Le Canada-français /, 1 septembre 1939, La cordialité des relations de l'Église et de l'État français
LA CORDIALITÉ DES RELATIONS DE L’ÉGLISE ET DE L’ÉTAT FRANÇAIS En mai 1936, à l’avènement du Front populaire, quelques catholiques manifestèrent leurs craintes de voir déferler une nouvelle vague d’anticléricalisme sur le sol de la République : les plus sombres jours du « combisme » hantaient ces esprits pessimistes.A l’étranger, dans certains pays — ceux où précisément l’Église est aujourd’hui brimée sinon persécutée —-, on se réjouissait déjà : nombre de journalistes prenaient un malin plaisir à représenter la France comme un pays « pourri, bolchevisant, antireligieux et maçonnique ».Fort heureusement, craintes de ceux-là, espoirs de ceux-ci sont demeurés vains : grâce à Dieu, l’Église est, en France, aussi respectée — c’est le moins que l’on puisse dire — aujourd’hui qu’elle l’était antérieurement à mai 1936.Loin de se départir d’une attitude correcte à son égard, les Ministères qui se sont succédé depuis cette date (Blum, ensuite Chautemps, puis de nouveau Blum, enfin Daladier) lui ont même témoigné — si paradoxal que cela puisse paraître — une déférence beaucoup plus marquée que leurs prédécesseurs : toute une série de manifestations et de faits extrêmement significatifs l’atteste indiscutablement.Brossons donc de ces manifestation un rapide tableau chronologique afin d’en mieux pouvoir discerner les causes.A.— Attitude déférente des pouvoirs publics à l’égard de l’Église Mai 1937 !.Paris !.Arts et Techniques !.Pour la première fois dans l’histoire des expositions universelles, un pavillon pontifical, puissante évocation de l’Église immortelle, est dressé.et c’est au cœur de la France, de la France que gouverne alors M.Léon Blum ! Au cours du même été, avec l’accord et presque toujours l’appui des pouvoirs publics, de grandioses manifestations catholiques se déroulent tant dans la capitale qu’en province. 36 LE CANADA FRANÇAIS C’est, à Lisieux, le Congrès eucharistique national que préside S.Ém.le Cardinal Pacelli en qualité de légat du Pape ! Ce sont, à Lourdes, les imposantes cérémonies du Pèlerinage National auxquelles assistent 65,000 personnes dont plus d’un millier de malades ! Ce sont, à Paris, les différents Congrès de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (30,000 participants), de la Fédération Gymnique et Sportive des Patronages de France (30,000 participants), de la Jeunesse Ouvrière Catholique (80,000 participants) ; puis, dans un ordre d’idées un peu différent, la série des représentations du « Vrai Mistère de la Passion », jouées sur le parvis de Notre-Dame et suivie chaque fois par quelque dix milliers de spectateurs enthousiastes ! Et la grande presse d’information, jusqu’alors si réservée en ce qui concerne l’actualité religieuse, lui consacre cette fois les plus larges comptes rendus.Quant aux membres du gouvernement, ils ne craignent point de donner eux-mêmes le ton.En juillet, ils reçoivent le Cardinal Pacelli, légat pontifical, avec tous les honneurs réservés aux souverains.Quelques mois plus tard, ils accueillent avec la même courtoisie et le même éclat, Mgr Constantini, Secrétaire de la Sacrée Congrégation de la Propagande, puis le cardinal Tappouni, patriarche syrien d’Antioche.Et en marge des « officiels », des radicaux notoires, en des articles retentissants, mettent l’accent sur la nécessité d’enterrer à tout jamais le vieil anticléricalisme de 1905, tels MM.Émile Roche et Pierre Dominique dans La République, Gaboriaud dans l’Ère Nouvelle et Henri Guernut dans la France de Bordeaux et du Sud-Ouest.Ce dernier, après un éloge assez imprévu du Vatican, n’a point hésité à écrire en guise de conclusion : «.La papauté ne serait-elle qu’une puissance spirituelle, je dis qu’à cause de cela nous lui devrions des égards.A une heure où les forces morales, gravement négligées, conservent néanmoins une influence, j’aimerais que mon pays ne ménageât point son respect à ceux qui les cultivent.En de telles compagnies, on ne risque pas de s’avilir, on se grandit.» LA CORDIALITÉ DES RELATIONS 37 D’autre part, le 12 décembre 1937, à l’assemblée générale des sections parisiennes de la D.R.A.C.b M.Edmond Black, représentant M.Rivollet, ancien Ministre et Secrétaire général de la Confédération des anciens combattants, affirme solennellement la volonté unanime des anciens combattants français de réclamer les pouvoirs publics, en faveur des religieux, le geste de justice que les catholiques attendent depuis la fin de la « Grande Guerre ».Aussi, au crépuscule de 1937, la France réapparaît, aux yeux du monde quelque peu étonné, dans son rôle traditionnel de « fille aînée de l’Église ».C’est tellement vrai que le Souverain Pontife n’hésite point à conférer les plus hautes distinctions aux ministres français d’alors : la grand’croix de l’ordre de Pie IX à MM.Chautemps et Delbos et la grand’croix de Saint-Sylvestre à MM.de Tessan, Jean Zay, Bonnet et Chapsal ! Et 1938 ne le cède en rien à 1937 ! L’entente cordiale entre l’Église et l’État français ne fait que s’affirmer et se consolider par de nombreuses manifestations officielles ou officieuses.Citons notamment : — la présence d’un membre du gouvernement au jubilé de Mgr Ruch, évêque de Strasbourg ; — la visite de la cathédrale de Bourges, par le Président de la République lors de son voyage dans l’ancienne capitale du malheureux Charles VII que ses vainqueurs, les Anglais, appelaient le « roi de Bourges » ; — le Congrès Marial de Boulogne-sur-mer que préside le Cardinal Liénart en qualité de légat pontifical et qui donne lieu aux splendides manifestations que l’on sait (débarquement de la statue miraculeuse de la Vierge) ; — la Semaine Sociale de Rouen consacrée à l’étude du problème de la « liberté » ; — la remise solennelle de la croix de la Légion d’honneur au T.C.F.François de Sales, Secrétaire Général de l’Institut 1.D.R.A.C.: Droit du Religieux Ancien Combattant. 38 LE CANADA FRANÇAIS des Frères des Écoles chrétiennes, par M.François Charles-Roux, Ambassadeur de France près le Saint-Siège ; — les honneurs toujours plus marqués réservés à l’éminent et populaire archevêque de Paris, le Cardinal Verdier : notamment, le 8 décembre dernier, présidence du 17e dîner de la Revue des Deux-Mondes, réunion qui, chaque année, groupe les plus illustres noms de la littérature, de la politique, de la diplomatie et de l’armée ; et, plus récemment, le 20 janvier, conférence retentissante faite, au Théâtre Marigny, en présence de nombreuses personnalités, de deux Ministres en exercice entre autres, et diffusée, par les soins de la Radio d’État, non seulement en France, mais jusqu’en Angleterre et même en Amérique ; — enfin et surtout — nous l’avons gardée pour la bonne bouche parce que vraiment symbolique — l’inauguration solennelle de la cathédrale de Reims, la cathédrale martyre de la Grande Tourmente de 1914-1918, aujourd’hui complètement restaurée, grâce à la générosité de nombreux amis de la France, en particulier de M.Rockfeller.Sans vouloir entrer dans le détail des cérémonies qui, pendant deux jours, les 9 et 10 juillet, firent alterner dans Reims, magnifiquement pavoisée aux couleurs pontificales et tricolores intimement mêlées, les réceptions officielles, la pompe liturgique et les représentations des
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.