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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Lettre à l'américaine (poésie)
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1940-03, Collections de BAnQ.

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LETTRE A L'AMÉRICAINE " Comment vous rassurer sur notre sort, Madame ?Vous que Paris fêtait hier comme une sœur.Vous nous avez écrit d’Amérique .Douceur De sentir, par-dessus l’Atlantique, votre âme Bondir spontanément vers notre Europe en feu ! Mais une question que ce message pose, En nous touchant beaucoup, nous déconcerte un peu, Tant chacun de nous sent la justice de Dieu, Garante de nos droits, assurer notre Cause: Qu’avez-vous donc, au seuil de cette guerre, écrit ?« Mon cœur va partager de loin votre souffrance .Ah .'femmes de là-bas dont le sort m’attendrit, Comment, à mon retour, trouverai-je la France ?» A cette parole, il faut répondre par un cri.Permettez qu’au poète un combattant le dicte Puisqu’ un verbe énergique est permis aux héros.« Madame, il ne faut point s’attarder sur nos maux.Certains États, du monde, ont bravé la vindicte.De ceux-là vous pouvez vous demander comment Vous les retrouverez au soir du Règlement.Mais la France, pareille au contraire à soi-même, Alors qu’une ère, en plein chaos, allait finir, Entreprend d’étayer, à ses frais, l’avenir.Telle que l’étranger, depuis des siècles, l’aime, Intacte en son esprit et neuve dans sa chair, Vous la reverrez donc.Et, demain pas plus qu’hier, Vous n’aurez à porter le deuil d’une immortelle.Devant sa patience, aviez-vous douté d’elle Et que son cœur gentil fût inapte au courroux ?Elle riait au temps où vous lui disiez : « Sous Vos pieds, regardez donc l’abîme qui se creuse ?» Folle France ?non pas, mais France aventureuse Qui peut compter sur le miracle : il vient toujours ! Cette grande Ingénue est un grand Capitaine ! Quand vous pensiez qu’elle courait la prétentaine.C’est qu'elle vous cachait ses plus hautes amours ! 1.Dans la livraison de décembre 1939, pages 337-340, on a pu lire un poème du même auteur « Au premier combattant canadien », et une note sur l’écrivain, Suzanne Malard.Aux créations radiophoniques citées alors : France-Canada, Le Dieu vivant, et la Nativité, il faut ajouter Laënnec et Génie français.N.D.L.R. LETTRE A l’AMÉRICAINE 647 Je n’ai pas oublié que, l’autre année, à cause De notre hardiesse à goûter le poison, Vous soupiriez : « La France ?elle se décompose ! Est-ce une maladie incurable ?» Mais non : Ce n’était qu’un accès de fièvre saisonnière Qui purge les humeurs et rafraîchit le sang.La race la plus vieille est la plus printanière.Parfois, la France a des langueurs d’adolescent ; Mais le premier assaut la retrouve majeure ! Ayant gagné d’abord la paix intérieure Nous reprenons haleine alors que vous tremblez ; Dans la pénombre bleue où notre ardeur s’occulte, Des faux dieux, nous avons répudié le culte ! Madame, il n’est plus temps de crier : casse-cou A nos frivolités comme à nos imprudences; Ce que nous défendons, c’est nous, c’est vous .c’est Tout ! Ce sont nos libertés .et vos indépendances, Les bords du Nil autant que les rives du Rhin, Le rire de Shakespeare et les pleurs de Chopin, Et plus loin, c’est encor Maria Chapdelaine, L’œuvre de Lafayette et l’exemple si clair Donné par votre inoubliable Alan Seeger ; Plus haut que tout cela, c’est la Personne Humaine, C’est le Dieu d’Israël, et le Dieu des Chrétiens ! Ne doutez pas alors que, sur votre bannière, C’est les Quarante-Sept Etoiles ! De vos biens, Quoi qu’il doive advenir, nous restons les gardiens.Ainsi, Madame, la menace meurtrière Qui, sur ceux de l’avant et sur ceux de l’arrière.Plane, nous troublait moins que l’insécurité Où l’Europe risquait de perdre sa santé.Ah l dites-le de notre part aux Amériques : Des monuments détruits, fussent-ils historiques, De clairs foyers éteints, de beaux destins fauchés Pour la rémission commune des péchés, Sur des cœurs arrêtés, des milliers de croix neuves, Les cris des orphelins, le silence des veuves Et faut-il le prévoir ?— des nappes de gaz ou Une invisible invasion de bactéries, Les empoisonnements succédant aux tueries Mais précédant le jour du Grand Rachat — non tout Cela n’altérerait, ni le corps, ni l’essence, Ni les traditions, ni l’esprit de la France ! 648 LE CANADA FRANÇAIS Quant à son âme, on ne peut pas l’asphyxier ! Et là-haut, pour hâter le Matin Justicier, De Clovis à saint Louis, de Bayard à Turenne, De Hoche à Foch, nos grands Chevaliers font la chaîne, Car tout notre Passé garde notre Avenir 1 Le Nouveau Continent, dans l’Ancien, peut venir : Quand, à ses paquebots, il permettra nos hâvres, Y trouvera-t-il tout ce qu’il trouvait hier ?Il ne trouvera plus, dansant sur des cadavres, Cet histrion aux tours usés, Adolf Hitler, Ni, sur le dos sanglant des Polonais, la schlague.Les germes de la Paix ne seront plus moisis Par le débordement des microbes nazis.Non, Vienne la Valseuse et l’Amazone Prague.N’auront plus de bâillon et les trésors de l’art Ne seront plus les prisonniers de sacs de sable .Mais rien d’essentiel ne sera perdu, car Tout notre patrimoine est inaliénable.Et ce qui ne peut pas s’apprendre en vingt leçons, Des recettes de grâce et des cours d’héroïsme : Savoir plaire et savoir mourir, mille façons De tout transfigurer, même le machinisme, Les lois du Sacrifice et celles du Baiser, Le secret délicat de s’immortaliser, Le goût d’écrire avec son sang une épopée, L’art de faire un bouquet, de tremper une épée, De rire sans éclat, et de pleurer sans bruit, De ne pas se parer le jour comme la nuit Et de rester viril sans cesser d’être tendre, La forme d’une robe et la courbe d’un vers, Dans Paris demeuré l’aimant de l’univers, L’Amérique pourra toujours venir l’apprendre.En nous offrant des vœux, vous aviez ajouté : « Comme je vais souffrir avec chaque Française l » Ah 1 Madame, plutôt que de nous plaindre, plaise A Dieu que vous veniez auprès de nous lutter Et voir combien un peuple est beau quand il s’expose, Même quand son panache, il le porte au dedans.Pour accorder le vôtre à nos destins ardents, Attendrez-vous, au loin, que la Victoire explose Et que notre pays se rende le loisir D'allier tendrement le laurier à la rose, A la raison, la grâce, au devoir, le plaisir ?Ce n’est pas aux lampions rouges d’un jour de fête LETTRE A L’AMERICAINE 649 Mais aux pâles lueurs d’une lampe tempête Qu’on se connaît le mieux ! Ah ! que ne pouviez-vous, De Paris alerté, venir prendre le pouls : La résistance de son cœur, vous l’auriez sue ! Lorsque, pour interdire à jamais toute issue Au barbare, un pays se lève tout entier, C'est l’admiration qui sied, non la pitié.Le monde a désormais Paris pour conscience.Madame, en attendant de retrouver la France, Propagez son nom, épousez son courroux, Et, devant vos amis, soyez fière de nous I Suzanne Malahd.Monte Carlo, décembre 1939.
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