Le Canada-français /, 1 février 1939, Vieux papiers: journal de voyage en Europe, en 1861-1862 (1ère partie)
VIEUX PAPIERS Cette fois nous offrons nos vieux papiers aux naturalistes autant qu’aux historiens.M.l’abbé Ovide Brunet a laissé un nom comme botaniste.Déjà quelques travaux ont été publiés sur ce personnage.Mais il y a plus à dire, croyons-nous.Justement, nous venons de trouver, dans nos archives, des manuscrits inédits : le journal de son voyage en Europe en 1861-186S, des liasses de lettres, ses notes d’herborisation.Nous commençons aujourd’hui la publication de son journal de voyage.Les mots en italiques, dans les sous-titres, sont de uous.JOURNAL DE VOYAGE EN EUROPE DE L’ABBÉ OVIDE BRUNET EN 1861 Samedi le 23 novembre Départ de Québec.Je laisse Québec à heures du matin en compagnie de Mgr Horan, évêque de Kingston, qui retourne dans son diocèse.En traversant à Pointe-Lévi, nous aperçevons le Steamboat de la ligne Canadienne qui se prépare à partir.Il fait en ce moment un fort vent de Nord-est.Peu de monde dans les chars.Peu d’incidens pendant la durée du trajet.Nous dinons à Richemont à 1}4 heure.En passant à Acton, on nous dit que les affaires des mines ont changé d’aspect.De cinq cents travailleurs aux mines qu’il y avait l’année dernière on en compte seulement cent cette année.A Af/j, nous arrivons à St-Hilaire, on aperçoit la montagne sur laquelle Mgr de Nancy planta autrefois une croix.Cette croix est maintenant disparue, il n’est resté que le piédestal.La neige commence à tomber très épaisse.A cinq heures nous arrivons à St-Lambert, puis nous traversons le fameux pont tubulaire dont le trajet se fait en cinq minutes.Je prends un charretier qui me conduit à l’école Normale.Dimanche le 24 novembre.A Montréal.Je chante la grand’messe à l’école Normale.Il a neigé cette nuit en sorte que les voitures d’hiver commencent à circuler.J’en profite pour aller en traineau cette année avant de laisser le Canada.Dans l’après dîner, nous allons Mr le principal et moi, rendre visite à Mr Hunt, au Museum géologique.Ce Monsieur me donne 592 LE CANADA FRANÇAIS une lettre d’introduction pour Mr Asa Gray où il le prie de me rendre tous les services qui pourraient faciliter mon voyage d’outre mer que j’entreprends dans l’intérêt de la Botanique.Après m’avoir montré plusieurs plantes de fenêtre qu’il a dans sa chambre, il me fait connaître une espèce de poudre qui détruit les insectes ; c’est le Pyrètre du Caucase, que vend Mr Lyman.Il me passe une liste de plantes vivantes que Mr Gray a envoyées à la société Botanique de Kingston, du jardin Botanique de Harvard.Les annales de la Société sont rendues à leur 3me livraison.Mr Hunt doit venir à l’exposition de Londres l’été prochain.Après les vêpres nous allons rendre visite à Mgr de Montréal et aussi à Mgr Horan.Je visite aussi M.Hiks qui me recommande de publier un petit traité d’Horticulture.N.B.On a posé à Montréal les lisses qui doivent traverser certaines rues.On dit que les voitures vont commencer dans certains quartiers demain matin.Le steamboat de Québec est arrivé seulement à midi.Lundi 25 novembre.A Montréal.Je vais à dix heures au consulat américain pour m’informer des formalités requises pour mon passeport.Il m’apprend qu’il faut que les passeports soient visés à Washington mais qu’il espère que les choses sont sur le point d’être changées et de plus qu’il attend la nouvelle par- le télégraphe dans le courant de la journée.Il me conseille de plus de retarder mon départ jusqu’à demain afin d’avoir les informations nécessaires.En conséquence je me décide à passer la journée à Montréal, car d’après les règlements passés aux Etats-Unis ces mois derniers, mon passeport n’aurait pas été prêt pour mercredi prochain.A 11 heures, je vais chez Mr Hunt qui me donne une lettre d’introduction pour Mr J.-P.Lesley, Bibliothécaire de “ l’Américain Philos.Society ” à Philadelphie lequel est son ami intime et qui pourrait me faire voir le journal de M.Michaux.Mardi, le 26 novembre.A Montréal.Départ pour Boston.Je retourne à 10 heures au consulat Américain et j’apprends que mon passeport après avoir été visé par le consul Britanique à Boston y sera visé par l’agent américain, à cet effet.En conséquence je me décide à partir ce jour-même.Ail heures je vais visiter Mr Chauveau qui me fait présent de deux exemplaires de la “ Relation du Prince de Galles en Amérique Aujourd’hui est la consécration de la nouvelle Eglise de l’Hôtel-Dieu.Les chars à lisses commencent à fonctionner à Montréal.A3 Yi heures, je m’embarque dans l’Iron duke qui me transporte à St-Lambert et à je prends les chars de la ligne Champlain qui va jusqu’à Rouses Pointe.Dans les chars se trouvent entre autres passagers Mr Laroque, Curé de St-Jean et Mr Lavallée, Vicaire de l’Acadie. JOURNAL DE VOYAGE DE l’aBBÉ OVIDE BRUNET 593 Vers heures, nous laissons ces chars pour prendre ceux du « Central Vermont ».Mais avant de prendre place dans les wagons, il me faut subir la cérémonie de rigueur lorsque nous passons les lignes, je veux dire la visite des douaniers.Ces officiers furent assez polis, ils ne demandèrent pas même à ouvrir mes malles.Peu de temps après, nous embarquons et nous voilà casés pour la nuit.A dire le vrai, nous n’étions certainement pas mal.Les chars à lit sont très bons, on y trouve tout le confort désirable.Je fus même surpris de nous voir éclairé par le gaz.Vers sept heures et demi, on nous donna un quart d’heure pour souper à St-Albans et la nuit se passa sans incident sensible, d’autant plus que je la passai endormi.Nous arrivons à Boston à huit heures et demi.Mercredi 27.A Boston.A bord du Niagara.Mon premier soin fut d’aller déposer mes malles à l’Hôtel (( American House )) et d’y déjeuner.Après quoi je visitai la ville en attendant que l’heure me permit d’aller faire viser mon passeport chez le consul britanique ; ce que je fis à hrs.Après quoi je me dirigeai vers l’office de l’Agent nommé par le gouvernement qui me signa tout simplement mes papiers, les marqua du sceau du gouvernement et tout fut dit.Il me restait alors très peu de temps : aussi je me hâtai d’aller prendre mon billet de passage au bureau des Steamers de la ligne Cunard et me voilà en route pour East-Boston où se trouvent les quais de la compagnie.Boston est une jolie ville de 150,000 âmes : mais c’est un labyrinthe à ne plus se reconnaître.Plusieurs rues sont larges et traversées constamment par des diligences sur lisses qui se dirigent vers les différents quartiers de la ville.L’Hôtel où je me retirai est très bien bâti et très confortable.A bord du Niagara.A 3 heures, le canon tire, les amarres se détachent du quai et l’on part.Bientôt après, on a laissé lja terre, le navire s’avance lentement : la voix du matelot tient la sonde, il fait entendre de temps en temps « forty five », puis enfin l’on quitte entièrement le port.Comme le vent est favorable on met à la voile ce qui augmente la marche considérablement.Il y a assez peu de passagers à bord du Niagara.Parmi ces passagers se trouvent les officiers et l’équipage de la corvette française La Prouny qui a fait naufrage sur les côtes de la Caroline du Sud à l’endroit appelé.Je fais la connaissance du Commandant Mr Fortanges, du lieutenant et de tous les officiers.Je remets à un autre jour à parler en détail du naufrage. 594 LE CANADA FRANÇAIS Jeudi 28 novembre.En mer.La nuit a été tout à fait charmante : le vent d’hier a continué à nous être favorable.A 7 hrs nous fesons rencontre du feteamer Canada qui vient de Liverpool après avoir touché à Liverpool.Toute la journée a été charmante et rien n’est plus agréable en mer que quand le soleil paraît.Le navire file ses dix nœuds à l’heure.Midi Latitude 43,4 Nord.Longitude 66,50 Ouest.Distance parcourue 184 milles.Vendredi 29 novembre.A Halifax.A 7 heures du matin nous arrivons à Halifax.Comme le vaisseau doit s’y arrêter une heure j’en profite pour aller faire une promenade en ville.Je visitai d’abord deux églises catholiques la première St-Patrick, que je trouvai fermée ; la seconde, SteMary, qui est en réparation.L’église est remplie d’échafauds car on travail à la voûte.Je fus voir le palais de justice et la maison du parlement, qui sont les deux plus belles bâtisses de la ville.Je parcourus les rues les plus commerçantes.Halifax, du côté de la mer ressemble un peu à Québec : les rues de commerce sont situées au pied d’une petite montagne surmontée d’une Samedi 30.Latitude 45,33 N, Longitude 58,9 ouest, distance parcourue, 217 milles.Le soir nous arrivons près des bans de terre-neuve.La brume est épaisse : on fut obligé de recourir au sifflet de vapeur pour avertir les navires qui se trouvaient sur notre route.Mais le brouillard ne dure pas longtemps : il fut bientôt dissipé par un orage accompagné de tonnerre.Dimanche 1 décembre.A dix heures du matin, les passagers anglais se rassemblent dans le salon pour faire le service divin, ce service consiste en chants, en lecture de la Bible.Midi Lat.46,2 Nord, Longitude 52,44 ouest, Distance 230 milles.On passe le cap Race.Lundi 2 décembre.Midi sur les bancs de terre-neuve.Latitude 46,18 Nord, Longitude 46,56 ouest, Distance parcourue 244.Mardi 3 décembre.Midi Latitude 48,43 Nord.Longitude 41,16 Ouest.Distance parcourue 257. JOURNAL DE VOYAGE DE L’ABBÉ OVIDE BRUNET 595 Mercredi 4 décembre.Latitude 49,32 Nord.Longitude 35,e Ouest.Distance parcourue 260.Jeudi 5 décembre.Il pleut.La mer est moins houleuse.Midi, Latitude 50,9 Nord, Longitude 28,21 Ouest.Distance parcourue 251.A 4 heures on rencontre un navire.Vendredi 6 décembre.En mer.Il pleut beaucoup ce matin.Midi.Lat.50,44 N.Longitude 21,3 Ouest.Distance parcourue 284 milles.C’est la plus forte journée que nous ayons faite depuis que nous sommes partis.Le Niagara n’est pas un vaisseau très rapide : la mesure moyenne qu’il parcourt est de 10J^ nœuds.Il a fait cependant une journée de 304 milles depuis 12 ans qu’il traverse l’Atlantique II a plu toute la journée.Vent favorable.Samedi 7 décembre.Il fait ce matin un temps magnifique et le soleil paraît.On a fait à 9 heures quelques observations astronomiques et elles accusent une petite erreur car nous n’avons pas vu le soleil depuis plusieurs jours.Midi.Latitude 51,22 Nord.Longitude 14,0 Ouest.Distance parcourue 269.A 12 (nuit) on voit les lumières de terre.Dimanche 8 décembre.Arrivée à Queenston.A 7 heures du matin, nous arrivons au port de Queenston : Six fusées sont lancées à intervalles pour annoncer l’arrivée du vaisseau.A 7^ un petit bateau à vapeur se détache de terre pour venir chercher les malles et les passagers.Il fait tout à fait noir à cette heure par cette latitude.On apprend la déclaration de guerre entre l’Angleterre et les Etats-Unis.On laisse Queenston vers neuf heures du matin.La journée fut très belle, le vent favorable nous conduisit jusqu’à Liverpool.A \]/l heure, nous rencontrons le vaisseau de la ligne Cunard qui se rend à New-York.Lundi 9 décembre.Liverpool.Jardin botanique.Nous arrivons à l’entrée du port de Liverpool à 6 heures du mais ce ne fut qu’à 8Yg, hrs que nous avons pu arriver à la ville.La visite de Messieurs les douaniers dura au moins deux heures.Ces officiers ne sont pas trop exigeais, mais comme nous avions beaucoup de passagers et de bagages, la cérémonie se prolonge assez longtemps. 596 LE CANADA FRANÇAIS A ÎOJ^ hrs je me rendis à l’Hôtel Waterloo, tenu par M.Lynn.C’est un hôtel assez confortable.Avant de laisser le bateau je fis mes adieux au Commandant du Prouny, au lieutenant du vaisseau, M.L.Caudière, M.Madon, Chirurgien du navire, aux trois officiers du Prouny, M.Costa, M.Pompon et M.Thiery ainsi qu au commissaire, M.Nicolini : j’espère les revoir à Paris ou à Toulon.Après le dîner, je me rendis au jardin botanique de Liverpool.Ce jardin est situé à 2 milles environ du centre de la ville.Il occupe une étendue de terrain de onze arpens,.C’est à la fois un jardin public, une espèce de parc ; il est entouré par un mur assez élevé.Les serres chaudes chauffées à la vapeur, et qui portent le nom de conservatory ont 240 pieds de long et renferment grand nombre d’exotics entre autres des palmiers et quantité de fougères.On construit actuellement en arrière deux autres serres assez basses et assez petites.Dans le jardin on a commencé une collection de plantes tant indigènes qu’exotiques, arrangées d’après la méthode de Desandoles.On y voit un certain nombre de plantes américaines apportées ici par M.Nuttall, auteur de Y American Sylva, publiée à Philadelphie.(1) Toutes les plantes y sont étiquetées avec soin : ce petit jardin botanique est fait particulièrement pour ceux qui se livrent à l’étude de la botanique.A l’extrémité du jardin, on a construit une espèce de petite colline artificielle pour les saxifrages et les plantes alpines, beaucoup de travaux s’effectuent actuellement dans ce jardin, sous la direction d’un curateur qui m’a conduit partout et qui a exprimé le désir d’entrer en rapport avec moi et d’effectuer des échanges de plantes : il désire surtout des plantes des savanes.Cette offre sera très avantageuse pour moi, parce que Liverpool est un port de mer où viennent se rencontrer des vaisseaux de toutes les parties du monde ; au reste, la facilité de communiquer avec le Canada est une raison de plus.Le curateur reçoit des graines et des arbres de l’Australie, des Indes, de l’Amérique du Sud et du Mexique etc.et s’offre de nous les expédier à Québec par les Steamers qui laissent toutes les semaines.mais revenons au jardin.Le centre de ce jardin est un parc disposé à l’anglaise, c’est-à-dire que ce sont des pelouses où l’on voit différents arbustes qui souffrent le plein air.Il est entretenu aux frais de la corporation.On y voit une bibliothèque de livres botaniques, et des collections de plantes desséchées.Mardi 10 décembre.A Londres.Je pars à 103^ hrs par le chemin de fer pour Londres.Les chars passent d’abord dans un tunnel sous Liverpool et sont tirés par des cordes attachées à l’engin qui se trouve à l’extrémité du tunnel Bientôt nous fûmes en plein air.En Angleterre, les rails ou lisses sont doubles de sorte que les convois peuvent se rencontrer partout.(1) Les arbres forestiers renferment un grand nombre d’arbres américains, 120 arbres, qui n’ont pas été décrits par Michaud. JOURNAL DE VOYAGE DE l’aBBÉ OVIDE BRUNET 597 A Yl heure, nous arrivons à Birmingham, la grande ville manufacturière où l’on prépare le fer.Sa présence s’annonce par une atmosphère brumeuse, quantité de hauts fourneaux et de canaux qui servent à transporter la houille à la ville.On n’v voit aucune culture et l’on me dit que rien ne vient ici parce que le soleil y paraît à peine.A 5 heures on arrive à la grande ville de Londres et je me rends dans un cab à Fords Hôtel, Manchester Street, Manchester Square, à 5}^ hrs j’étais installé dans un fauteuil auprès d’un excellent feu de grille, que l’on trouve bien à cette saison en Angleterre.N.B.Il y a en Angleterre deux espèces de chars 1ère et 2e classe, cette dernière est assez confortable, voici la différence de prix de Liverpool à Londres, 1ère classe 1,15, 2e classe 1,6.Mercredi 11 décembre.A Londres, jardin zoologique.Pater Noster Row.Le matin je me rendis à la chapelle française et je donnai les lettres à l’abbé Mailly et à M.Toursel.Je causai quelque temps avec le premier qui m’invita à diner le soir avec lui.En Angleterre, on jeûne en avent comme en Canada, excepté que l’ordre des repas est différent.Vers 9 heures, le frustulum ; midi, la collation, et 6J^j hrs, repas.A 10 heures, je me rends à Regents Park où je visitai le jardin zoologique, j’apportai un plan etc.du jardin.A 1 heure je me rends à Pater noster Row rue des libraires et des bouquinistes.J’espérais y trouver quelques livres de botanique : j’en trouvai aussi.Je ne puis rencontrer M.Allen.Le Pater Noster Row est une rue si étroite que deux voitures ne peuvent s’y rencontrer sans passer sur les trottoirs.Nous sommes ici dans l’ancienne cité.A quelques pas de là se trouve la grande église Cathédrale de St-Paul que je visitai.A hrs je fus dîner chez M.l’abbé Mailly, j’y fis la connaissance de M.Toursel.Ces deux messieurs sont tout à fait aimables.Il fait aujourd’hui une journée délicieuse et rare à cette saison.Jeudi 12 décembre.A Londres ; Agriculture Show, Kew Gardens.Il pleut ce matin.Je me rends à la « Cattle Show » (exposition agriculturale) à quelques portes de mon hôtel, j’y vis beaucoup de produits agricoles et variété de graines de prairies (graminées) etc.dont j’apportai des catalogues.De retour à l’Hôtel, je fis la connaissance d’un jeune Américain, fervent catholique, de New York, qui voulut bien venir avec moi à Kew Gardens et partagea les frais du voyage.Kew est situé à.milles de l’Hôtel Ford.Le chemin qui y conduit passe par Hyde park, magnifique parc, le plus beau de Londres.On y voit l’emplacement de l’ancien Chrystal Palace qui a été transporté ailleurs.Après avoir passé la barrière de péage, on entre dans la cité de cottages, jolies maisons, généralement bâties en briques, et 598 LE CANADA FRANÇAIS d’architecture variée.Peu de tems avant d’arriver au jardin, on passe la Tamise sur un pont appelé Kew Bridge.La rivière est bordée de jolies villas et la marée se fait sentir jusqu’en cet endroit.Nous arrivons au jardin le midi, mais comme les portes ne s’ouvrent qu'à 1 heure, nous utilisons nos loisirs en allant visiter Richmond.Le parc appelé Richmond fut le terme de notre promenade., et nous revenons à Kew.Le jardin très vaste nous présente un coup d’œil magnifique.On y voit deux museums et surtout le fameux Palm house.Les serres y sont très nombreuses et les jardins en plein air renferment des plantes de tous les pays, arrangées par ordre naturel et disposées sur les carrés plus ou moins grands.J’y vis en passant un carré de gaultheria, de Uva ursi, de kalmia, etc.Ces carrés sont au milieu de gazon vert à la manière des jardins anglais.Je reviendrai plus tard sur ce jardin.En revenant nous allons visiter le nouveau Chrystal Palace et les autres bâtisses que l’on prépare pour l’exposition de l’été prochain.Nous nous rapprochons de la ville et allons voir la fameuse Abbaye de Westmister etc, etc, et revenons par Regent street; à 434 heures je suis de retour.Le soir je fais la connaissance du Dr Kiernan, attaché à l’Université de Londres et qui promet de me conduire demain à cet établissement.Vendredi 13 décembre.A Londres, Richmond, Université de Londres, Regents Park, Jardin botanique, Jardin botanique à Québec A 10 heures M.Kiernan vient me prendre et me couduit à l’Université.Nous visitons d’abord la grande salle des séances publiques, salle où l’on distribue les diplômes.Cette salle qui peut avoir les dimensions de la grande salle de l’Université Laval, est toute entourée de peintures représentant les portraits de tous les savants qui ont illustré la Grande Bretagne.(1) Ensuite nous allons visiter les appartements de la Linnean Society.On passe d’abord la salle des réunions bimensuelles de la Société et on arrive dans la Bibliothèque.On y conserve l’herbier de Linnée que le secrétaire a eu la complaisance de me montrer.Chaque genre est conservé dans une grande enveloppe de papier brun très fort.Les échantillons sont étiquetés de la main de Linnée lui-même.Les plantes ont été séchées dans des livres et sont à peu près comme les échantillons de la collection alpine qui se trouve au Séminaire de Québec.Les échantillons donnés par Kalm sont marqués par la lettre K, on trouve de plus sur certains échantillons des signes symboliques que personne malheureusement n’a pu comprendre depuis.La collection est telle qu’elle était au temps de Linnée, on n’y a rien ajouté, et en cela on a mieux fait que pour sa collection entomologique et conchyliologique, car depuis que l’on y a ajouté des échantillons, on ne reconnaît pas facilement ceux de Linnée.Cette collection est conservée dans quatre armoires brutes et couvertes d’une peinture grise grossière.(1) Cette salle est éclairée par des becs de gaz posés au milieu du plafond. JOURNAL DE VOYAGE DE L’ABBÉ OVIDE BRUNET 599 Les genres sont disposés sur des rayons très rapprochés les uns des autres.A côté de cet herbier se trouve à droite la bibliothèque de Linnée et à gauche les différentes éditions de ses propres ouvrages.On m'a fait voir une copie de son Species plantarum annotée de la main même de Linnée et tellement augmentée de notes manuscrites qu’on pourrait en faire une nouvelle édition.En face de ces armoires se trouvent les collections d’insectes et de coquilles préparées par Linnée, mais malheureusement augmentée depuis par une main sacrilège.Les insectes et papillons sont très bien conservés.On voit aussi dans le même appartement une statue de Linnée encore jeune homme et revêtu à la Laponaise : aussi un buste de Linnée, lorsqu’il était vieux.Le secrétaire m’a invité pour une réunion semi-mensuelle qui se donnera la semaine prochaine, j'ai dû décliner l’honneur d’y assister : il m’a de plus donné et promis pour l’avenir accès libre à la bibliothèque de cette institution.A 1 heure j’allais visiter le jardin de la Société Botanique situé à Regent Park.Il faut pour cela un billet d’admission signé par un membre.M.Fords me le procura.Ce jardin est de tous ceux que j’ai vus jusqu'à présent celui qui peut me fournir le plus d’idées pour le coufectionnement d’un jardin botanique du genre que l’on veut faire à Québec.Outre les parcs et les jardins anglais on y voit un petit museum de 50 pieds sur 35 environ, renfermant 6 armoires vitrées qui contiennent des échantillons de graines, de bois et de modèles en cire.Le milieu est occupé par des sièges et quatre statues ornent les quatre coins de la salle.Ce jardin possède aussi un conservatory, 10 serres parmi lesquelles se trouve celle qui possède la Victoria regia.La moitié de cette serre est un vaste bassin en fonte : les plantes sont dans des pots submergés.Près de là se trouvent deux jardins botaniques, le premier renferme les plantes arrangées d’après le système de Linnée et le second la méthode naturelle.J’achetai plusieurs vues stéréoscopiques du jardin pendant l’été.( à suivre )
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