Le Canada-français /, 1 juin 1939, Vieux papiers: journal de voyage en Europe en 1861-1862 (dernière partie)
VIEUX PAPIERS Nous donnons aujourd’hui la dernière tranche du journal de voyage de l’abbé Ovide Brunet.La 'publication de ce journal a intéressé les curieux de botanique et d’histoire.On remarquera, par maint détail, que l’abbé Brunet pense à l’établissement d un jardin botanique à Québec, sous les auspices de l’Université Laval.On peut regretter que ce projet n’ait pas abouti.(I oir a ce sujet les notes que nous avons lues au Congrès de l’ACF AS a Montréal en 1937.) A.Maheux, ptre Archiviste.JOURNAL DE VOYAGE EN EUROPE DE L’ABBÉ OVIDE BRUNET EN 1861-1862 1 Dusseldorf.Jardin Botanique.Cette ville d’Allemagne passe pour avoir un des plus beaux jardins de l’Europe.Comme cette ville est catholique, je résolus d’y passer le dimanche.Pendant la journée, je visitai le fameux jardin, beau comme jardin de promenade publique.En effet la Dlissel qui le traverse en serpentant et la magnifique vue du Rhin rendent ce site enchanteur.On y a même joint un petit jardin botanique qui ne m’offrit rien de remarquable.J’y vis un Pinus australis de Michaux, et que l’on entre tous les hivers en orangeries.Le soir nous partions pour Harlem où nous assistons à une kermesse, espèce de foire annuelle où les Hollandais, quoique posés et sérieux se livrent à toutes sortes de folies.Utrecht.Jardin Botanique.Cette ville, bien que petite est célèbre par son université, fondée en 1636 comptant environ 600 étudiants.Plusieurs de ses professeurs jouissent d’une grande réputation.A cette université est attaché un jardin botanique que je visitai.Ce jardin est situé dans l’intérieur de la ville et occupe un espace de 80 mètres de long et autant de large environ, de forme irrégulière.On a disposé les plantes d’après la méthode naturelle.Les carrés sont tous irréguliers; ils ne renferment que les plantes herbacées.Les végétaux ligneux remplissent un bosquet divisé en plusieurs carrés.Sur la rue, une ligne de bâtiments composé de la maison du professeur (M.1.Le journal a paru dans nos livraisons de février 1939 (p.591), mars (p.681), avril (p.783), mai (p.896) et juin.Pour les 5 livraisons $1.25, poste comprise. 984 LE CANADA FRANÇAIS Miquel), du jardinier et l’herbier.Une autre ligne à peu près en angle droit constitue les serres chaudes qui sont étroites et par conséquent plus propres à la conservation des plantes que les serres profondes, sans être cependant aussi agréables que les pavillons français.J’y remarquai un très beau Guinko triloba.Amsterdam.Jardin Botanique.Ce jardin existe depuis 1683.Il est situé hors de la ville et sur les bords du canal Muiden Graiht.Son étendue est d’environ d’un arpent et demi.On y entre par une grille sur les colonnes de laquelle sont deux pots portant autrefois deux Agaves.Au-dessus de l’entrée se lit l’indication : Hortus Medicus.On y trouve une orangerie longue de 67 mètres, divisée en deux, une partie pour les palmiers et l’autre l’orangerie proprement dite; le devant est garni de fenêtre grecque à plein ceintre et à trumeaux très étroits ; deux serres chaudes de douze mètres de largeur; le dessus est recouvert de doubles chassis formant la toiture ce qui est un excellent préservatif du froid ; Une aquarium dans laquelle se trouve une victoria regia, qui n’a donné qu’une fleur cette année.C’est là que je vis la Diverica.Le dessus de la serre est aussi garni de double chassis qui s’ôtent à volonté.Elle est aérée par deux petits capuchons formés de jalousies.On ne la chauffe pas en ce moment-ci.La chaleur du soleil suffit pour la réchauffer.Les carrés de l’école sont bordés de gazons.Dans les carrés, les plantes sont rangées d’après la méthode naturelle: elles sont mélangées aux en arbustes et arbrisseaux.Toutes les serres sont bâties en briques et à doubles chassis comme je l’ai déjà dit: on empêche la trop vive lumière par des claires-voies de lattes peinturées en vert.On fait payer 25 cents hollandais (50 centimes) par personne à la grille du jardin.J’oubliais de vous dire que l’on remarque aussi dans ce jardin des baches en briques, probablement pour avancer les plantes au printemps.Pour le nombre des plantes cultivées au jardin voyez le Catalogue d’Amsterdam acheté sur les lieux et payé 1 florin et demi.Let de.Jardin Botanique.L’Université de Leyde si longtemps célèbre en Europe compte aujourd’hui 33 professeurs et près de 700 étudiants.Descartes y professa jadis.L’édifice est d’architecture ogivale.On y voit les portraits de tous les professeurs depuis sa fondation jusqu’à nos jours.J’avais hâte de visiter son jardin Botanique qui conserve encore une grande réputation.La création de ce jardin remonte très loin, il a été agrandi à plusieurs époques de sorte que du temps du professeur Brugmans, il avait atteint le quadruple de sa superficie primitive.Il a été diminué ces dernières années ; JOURNAL DE VOYAGE DE l’aBÉ OVIDE BRUNET 985 on en a pris un morceau pour bâtir l’observatoire de sorte que maintenant il a à peu près la grandeur de celui d’Amsterdam, c’est-à-dire 2 arpens environ.Pour dire un mot en commençant de l’histoire de ce jardin, nous dirons qu’il fut fondé en 1575 par la ville qui est très riche.Dès le principe elle a su attacher à son université les botanistes étrangers les plus célèbres, tels furent Dodoens Clusius, je dirai même Linnée, puisque ce dernier fut appelé à Harlem par Boerhaave, professeur à Leyde.Ce jardin possède 2 serres chaudes, une orangerie, une serre à orchidées, construite en briques, très basse ; les serres chaudes ne sont qu’à un seul côté, c’est-à-dire qu’un côté est en brique.On y voit aussi une magnifique serre courbe à palmiers.Toutes les serres à l’exception de cette dernière sont à doubles chassis que l’on fait disparaître l’été et que l’on remplace par des claies vertes.On est obligé deles chauffer même à cette époque (3 septembre); je remarquai dans ces serres le papyrus et le riz, la cannelle.Plusieurs végétaux de pleine terre sont remarquables, parce que Leyde a quelquefois des gelées très fortes, c’est ainsi que le jardinier me dit que le thermomètre descend à 17 degrés de Rheaumur.Cependant j’y remarquai un ginkgo de 40 pieds de haut le plus beau après celui de Montpellier le ditschia horida, un luoncera alpigena planté de la main de Linnée même ; j’y vis un quercus suber même, on l’entre en orangerie en hiver.Les plantes sont distribuées d’après la méthode naturelle; autrefois il y avait aussi une école Linnéenne que l’on a fait disparaître.Les carrés de l’école actuelle sont disposés à l’anglaise ; les carrés sont larges, puisqu’ils contiennent chacun, 3 rangs de plantes.Les étiquettes sont en bois.Le nombre des plantes en 1838 était de 8000, mais je crois qu’il est maintenant diminué.Au reste j’ai un catalogue.Parmi ces plantes je remarquai un polygonum très intéressant que j’avais déjà vu à Dusseldorf.C’est le P.cuspida-tum.Il n’y a pas d’école forestière; les arbres sont distribués dans toutes les parties du jardin.En passant près de la grille du jardin, j’y vis les cours de l’année affichés.Je pris note des cours de Botanique tels que suit: Cours de l’été à Leyde.Mercredi, jeudi et vendredi, Morpho-logie.anatomie végétale et Physiologie ; lundi et mardi.Phylo-graphie et Taxonomie.Samedi consacré aux herborisations.Cours donnés pendant l’hiver, lundi et mardi, Anatomie microscopique.Rotterdam.Jardin Botanique.Ce jardin n’est pas bien grand, c’est tout bonnement une lisière de terrain, ayant à peu près % d’arpent et encaissé dans un pâté de maisons.Ce jardin est muni de deux serres moyennes situées au bout du terrain et une plus petite placée au milieu.Comme tous les jardins de la Hollande c’est une espèce de jardin paysagiste, c’est-à-dire que ses carrés sont irréguliers.On y suit l’ordre 986 LE CANADA FRANÇAIS général d’Endlicher, les familles et les genres seuls ont des étiquettes.Ces especes sont indiquées par un No correspondant aux No du genera.Un grand défaut que me fait remarquer le professeur M.Rauwenhoff, c’est d’avoir distribué les arbres dans toutes les parties du jardin, aussi les plantes herbacées en souffrent-elles extraordinairement c’est aussi ce que j’ai remarqué partout où l’on n’a pas eu le soin de faire une école forestière à part.Le froid à Rotterdam est quelquefois de 18 de Rhéaumur.Néanmoins le Quercus suber résiste bien à ce degré de froid car j’y ai remarqué un assez bel exemplaire de pleine terre.C’est un essai que l’on y a fait et qui réussit assez bien.Nantes.Jardin Botanique.Le jardin de Nantes est situé à une des extrémités de la ville, il est neanmoins fréquenté par un très grand nombre de visiteurs car c’est plutôt un jardin d’agrément qu’un jardin botanique comme on va le voir.Le plan est celui qui se trouve à la fin de la brochure de M.Georchard, mais tellement modifié que le jardin botanique ou l’école est tout à fait restreint; le nombre des plantes est de 1800 disposées sur des carrés en séries rectilignes ; seulement l’on a consacré un carré à chaque famille ce qui fait qu’à côté d’un grand carré se trouve un tout petit et lorsque un seul carré de longueur ne suffit pas on le courbe en fer à cheval de manière à le réunir avec le carré voisin ce qui est assez disgracieux.D’après le plan primitif, l’école devait commencer à l’allée des Magnolias (grandiflora) qui fait l’orgueil des Nantais, maintenant toute cette partie a été ajoutée au jardin d’agrément.Ce dernier jardin, au reste, est tout à fait beau; vrai jardin paysagiste et dans le goût anglais, c’est-à-dire allées sinueuses, gazons verts entrecoupés de corbeilles, pièces d’eau bordées de Canna.Le terrain qui est tout à fait accidenté se prête à ces genres d’ornement.Ainsi le jardinier1 conseille-t-il de choisir un terrain accidenté, si je puis le trouver : il paraît que les frais de terrassement et de remblai ont été énormes.Ce jardin ne possède qu’une petite serre à palmier qui ne renferme rien d’extraordinaire ; on n’y remarque que de jeunes palmiers, un petit cycas et un musa.Ce jardin est aux frais de la ville, Angers.Jardin Botanique.Le lendemain je visitai le jardin d’Angers.J’avais une lettre d’introduction pour M.Boreau, directeur du jardin et professeur de Botanique.La besogne se trouvait par conséquent très avancée.L’on me fit parcourir l’établissement et j’y fis les observations suivantes: Le jardin qui est aux frais de la ville se divise en deux parties.Disons d’abord qu’il présente une superficie de 2 hectares.Une partie appelée, partie haute du jardin est consacrée au jardin paysagé consacré à la culture des arbres qui tous paraissent venir parfaitement bien à Angers.On y voit de très beaux échantillons (1).Ce jardinier a 1700 francs par an. JOURNAL DE VOYAGE DE L’ABBÉ OVIDE BRUNET 987 de chêne liège mesurant 3, 4, à 5 pieds à la circonférence.Cette partie est très accidentée et un petit labyrinthe auquel l’on parvient par une double rampe fait tout d’abord paraître le jardin plus étendu qu’il n’est en réalité.L’autre partie est l’école botanique proprement dite : c’est un terrain parfaitement uni; les carrés y sont disposés en séries linéaires; les étiquettes sont coulées et à caractère en relief; chacune coûte 25 sous.L’ordre du prodromus y est suivi, on compte à peu près 4000 à 5000 mille plantes; mais le grand défaut c’est que les arbres se trouvent aussi dispersés dans l’école, ce qui nuit beaucoup a la culture des petites plantes.On y voit deux petites serres longues d’environ 40 pieds chacune mais suffisamment hautes pour la culture des palmiers.Un cours de botanique se donne au jardin, il commence au printemps et se termine aux vacances.Le professeur donne 2 leçons par semaine, auxquelles il ajoute une herborisation.Pendant cet intervalle, il donne les notions d’organographie et de taxonomie c’est-à-dire que son cours ne dure qu’un été et recommence tous les ans.Le professeur m’a dit que cet arrangement était nécessaire parce que les élèves changent tous les ans ; au reste, ajoute-t-il, les données suffisent à ceux qui veulent continuer plus tard l’étude de la Botanique.UNE INITIATVIE : Une directrice des études, dans un couvent, offre en prix à une élève un abonnemet d’un an au Canada Français.Cette forme d’encouragement à notre œuvre nous est très précieuse, et nous espérons qu’il se trouvera des imitatrices du beau geste !
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