Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Le paysan et la nature
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (13)

Références

Le Canada-français /, 1939-06, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
LE PAYSAN ET LA NATURE 0 « Le monde, c’eat la terre, les forêts, les champs.Le paysan était le premier dans le monde et il restera le dernier.» (« Sang lourd » de Waggerl) Monsieur le Président, Excellences, Messeigneurs, Mesdames, Messieurs, Votre invitation de parler ici, dans ma ville natale, m’a fait hésiter d’abord, ensuite causé une grande joie.Je n’ai point l’habitude des conférences, mais plutôt celle de sermonner mon petit troupeau, comme cela vient, dans l’humble bercail de mon église et, parfois, loin d’ici, à la porte des tentes, le soir, quand tourne au-dessus de mes colons la grande liturgie d’étoiles.Là, on prie, on chante, le cœur répète sans apprêts ce que disent la terre, le feu, le vent.L’attirance ici me venait de votre ville, qui a été le commencement, le point générateur de toutes nos lignes, ville demeurée belle et rayonnante encore comme le cœur d’une rosace dans le grand vitrail français.Il y avait aussi votre Séminaire.Je ne pouvais négliger certains souvenirs de ma vie passée lorsque je venais corriger le thème ou le discours de nos rhétoriciens.Cela nous arrivait nombreux et feuillu de tous les champs de la province.C’était l’engrangement, la rentrée des gerbes vers le soupèsement final.Et je dois dire, pour le bénéfice de certains esprits mécontents de tout le monde parce qu'ils ont raison de l’être d’eux-mêmes, que nous ne mesurions pas cette récolte sans émotion ni amour, conscients qu’un peu de bon grain nous revenait tout de même de cette semence discutée.1.Texte de la conférence donnée par M.l’abbé Félix-Antoine Savard, curé de Clermont-de-Charlevoix, à la séance solennelle de la Société du Parler français mardi, le 7 février, dans la salle des Promotions de P Université Laval, à Québec. 960 LE CANADA FRANÇAIS De ces jours de jugement, des images me sont restées qui vous sont familières : l’impression surtout de quelque chose de solide ici, de planté droit en plein cœur de ce continent, d une sorte de pied de forteresse basée sur des pierres apostoliques contre lesquelles nous avons foi que l’erreur ne prévaudra jamais.A ces pensées sérieuses, ajoutez que je m’amusais, le soir, à toute chose neuve ici pour moi, même, le dirai-je, à ces savants moineaux de votre université qui s’emportaient, en ce temps-là, du moins, à des querelles byzantines sous les toits de la sagesse.La nuit venue, par ces longs corridors ombreux où sonnait la tuile sous la savate d’invisibles prélats, je regagnais ma chambre de froid correcteur sous les combles.Le fait d un petit livre à nom étrange, demi-barbare, dont bien des pages un peu comme celles de notre destin, furent écrites, par une sorte de nécessité de mon cœur, le long des rivières torrentielles de chez nous, m’a valu l’honneur de votre invitation.11 faut ici faire la part qui en revient à votre Société du Parler Français, je veux dire à ce glossaire où j’ai passé tant d’heures, comme en famille, dans l’intimité des mots de notre race.Il sied donc ici de vous rendre hommage de ce travail utile.Que d’autres contredisent ; j’estime que c’est rendre justice aux miens que de proclamer langue du peuple : trésor où il y a vie, travail, prière, amour.Langue du peuple : registre sacré où l’âme paysanrte de chez nous inscrit depuis trois cents ans les merveilles que les yeux ont vues et toutes les œuvres du cœur et des mains.Réponse naïve, humble, amoureuse, de notre sang français à l’impulsive question que Dieu posa en montrant le pays donné : Quid vocuret ea ! Et Dieu, est-il écrit dans les Saintes Lettres, ayant formé du sol tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel les fit venir vers l’homme pour voir comment il les appellerait, quid vocaret ea.Fidèle à l’ordre de nomination, comme les autres, Mesdames et Messieurs, il faut le dire, aussi bien que les autres, notre petit peuple a essayé de pénétrer au travers des accidents jusqu’aux essences mêmes ; et son verbe, le son humain qu’il a façonné, sa reproduction sonore à lui de LE PAYSAN ET LA NATURE 951 tout ce monde qui l’entoure, sa langue, nul n’a le droit de la mépriser.Elle est expressive à plein, riche de tradition, fidèle au génie français, charmante comme une musique de nos vieilles chansons, infiniment respectable dans son effort pour répondre adéquatement à l’invite de Dieu : « quid vocaret eu ».Imaginons la surprise de ces paysans français lorsque entrés dans les terribles jeux du vent et de la mer, ils se virent, par l’autorité du mouvement qui roule et qui gronde, portés à l’intérieur des choses nouvelles de ce pays.Et songez que deux siècles durant (mais une soif inextinguible leur en était venue), par tout chemin dur ou liquide, ils se pousseront à l’inventaire de tout ce continent, semblables à la sève d’avril qui se porte allègre, en son arbre, jusqu’au dernier bourgeon.Alors, dans l’air vierge, la langue se trouble.Il faut rebattre, ajuster, créer pour des horizons changés des rythmes nouveaux, frapper des mots d’aventure, de travail et de misère, improviser souvent en pleine scène, devant l’audience des eaux, des forêts et des monts, trouver dans les vieilles cassettes de la race, pour la figure de ce monde nouveau, la pièce sonore, exacte, topique, de bon et juste aloi.Sans doute, chez nos pères nomenclateurs, l’invention est chose assez rare.Ils procèdent à ce vaste appel nominal en créant plutôt des locutions nouvelles.Ils convertissent à de nouveaux usages ; ils agrandissent la mesure verbale, ils tracent ces fins délinéaments qui nous ravissent par la justesse du dessin et la profondeur de la vision.Bref, ce n’est pas en vain que neuf et pur notre peuple a connu, dans les âges héroïques, ce que les Japonais appellent la « ahité » des choses, c’est-à-dire ce qui, dans les choses, fait ah ! et fait dire ah ! La ligne, le nombre, le rapport, les correspondances mystérieuses, les calleuses expériences de la main et du pied, les perceptions de l'ouïe et les trouvailles de l'œil, l’émerveillement, la finesse et la bonté, voilà ce qu’on trouve dans le langage de notre peuple.Et sans doute, y a-t-il là une science profonde, une percussion verticale jusqu’à cette conversation dont parle le grand Claudel que les êtres entretiennent entre eux au delà de la logique. 9ti2 LE CANADA FRANÇAIS C’est votre mérite.Messieurs du Parier Français, de l’avoir compris.Est-il indiscret de vous demander que cette exploration de notre langue se poursuive en étendue comme en profondeur.Un jour viendra peut-être, où l’on s’avisera de reconnaître les richesses ontologique et humaine de ce parler.Partant de cet à priori que l’homme est un tout, que par sa langue il est sonore, et, dans l’atelier de la nature, placé souverain modeleur de paroles, que, d’autre part, nos pères n’ont pu vivre si tragiquement parfois, si laborieusement et si poétiquement toujours sans un certain unisson d’âme avec leur voix, un bon jour, quelque sourcier trouvera qu’il est chez notre peuple des mots venus du fond du sang, savoureux à entendre, émouvants à interroger, compréhensifs qu’ils sont du sol, des aventures, des angoisses, de la religion et de l’amour.Ce jour-là, un écrivain de chez nous se sera enfin regardé dans ce que l’Écriture appelle « le miroir de sa nativité ».Ce disant, je suis entré dans le champ immense du sujet dont je voulais que nous nous entretenions.L’idée m’est en effet venue de vous parler de l’âme paysanne, du caractère et des effets qu’on peut découvrir dans la connaissance et l’intuition qu’elle a des choses de ce monde.Ce sujet m’est cher.Toute ma jeunesse a passé parmi les gens de la terre et des bois ; et je ne vous cache pas qu’aujourd'hui encore, je n’aime rien mieux que m’accoter à la balustrade des clôtures et me pencher sur cette manière de typographie rustique par quoi les labours et les moissons se lisent comme d’inépuisables poèmes, ou encore prendre avantage de mon éminent pays de Charlevoix, de ces sortes de vedettes que la nature y a dressées partout.De là, on écoute les bruits, les chansons, les rumeurs qui circulent, on voit au loin, on mesure, on compare, on tire ses plans.Bref, par ce que suggère tout ce jeu de lignes en bas de soi, on est naturellement tenté d’établir ce que les philosophes ne manqueraient pas d’appeler les catégories de la terre et du ciel.D’où, il ne faudra point vous surprendre si j’ose un jour appeler Charlevoix le comté métaphysique de la province de Québec. LE PAYSAN ET LA NATURE 963 Par ailleurs, que pouvais-je apporter.Mesdames et Messieurs, qui vous parlât mieux au cœur que mes propos paysans ?C’est une chose assez curieuse que notre siècle qui s’est ingénié pourtant à embellir la vie des gens de ville, a, dans le même temps, provoqué chez eux ce qu’on pourrait appeler une furieuse passion de rusticité.Encore une fois, c’est un phénomène assez étrange que ce rut annuel, primitif et précipité vers les champs, les sources, les calmes enclos, le sable et la montagne, que cet arrêt tout spontané, cet émerveillement presque enfantin devant le laboureur, l’antique charrue à rouelles, les bœufs, et devant l’humble femme qui s’assied au carrefour de vingt sentiers de brebis pour filer son brin de laine.Mais peut-être l’explication de ce fait nous aidera-t-elle à résoudre le problème paysan.Nous le verrons.En attendant, permettez-moi de vous suivre, comme on dit, à la trace.Vladimir Weidlé écrit quelque part, en parlant de vos migrations en paysannerie, que c’est « un mouvement de fuite dû au désir d’échapper aux conditions d’une vie civilisée qui ne correspond plus aux besoins réels et profonds de la créature humaine ».Il ajoute que « c’est là un besoin de se rapprocher des hommes restés fidèles à la terre et par là à un ordre immémorial ne ressemblant en rien à notre existence moderne ».Mouvement de fuite d’abord.C’est-à-dire besoin préliminaire d’une eatharsie, d’une purgation par eau douce ou salée, vent de mer ou brise de montagne, parfums, visions, harmonies champêtres (le dosage variant selon les vapeurs citadines de chacun).Ainsi, pèlerins inconscients de la eatharsie, tous ces envahisseurs saisonniers de nos plages et de nos campagnes.Annonces de la eatharsie, offices de la eatharsie, hôtels et navires de la eatharsie, toute cette vaste organisation mondiale de pérégrination.Bref, tout notre été se passe sous le signe de cette fraîche, dépurative et relâchante eatharsie.Mais (c’est ici, Mesdames et Messieurs, qu’il faut être attentif) vous admettrez que cette thérapeutique n’opère pas en vain et que tout ce branle-bas de départ ne peut être sans but. 964 LK CANADA FRANÇAIS Il est indéniable, en effet, que tant de mouvements divers vers les quatre points cardinaux du pays ne se coordonnent tous vers un seul point mystérieux.Mais précisons la nature de ce terme « ad quern », comme disent les philosophes.Cette inextinguible soif de champs et d’espaces, cette ruée vers les carrefours où se rencontrent et se compénètrent le soleil et la nuit, les champs et les bois, la terre et les eaux, qu’est-ce, en définitive, Mesdames et Messieurs, sinon besoin instinctif de poésie, besoin quelque part, en un lieu précis que ne fixe aucun itinéraire et dans un moment imprévu, de quitter le livre, la science, le tumulte des choses quotidiennes et de monter, un, indivisible et ravi au-dessus des contingences, vers cet ineffable esprit de Dieu qui n’a jamais cessé et ne cessera jamais de planer sur la terre et sur les eaux.Poésie, (vous ne le nierez plus) besoin profond et tragique, irrité par cette contrainte que les mœurs de notre temps nous imposent.Poésie, saint effort de l’âme pour se libérer de la matière qui s’imbrique de plus en plus durement autour d'elle.Poésie : (je cite Maritain) « source d’eau vive née dans les profondeurs spirituelles de la personne, révélant, comme la mélodie, l’essence non défigurée de ce qui est ».Poésie : « ce qui prend étroitement contact avec l’être, avec la réalité humaine et terrestre (et peut-être aussi avec la réalité divine) par cet élément lyrique qui est presque aussi caché que la grâce, caché au plus profond des sources créatrices ».Il serait hors d’œuvre d’exposer ici le débat que souleva la fameuse lecture de Brémont à l’Institut de France.Les Maritain, les Claudel, les Maurras y sont victorieusement entrés après lui.Mais il me semble qu’il nous fallait cette actuelle densité de l’âme humaine comprimée par le matérialisme, (je dirai plus) qu’il nous fallait toute cette clameur prétentieuse dont une certaine science veut occuper le monde, pour qu’on en vînt à proclamer que la poésie est ontologie, que sa source et la source de toute intuition créatrice est dans une certaine expérience qu’on peut appeler « connaissance obscure et savoureuse ». LE PAYSAN ET LA NATURE 965 Il n’était pas inutile, Mesdames et Messieurs, de poser cette recherche et (pour user d’un mot qui fait aujourd’hui fortune) cette inquiétude métaphysique des âmes et de montrer ces caravanes qui, de plus en plus nombreuses, sortent vers la contemplation et la poésie.Nous avons ainsi trouvé la halte des âmes : un lieu rustique, humide, primitif, paisible, impollué et la source où elles vont boire.Maintenant, vous conviendrez que je ne m’égare pas si, ayant à parler de l'homme des champs, dont l’état est d’habiter la nature et de l’occuper comme une demeure, dont le geste quotidien est de donner à tant de choses ineffables une sorte de caractère domestique et fraternel et d’entretenir avec elles un profond commerce de pensées, de sentiments et de paroles, j’affirme que le vrai paysan de chez nous est d’abord un contemplateur, qu’il atteint la poésie profonde, qu’il est conforme et pour tout dire en un mot, qu’il est un être accordé.C’est ici, Mesdames et Messieurs, qu’il faut se garder de ces allégories dont un certain art, assez faux d’ailleurs, a encombré les avenues de notre intelligence, et de certaines images aussi dont elle a peine à se défaire.Poésie suggère son personnage : certaine solennité, déhiscence verbale « os magna sonaturum », à tout le moins une chevelure un peu crinière et des gestes d’hiérophantes.A ce compte on est assez loin de l’homme qui laboure et, terreux, criard, fait « revoler » la terre et s’enfuir les hirondelles.Il faut aussi dépouiller les êtres de ces épithètes qui sont comme une gangue où l’on tient enfoncés tous ceux de ce bas monde qui n’ont pas l’heur d’être de la famille.« Paysan ignare, rusé, rustaud !.)) Les dames voient de gros pieds et surveillent leur tapis.Tout cela jure un peu, je crois, avec l’image que j’apporte ici d’une classe d’hommes qui, mieux que toute autre, saisit ce qu’il y a dans le monde au-dessus de toute science.Boue, grosses étoffes, mains rudes ne sont pas choses qu’on associe tous les jours à intuition, à cette connaissance obscure et savoureuse dont parle Maurras, la plus profonde de toutes, où j’affirme que parvient le paysan.Il faut regarder les êtres avec circonspection, c’est-à-dire avec une sorte de regard circonduit et non dans le seul 966 LE CANADA FRANÇAIS rayon qui vient à nous, comme on fait pour la lune par exemple.Cette belle allée de lumière sur l’eau, ce classique boulevard de nos rêves ne donne en somme qu’une idée bien étroite, linéaire, si je puis dire, de cette clarté totale diffusée par le bel astre sur toute la superficie de l’immensité.Après tous ces préambules, je vous invite à entrer avec moi, silencieux, recueillis, dépouillés, semblables à ces pèlerins japonais que nous dépeint Claudel.Ils montent religieusement vers le Fuji « tout pénétrés du mystère qui les entoure, conscients d’une présence autour d’eux qui exige la cérémonie et la précaution ».Vous avez lavé votre visage à l’eau de nos fontaines et par l’un de ces sentiers où le jeu des paliers et des détours inclut le repos, le mystère et la surprise, vous voici, si vous le voulez bien, au coeur de ce beau pays de chez nous, au milieu de cette grande terre toute fumante de poésie, sur ce sol encore inquiet comme s’il n’avait point fini de s’approfondir et de se soulever ou qu’un cyclope en-dessous besognât du repoussoir et du marteau à des creux et des reliefs.L’expérience poétique du paysan, elle est toute mêlée à l’acte même de sa vie ; elle est tout infiltrée dans l’intime de son âme comme l’eau dans ces sortes de terres liquides qui confinent à la mer.Cet envahissement de son être vient au paysan de sa situation d’abord unique, constante, centrale.C’est bien à lui que peut s’attribuer ce texte du Deutéronome : « Tu es né spectateur».Spectateur et auditeur en plein jeu circulaire et impératif de sonorités et de visions.Spectateur, le paysan ! Contemplateur ! mais à la manière paysanne, par l’usage de sens adaptés, par l’exercice d’une intelligence dont l’instinct de vie lui-même commande très souvent les perceptions, mais surtout, surtout, par ces obscurs mélanges de l’amour entre la nature et l’homme fidèle, par ce commerce ineffable (ineffable, c’est-à-dire qu’aucune langue ne saurait nommer parce que le cœur va bien plus loin que l’esprit dans le chemin de la connaissance), par ce commerce ineffable, ai-je dit, en vertu duquel l’homme humanise toute son ambiance mais, en retour, reçoit de ces communications savoureuses, de ces confidences sans paroles, de ces infusions chaudes, pures, saintes, de ces plénitudes qui ne se manifestent pas chez le paysan par des redondances sonores rimées et rythmées, mais par une paix, un LE PAYSAN ET LA NATÜBE 967 contentement, un étale de l’âme et parfois, un petit turlututu chaud et joyeux comme celui de l’oiseau certain soir d’amour et de nidification.C’est dire, Mesdames et Messieurs, que l’attitude paysanne en face de la poésie de ce monde n’est pas une pose expresse, un interrogatoire pédant, la confrontation de deux êtres apposés, comme il arrive lorsqu’au bord des vagues un passant questionne insolemment la mer.Le paysan n’interviuve pas non plus à la manière de l’écrivain ; il n’analyse pas comme le savant qui, muni de son livre superpose l’insaisissable horizon et la ligne noire des écritures et, pour plaire à sa raison, travaille à violenter souvent la règle des accords.Le paysan ne systématise pas cette coutume de certaines gens de chez nous qui, le matin de Pâques, vont voir danser l’aurore sur le coteau et, par le désir où ils sont du printemps, forcent l’imperturbable soleil à des entrechats et à des gigues.La nature a ses pudeurs et ses intimités.Le paysan, lui, en a le privilège.On l’appelle habitant, ce qui veut dire : le possesseur, l’homme de l’alliance, celui qui, en vertu d’une sorte de sacrement de nature, prend une terre et se livre amoureusement avec elle au travail de la vie.C’est dans cet exercice sacré, naturel que le paysan rencontrera la poésie ; c’est au cours de cette contemplation vitale que le paysan verra s’opérer ces transmutations mystérieuses, s’ébranler tous les êtres vers la sainte, ineffable et lyrique unité.Pour lui, cet horizon qui l’enclôt n’est pas un mur, cette forêt qui l’étreint n’est pas une palissade, ce champ sous ses pieds n’est pas un parquet, ce ruisseau qui délinée sa terre n’est pas une simple limite liquide où se mire son droit en tête-à-tête fraternel avec le droit du voisin, cette maison qui l’abrite n’est pas un logis où sont loués le couvert et la chaleur.Non, mais le paysan pénètre cet horizon.C’est la vie qui le pousse à y voir une participation déjà bleue, déjà sacrée du ciel au-dessus de lui, à y voir comme le rebord de cette coupe de soleil ou d’étoiles, de pluie, de neige ou de rosée où Dieu verse ses élixirs et ses amertumes ; et quand cet horizon c’est la mer ou la montagne, il signifie des ima- 968 LE CANADA FRANÇAIS ginations, des désirs, des partances, par la séduction de je ne sais quel appel qui chante là-bas au fond de l’inconnu.Le paysan pénètre sa forêt.Il peut bien ignorer les mystères de l’osmose, mais il va quand même jusqu’au cœur de la substance ligneuse ; il y voit les murs de sa demeure, l’aliment de son foyer .Quoi encore ?(c’est toujours la vie qui l’entraîne en profondeur) .un berceau, un cercueil, un signe divin où suspendre la caution sanglante de l’immortalité.Le paysan pénètre son champ.Il peut ignorer la fonction de bactéries assimilatrices, mais son cœur est là, resté dans le sillon péniblement ouvert, adhésif avec ses espoirs et ses craintes au germe vivant.Bien avant l’heure des épis murs, ondule et chante la moisson dans l’âme emblavée du paysan.Unanimité de vie, prévision qui devance le soleil et la maturité, anticipation savoureuse et nourricière qu’aucune science n’a donnée encore mais par laquelle le paysan penché sur la levée de ses épis nourrit déjà joyeusement son espoir, appelle sa femme, ses fils et ses filles à goûter cette vision de pain.Et que ne pourrais-je pas détailler encore ?Il y a l’air, il y a l’eau, il y a le feu.Nos laboratoires, les merveilleux approfondissements de nos physiques et de nos chimies nous ont appris beaucoup.Il y a tout le savant grimoire des formules.Mais il y a surtout le paysan au centre des mouvements et transmutations de la terre et du ciel.Il a l’intuition des vertus intimes des éléments, des rapports, des proportions, des mélanges.Il surveille anxieusement toute cette alchimie ; il manipule, il besogne de l’aube à l’étoile.Il a fait société avec le feu.Il l’a pris comme codéfricheur, il l’a chargé, certaines nuits de printemps, de porter jusqu’aux étoiles l’annonce fervente qu’une nouvelle terre était née et qu’elle attendait sa mesure de rayons et de pluie.Il l’a domestiqué, placé, en lieu d’honneur au centre de sa maison.Il lui parle ; il le regarde ; il écoute, dans sa lumière, ses contes fabuleux de pourpre et d’or et ses mortelles histoires d’hommes perdus sans lui au fond des bois.Et quand passe au dehors l’hiver aux vents sabreurs, le paysan se blottit près du feu : c’est son refuge, son frère, la chape de son sang. LE PAYSAN ET LA NATURE 969 Et encore, le paysan a trouvé dans l’air plus qu’un dosage d'oxygène et d’azote.Il en a mesuré depuis des siècles la pesanteur et l’humidité.Il a inventé des mots barométriques et hygrométriques qui font plus que mesurer mais décèlent les réactions dans l’intime de l’organisme.Il saisit dans l’air des influences, des vertus, des poisons, des douceurs, des effluves humides qui sont comme un invisible essor des eaux, des émanations embaumées qui sortent comme l’âme même odorante des bois.Il saisit dans le vent les batifolages de l’air dans les gerbes de son coteau ou les vertigineux messages que la tempête jette sur lui comme des souffles profonds d’éternité.Le paysan a fait de l’eau le système artériel et veineux de son bien.Il a baigné sa langue de tout un vocabulaire humide.Il a échelonné des mots pour une sorte d’étiage qui marque tous les niveaux, du point jusqu’aux deux excès.Divine et première infusion de l’eau sainte et plus tard brume, ondée, rosée, pluie, averse, orage, il a tout mesuré ; et ces noms signifient, par une sorte d’hydrostatique spirituelle, des grâces, des fécondités, parfois des larmes, le plus souvent des joies exprimées par des chansons ou des sourires ; et toute cette nomenclature prend image à ses yeux de joyaux profusément versés dans l’herbe, de breuvage d’abondance servi aux moissons.Elle signifie la fontaine d’hiver unique et descellée, au printemps, la débâcle, la délivrance, la grande face dégourdie, abluée, lavée, ruisselante de la terre, la vapeur rousse qui danse le soir sur le commencement pâle et vaporeux du vert.Et quand l’eau s’est appelée la rivière ou le fleuve, ce terme a comme dérivé dans son acception vers tous les sens héroïques : sens d’aventures, de navigations téméraires et lointaines, sens de pégayage sans fin vers les pays d’en Haut, sens d’une sorte de liseré français dont le canot, le glorieux canot de chez nous a bordé les innombrables rivages de ce pays.Mesdames et Messieurs, je m’arrête au point académique passé lequel il y a danger de poème.J’ai voulu, par des preuves élémentaires, montrer que le paysan entre d’un pas naturel jusqu’à ce lieu des êtres où commence la grande, la suave, la mystérieuse interpénétration, vrai seuil de ce haut pays de l’unité, là où les montagnes, la terre, et le feu et les eaux ont déjà perdu leurs noms et commencé à se 970 LE CANADA FRANÇAIS fondre dans l’amour tout comme, à mesure qu’il s’élève sur les plans de la lumière, se fond dans l’air bleu le feuillage des bois.Mais enfin, qu’est-ce qui m’autorise à dire que le paysan pénètre par delà les couleurs et les formes, par delà tout ce qu’on appelle les contingences jusqu’en ces régions proprement ineffables de la poésie où le contact avec l’être devient sorte de connaissance et de sentiment que nul n’a pu spécifier jamais : poids confus, disait Wordsworth, chaleur sainte, selon Keats, poids d’immortalité sur le cœur .Henri de Régnier nous représente, sous l’allégorie d’un cheval, un laboureur en passe de sublimation.Je cite : Ce cheval, là-bas, qui peine sous le joug, Au dur sillon, si lu le veux, peut tout-à-coup, Frappant d’un sabot d’or la motte qu’il écrase, Aérien, ailé, vivant, être Pégase.Je reviens à ma question.Ces ailes, cette vie exaltée, ce paysan boueux dans l’acte même de son rebondissement vers la poésie, où donc le poète les a-t-il entrevus P En certains signes pénétrables à ceux-là seuls qui, tout humblement, (j’emploie ce mot de terre à dessein) pour avoir fait société d’amour et de labeur avec l’homme des champs, ont obtenu de partager ses jouissances et d’entrer, de compagnie, dans ses visions.Le passage est simple de l’âme en poésie, mais à la condition que l’âme habite tout près.C’est là le privilège du paysan.Ayant accepté de placer son nid sur le bord des profondeurs ineffables, il n’a pas besoin de s’évertuer pour en ressentir les fraîches et saintes et sereines effluences.C’est bien lui qui pourrait dire : Un petit roseau m’a suffi .Mais il parle peu.Il a la pudeur des sentiments intimes.Il est difficile de le surprendre en acte de poésie.Et là encore, que trouverons-nous ?Si peu que rien.Parfois, un geste simple mais bien rythmé, symétrique avec une clarté rapide perçue à travers les choses, certains silences prosternés devant l’œuvre de Dieu mouvante tout autour : LE PAYSAN ET LA NATURE 971 des chants, des musiques où domine une monotonie venue de je ne sais quelle unité, des cadences mues par une source de joie tombée je ne sais d’où, quelques instants, le soir, à goûter dans le repos et la sérénité la saveur de l’eurythmie ; une pause entre deux raies de labour pour contempler la grande terre en-dessous, les montagnes, le fleuve, la maison, les splendides vêtements de l’air sur toutes choses, les promesses qui lèvent là-bas sur le coteau et tous les témoignages de Dieu : sons, lignes et couleurs qui surgissent de partout.Et encore ce spectacle : d’un corps de paysan rompu, replié, affaissé sur le seuil de sa demeure, une petite pensée ténue, mi-prière, mi-poésie, qui s’élève et s’enroule à cette perpendiculaire d’amour que Dieu laisse tomber sur le repos des âmes justes.Voilà bien peu, me direz-vous, en regard d’une thèse d’importance.Bien peu, oui et beaucoup tout ensemble.Bien peu et qui serait insuffisant si ce n’en était pas assez d’une goutte d’eau qui tremble au bout d’une feuille pour y voir à la fois tout le nombre et toute l’unité de la lumière.Tout le monde a compris, sans doute, que cette ascension paysanne vers les réalités qui sont l’objet propre de la poésie n’est pas d’exercice quotidien.C’est une chose moins rare tout de même que difficile à saisir, les actes profonds étant tous assez subtils et comparables, quant à l’évidence, à l’éclair instantané du poisson dans les invisibilités de l’ombre.Mais, pour rare qu’il soit, cet acte poétique, à mon avis, ne constitue pas moins l’acte essentiel qui vivifie toute l’âme paysanne en tant que telle, l’acte générateur d’amour, celui qui, au-dessus de tous les intérêts matériels, lie à jamais un homme à la terre des aïeux et par des liens que rien, pas même la séparation la plus longue dans le temps et la plus large dans l’espace, ne pourra jamais baiser.C’est cet acte qui fait toute la tragédie de ces paysans déracinés qu’on voit errer tristement dans nos villes.Ils ont tout oublié des travaux et des misères d’autrefois ; ils ont conservé le souvenir de certaines heures chaudes, délicieuses, de certains moments de plénitude où ils avaient une conscience confuse que Dieu les visitait avec ses anges, tout comme autrefois aux chênes de Mambré. 972 LE CANADA FRANÇAIS Et voilà pourquoi je ne puis admettre que la paysannerie est morte chez un ancien paysan ; mais je reconnais qu’elle est malheureuse et dévoyée.Je reviens à ma thèse.Cette situation vitale de l’âme paysanne au milieu des choses de la nature et ses conséquences, je veux dire cette contemplation, cette pénétration jusqu’au confluent des êtres qui l’entourent, ces moments rares, il est vrai, mais réels de montée vers la connaissance poétique « obscure et savoureuse » ont fait du paysan un être conforme, c’est-à-dire une sorte de réplique de son milieu, ou encore une synthèse animée, chaude et parlante de tous les êtres inscrits dans le pourtour.Cette conformité se limite non à la ressemblance de l’immédiat.Je veux dire que le paysan ne porte pas l’unique empreinte de ce qui lui est contigu, comme la chair du coureur de bois porte celle du sapin de sa litière ; mais (c’est bien là l’effet d’une pénétration subtile) il est frappé à l’effigie des caractères généraux eux-mêmes ; il est en sympathie avec le profond de la nature, il reproduit en son âme, en ses mœurs, les détails les plus creux de la matrice.On retrouve, en son corps, en son travail, en ses gestes et paroles, le style de la nature elle-même.Il a extrait des choses certains axiomes, certaines lois.Il conserve des archives de sagesse vieilles comme le monde et précieuses à ses regards comme des arcanes de sa profession.Par un contact séculaire, la topographie de son âme s’est configurée à celle de la nature ambiante.Il a, selon les lieux, des idées et des sentiments taillés au gabarit de la montagne ou de la colline, de la mer ou du ruisseau, du val ou de la plaine et, selon les saisons, des idées et des sentiments qui prennent les teintes de cette étoffe de pluie, de neige ou de soleil dont ses jours sont vêtus.Mesdames, Messieurs, j’abrège : le temps me presse.Il faut dire encore la conformité dramatique dont la contemplation a marqué l’âme paysanne de chez nous.Une sorte de dualisme régit tout le jeu de notre nature.Une instabilité, une inquiétude tragique régnent dans le théâtre de nos éléments.Nous habitons une terre aux mille portes ouvertes, une patrie toute bruyante d’appels à l’aventure et peuplée de désirs, un pays aux innombrables compartiments, un monde que dépiècent à l’infini les lignes de partage des eaux.Nous sommes ici les hôtes du mou- LE PAYSAN ET LA NATUBE 973 vement, le plus variable.Nous relevons d’un sol qui va du plus fertile jusqu’au plus maigre, d’une végétation dont l’aire immense s’espace entre le chêne et le saule de la toundra.On dirait parfois que nous sommes aux confins de la sève et du désert végétal ; du sein de nos plus beaux jours de confiance se lève souvent une plainte, surgit ce quelque chose d’amer et de mélancolique dont parle le poète « quod ipsis in floribus angat ».Le paysan de chez nous est en plein dans le jeu dramatique de toutes ces contrariétés naturelles.Placé par la vie elle-même au point de conflit de ce flux et de ce reflux, de cette action et de cette réaction, il éprouve tour à tour les sentiments les plus contraires et souvent à la même enseigne on trouve les cohabitations les plus hostiles.Il a des jours de détente absolue, des soirs de rebondissement lyrique.Il s’épuise alors à battre des rythmes.Il entre en frénésie dès que le violon lui parle d amour, de printemps, d’abondance de grange et de fournil.Mais il a, tôt après, des retours, des mécomptes, des dépressions.Il a des poussées de sève mais aussi des refoulements de forces jusque dans la racine de son être.Lt 1 histoire dramatique de notre peuple et la tâche à double face du défrichement de ce pays sont venus ajouter encore aux antinomies de notre double nature.Sans doute que cette condition violente où nous fûmes placés, dès le commencement, a aggravé cet état d’inquiétude mais je suis surtout frappé, je l’avoue, par cette ressemblance de nos saisons avec une sorte d’immense tétralogie où le décor lui-même joue, vivant, tantôt allie, tantôt ennemi, toujours versatile et redoutable.Et le paysan, lui, est le protagoniste du drame ; et 1 intrigue est nouée toujours, là sur quelque plateau, là, dans quelque vallon, parfois dans le pays tout entier.Et toujours elle est capitale.Elle laisse bien tantôt les loisirs d un chant, d’une détente, mais le jeu vital reprend vite.Les printemps sont courts ; sur le grain vert encore passe la lune d’août claire, souvent aiguisée, sabreuse ; et le paysan, à peine a-t-il goûté aux breuvages du soleil qu’il est déjà ! déjà ! sur le seuil de la nuit d’automne, toute mélancolique, toute frémissante des ailes qui s’en vont.Il est en pleine tragédie ; il est inquiet parce qu’il a l’intelligence d’une 974 LE CANADA FRANÇAIS nature au fond de laquelle il voit toujours quelques troublants présages de revers.Mesdames, Messieurs, il serait juste encore de rappeler certain style, certaines œuvres dont le gabarit, la ligne et la couleur attestent cette communication intime du pays et de son paysan.On a commis en cette province qui doit tout à sa paysannerie cette arrogance, cette ingratitude de ravaler le mot habitant jusqu’aux sens de mauvais goût.Laissons passer ; (encore que cela ne rende hommage ni à notre cœur ni à notre jugement) mais à la condition qu’on admette : le vase de Chine ou du Japon, le tapis arabe ou persan, l’ascension des grandes pierres cathédrales vers la lumière et le symbole et, dans une autre province de l’art, certaines pages d’Homère, les Géorgiques, les Fables de La Fontaine, la poésie d’un Mistral, d’un Péguy, d’un Claudel, d’un Pesquidoux, d’un Jammes, d’un Ramuz, d’un Giono, tout cela c’est habitant.Sans doute qu’on trouve chez nous peu d’œuvres de repos et de loisirs.Avant tout il a fallu vivre, combattre, organiser, besogner surtout à des abords, à des ouvertures, des délinéations, des déblaiements, des ébauches, mais là tout de même, je veux dire dans la maison, l’église, le navire, la chanson, l’art paysan : quelle probité, quel sens de l’adaptation, que de belles lignes simples, conformes, que de lumières, que de grâces et de sourires.Ce dont nous ne nous serions peut-être jamais avisés si l’étranger ne nous avait, en raflant nos œuvres paysannes, montré leur valeur et appris leur beauté.Ainsi, Mesdames et Messieurs, m’est apparu, transfiguré peut-être par l’amour que je lui porte, le paysan de chez nous dans l’exercice naturel de sa contemplation, dans l’acte de sa poésie, dans l’état humble et profond de sa conformité.Quelque sceptiques que mes propos vous puissent laisser, il y a une chose, Mesdames et Messieurs, qui impose ici l’émerveillement et la reconnaissance éternelle ; c’est une grande chose où le paysan a épuisé le sang de ses veines, les trésors de son esprit et de son cœur, c’est le pays qu’il nous a fait, c’est l’énergie qu’il a eue de tirer d’un bout à l’autre de ce continent les grandes horizontales de la plus belle et de la plus chrétienne des civilisations, c’est la foi LE PAYSAN ET LA NATURE 975 qu’il a eue de jeter sur ce pays, comme un pêcheur, son filet, tout un réseau de chemins qui convergent tous vers quelque point de tabernacle lumineux et irradiant ; c’est l’amour qu’il a eu d’élever au-dessus de ses gerbes, au-dessus de sa maison, au-dessus de tout ce qu’un grand poète appelle : « l’épi le plue dur qui soit jamais monté, et la gerbe de blé qui ne périra point : l'épi et la gerbe du clocher ».C’est là, dans le sanctuaire où passe la longue théorie des martyrs triomphants qu’il est venu chercher des leçons, des exemples, un refuge contre les angoisses et les défaillances et ce principe qu’il a posé à la base de tout notre édifice national, savoir, qu’on veille en vain sur la cité, si Dieu ne la garde pas.C’est par la foi et la fidélité à la nature qu’il a réglé une admirable libration de mœurs qui va sans écarts de la loi du pain aux réconfortantes promesses de Dieu, qu’il a composé ce fonds de bon sens, de sagesse et de vertus dont nous vivons.Ainsi, sans dévier de la route des champs, de celle de l’épouse et des fils et de celle de Dieu, le paysan de chez nous a fait ce chef-d’œuvre que j’appelle : un être accordé.C’est le grand temps de finir et je m’excuse.Mesdames, Messieurs, il faut comprendre le paysan, aimer le paysan, aider le paysan.Je vous ai parlé de poésie ; j’avais mon but : montrer que le problème paysan est, avant tout, un problème d’âme.On aime encore la terre chez nous.Il me semble entendre la clameur d’une jeunesse qui voudrait lui être fidèle.Mais la religion des champs est troublée.Ayons le cœur de la respecter et de la défendre.Ah ! si un jour ce petit peuple né, grandi dans la contradiction, se lasse et veut faire défaut à son honneur de catholique et de français, un paysan de chez nous, ayant pris conseil de la terre sacrée des aïeux, se lèvera et témoignera que le paysan fut le premier dans ce monde de notre patrie et qu’il veut y être fièrement et victorieusement le dernier.Félix-Antoine Savard, ptre.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.