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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
L'apostat Gavazzi
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1938-12, Collections de BAnQ.

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Un indésirable : L’APOSTAT GAVAZZI au Canada (1853) Vers le milieu du siècle dernier,l’apostasie éclatante d’un prêtre canadien, éloquent prédicateur de la tempérance — je ne le nommerai pas, parce qu’il est trop tristement célèbre — troubla profondément le sentiment religieux de nos populations.Ce n’était pas assez semble-t-il; à la même époque, le passage parmi nous d’un ex-moine italien, Gavazzi, en 1853, ne causa pas que du scandale dans le Bas-Canada : il ensanglanta les rues de Montréal.C’est une histoire bien oubliée aujourd’hui.Mais, avant d’exposer les faits admis par tous, de discuter les circonstances douteuses, pour essayer d’établir les responsabilités de la folle équipée, il importe de connaître les antécédents et le caractère du personnage qui devait provoquer dans la Métropole un commencement d’émeute.(1) Alessandro GAVAZZI On sait avec quel enthousiasme fut accueillie, en 1846, l’accession au trône pontifical de Jean-Marie, comte de Mastai-Ferretti, sous le nom de Pie IX : après le règne plutôt austère de Grégoire XVI, tous saluaient dans ce cardinal de 54 ans, à la noble prestance, au regard magnifique, un pape libéral.Les moins heureux n’étaient pas les Italiens, impatients de secouer le joug détesté de l’Autriche, et parmi ceux-ci se distinguait un jeune moine de 37 ans, natif de Bologne et possédant tous les dons innés de l’orateur.Entré en 1824, à l’âge de 15 ans, chez les Barnabites, ou Clercs réguliers de Saint-Paul, de sa ville natale, Alessandro Ga- (1) Pour étudier à fond cette triste affaire, les documents ne m’ont pas manqué.J’ai consulté avec profit les collections des journaux d’opinions diverses — surtout celles du Daily Herald, de la Minerve et du True Witness (catholique); des pamphlets publiés à la suite du terrible incident; des notes de voyageurs et touristes.J’ai même interviewé des descendants de témoins oculaires. 330 LE CANADA FRANÇAIS vazzi avait été employé comme professeur de rhétorique à Naples, et s’y était trouvé dans son élément.Imbu des opinions libérales les plus avancées, il rêvait non seulement la délivrance de l’Italie, mais encore, ce qui était plus périlleux, « le retour de l’Église à sa simplicité primitive ».A la suite du soulèvement de la Lombardie, il entraîne le peuple de Rome au Capitole pour célébrer cette première victoire.Pendant deux mois, il prêche au Colisée.Sa parole enflammée, sa haute taille, dominée par une tête léonine à la crinière noire fièrement rejetée en arrière, font grande impression, et lui valent le titre de « Pierre l’Ermite de la Croisade nationale ».Le jeune tribun a déjà quitté son ordre, dont les vœux sont peu compatibles avec ses nouvelles fonctions d’aumônier militaire ; mais, sur sa soutane séculière, il arbore la croix blanche des anciens croisés.C’est dans cet appareil guerrier qu’on le voit à Venise, puis à Florence, où ses excès de langage le font expulser ; enfin à Bologne, son berceau.Déjà la révolution gagne les États pontificaux, et Bologne vient de s’insurger contre le pouvoir temporel.Gavazzi se joint résolument aux rebelles — et c’est en rebelle, sinon en apostat, qu’il faut désormais le traiter.Mais le Pape nomme gouverneur civil de Bologne, avec mission de rétablir l’ordre à tout prix, Mgr Cajetan Bedini, qui a fait — lui aussi — ses études chez les barnabites.Gavazzi — il ne devait pas l’oublier !—est arrêté et conduit à la prison de Corneto.Au milieu de péripéties sans nombre, il sera finalement délivré par des « patriotes » de Viterbe.Entre temps, Rome est menacée, et Pie IX prend le chemin de l’exil.A Gaëte, il a tout le loisir de méditer sur l’ingratitude des libéraux et la nécessité d’adopter cette politique d’énergie dont il ne se départira plus pendant son long règne.Sa Ville Éternelle va lui être rendue par les troupes françaises, et Gavazzi, entré dans Rome avec les républicains italiens et bombardé leur « grand prédicateur », échappe de justesse aux sbires pontificaux, se réfugie chez le consul des États-Unis, fuit en Angleterre, pourvu d’un sauf-conduit du général Oudinot.Bien secondé, notre aventurier acquiert vite quelque teinture de la langue anglaise.Il prêche en Angleterre, en Écosse surtout, gagne des partisans à sa cause, ainsi que de l’argent.Dans certains milieux, on l’écoute d’au- L APOSTAT GAVAZZI 331 tant plus volontiers que Pie IX, en rétablissant la hiérarchie ecclésiastique dans le Royaume-Uni, vient de réveiller les vieilles haines sectaires.Mais le ton de ses discours choque les gens de bonne compagnie.Le Times (19 avril 1851) traite ces assemblées de « histrionic performances », et attribue les succès de l’orateur à la curiosité et au mauvais goût du public.Les patriotes ont besoin de fonds : Gavazzi fera une tour- née en Amérique, ce Pactole des Européens.Il débarqué à New-York le 6 mars 1853.Accueilli par la colonie italienne, il donne ici et là des conférences très applaudies, car on est, ne l’oublions pas, aux meilleures années de Bar-num.C’est alors que notre Italien a la malencontreuse idée de vouloir visiter le Canada.Le 3 juin, il traverse Montréal, en route pour Québec, parle les 6 et 8 dans la capitale, qu’il doit quitter précipitamment, comme nous le verrons.Après la sanglante affaire de Montréal, il parcourra les villes du Haut-Canada, applaudi par des auditoires qui se connaissent en chauvinisme politico-religieux.Mais voilà qu’en rentrant aux États-Unis, il s’y trouve face à face avec Mgr Bedini, cet ancien gouverneur de Bologne, maintenant nonce au Brésil et en mission spéciale chez l’Oncle Sam.Gavazzi ne saurait laisser passer une si belle occasion de se venger : il réalise l’alliance de ses carbonari avec les partisans du « Know-Nothing », cette société secrète, aïeule du Klu-Klux-Klan, qui avait déjà pour devise : « Les É.-U.aux Américains » — et s’opposait par tous les moyens à l’immigration, surtout à celle des Irlandais catholiques.Puis Gavazzi persuade sans peine à ces fanatiques que ce suppôt du Pape, Bedini, est chez eux pour gagner le pays à la cause romaine et en faire un nouveau fief pontifical.Dès ce moment, les catholiques sont molestés, les couvents attaqués, des religieuses insultées.A certains endroits, les désordres prennent des proportions d’émeutes, comme il arrive à Pittsburgh, à Louisville, à Cincinnati.Dans cette dernière ville, le feu est mis à la cathédrale catholique où les fidèles se sont assemblés pour entendre l’envoyé de Pie IX.Une autre fois, on découvre juste à temps un complot ourdi pour assassiner le Nonce ; mais, le lendemain, le dénonciateur, un nommé Sassi, est trouvé 332 LE CANADA FRANÇAIS mort, un poignard plongé en plein cœur.Fuyant devant cette odieuse persécution, Mgr Bedini se réfugie au Canada, où, comme il aimait à le rappeler, l’attendait un accueil aussi cordial que respectueux.Quant à Gavazzi, il quitte enfin l’Amérique en janvier 1854.Il évolué du schisme à l’apostasie et jettera bientôt les premiers fondements d’une secte dite « Église catholique reformee ».En 1859, il reprend son poste d’aumônier dans l’armée révolutionnaire italienne, et, l’année suivante, se trouvant avec Garibaldi en Sicile, il ne craint pas, dit-il, de « lancer le gant à la Papauté ».Il établit une Église de l’avant-veille, s’était permis cette réflexion que, plus tard, des protestants devaient lui reprocher bien amèrement : « Il est à craindre que nos coreligionnaires irlandais, qui n’entendent pas risée sur l’article de la religion, ne mettent un terme à ces exhibitions ! )) Défi ! provocation ! diront les partisans de Gavazzi.C’était pour le moins une prophétie ! Le soir même, Gavazzi monte en chaire devant un auditoire d’environ 600 personnes, composé pour un bon tiers de dames qui se sont placées dans les tribunes.Le thème de la conférence est riche en développements, sinon tout à fait neuf : Il s’agit de l’Inquisition ancienne et moderne ! Gavazzi est là, debout, en soutane et surplis, dans toute la vigueur de ses quarante-quatre ans.Ses épais sourcils se froncent, ses yeux jettent des éclairs, lorsqu’il parle de cette Église dans le sein de laquelle il est né, de ce Pape, qui fut son chef.Dans un anglais approximatif, mais avec force gestes et une mimique incomparable, il commence.Voulez-vous avoir une idée de son style?Un reporter du temps nous en a conservé un spécimen, où éclatent à la fois le mépris de l’italien pour le th anglais et son grand amour des r bien roulées :
de

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