Le Canada-français /, 1 septembre 1939, L'Afrique du Sud et le problème indigène
L’AFRIQUE DU SUD ET LE PROBLÈME INDIGÈNE L’Afrique du Sud : six millions de noirs, deux millions de blancs qualifiés d’européens, un million de métis et d’indiens.Près de la moitié des natifs vivent dans les « réserves », territoires qui leur sont spécialement affectés.Dans ces zones on retrouve en général la vie primitive à l’état à peu près pur.La civilisation blanche n’y a guère pénétré, les noirs y continuent leurs coutumes séculaires et y conservent les croyances et les « superstitions » de leurs ancêtres.Dans leurs petits villages (les Kraals) leur vie se déroule suivant le rythme de toujours.Ils cultivent leurs terres d’après les méthodes traditionnelles de leurs pères ; c’est encore, en principe, le régime de la solidarité collective.Les fêtes, les rites mystérieux alternent avec les travaux des champs, les sorciers-guérisseurs détournent les maléfices des esprits et font venir les pluies.Les riches ont plusieurs femmes ; les pauvres se contentent d’une seule car il faut payer au père de son épouse une dot (lobola) constituée par un certain nombre de têtes de bétail.Lorsque les récoltes sont bonnes la vie est facile ; de temps en temps on tue un bœuf, on festoie autour des feux et on chante avec insouciance.Pendant la journée il y a beaucoup d’heures d’indolence, les hommes fument leur pipe tout en sommeillant et les femmes travaillent bien dans les champs.Mais immanquablement viennent les temps difficiles.La sécheresse est un redoutable fléau.Les terres sont en quantité insuffisante pour satisfaire les besoins même très limités de la population.Les réserves ne représentent actuellement (on est en train de les augmenter quelque peu) que 8% du territoire de l’Union Sud-Africaine alors que les indigènes constituent les deux tiers environ de la population totale.Le reste est entre les mains des blancs et il est interdit aux noirs d’en acquérir de nouvelles.La popula- l’afrique du sud et le problème indigène 21 tion indigène ne cesse de s’accroître et elle se trouve de plus en plus à l’étroit, d’autant que ses besoins augmentent en raison même de son contact avec la civilisation blanche.La terre s’épuise en raison d’une culture trop intensive et arriérée.Les pâturages sont insuffisants pour nourrir le bétail.Le petit village imprévoyant est pris une fois de plus au dépourvu ; c’est la famine, la misère, et pourtant tous les mâles âgés de plus de dix-huit ans doivent payer des impôts, une capitation de une livre par an plus quelques taxes supplémentaires.L’impôt sur le revenu est inconnu pour les indigènes ; il est personnel et indépendant de leurs conditions économiques.Sous la pression des nécessités et de la misère il n’y a qu’une seule issue : quitter le petit village natal et aller gagner de l’argent en travaillant chez les blancs.Les jeunes gens n’attendent pas d’ailleurs la venue d’une catastrophe pour s’expatrier.Ils entendent parler des fermes des blancs et surtout des mines d’or où l’on gagne beaucoup d’argent, de cet argent qui leur permettra d’acheter le bétail nécessaire pour prendre femme, d’être riches et de mener une vie insouciante et facile parmi les leurs.Des camarades de retour des cités leur racontent les merveilles que l’on voit dans les villes des blancs, les grandes maisons, les magasins pleins de couvertures, de couteaux, de bracelets.Les agents recruteurs des mines viennent dans leur village leur vanter la vie aux mines où ils seront bien logés et bien nourris, où ils pourront faire beaucoup d’économies.Les natifs comparent la misère menaçante dans leur kraal et les promesses de ces racoleurs attrayantes comme un mirage.Us partent pleins d’espérance dans l’avenir, non sans un serrement de cœur et des appréhensions, pour six à quinze mois.Il y a un flot continuel de jeunes gens qui vont aux mines et en reviennent.Celles-ci sont grandes consommatrices de main-d’œuvre : plus de trois cent mille mineurs noirs travaillent sous terre pour extraire l’or.Des jeunes filles de plus en plus nombreuses aujourd’hui quittent aussi leurs villages pour les cités.On leur a tourné la tête, on leur a vanté la vie facile qu’elles mèneront dans les villes des blancs : plus de travaux pénibles dans les champs.Elles espèrent connaître l’indépendance ; l’argent qu’elles gagneront leur appartiendra ; elles échapperont à la lourde 22 LE CANADA FRANÇAIS tutelle de leurs parents ou de leurs futurs maris ; elles seront libres ! Sur les fermes des blancs, surtout sur celles situées près des réserves, le changement de vie n’est pas trop grand.Les indigènes ne sont pas trop dépaysés.Certes ils doivent en général travailler plus durement que dans leurs kraals.Finie à beaucoup d’égards cette vie d’indolence.Ils sont sous l’autorité d’un maître ou « baas » blanc peut-être cruel : son sjambok s’abat quelquefois sur leurs épaules sans qu’ils comprennent pourquoi.Mais c’est toujours la vie en plein air.Us retrouvent des noirs comme eux ; ils ont de petites huttes et le soir autour des feux tout en mangeant leur mil ils bavardent gaiement ou chantent leurs chansons.Deux millions d’indigènes travaillent sur les fermes des blancs en qualité de métayers ou d’ouvriers agricoles.Us sont mal logés.Beaucoup d’entre eux parmi les premiers forment une population sédentaire ; ils y vivent avec leur famille et conservent assez bien les coutumes et les traditions de leurs ancêtres.Les seconds reçoivent moins d’une livre par mois en nature et en argent.Us restent le temps nécessaire pour faire suffisamment d’économies avant de retourner chez eux.Les villes et spécialement les mines d’or attirent beaucoup d’indigènes des « réserves ».Dans les mines un indigène est payé quelques livres par mois (deux et demie au minimum) plus le logement et la nourriture.Presque chaque jour on voit arriver à Johannesburg ces indigènes primitifs en guenilles, hagards, atterrés par le vacarme et la circulation de cette gigantesque ville américaine érigée sur un plateau aride à 2,000 mètres d’altitude.Ce premier contact avec la civilisation blanche est effrayant; et comme un troupeau sous l’orage on les mène à leurs mines respectives.Us sont casernés dans des « compunds » ou baraquements pendant la durée de leur séjour.Us travaillent à plusieurs milliers de pieds de profondeur dans les entrailles de la terre.Les besognes sont dures, dangereuses parfois.Et pourtant ils s’adaptent ; les terreurs des premiers jours s’émoussent sans jamais d’ailleurs disparaître.U y a de bons moments à la mine avec les camarades noirs : les danses, les chants, les concerts, une nourriture régulière, les heures de loisir après le travail et le dimanche, l’afrique du sud et le problème indigène 23 et puis, l’espoir du retour avec beaucoup d’argent, la pensée réconfortante de la fiancée qui vous attend.On va quelquefois à la grande Cité ; on se familiarise avec son trafic et ses bruits infernaux.On devient un ancien.On prend de l’assurance et on taquine à son tour les nouveaux timides et gauches.Quelques-uns reviennent à leurs villages mutilés par un accident ou phtisiques par la respiration des poussières de la mine.Ils trouvent dans leur kraal un refuge car un village est une grande famille.Beaucoup sont obligés de repartir pour la ville ou les mines.De nouvelles catastrophes s’abattent sur les kraals, une sécheresse prolongée et des récoltes insuffisantes.Il faut faire à nouveau des économies.Ils reviennent dans les mines aguerris cette fois ou bien ils occupent un des innombrables emplois qu’une grande cité comme Johannesburg offre aux noirs.Cette ville qui les a terrifiés lorsqu’ils y avaient débarqué pour la première fois les attire et les fascine avec ses magasins, ses grandes maisons et toutes les inventions étranges des hommes blancs.Aujourd’hui plus d’un million d’indigènes habitent dans les villes si l’on compte les quelque trois cent mille qui vivent dans les compounds des mines du Rand.La population noire de Johannesburg s’élève à plus de 200,000 sur un total un peu supérieur à un demi-million, celle de Durban à 70,000.Us habitent dans des quartiers indigènes spéciaux plus ou moins sordides : les « locations » ou dans des taudis à la périphérie de la cité blanche.Beaucoup d’entre eux ont contracté malgré la vie dure qu’ils y mènent le goût et quelquefois les vices de la ville.Us y travaillent, ils s’y marient ; ils y fondent des familles ; bref ils forment, à côté de la population flottante et transitoire de ceux qui viennent simplement faire des économies avec l’esprit de retour, des éléments permanents.Tous ces noirs ont rompu complètement avec les coutumes et les traditions de leurs kraals et de leurs tribus.Les uns les ont toujours ignorées car ils sont nés dans la cité et y ont toujours vécu, les autres les ont oubliées et les méprisent.Les femmes, surtout celles qui ont quitté leurs villages par esprit d’indépendance, s’adaptent particulièrement vite.Au cours de ces dernières années leur nombre s’est accru plus rapidement que celui des hommes. 24 LE CANADA FRANÇAIS Plus de la moitié de la population indigène urbaine est « détribalisée » ou européanisée, c’est-à-dire qu’elle a adopté les modes de vie des blancs ou européens, plus exactement elle s’efforce de les imiter dans la mesure où ses faibles moyens économiques le lui permettent et malgré les discriminations et les exclusions de tous ordres dont elle est l’objet.Ce sont, naturellement, surtout les indigènes habitant les villes qui entrent en contact intime avec la civilisation blanche, ses règles et sa discipline.Quelle est en effet la politique des blancs à l’égard des noirs en Afrique du Sud ?Depuis que les colons européens ont pris pied sur cette terre la lutte entre les deux races a été incessante et si aujourd’hui elle revêt une forme pacifique elle n’en continue pas moins âpre et constante.Au début et jusqu’à la fin du XIXe siècle ce fut la guerre meurtrière marquée par des massacres réciproques.Enfin la puissance militaire noire a été brisée, non sans résistance d’ailleurs.L’hégémonie blanche est absolue, mais les indigènes n’ont pas été anéantis comme dans d’autres régions de la terre.La vitalité de cette race prolifique lui a permis de soutenir le contact pourtant rude de la civilisation blanche.Aujourd’hui les noirs constituent la grande majorité de la population et s’accroissent même plus vite que les blancs malgré le taux rapide d’augmentation de ces derniers.Un nombre sans cesse plus grand d’entre eux ne sont plus des primitifs ; ils sont plus habiles de leurs mains, plus instruits et de ce fait ils paraissent à beaucoup d’Européens plus dangereux.A l’hostilité traditionnelle, à l’antagonisme irréductible de ces deux races, au mépris séculaire du blanc pour le noir vient s’ajouter aujourd’hui comme au premier temps de la conquête la crainte de se voir un jour submerger par cette masse noire et de succomber sous la puissance du nombre.Cette peur s’étend à tous les domaines ; racial : la race blanche court le danger d’être souillée par le sang noir ; politique : les indigènes sont la grande majorité ; économique : les travailleurs natifs sont de terribles concurrents car ils se contentent de très bas salaires.Le péril noir (Black Peril) est la hantise, souvent inconsciente, d’ailleurs, des Sud-africains. l’afrique du sud et le problème indigène 25 Mais les blancs ont besoin des noirs comme travailleurs pour faire marcher la machine économique de ce pays.Ils ont été traditionnellement enclins à mépriser le travail manuel et les dures besognes.Depuis le début de la colonisation elles ont été exécutées par les noirs, des esclaves jusqu’au second tiers du XIXe siècle.Elles sont d’ailleurs qualifiées avec mépris de « kaffir work », travail de cafre ou de noir.Les blancs, tant dans les villes que dans les campagnes, se sont réservé le travail de direction, de commandement, les emplois qualifiés accomplis avec l’aide des noirs et payés à des taux plus élevés qu’en Amérique.Sans cette main-d’œuvre très bon marché, sinon adroite dans son ensemble, du moins docile et soumise, les mines, la véritable richesse de ce pays aride et assez pauvre cesseraient d’être exploitées et la production agricole s'arrêterait également.Les blancs font d’ailleurs tous leurs efforts pour maintenir par une législation très stricte l’offre de main-d’œuvre indigène abondante et bon marché.Ainsi les noirs et les blancs ne forment pas deux catégories de population habitant des territoires séparés (les réserves sont seules des zones purement indigènes, mais les natifs n’arrivent pas à se suffire à eux-mêmes sur ces territoires ; ils ont besoin des blancs pour subsister, c’est-à-dire d’aller travailler au compte de ces derniers) ; dans les ville et sur les fermes ils travaillent ensemble, chacun à leur place, bien entendu.Les natifs se sont donc complètement intégrés dans le système économique européen et dès lors malgré les discriminations, les interdictions dont ils sont l’objet ils s’européanisent graduellement, c’est-à-dire prennent les modes de vie et les idées des blancs.Le grand drame sud-agricain c’est ce contact permanent de deux races hostiles appelées à travailler et à vivre côte à côte malgré elles.Le péril noir pour reprendre le jargon Sud-africain est donc multiplié.Cette psychologie de peur et d’hostilité conduit les blancs à adopter une politique de répression et d’inégalité.Il y a deux catégories de lois, deux traitements, les uns pour les noirs, les autres pour les blancs.Un système légal extrêmement rigoureux a été édicté pour assurer la domination absolue des blancs.Il paraît pleinement justifié à la plupart car la défense de la civilisation blanche est une obligation sacrée.White South Africa est 26 LE CANADA FRANÇAIS le cri de ralliement de tous les sud-africains, celui qui leur fait oublier les querelles de classe entre patrons et ouvriers et de nationalité entre Boers ou Afrikanders et Britanniques.La coutume et les mœurs accentuent la rigueur des lois et créent de nouvelles exclusions et inégalités.Tout cet arsenal législatif est extrêmement compliqué pour les noirs et leurs esprits simples se perdent dans ce maquis.Ils se soumettent sans comprendre car ils savent qu’ils doivent obéissance aux blancs.Pour parer à tout danger de résistance et de révolte armée les noirs sont complètement désarmés et même dispensés de toutes obligations militaires.Ils n’ont presque pas de droits politiques pour faire entendre leurs voix, ni de droits économiques pour faire aboutir leurs revendications sociales : les grèves sont punies de prison et sévèrement réprimées.Dans ces conditions, malgré leur nombre, les noirs ne représentent point une force agressive.L’appareil policier et militaire des blancs aurait vite fait d’écraser toute velléité de révolte.Quelques-unes très limitées au cours de ces trente dernières années ont été facilement étouffées.D’ailleurs les indigènes ne sont pas organisés.Les particularismes, les antagonismes, les mépris entre gens de tribus différentes demeurent encore très forts et s’opposent à leur union.Les indigènes sont pour la grande majorité dociles et indifférents.Sur le terrain économique le danger est réel.Avec des besoins très limités ils constituent de formidables concurrents pour les travailleurs blancs d’autant que ceux-ci touchent des salaires très élevés.L’abaissement du niveau de vie des européens est dès lors à redouter.Pour conjurer ce danger a été édicté le « colour bar » ou barrière de couleur.Simple coutume imposée au début par les syndicats des ouvriers blancs, elle est aujourd’hui sanctionnée légalement.Les emplois qualifiés et très bien payés sont réservés aux blancs seuls qui forment une sorte d’aristocratie ouvrière.Les noirs, quelles que soient leur habileté et leur expérience ne peuvent pas, en principe, y accéder.Ils sont cantonnés dans les besognes non qualifiées peu rémunérées.L’augmentation de leurs salaires est rendue très difficile faute de droits professionnels. l’afrique du sud et le problème indigène 27 Dans les villes les noirs sont domestiques, garçons de courses, de bureaux, d’ascenseurs, ramasseurs d’ordures et surtout manœuvres dans l’industrie et dans les mines 1 ou pour le compte des services publics ; à la campagne ils sont ouvriers agricoles ou paysans.Tout un système de réglementation a été édicté pour assurer la surveillance des indigènes et empêcher la propagation parmi eux d’idées « subversives ».Les droits de réunions et discussions sont strictement contrôlés ; ils doivent loger dans des quartiers spéciaux (locations).Leurs mouvement sont surveillés : ils ne peuvent pas circuler la nuit dans les rues des quartiers européens sans un permis spécial, ils doivent porter un passeport pour se déplacer à l’intérieur même de l’Union, une carte de travail constatant qu’ils sont régulièrement employés et n’ont pas rompu leur contrat et un reçu du paiement de leurs impôts.Les lieux publics européens : églises, restaurants, salles de spectacles, hôtels, salles d’attente dans les gares leur sont interdits.Us ont des wagons spéciaux dans les trains et des tramways et autobus sont affectés à leur circulation exclusive.Leur éducation est peu développée.Us sont soumis à un système particulier de taxation : les impôts fort lourds qui les frappent sont fixes et sans relation avec leurs revenus.Toutes ces discriminations et interdictions créent un réseau de règles difficile à observer.La police surveille leur application et en cas de manquement ou si les papiers ne sont pas en règle, ces simples infractions administratives sont punies d’amende ou de prison.La police fait souvent des rafles dans les cours de leurs petites maisons où ils se réunissent pour bavarder gaiement et boire des boissons plus ou moins alcoolisées dont la consommation est rigoureusement interdite.La fabrication domestique d’une bière très légère ou sa vente par les municipalités est toutefois permise.Parmi les indigènes qui vivent dans les villes il en est un petit nombre qui n’assimilent pas seulement les modes de vie et les habitudes européennes ; ils se laissent également gagner par leurs lectures ou leurs conversations avec des blancs, à certaines de leurs idées et de leurs conceptions politiques et sociales.Us ont entendu parler de liberté, d’égalité, de justice, de charité, des droits de l’homme, du 1.Les mines essayent cependant de plus en plus, de confier des emplois qualifiés aux indigènes pour diminuer leurs frais de main d’œuvre. 28 LE CANADA FRANÇAIS droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et tout naturellement ils appliquent ces idées à leur propre cas.Certains parmi les plus instruits, les plus intelligents, les plus habiles sont des mécontents.Ils éprouvent du ressentiment contre les discriminations dont ils sont l’objet : ils souffrent d’être ravalés au dernier échelon de la société, d’être impitoyablement écartés des bons emplois par cette barrière infranchissable qu’est la « colour bar ».Les habitants permanents des villes parlent d’augmentation de salaires, de l’abolition du système des passeports et de la barrière de couleur, de l’octroi des droits publics et économiques.Dans l’élite prennent également naissance la conscience de race, l’idée d’une communauté d’intérêts et même la nécessité de l’union pour assurer l’amélioration de leur sort, bref, bien que ce soit un trop grand mot, un certain nationalisme.Les méfiances, les suspicions, les antagonismes si forts entre membres de tribus différentes n’ont jamais existé chez ces citadins complètement détribalisés, ou bien la vie en commun les a fait disparaître.Le séjour dans les compounds prépare cette métamorphose bien qu’il y ait de temps en temps des bagarres entre les hommes des diverses tribus.Les esprits les plus modérés se rendent compte que toute révolte de la part des noirs est vouée à l’échec.Ils recommandent seulement à leurs frères de races de s’unir, de s’instruire et de revendiquer pacifiquement plus de justice.Idéalistes et humanitaires ils veulent la paix et la concorde entre les blancs et les noirs.Quelques autres au contraire, aigris, travaillés par des agitateurs révolutionnaires irresponsables se laissent gagner à des idées de violence mais sont complètement impuissants.Toutes ces conceptions nouvelles se heurtent à l’indifférence complète, à l’apathie, à la résignation et à l’inorganisation de la masse.La vie dans les kraals continue comme dans le passé avec ses alternances de joies insouciantes et de misères.Les natifs y restent fermement attachés à leurs croyances, à leurs traditions et veulent vivre comme leurs ancêtres sur leurs terres.Ils sont résignés à leur sort et optimistes.Ils se réjouissent lorsque les récoltes sont bonnes et se lamentent dans les temps difficiles.Les jeunes gens qui vont travailler dans les mines sont de dociles l’afrique du sud et le problème indigène 29 travailleurs qui n’ont qu’une pensée : revenir dans leurs villages pour y mener une bonne vie tranquille.La domination blanche reste absolue.L’Afrique du Sud est la terre des blancs mais que fera un jour cette masse aujourd’hui soumise ; son nombre lui donne une force d’inertie énorme ?Elle se métamorphose très lentement mais irrésistiblement et le jour où elle aura pris conscience de sa puissance elle deviendra un instrument de résistance passive formidable.Qu’on médite les prodigieux effets du mouvement de non violence de Gandhi aux Indes ?Charles-D.Hérisson.Cap Town, South Africa, 1939.
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