement le bloc franco-américain de la Nouvelle-Angleterre, le seul sur lequel nous puissions sérieusement compter dans l’œuvre de notre survivance aux États-Unis.Des centaines de milliers des nôtres sont éparpillés dans les autres États, mais leur manque d’organisation ne nous permet pas d’espérer.Au contraire, certains groupes jadis très bien établis sont en voie de dissolution, précisément parce qu’on a cessé de travailler et de lutter.Dans le New-York, l’Illinois, le l’école franco-américaine 859 Minnesota, le Wisconsin, le Kansas et ailleurs, il y a encore quelques groupements assez considérables, mais leur vitalité est gravement compromise, et, à moins d’un réveil héroïque, leur avenir n’est pas encourageant.Nous ne voulons pas non plus parler du demi-million de Louisianais ; eux aussi ont une situation particulière.Il nous arrive cependant de là-bas des nouvelles réconfortantes.Tous ces chiffres portent la population française aux États-Unis à plus de deux millions et demi.Avons-nous alors une idée exacte de ce que représente la vie française en Nouvelle-Angleterre, dans les états du Vermont, du Maine, du New-Hampshire, du Massachusetts, du Rhode-Island et du Connecticut, un territoire que nous pourrions asseoir bien confortablement dans la belle province de Québec ?La population totale de ces états s’élève à plus de huit millions et nous y sommes plus d’un million, soit la huitième partie.Il est assez difficile d’établir des statistiques définitives, et vous le comprenez.Mais d’après les relevés comparés aux données de notre Guide officiel franco-américain, nous comptons actuellement en Nouvelle-Angleterre plus de 300 paroisses où les nôtres sont groupés et plus de 200 écoles.Ajoutez à cela, le millier de prêtres et de religieux, les quatre mille religieux et religieuses enseignants, six cents médecins, trois cents avocats, treize hôpitaux, dix orphelinats, cinq collèges, seize hospices, une trentaine de couvents, académies et écoles secondaires, une dizaine de caisses populaires, une vingtaine de publications quotidiennes ou hebdomadaires, deux grandes sociétés fédératives plusieurs fois millionnaires et environ un millier d’organisations ou sociétés mutuelles, sociales, musicales, commerciales et le reste, vous aurez le bilan de cette vie française qui bourdonne dans la plupart des centres de la Nouvelle-Angleterre.Certaines villes comptent jusqu’à 35.000 Franco-Américains.La seule ville de Manchester a huit paroisses de langue française avec écoles, et il faut nommer Lowell, Woonsocket, New-Bedford, Worcester, Fall-River, Holyoke, Lewiston, Waterville, Biddeford, Nashua, Southbridge, Central Falls sans épuiser la liste.Il n’est pas facile d’établir ce que représentent en espèce toutes ces institutions, ces commerces, ces industries, ces immeubles et ces entreprises détenus par les nôtres.Vous 860 LE CANADA FRANÇAIS comprenez que cela s’élève à des sommes fantastiques, d’ailleurs comme tout ce qui est américain.Mais c’est vous dire que nos devanciers en venant s’établir aux États-Unis, s’ils étaient pressés par le besoin de vivre, ont cependant sagement organisé leurs affaires.Us ne se sont pas contentés de chercher à faire de l’argent, ils ont aussi surveillé leurs chances de succès dans tous les domaines, et,— du moins à venir jusqu’à ces temps derniers,— ils ont aimé à faire des enfants pour continuer leurs efforts.Les chiffres sont là pour confirmer les faits.En 1890, le R.P.Édouard Hamon, Jésuite, un des grands apôtres de nos œuvres, dans son précieux ouvrage documentaire Les Canadiens français de la Nouvelle-Angleterre, établissait nos effectifs comme suit : population française 306.440; 86 paroisses françaises et 70 mixtes, où le ministère se faisait dans les deux langues ; 53 écoles et 20.050 élèves.En moins de 50 ans, vous voyez les progrès magnifiques accomplis.Aujourd’hui 300 paroisses, 200 écoles et près de 125.000 enfants qui les fréquentent.Au cours de ce merveilleux épanouissement, sans doute, la province de Québec nous a bien aidés.Peut-être plus qu’elle aurait voulu le faire.Nous le comprenons bien, car avec cette immigration intense vers nos centres, vos belles campagnes se sont dépeuplées et quel bloc offrirait Québec aujourd’hui, si toutes ces forces lui avaient été conservées! Mais les faits sont là et, pour notre humble part, que pouvons-nous y faire si la Providence a voulu nous faire naître en ce pays que nous aimons de toute notre âme ?Par mode de consolation réciproque, ne serait-il pas permis de voir dans l’existence de notre groupe un puissant contrefort de notre civilisation, très précieux même pour Québec ?C’est d’autant moins d’influence étrangère dont vous avez eu à souffrir.Disons-le avec un peu de fierté et sans malice, avec les provinces maritimes et celles de l’ouest, nous constituons la belle ceinture française qui protège le berceau de nos communes origines, et à ce compte notre existence a son mérite.Cette nomenclature de nos œuvres et de nos progrès, nous avons cru nécessaire de vous la résumer.Nous pourrions encore ajouter que dans le domaine politique et social notre liste de distingués représentants est imposante.Nous avons connu des gouverneurs, des ambassadeurs, des consuls, des ministres, des sénateurs et des représentants à Washing- l’école franco-américaine 861 ton, des juges de nos cours supérieures, des magistrats, des membres de nos législatures par centaines, des professeurs, des musiciens, des architectes, des sculpteurs, des artistes et quelques écrivains, dont Henri d’Arles.Quelques-unes de nos villes se donnent un premier magistrat d’origine française depuis plusieurs années.Manchester a le sien depuis 1918 sans interruption.Il est vrai que ce bilan, si imposant soit-il pour nous, est peu de chose lorsque nous le comparons aux proportions gigantesques de ce monument qu’est la prospérité américaine.Cependant, il souligne la valeur de cet effort de résistance que nous soutenons avec tant de courage au milieu d’éléments si étrangers à nos aspirations culturelles et religieuses.Le fait d’avoir résisté jusqu’ici au plus puissant engin d’assimilation et de nivellement des temps modernes, constitue à la vérité un miracle, et nous avons le droit de nous demander si le miracle franco-américain n'est pas ce qu’il y a de plus étrange et de plus singulier dans toute l’histoire de la race française.Pour compléter ce tableau, il est utile de consulter le captivant recueil Les Franco-Américains peints par eux-mêmes, ouvrage préparé en collaboration et que M.Adolphe Robert a eu la bonne idée de publier récemment aux Éditions Albert Lévesque.Le facteur de notre survivance Mais venons-en au problème qui nous préoccupe.Quel est donc le facteur qui a rendu possible la réalisation de toutes ces œuvres ?Comment avons-nous réussi à nous soustraire si heureusement au gouffre assimilateur qui aurait enseveli bien naturellement toutes les émotions françaises de nos âmes ?C’est notre verbe français lui-même, emporté du vieux Québec et solidement incrusté dans l’âme de nos devanciers, qui a suscité tous ces dévouements, qui a donné vie à toutes nos institutions.Détachez de nos lèvres les vocables français ; supprimez de nos âmes l’esprit français qui les anime, et tout disparaît.Pourquoi alors ces paroisses qui représentent tant de sacrifices et de générosité ; pourquoi des écoles bilingues soutenues à un si grand prix ; pourquoi des journaux alors que 862 LE CANADA FRANÇAIS notre presse de langue anglaise est si formidable et si puissamment organisée ; pourquoi enfin des sociétés particulières qui groupent nos compatriotes pour les intéresser au maintien de leur culture ?Tout cela s’explique dès que nous reconnaissons que la langue française est la clef de voûte, la raison d’être de tous ces efforts.C’est qu’il y a chez nous « une âme franco-américaine » qui veut se perpétuer.Cette âme, nous affirme Josaphat Benoit, « s’alimente aux sources du passé pour entretenir dans le présent les forces ethniques nécessaires à la survivance ; elle peut durer tant que durera le culte du souvenir et la leçon des grands fondateurs ».Et c’est S.E.Mgr Peterson,évêque de Manchester, qui nous affirmait à son tour: « Si vous ne donnez pas le trésor de vos traditions et de vos coutumes à votre pays, vous ne lui donnez rien.» C’est la famille qui est la pierre angulaire de la société et c’est dans son sein que se forment les esprits et les cœurs.Mais dès que l’enfant aspire à la vie, il faut lui trouver un foyer où il développera les facultés de son intelligence.C’est à l’école que les parents le dirigeront.Pour nous, Franco-Américains, il n’y a qu’une école quand elle existe, l’école paroissiale bilingue.Qu’est-ce donc que cette institution au pays des États-Unis ?L’école paroissiale bilingue Notre enseignement franco-américain comprend trois degrés, le primaire (paroissial bilingue), le secondaire et le collégial ou classique.Nous sera-t-il jamais permis un jour d’atteindre le domaine universitaire?Nous l’espérons bien, et pourquoi pas ?C’est surtout de l’école primaire, c’est-à-dire de l’école paroissiale, que nous voulons parler.Le cours primaire comprend huit années.Il peut être précédé des années non obligatoires du « jardin de l’enfance » pour les enfants de 4 à 7 ans.Tout enfant doit obtenir son certificat primaire ou fréquenter l’école jusqu’à 16 ans.C’est tout ce que les lois scolaires exigent.Ce diplôme permet l’entrée au secondaire.Dès son entrée au cours primaire, vers l’âge de 6 ou 7 ans, l’enfant est soumis à un programme bilingue.Il apprend les éléments des langues anglaise et française.En français, ce sera l’épellation phonétique, l’orthographe, la grammaire et la composition.A cela on ajoute la lecture, la liturgie, l’école franco-américaine 863 la littérature et l’histoire du Canada.Les prières se font exclusivement en français et le catéchisme bien entendu est enseigné en français.(Catéchisme de la Doctrine Chrétienne, prescrit par le Troisième Concile Plénier de Baltimore, vols 1, 2, 3.) Les manuels sont ceux qui ont été préparés par les communautés qui dirigent nos écoles, les mêmes dont elles se servent dans leurs maisons du Canada.Il y a cependant une lacune que nous voulons combler.Nous caressons l’espoir de mettre entre les mains de nos enfants dans un avenir prochain un « Manuel d’Histoire Franco-Américaine », qui établira solidement la filiation dans l’ordre de notre conservation ethnique aux États-Unis.N’oublions pas que la majorité des petits Franco-Américains n’ont jamais vu le Canada français.Pour leur inspirer la fierté de nos origines, pour leur façonner une âme française, il faut bien leur inculquer des notions précises au sujet de l’évolution de notre race sur ce continent.Il est nécessaire de leur fournir cette armature française puisée dans les gestes français depuis les fondateurs de la Nouvelle-France, les accomplissements des nôtres aux États-Unis et les liens de culture qui unissent tous les groupes français de l’Amérique.En réalité, tous les petits Français d’Amérique devraient être familiers avec ces faits.Ce projet de manuel est l’initiative de notre « Société Historique franco-américaine ».Le programme anglais primaire comprend les mêmes éléments avec en plus la géographie, les mathématiques, les sciences, l’histoire des États-Unis, et l’économie civique.Le dessin et le chant sont enseignés dans l’une ou l’autre langue.Dans la plupart des diocèses, c’est à peu près le même programme.Pour le New-Hampshire, nous possédons le seul programme français officiellement reconnu dans la Nouvelle-Angleterre.Ailleurs, le même programme existe, mais il n’a pas reçu la sanction officielle des autorités religieuses.Par contre, nos écoles, qui sont franchement américaines, sont reconnues et approuvées par les commissions scolaires.Il est évident que le programme de l’école bilingue est chargé puisqu’il nous faut répondre à toutes les exigences des écoles du pays.Malgré tout, à la sortie de l’école primaire, nos enfants possèdent les connaissances nécessaires pour continuer leurs études supérieures.Le fait est que dans la plupart des cas, les petits Franco-Américains se distinguent dans les écoles secondaires. 864 LE CANADA FRANÇAIS Nous ne discutons pas le bien fondé d’un tel système, celui qui met l’enseignement des deux langues sur un pied d’égalité.Des éducateurs sérieux voudront bien voir dans ce programme bilingue une erreur pédagogique.Pour nous aux États-Unis, ce procédé ne nous a pas empêchés de progresser depuis cinquante ans, et il semble que c’est là le seul moyen mis à notre disposition.Donc, à tout prendre, dans la plupart de nos écoles, la journée est divisée en deux parts égales pour l’enseignement des langues anglaise et française.Nous ajoutons, et c’est avec douleur, qu’il y a des endroits où le français est réduit à une heure par jour et d’autres où le français occupe seulement l’explication orale du catéchisme.Ce qui nous préoccupe surtout ce n’est pas tant la somme de français enseigné dans nos écoles que l’esprit qui anime ces écoles.Il est inutile d’enseigner à nos enfants tous les secrets de notre belle langue s’ils n’ont pas dans l’âme la détermination de demeurer eux-mêmes.Nous touchons là un aspect bien délicat mais combien important de notre enseignement.Il est donc impossible d’exiger de nos compatriotes des gestes de fierté quand ils ignorent de quoi est faite leur âme française.A ce propos, les communautés enseignantes, qui nous fournissent encore la plupart de nos institutrices, nous rendraient un immense service en nous envoyant seulement des sujets qui ont sincèrement dans l’âme la préoccupation de notre survie.Cela suppose dans la préparation de nos éducatrices la formation d’une âme française.Que la maîtresse soit préposée à l’enseignement de l’une ou l’autre langue, elle doit se rappeler sans cesse qu’elle vient faire chez nous une œuvre de survivance.Au simple point de vue pratique, il y va de l’existence même de ces communautés de remplir jalousement la mission pour laquelle elles ont été appelées dans nos centres par nos vaillants fondateurs.Il nous vient à la pensée cette grave recommandation du regretté Cardinal Bégin, en date du 21 novembre 1923.Il est aussi venu à notre connaissance, que certaines communautés canadiennes-françaises, qui ont des maisons dans des milieux mixtes, ne se soucient pas d’entretenir chez leurs élèves le culte de la langue et des traditions nationales.S’il en est ainsi, nous blâmons ces communautés ou les têtes qui les dirigent, et nous leur demandons un prompt retour à une meilleure intelligence des besoins et de la vocation de notre race. l’école franco-américaine 865 Ces paroles n’ont rien perdu de leur valeur, et nous répétons que dans la plupart des cas où il y a fléchissement de fierté dans la formation de nos jeunes, c’est parce que nous avons pour servir nos intérêts éducationnels trop d âmes indifférentes, trop de cœurs vides d’idéal français.Le jour n’est pas très éloigné où il nous faudra compter uniquement pour notre enseignement sur nos maisons provinciales franco-américaines.Elles seront ce que Québec les aura faites.Il est donc important plus que jamais de nous préparer des compétences qui, en plus de la science qu’elles distribuent à nos enfants, sauront aussi sincèrement leur communiquer cet esprit français dont elles vivent, sans quoi, il aura été inutile de consentir à tant de sacrifices.La famille sans doute est un point de depart, mais en definitive n’est-elle pas ce que l’école la fait ?C’est 1 école qui forme l’âme d’un peuple.Il est donc facile de comprendre pourquoi nous l’entourons cette école de toute notre sollicitude et pourquoi nous multiplions les sacrifices pour la soutenir.Elle est à la base même de notre survivance.Histoire de l’école franco-américaine Et cette école franco-américaine, quelle est donc son histoire ?Sans doute nous n’avons pas pour la glorifier les émotions des fondateurs de la première école érigée en Amérique, ici à Québec même, par les RR.PP.Jésuites en 1635, un an avant la naissance de ce qui est devenu notre importante Université Harvard de Boston.Il nous manque aussi les visions inspirées de Marguerite Bourgeoys, qui, le 25 novembre 1657, dans une étable de pierre, don de M.de Maisonneuve, réunissait les premiers élèves de Ville-Marie afin de « récorder le peu de filles et de garçons capables d’apprendre ».Ce que nous savons et aimons à proclamer avec joie, c’est que dès 1869 une première école franco-américaine naissait au Vermont dans une bien modeste habitation.Les Religieuses de Jésus-Marie de Sillery, arrivèrent ensuite à Fall-River en 1877, les Sœurs de la Charité en 1878 à Lewiston, et ce fut le commencement de cette longue chaîne de nos écoles semées dans tous les coins de la Nouvelle-Angleterre.Nos devanciers avaient compris qu’il était impossible de songer à l’organisation d’une vie catholique chez les émigrés 866 LE CANADA FRANÇAIS de Québec sans l’existence de l’école.Ce fut le geste sauveur qui se traduit aujourd’hui si magnifiquement par nos 200 écoles, dont certaines sont les plus beaux édifices du pays.Nous n’entreprendrons pas de relater les prodiges de renoncement et d’héroïsme qui accompagnèrent les premières religieuses que nous céda Québec, nos vénérées fondatrices.Le temps nous manque également pour vous résumer tous les sacrifices d’argent et de dévouement que représentent ces nombreuses fondations.Mais le fait de posséder une organisation scolaire de première valeur est en lui-même un monument digne de la plus haute admiration.Songeons que nos courageux devanciers arrivèrent de Québec, les mains vides, sans le sous, et que toutes les œuvres qu’ils ont édifiées sont la résultante d’une générosité inlassable, soutenue par cette mâle détermination qu’ils avaient apportée du vieux Québec.Que représente le soutien de ces œuvres scolaires pour la nation américaine ?Les 100.000 enfants de nos écoles, si nous prenons comme moyenne la somme de $100 dépensée annuellement pour chaque élève, épargnent à nos municipalités plus de dix millions par année.Et remarquez bien que nous versons en plus la taxe exigée pour le soutien des écoles publiques.Tout cela montre l’étendue de nos sacrifices.Sans entrer dans le domaine secondaire et classique, qu’il nous soit permis cependant de noter que nous possédons à Worcester, Massachusetts, notre collège classique pour les garçons, dirigé par les RR.PP.Augustins de l’Assomption.Ils font une œuvre admirable, et la langue véhiculaire de cette institution est le français.Nous comptons également des commencements de collèges pour nos filles et nous espérons qu’ils seront fidèles à nos aspirations.Maintenant que notre enseignement primaire est solidement établi, du moins là où il existe, nos énergies se tournent vers l’organisation d’écoles secondaires, « High Schools ».C’est le second pas dans l’œuvre de notre enseignement et nous possédons déjà une trentaine de ces écoles.Ici le danger est peut-être plus grand parce que nous nous approchons davantage du terme qui marque l’entrée de notre jeunesse dans la vie.Aussi, pour les mêmes raisons de survivance, faudrait-il que nos écoles secondaires soient franchement bilingues.C’est notre ferme espoir, et déjà des exemples l’école franco-américaine 867 réconfortants démontrent qu’il serait oiseux de changer notre attitude parce que nous montons dans l’échelle des valeurs intellectuelles.Mais, direz-vous, est-ce que tous les Franco-Américains sont également saisis de l’importance de leurs écoles ?Hélas, non ! Il nous faut compter un peu partout un certain nombre de compatriotes qui ne veulent pas comprendre et qui refusent de remplir leur noble devoir.Soit par ignorance soit encore poussés par la fièvre de l’arrivisme, ces malheureux parents envoient leurs enfants à des écoles neutres ou étrangères.Malgré le zèle de notre clergé, la plaie de l’école publique nous inflige de lourdes pertes.Ce serait pour nous un immense bonheur si nous pouvions ramener à nos écoles tous ces petits enfants.Quelle énorme responsabilité pour ces parents et quelles pertes pour notre race ! Attitude de l’Église et de l’État Quelle est donc l’attitude de l’Église envers nos écoles bilingues ?Et d’abord, il semble que la Foi de tout bon catholique suffit pour dissiper toute inquiétude.Depuis que l’éternel « docete omnes gentes » a retenti dans les campagnes de la Judée, seuls les esprits malades ont voulu rétrécir l’influence de l’Église en lui imposant une consigne que son divin fondateur n’avait jamais supposée.D’ailleurs, le Pape Pie XI n’a-t-il pas pour toujours arrêté toutes ces manœuvres quand il voulut reconnaître l’importance indiscutable d’un clergé indigène, seul capable de rejoindre efficacement l’âme des fidèles ?Mgr Pâquet nous dit encore que l’Égflse ne saurait ne point approuver les efforts faits par un peuple fidèle du reste à tous ses devoirs civiques pour conserver intact ce qui le caractérise, ce qui forme les traits essentiels de sa personnalité et de sa physionomie, et l’Église est dans son rôle, lorsqu’elle protège les races et les langues maternelles liées, en bien des cas, au sort de ta religion.Chez nous comme ailleurs, si certains jours ont été sombres, si certaines situations ont paru et paraissent encore inexplicables, il ne faut pas nous en prendre au magistère officiel de l’Égl ise qui ne saurait brusquer le bonheur naturel de ses enfants. 868 LE CANADA FRANÇAIS Une chose est donc très évidente.C’est que la conservation de notre langue est notre affaire à nous.Comme le disait récemment l’un de nos sympathiques évêques de la Nouvelle-Angleterre, les évêques n’ont pas reçu la mission de conserver une langue plutôt qu’une autre.Les âmes seules les intéressent.Si nous voulons garder nos âmes et nos foyers français, c’est à nous d’y voir.L’Église ne s’objectera pas à nos efforts.Au contraire, nous recevons de la plupart de nos évêques le meilleur encouragement.Nous en voyons la preuve dans l’appui empressé que donnait hier à l’Association d’Éducation du Rhode-Island, S.E.Mgr Keough, évêque de Providence.C’est à notre clergé, à nos communautés et à tous les compatriotes de veiller sur nos institutions et de leur inculquer sagement l’esprit nécessaire.Il y a toujours moyen de réussir.Nous savons aussi que lorsque nos représentations ont pour but de favoriser nos intérêts religieux et sociaux, elles sont bien acceuillies par nos chefs spirituels.Il dépend de nous de les faire bien valoir.Au point de vue civil, il faut bien nous entendre.Les États-Unis ne sont pas bilingues.Votre confédération, du moins en principe et trop souvent en principe seulement, reconnaît l’existence officielle des deux langues.Chez nous, la langue anglaise seule est officielle et cela se comprend.Dans une étude soigneusement préparée intitulée « La Situation Juridique du Français en Nouvelle-Angleterre », Me Ernest d’Amours, de Manchester, New-Hampshire, nous rappelle que si la garantie que nous accorde la Constitution des États-Unis au sujet de l’enseignement de notre langue n’est pas absolue, elle existe du moins dans une mesure réconfortante : La Cour Suprême a déclaré solennellement que la liberté des parents de confier leurs enfants à des écoles privées pour, en partie, leur faire apprendre leur langue maternelle, ne renferme rien d’hostile à l’intérêt général, si certaines connaissances requises par l’État et clairement essentielles au bon citoyen ne sont pas négligées.En définitive, cette garantie constitutionnelle est laissée à l’interprétation des Commissions scolaires de chaque État, ce qui veut dire que « l’école privée est tolérée, si elle est d’abord en somme une école publique, et dans son programme d’étude, et dans ses cours, et dans l’emploi de la langue anglaise comme médium d’instruction».Et puisque l’école franco-américaine 869 nos écoles existent précisément en vertu de ce statut juridique reconnu, à moins d’une vague de fanatisme jusqu’ici insoupçonnée, et cela au point de renverser l’existence du 14e amendement de notre constitution américaine, nous pouvons entretenir les meilleurs espoirs de confiance et de paix du côté de l’État, pourvu cependant que nous soyons toujours sur la brèche afin de déjouer les manœuvres des esprits moins ouverts.M' D’Amours concluait donc avec raison : Quand l’État, oubliant la hiérarchie des valeurs de civilisation cesse de respecter les droits des individus, des familles, des groupements secondaires, et s’immisce dans leurs caractéristiques naturelles et leurs originalités fécondes : langue, goûts, coutumes, aptitudes, ces moyens d’acquisition facile de dons plus universels, alors l’État sort de sa sphère.L’État sage saura incorporer, dans un cadre fédéraliste large et souple, ces mêmes groupements en leur laissant une heureuse autonomie relative.C’est, croyons-nous, l’attitude de la nation américaine en général, et M.Adolphe Robert avait aussi raison d’ajouter : Du pouvoir civil, nous pouvons espérer une tolérance de plus en plus grande, pourvu que nous sachions manœuvrer avec adresse pour nous l’attirer.Ce n’est donc pas à titre de quêteurs ou de mendiants que nous interprétons nos lois scolaires américaines.Nous sommes chez nous aux États-Unis.Comme le disait si bien l’un de nos curés, « notre langue n’est pas une marchandise que l’on veut faire passer aux douanes, mais un bien que nous possédons en deçà des frontières».C’est comme citoyens de la République que nous entendons conserver une richesse spirituelle qui fait notre bonheur.Ce n’est pas non plus la guerre à la langue anglaise que nous livrons.Dieu merci, nous savons reconnaître son importance et nous la parlons très bien.Le fait est que les Franco-Américains qui s’en donnent la peine, parlent un anglais plus riche, plus varié et plus nuancé que les unilingues.Et songeons-nous que plus de 70 millions sont dépensés annuellement dans les Highs Schools, Collèges et Universités des États-Unis pour l’enseignement de notre langue à des étrangers ?Alors pourquoi hésitons-nous à choyer dans nos âmes ce verbe que nous avons reçu de nos mères ?Il y a ici un argument qui devrait confondre les plus indifférents. 870 LE CANADA FRANÇAIS Enfin, que se dégage-t-il de ce modeste tableau de vie française en Nouvelle-Angleterre ?D’abord cette vie existe et elle est profondément enracinée dans nos âmes.En tenant compte des défections déjà existantes et de celles qui se multiplieront nécessairement à cause de l’ambiance étrangère qui nous sature, nous affirmons que nous vivrons aussi longtemps que nous le voudrons.Il y a plus de 40 ans, Edmond de Nevers écrivait: (( Notre rôle en Amérique peut être brillant.Il suffit que nous le voulions.» Il y a bien à l’horizon des signes décourageants, et vous en savez quelque chose, vous de la vieille province de Québec.Nous ne prétendons pas que tout est parfait; cependant,en dépit et au-dessus de tout, la mission providentielle de la race française en Amérique doit continuer.Si, après trois siècles, le ciel nous a conservé notre volonté de survivre, c’est qu’il y a dans les secrets desseins de la Providence des merveilles d’apostolat qu’il nous faut encore accomplir.Et le fait que dans nos centaines de paroisses des petits Franco-Américains, vos frères par la foi et le sang, le sac de livres français sur le dos, circulent chaque jour avec des vocables français sur les lèvres ; le fait que nos mères tiennent encore agenouillés devant elles des petits cœurs qui prient toujours dans la langue de nos aïeux ; le fait que des milliers d’admirables religieuses sont à l’œuvre pour façonner aux harmonies françaises les âmes de ces petits porteurs de notre culture ; le fait qu’après 75 ans nous avons résisté à la plus formidable puissance d’assimilation, tout cela nous invite à de nouvelles ardeurs de courage et de dévouement.« De quoi demain sera-t-il fait?» demandait, lors du Congrès de la Langue française, le T.R.P.Bachand, O.M.I.dans la conclusion de sa précieuse étude, « L'École paroissiale franco-américaine ».Et il répondait : Si les Franco-Américains le veulent, si les communautés enseignantes le veulent, par dessus tout si les curés le veulent effectivement, les Franco-Américains, grâce à leurs écoles paroissiales» conserveront longtemps encore leur héritage français.Frères de Québec, qui nous accueillez toujours avec tant de sympathie et d’affection, gardez donc inviolable cette source d’esprit français à laquelle nous aimons à venir nous abreuver.Fatigués parfois et même lassés au cours de nos labeurs, nous tournons vers vous des regards de confiance.Nous l’école franco-américaine 871 avons besoin de votre encouragement, de vos appuis.Sachez qu’au delà des frontières, tout près de vous, un million de cœurs battent à l’unisson des vôtres.Cet exemple que nous vous donnons est révélateur.Il proclame qu’il y a toujours dans l’âme d’un peuple une flamme qui l’empêche de mourir, si ceux qui tiennent le flambeau ont la passion de la grandeur.Nous le savons bien, notre survivance est un miracle perpétuel.Elle est même inexplicable dans le domaine des entreprises purement humaines.Il a fallu une puissance vraiment surnaturelle pour conserver cet héritage.Nous avons confiance, car nos écoles garderont fidèlement sur les lèvres de nos enfants la douce parlure de France.Avec cet incomparable gardien de notre mystique française, répétons souvent à nos enfants ces mots inspirateurs : Gardons toujours les mots qui font aimer et croire.Tout noble mot de France est fait d’un peu d’histoire, Et chaque mot qui part est une âme qui meurt ! En parlant bien sa langue, on garde bien son âme.Adrien Verrette, ptre.
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