Le Canada-français /, 1 janvier 1940, Saint François de Sales était-il naturaliste?
S.FRANCOIS DE SALES ÉTAIT-IL NATURALISTE ?Ceux; qui connaissent un peu l’œuvre de saint François de Sales savent que ce docteur de l’Église avait un rare talent pour tirer parti de l’observation des choses de la nature et qu’il a su le mettre à profit d’une manière merveilleuse.Si r ’on parle généralement de ce que l’on aime, il faudrait dire que saint François de Sales aimait surtout trois choses : Dieu, son prochain et la nature.Chez lui, les images de la nature se présentent fort à propos et viennent si bien illustrer ses raisonnements pour les faire accepter, qu’on se demande si le savant théologien n’était pas doublé d’un sagace naturaliste.C’est du moins ce que semblent révéler les écrits de saint François.Dans les lignes qui vont suivre, vous me permettrez de vous montrer des extraits de l’écrivain, non pour vous faire de la théologie, ce qui ne me conviendrait guère, mais pour faire voir comment il est possible d’utiliser en littérature et même en ascétisme les images familières des petites choses qui nous entourent et que nous ne savons pas toujours observer, Nous verrons rapidement quel fut l’homme, quelle fut son œuvre, et plus longuement le parti qu’il a su tirer de l’observation de la nature; nous nous demanderons enfin °i saint François de Sales mérite de figurer au catalogue des naturalistes.I S.François de Sales naquit en 1567, au château de Sales, près d’Annecy.Après avoir fait ses humanités dans cette ville, il étudia la philosophie et la théologie à Paris, puis le droit à Padoue.Il fut avocat à Chambéry, puis embrassa l’état ecclésiastique un peu contre le gré de son père qui finit par céder à ses instances.Ordonné prêtre, il fut chargé d’évangéliser les protestants de la région de Genève et eut beaucoup de succès, sans toutefois réussir à ramener dans le bercail de l’Église Théodore de Bèze, successeur de Calvin.En 1602, il vint prêcher le carême à Paris, devant la cour de S.FRANÇOIS DE SALES ÉTAIT-IL NATURALISTE ?447 France, et fut cette année même nommé évêque de Genève, à l’âge de 35 ans.Henri IV qui 1 aimait, aurait voulu le voir coadjuteur du premier cardinal de Retz, avec future succession au siège de Paris; mais François de Sales déclina cette offre et voulut rester attaché à son Église de Genève où il avait fait de nombreuses conversions et où la direction des âmes l’intéressait particulièrement.Son grand talent, sa profonde érudition, la douceur de son caractère et sa réputation de sainteté furent autant de moyens qui consacrèrent son influence autour de lui.Il mourut à Lyon en 1622 des suites d’une apoplexie, à l’âge peu avancé de 55 ans.L’œuvre littéraire de saint François de Sales comprend : 1) l’Introduction à la vie dévote ; 2) le Traité de l’amour de Dieu ; 3) plusieurs centaines de lettres ; 4) de nombreux sermons.Son ouvrage le plus connu est Y Introduction à la vie dévote que la librairie a largement popularisé.Vous devez tous avoir lu ce petit livre, ce qui m’exempte de vous dire ce qu’il contient.Si, par hasard, vous ne l’aviez pas lu, au moins une fois, il ne faudrait pas vous en vanter parce que vous auriez perdu l’occasion d’apprendre et même de vous convaincre que la vraie dévotion n’est pas un domaine réservé aux seuls religieux, mais qu’elle est aussi à la portée des personnes du monde.C’est bien ce que l’auteur a voulu démontrer.A l’origine, la matière de cet ouvrage était éparpillée dans un grand nombre de lettres qui n’étaient pas destinées au public.Un Jésuite, le Père Forrier, convainquit l’auteur qu’il fallait les réunir sous la forme d’un livre commode et facile à consulter ; ce qui d’ailleurs correspondait aussi au désir d’Henri IV.Cet homme de bon sens, aussi fervent catholique à cette époque qu’il avait été autrefois fier huguenot, voulait introduire la dévotion à la cour en y faisant connaître les idées du saint évêque.Dans Y Introduction à la vie dévote, comme dans toutes ses œuvres, saint François nous fait reconsidérer fréquemment la thèse de saint Paul sur la charité, au point qu’il ne sépare pas la vraie dévotion de cette dernière.« C’est, dit-il, la perfection de la charité.Si la charité est une plante, la 448 LE CANADA FRANÇAIS dévotion en est la fleur ; si elle est une pierre précieuse, la dévotion en est l’éclat ».Il veut rendre la piété aimable et nous conduire au ciel par les plus beaux chemins, nous avertissant toutefois que ces beaux chemins—on est au X\ IIe siècle—ont des pentes raides, des aspérités, des ornières ou encore voisinent des précipices dangereux.Laissons plutôt Bossuet juger cet ouvrage : « On reléguait dans les cloîtres la vie intérieure et spirituelle ; # on la croyait trop sauvage pour paraître à la cour ou dans le mon-« de.S.îrançois de Sales a été choisi pour l’aller chercher dans « sa retraite et pour désabuser les esprits de cette créance perni-« cieuse.Il a ramene la dévotion au milieu du monde ; mais ne (( croyez pas qu’il 1 ait déguisée pour la rendre plus agréable aux « yeux des mondains ; il l’amène dans son état naturel, avec sa
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