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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Coup d'oeil sur les lettres polonaises
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Références

Le Canada-français /, 1940-04, Collections de BAnQ.

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COUP D’OEIL SLR LES LETTRES POLONAISES CONTEMPORAINES Les théoriciens totalitaires nous assurent souvent que la prospérité d’une civilisation dépend de la puissance politique de ses créateurs.Selon une telle opinion, les arts et les lettres ne sauraient fleurir au milieu d’un déclin national.D’autre part, les représentants d’un anarchisme intellectuel, doux ou amer, prétendent que l’esprit prend seulement son essor le plus magnifique lorsqu'il n’est pas entravé par des préoccupations communautaires, adoncques pendant les périodes où l’État se trouve aux abois, tandis que les individus jouissent, dans leur petit coin, d’un bonheur deBarbézieux favorable aux Muses.Chacune de ces deux hypothèses sur les conditions où naissent les siècles d’or de la littérature peut se prévaloir d’arguments historiques : le mécénat de Louis XIV, Shakespeare contemporain d’Elizabeth, les grands auteurs espagnols témoins de l’apogée des Habsbourgs de Madrid, et puis la Renaissance italienne, l’époque de Weimar, l’hégémonie du drame Scandinave, entourées d’une atmosphère politique des moins brillantes.La littérature polonaise ne se range dans aucun des deux groupes.Elle n’a pas tiré tout le profit de l’ère des Jagellons et de Bathory, ni du geste de Sobieski, mais elle n’a pas non plus atteint les cimes pendant que la nation était désunie et humiliée.Les années les plus glorieuses des Lettres sar-mates se placent aux époques printanières de l’idée polonaise, quand, après des catastrophes, l’élite intellectuelle et morale préparait la résurrection de la patrie.Cela se confirme par l’exemple de la poésie que patronna Stanislas-Auguste Poniatowski, animatrice du mouvement qui aboutira à la Constitution du 3 mai 1791, et par l’épopée napoléonienne des Légions.Cela engendra les chefs-d’œuvres des grands romantiques, avant la guerre contre les Russes de 1830-31 et plus tard, avant l’insurrection malheureuse et généreuse, de 1863-65.Cela suscita une troisième fois les énergies les plus 732 LE CANADA FRANÇAIS sublimes de la poésie polonaise, à la veille de la Grande Guerre de 1914-18.Entre les deux époques où la veine créatrice fut la plus abondante, entre le Romantisme de Mickiewicz, de Slowacki et de Krasinski d’une part et la “ Mloda Polska ”, la “Jeune Pologne ” de la fin du XIXe et du début du XXe siècle d’autre part, se situe une période intermédiaire creuse, terne, faite pour mieux rehausser les réussites qui la précèdent et qui la suivent.La débâcle de 1863-65 avait profondément découragé et ébranlé la nation.“ Va-t’en, sois maudite, ô Poésie ! ”, s’écriaient les vaincus, las des illusions, du romantisme, de tous les élans vers la transcendance.La réalité matérielle demeurait seule respectée ; elle dictait l’admiration pour le travail “ positif ”, pour le progrès technique, pour les succès palpables.Un peuple chevaleresque comme les Polonais, où l’idéal du gentilhomme continuait à s’imposer aux descendants de l’aristocratie, les Magnats, aussi bien qu’à la noblesse terrienne, la Szlachta, et aux hommes nouveaux, intellectuels ou commerçants, fonctionnaires ou techniciens, qui formaient la classe bourgeoise, un peuple de spiritualistes passionnément attachés à leur Foi chrétienne et héroïque, s’imaginait pouvoir bouder les Saints qui n’avaient pas donné le triomphe terrestre de la bonne cause, devenir une race d’épiciers et de ce fait conquérir la prospérité matérielle.Mais la nature, pourchassée à l’aide de fourchettes et de couteaux, le romantisme polonais indéracinable, reparaissait toujours, en dépit de la couche réaliste dont on le couvrait soigneusement.Les petits poètes lyriques de cette période nullement grande, les Adam Asnyk et les Maria Konopnicka avaient beau célébrer à la manière de Sully-Prud’homme le progrès de la science, préconiser à la manière de M.Prud’homme la justice sociale qui établirait les grandes villes à la campagne, et affecter le scepticisme fatigué et résigné d’un Taine et d’un Renan : ils restaient romantiques dans l’âme et leur surface parnassienne ou naturaliste faisait ressortir avec une triste netteté les limites de leur modeste inspiration.Aux mêmes années de 1865 à 1890, trois excellents romanciers s’annoncèrent, se perfectionnèrent et donnèrent finalement la mesure de leur talent.L’un, ou plutôt l’une, Mme Eliza Orzeszkowa, très répandue de son vivant, en Pologne, COUP d’œil sur les lettres polonaises 733 comme à l'étranger, est aujourd’hui oubliée au delà des frontières de son pays.Elle s’apitoyait sur la destinée des pauvres et des persécutés, prêchait la fraternité universelle, pleurait et émouvait, en dessinant des paysages discrètement retouchés et des caractères fortement idéalisés ou noircis.Le deuxième conteur, Bolesaw Prus, de son véritable nom Aleksander Glowacki, le plus profond psychologue de la triade, n’a jamais connu de succès à l’étranger, mais il est demeuré pour ses conationaux un maître de la prose narrative.A juste titre, car il évoque avec une fidélité étonnante les milieux qu’il a coudoyés.Or, en journaliste qui a roulé sa bosse à travers tant de paysages différents, il a étudié toutes les couches de la société polonaise, depuis l’aristocratie jusqu’aux cultivateurs les plus miséreux, aux ouvriers et aux prolétaires juifs.Doué d’une grande dose de charité, mais aussi d’un sens de la vérité crue et d’un humour qui le préservent de déclamations trop pathétiques, Prus nous a tracé un panorama attrayant et convaincant de son monde, où même des figures aussi pures que l’inoubliable Madzia ne paraissant plus être du domaine de l’invention littéraire.Les scènes de Varsovie sous le signe du positivisme, d’un fiévreux “ enrichissez-vous ” et de regrets romantiques invincibles, ce théâtre de cent et cent figures superbement vivantes, il garde sa valeur documentaire à côté de son rôle d’œuvre artistique.“ La Poupée ”, “ Les Emancipées ” se classent près des romans contemporains d’Alphonse Daudet et de Theodor Fontane, tandis que la saisissante reconstruction historique “ Pharaon ” rappelle à la fois “ Salammbô ” et les doctes récits égyptiens d’un Georg Ebers.Mais nous ne serions pas en Pologne si l’aventure du téméraire souverain, ennemi de la superstition, ne recouvrait pas un second sens, caché devant la censure russe: l’éternel espoir d’une résurrection polonaise.Chez Henryk Sienkiewicz, la tendance nationale ne se sert qu’une fois de pareil stratagème, mais dans un livre qui est peut-être le plus universellement connu de toute la littérature polonaise.“ Quo vadis ”, le triomphe de l’esprit opprimé sur la force brutale, la victoire du Christianisme honni et tourmenté sur la Rome impériale, promet aux Polonais qu’ils auront, eux aussi, gain de leur sainte cause, en dépit des bourreaux qui les maltraitent.Très habile peinture de l’Urbs aux temps de Néron, roman historique à l’égal de “ Fa- 734 LE CANADA FRANÇAIS biola ” ou des “ Derniers Jours de Pompéi ”, ce “ best seller ” qui apporta a son auteur une renommée mondiale et le prix Nobel, n’est pourtant pas son titre le plus sûr à l’immortalité.Sans souscrire entièrement au réquisitoire de M.Léon Daudet, nous admettons que les tableaux romains de Sienkiewicz ressemblent dangereusement aux peintures de Siedmiradzki, des Piloty ou des Munkàcsy, goûtées par leurs contemporains, mais moins par la postérité.Tout autre est le cas de la “ Trilogie ” : “ Par le Feu et par le Glaive ”, “ Le Déluge ” et “ Messire Wolodyjowski ”.Là, Sienkiewicz ressemble à son compatriote Kossak, le maître inégalé dans l’art de dessiner batailles, chevaux et cavaliers.Cette épopée des luttes polonaises contre une douzaine d’invasions étrangères ne périra pas, ne pâlira point, malgré les critiques que des rats d’archives, de pédants linguistes ou des adversaires politiques ont formulées contre l’exactitude de telle donnée, de tel portrait de telle tournure, ou de telle opinion.Sienkiewicz nous raconte dans une série d’épisodes hallucinants, la résistance que la Pologne, mal organisée, aimant ses aises, lente à se réveiller, à opposée aux assaillants les mieux préparés et les plus redoutés.Rien, ni la formidable puissance suédoise, ni la supériorité écrasante de l’avalanche turque, ni la terreur qui précède les Tartares, n’arrive à bout d’une volonté collective indomptable, d’une conscience nationale qui connaît des erreurs et des doutes, mais jamais ni défaillance, ni forfaiture.La profonde impression qui se dégage de la “ Trilogie ” n’a pas changé depuis 50 ans, et davantage, qu’elle enchante ses lecteurs.Elle surgit dès la première scène, aux confins de la steppe, où Chmielnicki échappe à la poursuite des sicaires, et elle ne s’affaiblit pas jusqu’au triste épilogue de Kamieniec, pris par les Ottomans, après l’ultime sacrifice du vaillant “ petit chevalier ” Wolodyjowski.Que de figures qui n’ont rien de livresque : un prince Jarema, un prince Radziwill ! Que de scènes ; étincelants spectacles historiques, comme le banquet où s’accomplira la trahison de l’ambitieux oligarque lithuanien qui s’allie aux Suédois ; petite idylle amoureuse, marivaudage de Kmicic, automne érotique de Wolodyjowski ; et surtout des passages qui rejoignent la grande poésie épique populaire, ainsi la naissance des vers qui chanteront Tuhaj-Bey, menaçant et courroucé.Sienkiewicz a retrouvé la verve de sa “ Trilogie ” pour écrire le procès des “ Croisés ”, des Chevaliers Teutoniques, COUP d’œil sur les lettres polonaises 735 fléau des Polonais et des Lithuaniens paisibles.Mais les romans contemporains, analyses psychologiques dans le style de Bourget, ” Sans dogme , La famille Poaniecki ont singulièrement vieilli et ne conservent plus la fraîcheur des fresques que Prus nous a laissées de son époque.De la vérité, fût-elle répugnante, de la psychanalyse avant le mot, nous saisissons cela chez le dernier-venu des remarquables écrivains polonais du positivisme-réalisme-naturalisme, chez Mme Gabriela Zapolska.Elle fit scandale, par sa vie et par ses œuvres ; elle ne le ferait plus de nos jours.Pourtant, en pleine respectability troublée par la première vigoureuse offensive du marxisme, les révélations de l’hypocrisie bourgeoise — *' La morale de Mme Dulska , de fausses virginités et de tout un ordre faussement établi enchantaient les chercheurs de sansations et révoltaient les conservateurs.Mme Zapolska qui avait fait son stage comme actrice chez M.Antoine — l’homme du théâtre, et non pas le coiffeur — posait et récitait de beaux vilains rôles, quand elle dressait ses cinq actes d’accusation sur la scène ou dans ses romans-plaidoyers.Cependant, elle a été seule à dire et à décrire, beaucoup de choses, “ dont on ne parle pas ” et qu’elle a revendiquées pour la littérature.L’ardeur de la moraliste excusera la morale trop ardente au nom de laquelle Mme Zapolska a défendu une conception rousseauiste des droits de l’instinct.Déjà une pléiade de grands poètes s’associe aux plaintes et aux complaintes que les écrivains positivistes avaient poussées sur un mode resté invariablement mineur.L’interrègne de la prose didactique était terminé.De 1890 à 1900, Wys-pianski, Kasprowicz, Zeromski, Tetmajer et Reymont entrent dans l’arène littéraire.Quatre d’entre eux sont d’une inspiration lyrique par essence, le cinquième est d’une facture puissamment épique, Ce qui les réunit, sous le signe de la “ Mloda Polska ”, c’est le retour aux traditions franchement romantiques.Le faux positivisme, le truqué qui inhère aux œuvres de la période précédente, cède la place à un élan enthousiaste très polonais, même quand il affecte des allures internationalistes, très spiritualiste, même lorsqu’il se complaît dans des blasphèmes.Prenant leur départ d’un socialisme prométhéen, tous les cinq maîtres de la “ Jeune Pologne ” aboutissent au même but, à l’ombre de la Croix du Seigneur et du drapeau de la Rzeczpospolita. 73G LE CANADA FRANÇAIS La voie leur a été désignée par les deux modèles qu’ils admirent et qu ils s efforcent d’imiter, par Slowacki —dont on veut faire le roi des poètes polonais, en détrônant Mickie-wicz — et en méprisant Krasinski et par Cyprian Norwid, contemporain des positivistes, méconnu, inconnu, et considéré comme fou.C’est donc la revanche de la poésie pure, ce sera le symbolisme, le néoromantisme tel qu’il s’élève un peu partout en Europe, à la fin du siècle passé.La rue de Rome, d’Annunzio, Stephan George, Hofmannsthal s’apparentent à la Moda Polska et ce contact ne reste pas de la pure théorie.Un intermédiaire très méritant, Miriam — qui est M.Zenon Przesmycki dans le civil et qui sera plus tard ministre éphémère des Beaux-Arts en Pologne ressuscitée — puise aux sources du symbolisme français et en traduit les vers représentatifs, alors que verte, oh, combien verte était l’âme de Paris poétique.Stephan George apprend le polonais pour traduire les strophes d’un ami sarmate.Enfin, a Vienne, à Berlin et à Munich, les coryphées du Parnasse polonais coudoient les champions de l’Art pour l’Art allemand et autrichien.Deux écrivains, longtemps surestimés, mais dont on ne saurait nier l’importance comme animateurs, appartiennent même simultanément aux deux littératures polonaise et allemande : Tadeusz Rittner, dont l’affinité élective avec Schnitzler s’explique probablement par une affinité raciale, et Stanislaw Przybyszewski, qui par sa venue à Cracovie, où il débarquait de Munich et de Berlin, avec les derniers cris de guerre littéraire, germaniques et Scandinaves, déclencha le mouvement de la Moda Polska.La palme échoit d’abord à Kazimierz Tetmajer.C’était un chantre des névropathes, des pessimistes et des amoureux transis.On chuchotait, en s’essuyant les larmes, les tendres minauderies qu’il exhalait dans des vers mélodieux et suggestifs (le fameux “ m’ow do mnie jeszcze ”), on s’enivrait du suave poison.Soudain, M.Tetmajer abandonna ses faiblesses et magnifia la force, la nature grandiose des monts Tatras, les passions élémentaires qu’elle déchaîne.Cela nous gratifia d’un nombre de contes et de descriptions qui s’inscrivent dans le trésor impérissable de la prose polonaise.Mais alors, la veine féconde du poète se tarit.Depuis la dernière guerre, il s’est tu dans un silence tragique.Il a longtemps survécu à sa gloire. COUP d’œil sur les lettres polonaises 737 Celle de Stanislaw Wyspianski n’a cessé de croître depuis la mort précoce de ce génial dramaturge, le plus grand, avec Sowaski, de la littérature polonaise.Pourtant, Wyspianska, de même que son illustre prédécesseur, n’est pas un routinier de la scène ; son génie est plutôt lyrique et la forme théâtrale qu’il choisit pour ses œuvres ne nous trompe pas sur leur caractère : elles reflètent des états psychiques du poète, exposent des idées et des sentiments, pour autant qu’ds ne sont pas de la musique, toujours et encore.Car, chez Wyspianski, les frontières de la peinture, de la musique et de la poésie sont inexistantes.Peintre inspiré, pionnier, dans ce domaine, de l’art nouveau, élève des préraphaélites et des symbolistes, il est en outre fortement marqué par Richard Wagner, dont il épouse et applique les théories du Gesam-tkunstwerk.Nous en avons des échantillons merveilleux dans la " Légende ”, qui transpose aux bords de la Vistule et aux pieds de la colline du Wawel l’atmosphère de 1’ “ Or du Rhin ’ , dans 1’ “ Akropolis ”, où un classicisme quelque peu bizarre fait irruption dans un paysage romantique de spectres et de sortilèges.Le même visage, très personnel et impossible à méconnaître, nous contemple de rapsodies patriotiques, telles la “ Varsovienne ” ou la “ Légion ”, de mélodrames puisés dans les petits faits de la vie paysanne, “ Les Juges ” et “ L’Anathème ”, et dans le chef-d’œuvre du poète, les “ Noces ”.Ce mystère fut traduit en français, d'ailleurs fort bien, et représenté par des acteurs d’avant-garde : l’impression fut déconcertante, car cette vision archi-polo-naise ne se prête à aucun changement de lieu.Elle adhère à la glèbe qui l’a produite.Chaque figure, chaque épisode, chaque pensée, chaque phrase, chaque parole des “ Noces ” demanderait en dehors de la Pologne, de longues explications qui troubleraient les non-initiés au lieu de les informer.Les commentaires auraient à commencer par le genre de ce spectacle.C’est une “ szopka ”, un jeu de Noël, que le peuple polonais aime à voir.Des marionnettes s’y meuvent, chacune pourvue d’un type stabilisé par la tradition, comme dans la commedia dell'arte.Mais ces actions naïves et conventionnelles servent depuis toujours en Pologne à une critique acerbe des faiblesses humaines, des maux de la société et des événements politiques.W’yspianski respecte les éléments de la 738 LE CANADA FRANÇAIS szopka ” et il en forge un ensemble tout neuf.Il montrera à ses compatriotes le sens profond de leur passé, de leur présent et de leur avenir ; il corrigera leurs erreurs futures par le souvenir des fautes passées ; il fera défiler les représentants de toutes les classes, en leur prêchant l’union nécessaire.Mais du pédantisme didactique, aucune trace ! Un charme indicible enveloppe ce songe d’une nuit de noces, nous transporte loin de la laide réalité et nous fait oublier que nous assistons, au fond à un cours de solidarité nationale et d’activisme combattit.Chose curieuse, ce mystère raconte, d’ailleurs assez fidèlement, les véritables noces d’un artiste noble, Wlodzimierz Tetmajer, frère de Kazimierz, le poète, avec une belle paysanne des alentours de Cracovie.Wys-pianski y assista il imita d’ailleurs l’exemple, en s’alliant lui-même à une fille de la campagne —, observa les hôtes et célébra l’alliance symbolique des seigneurs et du peuple, la réalisation du rêve de Krasinska, le miracle : “ jeden tylko, jeden cud, z szlachta polska polsJci lud ”.Et la fantaisie dramatique du poète atteignit pourtant un tel degré de réalisme que les prototypes des personnages de cette “ szopka ” s’offensèrent ou se délectèrent à se contempler au théâtre, que tout Cracovie se montra des doigts les originaux de chaque personnage des “ Noces ”, Aujourd’hui, où l’intérêt d’actualité a disparu, la pièce nous ensorcelle comme peinture, située dans le temps et dans l’espace, d’un aspect de l’éternelle âme polonaise, multiple et complexe.Wyspianski, rejeton de petite noblesse déchue, contemplait toutefois le peuple du haut d une position sociale privilégiée.Ainsi que tous les principaux poètes de sa nation, il appartenait aux classes dirigeantes.La distance qui séparait, à l’intérieur de celles-ci, le magnat millionnaire Krasinski d’un terrien aisé comme les Orzeszko, les Tetmajer ou les parents de Mme Zapolska, d un petit hobereau embourgeoisé comme les Glowacki (Prus), les Sienkiewicz (aux origines probablement tatares) ou les Slowacki et même d’un pauvre hère de tout petit gentilhomme de province comme les Mic-kiewicz, était moins grande que 1 abîme qui s’ouvrait entre ce dernier, ou Wyspianski, et les paysans, jadis serfs taillables et corvéables à merci.Avec Jam Kasprowicz, les manants authentiques occupent pour la première fois un rang supême dans la littérature COUP d’œil sur les lettres polonaises 739 polonaise.Ils font sonner d’emblée un son jamais entendu jusqu’alors.C’est une poésie rude, brutale, lourde, très proche du sol, arrosée de sang, nullement soucieuse de convenances, parfois obscène, presque toujours récriminatoire qui éclate comme un orage.Kasprowicz, fils de la terre grande-polonaise, de ces régions du Goplo, berceau de la Pologne, qui doivent prochainement — selon les vœux nazismes _ s’intégrer dans les marches du germanisme, s est croqué sans aménité dans le héros du second grand mistère de la littérature polonaise moderne, le “ Marcholt .Figure des romans populaires du moyen âge, apparentée à Lylenspiegel, Marcholt incarne la ruse paysanne triomphant du raffinement et la logique des intellectuels.Mais à l’égal de son prototype, Kasprowizc prend plaisir aux joies d un monde qui n est pas le sien et auquel il aspire d appartenir pour y régner, le manant cède aux charmes spirituels et matériels de la culture supérieure.Il s’assimile aux classes dirigeantes, non sans garder quelques débris de sa rusticité.Ainsi sera la carrière poétique de Kasprowicz.Tyrtée de la lutte des classes, condamné pour blasphème et pour instigation à l’émeute, il deviendra, au cours de trente ans de pèlerinage, un sage, pieux et respectueux des dogmes chrétiens.Il aura chanté, entre temps, les malédictions lancées à “ Un monde qui s’écroule ”, il aura entonné des “ hymnes ” d’une puissance majestueuse ; il se sera rallié à un amour fransciscain de toute chose et de toute créature, dans le “ Livre des Pauvres ”.Le poète, dont l’ascension artistique fut accompagnée d’une montée parallèle dans la vie quotidienne, s’appropria une culture immense.Autodidacte, il fit sur le tard son doctorat ès lettres, devint chargé de cours, professeur et finalement recteur de l’Université de Lwow.Sa mort, en 1926, fut un deuil national ; il s’éteignit, lui l’ancien anarchiste athée, en parfaite union avec l’Église, avec les pouvoirs établis et les traditions.Kasprowicz est de la race des poètes lyriques purs.Il ignore les contingences, il frôle sans cesse la transcendance.Maître du Verbe, il subit à son tour la tyrannie de son inspiration.Rien n’est artifice, dans ces éclosions d’un volcan tout en flammes, tout y est de l’art consommé.Les équivalences latines d’un tel génie élémentaire font défaut; chez les Germains, on hésite de le comparer à Blake ou à Hôlderlin. 740 LE CANADA FRANÇAIS Seuls des peuples primitifs déchaînent pareils torrents, nullement endigués, de paroles ailées et tonitruantes.Des peuples primitifs, restés en communion étroite avec la nature, des êtres où 1 ange et la bête se livrent bataille sous une couche peu résistante d’humain ou, si vous le voulez et dans le cas de Kasprowicz, d’humanités.Ces êtres, un autre fils de villageois, Wladyslaw Stanislaw Reymont, en a tracé le portrait dans ses immortels “ Paysans ”.Symphonie de l’année campagnarde, chant de la terre autour de laquelle tournent les convoitises et les passions, danse folle des instincts effrénés et liturgie sévèrement ordonnée des rites séculaires, cette marche solennelle des quatre saisons n’a rien de commun avec ce que l’on appelle la littérature régionaliste.Les auteurs français ou britanniques observent la vie rustique tantôt en châtelains affables, tantôt en intellectuels amusés, tantôt en visiteurs enthousiastes d’un bal costumé, tantôt en instituteurs désireux d'expliquer et d’éduquer, tantôt en artistes avides de couleur locale, tantôt en chercheurs sentimentaux d impressions de jeunesse ou en collectionneurs de souvenirs ancestraux.Reymont voit tout avec l’œil du paysan, acteur, spectateur et chroniqueur de l’épopée.Il ressemble aux narrateurs robustes des villages suédois et norvégiens , mais aussi a cet exemple unique de la compréhension parfaite d’un monde étrange, à Pearl Buck.Dans toute la littérature mondiale, rares sont les spécimens d’une parenté aussi étroite que celle qui réunit la “ Bonne Terre ” et les Paysans ’ .Est-ce là un témoignage pour l’unité de tout l’Orient, depuis les confins de la Pologne jusqu’au Pacifique, selon la theone de A4.A4assis, ou bien constaterons-nous simplement que les mêmes conditions atmosphériques et sociales suscitent les mêmes effets ?Quoi qu’il en soit, Reymont excelle à dessiner un milieu, un paysage, à camper ses héros et ses comparses, sans se servir de procédés photographiques et en usant d’un réalisme d’artiste.Avant de dépeindre la campagne, il nous a offert le tableau de Lodz, la “ Terre promise ”, enfer breughélien, aux séductions d’un paradis grossièrement terrestre.Il a décrit avec une veine entraînante la misère très vraie et les splendeurs factices des comédiens (“ Les ferments ”) et il s’est fait, à l’inverse des romantiques, l’avocats des saints préjugés bourgeois.C’est dans “ La Comédienne ” que l’on peut savourer l’humour macabre et la pénétration psychologique COUP d’œil sur les lettres polonaises 741 qui font de Reymont un analyste délicieux des âmes déséquilibrées.Le pauvre chef de gare, cocufié par la raison, dédoublé dans sa chétive personnalité, ne le cède pas au terrifiant “ Horla ” de Maupassant.Nous n’irons pas jusqu’à avancer que nous y touchons également à l’auto-confession de l’écrivain guetté par la folie.Toujours est-il que la part de l’expérience vécue est considérable dans l'œuvre de Reymont.D’ailleurs son existence troublée et mouvementée n’est pas le moins curieux de ses romans.Employé de chemin de fer, acteur sur les tréteaux, novice au célèbre couvent de la Jasna Gora, près de Gzestochowa, journaliste, globetrotter et finalement auteur couronné par le prix Nobel, châtelain et champion du traditionalisme, il nous prouve une nouvelle fois que le chemin de tout génie authentiquement polonais va tout droit vers la droite.A moins que ledit homme de lettres n’y ait siégé depuis toujours.Tel le baron Jozef Weyssenhoff, d’ancienne famille balto-allemande, polonisée depuis longtemps, critique spirituel et mordant de sa propre classe dans les deux égayantes satires à la Graindorge, « Pensées de Podfilipski » et l’« Affaire Dolega », puis héraut inspiré de la forêt lithuanienne, enfin mémorialiste de la trempe d’un Saint-Simon, plein de respect pour les Saints, plein de haine contre la simonie, en outre, hélas, pamphlétaire moins heureux qui vengeait ses déboires domestiques dans des romans à clé et par des algarades littéraires, où une plume tremblant de fureur desservait des idées presque toujours saines.Weyssenhoff est peut-être l’écrivain polonais dont la langue se signale par la plus haute perfection.Il se distingue par un soin de la forme que les traductions accomplies de M.Paul Cazin font ressentir avec beaucoup de netteté.Un sort néfaste a voulu que la carrière littéraire de ce grand seigneur fût brusquement interrompue par tant d’accidents du dehors.Sans cela, le nom de Weyssenhoff figurerait aujourd’hui de pair avec les Wyspianski et les Kasprowicz, les Reymont et les Zeromski, dont il fut le contemporain, l’égal en génie et souvent le supérieur en maîtrise de la forme.Par contre, trois autres coryphées des Lettres Polonaises passaient au début du XXe siècle pour appartenir au premier rang, mais ils ne résistent pas à l’épreuve d’un examen rétrospectif.M.Waclaw Sieroszewski, romancier naturaliste à la manière de Zola, a profité de l’auréole dont l’entouraient 742 LE CANADA FRANÇAIS à juste titre ses exploits patriotiques, son exil, ses recherches scientifiques en Extrême-Orient.Mais ses livres pleins d’un délire de sang et d’extase, imités d’après des modèles presque immédiatement palpables, ont rapidement vieilli.Il n’en reste que tel « Amour du Samouraï », paraphrase d’un conte chevaleresque nippon, et le respect qu’inspire le civisme, arrivé à un âge avancé et aux honneurs de Président de l'Académie Polonaise.Les drames grandiloquents, tout en pourpre et en nuées, de Micinski, symboliste et visionnaire, sont oubliés et on ne se rappelle que sa fin lamentable, tragique et mystérieuse au cours d’une jacquerie communiste.M.Waclaw Berent jouit par contre, à côté de M.Sieroszewski, d’une existence considérée d’académicien.C'est un écrivain finement cultivé, qui a accompli le mouvement vers la droite, si fréquent en Pologne ; ç’a été, il y a près de 40 ans, le prophète de l’émancipation de l’artiste, supérieur aux lois qui lient le simple mortel.C’est l’analyste minutieux de la bohème sarmate ou munichoise, de la société varsovienne d’avant-guerre.Il est devenu l’historiosophe du passé polonais depuis les partages.Enfin, nous lui devons un panorama moyenâgeux où s’affrontent, sous le signe de « Notre-Dame », de Victor Hugo, ménestrels, vagabonds, tsiganes et bourgeois, preux chevaliers et gentes dames.Mais M.Berent n’est pas le maître que l’on a prétendu vénérer en sa personne.Malgré le souci flaubertien et parnassien dont il a entouré son œuvre, l’auteur des « Pierres vivantes » ne saurait aspirer au rôle qui incombe à Stefan Zeromski, éternellement tourmenté par la Vie, jamais enfermé dans une Tour d’ivoire, ardent pécheur à qui Dieu accordera sans doute miséricorde pour ses élans généreux.Le zèle révolutionnaire de Zeromski ne procède pas de rancœurs héritées d’aïeux humbles et avilis, comme chez Kasprowicz.De même que Pilsudski, Moscicki et d’autres chefs socialistes aux origines mobi-liaires, Zeromski adhéra à la révolte prolétarienne, parce que celle-ci visait le Tsarisme, ennemi mortel de la liberté polonaise.« Flectere si nequeo superos, Acheronta movebo ! » Pour reconquérir l’indépendance, les patriotes s’alliaient à toutes les forces des tréfonds et des bas-fonds ; ils se seraient alliés au Diable, pourvu qu’il ait ressuscité la Pologne.Pourtant, le socialisme de Zeromski reposait encore sur une autre base, la pitié qui animait le poète envers tous ceux qui COUP d’œil sur les lettres polonaises 743 souffrent d’une injustice nationale, sociale, économique, érotique.Soumis aux caprices de ses nerfs, faible qui soupire après la force, masochiste qui se drape dans des allures sadiques, sensuel et presque érotomane, artiste né, grand seigneur qui abhorre son milieu de semi-prolétaire intellectuel, Zeromski exhibe toutes ses propres misères et celles des collectivités, nationale et sociale, auxquelles il appartient, dans une longue série de poèmes lyriques en prose qui s’intitulent romans.Il ne sait pas, ou ne veut pas, composer ; il manque de discipline.Il prétend refléter la vie, mais il présente souvent des fantômes, des allégories, des idées ambulantes, des hommes-types, des porte-parole de l’auteur.N’importe, le décor de ses récits est presque toujours beau et vrai, magistralement évoqué et plein d’un charme magique.Pêle-mêle avec des ombres pâles et des abstractions apparaissent des hommes, comme vous et moi, et mieux que nous, pis que nous, des créatures magnifiques ou pitoyables qui font vibrer toutes les cordes de notre sentiment.Zeromski est très grand, dès qu’il ne se fie qu’à son lyrisme ; il déçoit partout où il accuse l’insuffisance de sa technique.Il est très grand, quand il fait revivre devant nous telle scène dantesque, la bataille autour de Saragosse, à l’asile d’aliénés : récemment la vie nous a cruellement permis de contrôler cette vision infernale, lorsque Polonais et Allemands se sont combattus à l’intérieur d’une clinique de fous, à Lwow.Zeromski nous suggère les magnificences des montagnes, Karpathes et Alpes — qu’il connaît et qu’il aime —, les mirages blancs d’un fleuve couvert de glaçons, le rythme endiablé d’un « kulig », d’une folle course en traîneau à travers un paysage polonais hivernal.Il excelle à évoquer certaines périodes du passé adéquates à ses sympathies : pour ne nommer que les épisodes maçonniques de « Cendres ».Enfin, il s’élève très haut, quand il nous chante en des accords puissants, tel exploit de l’histoire ou de la préhistoire, une légende ou un mythe.Ainsi, nous réservons notre admiration pour le « Chant héroïque en honneur du hetman (Zolkiewski) », pour les ballades en prose, consacrées au « Vent de la Mer », qui devrait et qui doit souffler à travers la Pologne.L’épopée de l’époque napoléonienne « Cendres » est riche en fragments ensorcelants, mais le tout manque de cohésion.Ce 744 LE CANADA FRANÇAIS qui correspond le mieux aux exigences d’une composition raisonnable et de l’harmonie artistique, ce sont sans doute les romans autobiographiques : (( Les travaux de Sisyphe » (tableau de l’école russe en pays polonais) et « Le fleuve fidèle ».Nous ne saurions signer les louanges que la critique polonaise a décernées aux « Hommes sans foyer », ni à l’« Aube du printemps », rêveries utopiques, nébuleuses, sensibleries sociales qui ne valent que pour leur témoignage documentaire.Enfin, le livre le plus discuté de Zeromski, « L’histoire d’un péché », frise la pornographie, tient du roman-policier, s’abaisse parfois jusqu’au roman-feuilleton et ne rachète pas ces faiblesses par la force des couleurs criardes qu’il emploie.On a beaucoup vanté Zeromski dramaturge.A tort, si l’on s’en tient à (( La Rose », grand spectacle politico-révolutionnaire désespérément embrouillé ; à raison, si l’on cite la tragédie aux traits antiques « Turon » (épisode de la jacquerie de 1846).Une charmante comédie, « Ma petite caille s’est échappée », ou le jeu de l’amour et de l’instruction primaire, une pathétique machine historique « Sulkowski » profitent des sentiments civiques qu’ils éveillent pour faire recette et presque figure de chef-d’œuvre.Le drame polonais contemporain forme d’ailleurs un mélange singulier du sublime — Wyspianski —, de splendides pièces à thèse — Rostworowski —, d’excellentes comédies satiriques — Mme Zapolska, Grubinski, Perzynski —, d’un riche théâtre de poètes — Lucjan Rydel, Staff, Sza-niawski, Milaszewski —, de perçantes analyses psychologiques — Kisielewski, Mme Rygier-Nalkowska -— et d’une production de marchandises dramatiques faciles à écrire, à digérer et à négliger.Le comte Karol Hubert Rostworowski nous rappelle souvent le vicomte François de Curel.C’est un observateur désabusé de notre triste espèce, auquel ne manquent ni la charité, ni la haine sacrée.Ses conceptions sociales sont au fond celles du « Repas du Lion », mais son catholicisme, rigoureux, quoique nullement rigoriste, est libre des éléments panthéistes qui se rencontrent chez le châtelain de Ketzing.De même que Curel, Rostworowski, solitaire plein d’orgueil, aimait pourtant le commerce du peuple ; il détestait l’atmosphère corrompue des cités industrielles et se délectait au contact de la nature.Une puissante trilogie, où le motif COUP d’œil sur les lettres polonaises 745 central, la malédiction qui s’attache à la possession des richesses, nous évoque les origines wagnériennes de Rostwo-rowski, mélomane et fin connaisseur du drame musical, décrit l’ascendance et l’ascension d’un fils de paysans savant, fiancé d’une dame de la « haute », regorgeant d’instincts primitifs, mais extérieurement civilisé, qui échoue devant le port.Le « déménagement » — ainsi s’appelle l’une des trois pièces du cycle — n’a pas réussi, l’étape nécessaire était trop courte ou elle a débuté par un start infortuné.Oui, le désordre social de notre temps nous amène tous à « déménager ».Car c’est l’« Antéchrist », ou, comme disent les Polonais, l’« AnO'-Christ », qui séduit et sévit sur cette planète.Et le Père céleste contemple avec effroi ses « Enfants terribles » qui déraisonnent.Avant d’avoir composé les deux pièces, dont nous venons de citer les titres, et un troisième, « Charité », Rostworowski s’était préoccupé plutôt de l’individu, des secrets du cœur et des mystères de l’âme.Son « Caligula » et son « Judas Ischa-riote » étudient avec infiniment de tact deux hommes que nous considérons généralement comme des monstres et qu’il nous montre comme de pauvres mortels, désaxés par le contact avec le Divin.Ni M.Waclaw Grubinski, ni Wlodzimierz Perzynski ne s’élèvent à pareille hauteur, ne pénètrent en pareille profondeur.Leurs agréables et parfois désagréables tableaux de mœurs sont le type polonais du théâtre des Boulevards — une comédie légère de M.Grubinski a soutenu l’épreuve d’une présentation au public parisien —.Perzynski s’est beaucoup plus distingué par ses romans, chroniques fidèles de la vie varsovienne, adroitement composés et sous ce rapport nettement supérieurs à tant de volumes d’auteurs polonais plus célèbres.Une étoile qui s’était soudain révélée, mais qui s’éteignit rapidement, J.A.Kisielewski avait dénoncé, en plein nietzschéisme et ibsenisme de 1900, les mœurs et l’amoralité des surhommes et des surfemmes.Personne n’a plus tard retrouvé la verve de ses « Caricatures ».Plus récemment, analyse psychologique et critique sociale se sont unies chez Mme Rygier-Nalkowska pour nous valoir des pièces habilement bâties, mornes et pessimistes.De même que Perzynski, cette femme auteur s’impose davantage par ses romans, dont un (( Le mauvais Amour », est un chef-d’œuvre, digne de figurer à côté de « Mme 746 LE CANADA FRANÇAIS Bovary » et une monographie du bovarysme en province polonaise.Le théâtre des poètes enchante en tant que poésie, mais moins dans le domaine du théâtre.Mais il y a des exceptions à cette règle, parmi lesquelles nous ne mentionnerons que Lucjan Rydel, ami, rival et élève de Wyspianski, et, de nos jours, M.Stanislaw Milaszeivski, Rostand sarmate d’une d’une faconde enviable.Nous voudrions pouvoir magnifier le drame symboliste de M.Leopold Staff; nous préférons cependant constater que ce très grand poète lyrique est maître dans le genre littéraire où il est devenu le maître de deux générations d’acolytes.Après Kasprowicz, c’est l’artiste le plus spontané, le plus parfait du Verbe rythmé, un artiste plus conscient et plus consciencieux.Parnassien ou plutôt néoclassiciste quant à la forme, prométhéen quant à la pensée, chantre de « Rêves de Puissance » qui firent époque dans la poésie lyrique polonaise, il s’est rapproché, à l’égal de Kasprowicz, de la tradition chrétienne.Sa facture extérieure est pourtant restée la même, marmoréenne, un peu froide, soucieuse d’une discipline sévère.De Staff et d’un contemporain sensiblement plus herméneutique, Boleslaw Lesmian, — dont le « Pré » étonne par la richesse des accents et la singularité du vocabulaire — l’école du « Skamander » a pris l’essentiel de sa doctrine et de sa pratique.Ce groupe a dominé les Lettres Polonaises pendant plus de deux lustres, immédiatement après la dernière Guerre.Les poètes lyriques qui le composaient, MM.J an Lechon, Julian Tuwin, Jaroslaw Iwaszkiewicz, Antoni Slonimski ont vraiment renouvelé le vers polonais, non seulement en y introduisant pour la première fois les assonances, mais aussi en lui donnant un contenu violent, combattif, parfois vulgaire qu’il n’avait pas connu jusqu’à cette date.On imagine difficilement l’impression que firent les premiers défis poétiques lancés par M.Tuwin contre les pouvoirs et les concepts établis.Mais l’internationalisme révolutionnaire qui se manifesta surtout chez les adeptes sémites du « Skamander » s’assagit avec le temps.M.Tuwin qui a pesté contre les « Gardes Blancs )> et contre les généraux, ne persiste plus dans les aberrations de sa fougueuse jeunesse et M.Sonimski, pacifiste longtemps incorrigible, a abandonné, depuis un retentissant voyage à Moscou, toute illusion sur le bolchevisme.Même au temps COUP d’œil sur les lettres polonaises 747 où l’idéologie de MM.Tuwin et Sonimski nous invitait à de sérieuses réserves et où l’on ne pouvait que regretter certaine manières ultra-expressionistes du « Socrate dansant », nul ne songeait à contester les qualités de forme de ces deux poètes.La haute culture de M.Slonimski, alliée à une nostalgie un peu mièvre de la nature, la force verbale, la vituosité de M.Tuwin ont apporté à la littérature polonaise des éléments neufs exotiques, qui ne sont pas sans l’enrichir.M.Jan Lechon, très parcimonieux de ses rythmes, nous a toutefois laissé un poème sarmate — au titre impossible à traduire, « Karmazynowy poemat » — qui recrée merveilleusement l’atmosphère polonaise de sang, d’élan et de cran.Le service diplomatique qui empêche M.Lechon d’être plus fécond, n’a pas pesé avec autant de lourdeur sur M.Jaroslaw Iwaszkiewicz.Celui-ci a publié, à jet continu, de belles et mélancoliques poésies, des romans historiques ou contemporains, également mélancoliques, mais pas tous d’une égale beauté.Enfin, sans parler du menu fretin, deux outsiders féminins déambulent aux rives du « Skamander », Mme Maria Pawlikowska, héritière des petits poètes du XVIIIe, prétentieuse, précieuse et appréciable, Mlle Kazimiera Ilakowiczowna, ancienne secrétaire de Pilsudski, romantique née, très femme, très sensitive, semblable à « L’Oiseau qui pleure », dont elle parle dans une vision hallucinée, talent remarquable par ses qualités spontanées et par quelques tics qu’il a gagné à la fréquentation de mauvais maîtres.Venus après le « Skamander », les gens de la « Kwadryga » ne font que répéter, attaquer et continuer leurs prédécesseurs.En revanche, l’opposition contre les ex-révolutionnaires lyriques, qui correspondent en politique aux légionnaires pilsudskistes, s’est groupée dans différents centres provinciaux, à Wilno, à Poznan, à Lublin, à Lwow.Elle tend politiquement vers la droite nationaliste, vers les paysans de M.Witos ou vers l’extrême gauche.Plusieurs talents de première importance se sont annoncés.M.Bak, de Posnanie, promet après Jerzy Liebert, mort très jeune, un renouveau de la poésie religieuse.M.Madey, de Lublin, représente un lyrisme nourri par la sève du sol.Et la plus noble tradition romantique se prolongeait dans le cénacle de Medyka, près de Przemysl, où les Paivlikowski tenaient une 748 LE CANADA FRANÇAIS véritable cour des Muses, dont Maryla Wolska fut la reine.Enfin, nous devons quelques regrets à un fils prodigue que l’on a longtemps traité en enfant prodige, M.Emil Zegadlo-wicz.Ce malheureux et authentique poète avait touché par des strophes ivres de métaphysique, affamées de transcendance ; on le croyait sincère.Il nous a assuré depuis que tout cela n’aurait été que de la comédie, une affaire Léon Taxil, transposée en Pologne.Mais nous n’admettons pas la véracité de cette confession-accusation ex post.Des circonstances très tristes et un caractère déplorable ont fait du tendre poète du « Livre d’Heures » le pornographe exhibitionniste de romans quasi autobiographiques.Ce dernier n’appartient plus à la littérature, le poète qu’il fut y gardera sa place modeste.Le cas de M.Zegadlowicz nous confirme pour la tantième fois ce que nous avons noté chez Zeromski, l’intime connexion qui lie dans la littérature polonaise la prose narrative aux inspirations lyriques.Une autre preuve de ces attaches nous est fournie par les deux romanciers qui incarnent dans leur genre littéraire le courant idéologique de gauche : Andrzej Strug et Juliusz Kaden-Bandrowski.Strug, révolutionnaire de 1905, socialiste par ardeur nationale, a dessiné des portraits inoubliables des « Hommes souterrains », de ces nobles exaltés anti-tsaristes dont toute la vie se résume dans « l’histoire d’une Bombe ».Puis, Strug s’est copié lui-même dans une interminable série de livres, tous marqués par la tendance maçonnique, humanitaire à sa façon, non sans être pimentés par quelques grains de sang, de mort et de volupté.M.Juliusz Kaden-Bandrowski s’est muni des mêmes ingrédients, mais il cuisine mieux, avec plus de goût et de science.Son « Arc » et son « Général Barcz » sont des images saisissantes, fidèles et ahurissantes du chaos moral dans lequel se battait et se débattait la Pologne, pendant la dernière « Fraîche et Joyeuse » et immédiatement après.Même si nous n’insistons pas sur les éléments qui font de ces deux livres des romans à clef, l’intérêt qu’ils provoquent reste incontestable.Nous en dirions autant pour le cycle des « Ailes Noires », si le palpitant sujet : classes sociales et partis politiques face aux tentatives d’un nouvel ordre moral, n’était pas grevé d’une lourde hypothèque : une décomposition formidable qui permet à peine de suivre les coup d’œil sur les lettres polonaises 749 intrigues, défaut auquel s’ajoute un style biscornu qui est de l’homme même.Ou bien, M.Kaden-Bandrowski, aspire-t-il à tenir une gageure singulière, de ne jamais obéir à son meilleur Moi artistique ?Nous sommes enclins à le supposer, car dans ses livres de souvenirs il est d’une simplicité heureuse, et il nous y émeut par les moyens les moins compliqués.« La Ville de ma Mère », et d autres récits de cette trempe, font ressusciter Cracovie d’il y a près d un demi-siècle, tout un monde de cousins et de cousines, d’oncles et de tantes, un piccolo mondo antico, délicieux, harmonieux, cérémonieux.Commémorer, dépeindre le « Pays des années enfantines », c’est là un thème favori du roman polonais contemporain.Nous pouvons même soutenir qu il puise dans ces souvenirs sa plus attrayante source créatrice.Non seulement des livres comme la « Ville de ma Mère » de M.Kaden-Bandrowski ou le charmant « Cap de Bonne Lspérance » de M.Zygmunt Nowakowski, mais aussi une impressionante théorie de tableaux de la Pologne, depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à la Grande Guerre de 1914-18, remontent à des impressions de jeunesse romancées.Nous nommons avant tout les magnifiques « Nuits et Journées » de Mme Maria Dabrowska, pendant des « Hommes de Bonne Volonté » et de la « Cavalcade », histoire d’une famille moyenne de noblesse polonaise, une oeuvre apparentée, tirée de la vie en ex-Galicie, de Mme Herminia Naglerown et la passionnante histoire d’un self-made-man, farcie de détails autobiographiques, qui mène d’une loge de concierge à Cracovie jusqu’à une place honorable dans la nouvelle Pologne de Gdynia : M.Michal Rusinek en est l’auteur.Toute cette prose narrative descend de Zeromski, de Strug et de Kaden-Bandrowski, tant pour le style que pour la tendance philosophique et civique.Elle embrasse encore un gynécée littéraire de gauche radicale, qui décrit selon les préceptes néo-naturalistes l’éternelle injustice sociale dénoncée en ses spécimens polonais : Mme Pola Gojawiczynska dépense à cette tâche les ressources d’un talent peu commun.Enfin, plus librement artistique, moins tourmentée par des buts extra-littéraires, Mme Marie Kuncewiczowa brille comme peintre de paysages romantiques et d’âmes terriblement complexes. 750 LE CANADA FRANÇAIS Une seconde lignée de conteurs polonais, réalistes et politiquement orientés vers la droite, est issue de Reymont et plus loin de Sienkiewicz.Piotr Choynowski a exécuté pour la grande ville ce que l'auteur des « Paysans » a fait pour la vie campagnarde ; il a donné une synthèse de la journée quotidienne et de l'homme moyen, sous le titre significatif « Le Bâton dans la Fourmilière ».Deux romans historiques de Choynowski sont d’une vigueur et d’un entrain endiablé très rares ; le récit de l’insurrection de 1863, qui est en même temps un plaidoyer pour le fier et énigmatique marquis Wielopolski, et le film picaresque de « Jeunesse, Amour, Aventure », tiré de la Guerre de 1914-18 et des années qui 1 ont précédée, centré autour d’un chenapan russe qui n’échappe à la corde et aux balles que pour périr, ou ne pas périr dans le brouhaha d’une révolte anarchiste contre les bolchéviks.Ferdynand Goetel a pareillement découvert son âpre et dur talent au contact du cataclysme russe.Il a passé par des avatars extraordinaires, qui l’ont conduit de l’armée austro-hongroise à travers un camp de prisonniers jusqu’en Asie centrale et de là, par les Indes Britanniques, de retour en Pologne libérée.La misère humaine et les souffrances inhumaines qu’il a croisées sur son chemin lui ont inspiré les nouvelles de « Kar-Chat » et ce livre d’une technique singulière — mais nullement neuve, car elle fut employée par E.T.A.Hoffmann, dans le « Matou Murr » et par d’autres romantiques —, les récits parallèles d’« Au Jour le Jour ».M.Goetel, dont les derniers écrits trahissaient des préoccupations politiques et des sympathies pour le fascisme, est un excellent narrateur de voyages ; nous passons sous silence quelques autres genres qu’il a eu tort d’efSeurer.Un mot encore sur Ferdynand Antoni Ossendowski, dont les débuts sensationnels — « Hommes, Bêtes et Dieux », — laissaient prévoir un succès mondial durable, mais qui n’a pas tenu les promesses d’un talent descriptif indéniable et vigoureux, pourtant superficiel et trop empressé de produire.Mme Zofia Kossak-Szczucka revendique la succession directe de Scienkiewicz.Elle cultive avec le plus d’envergure le roman historique, genre polonais entre tous de la prose narrative.Très docte, très sûre de sa technique et de son langage, riche en inventions, douée d’un humour sec, elle brille aussi bien à camper un personnage qu’à tracer un COUP d’œil 8UR LES LETTRES POLONAISES 751 paysage.Elle a le don de comprendre et de faire comprendre les milieux et les époques étranges, lointains ou reculés.Descendante d’une race de peintres de batailles, elle fait magistralement usage des couleurs et elle le fait avec goût.Cependant, du goût et des couleurs .Mme Kossak a donc provoqué des critiques amères qui lui reprochaient tout, même des hérésies linguistiques, archéologiques, historiques, même des hérésies religieuses, ce qui devait vivement blesser la catholique croyante qu’est l’auteur du « Beatum Scelus » et de « Par Amour » (une vie romancée de saint Stanislas Kostka).La vérité historique réside cependant, chez Mme Kossak, dans le climat, dans l’esprit.M.Grousset n’a pas mieux pénétré l’essence de la lutte entre Musulmans et Francs que ne l’a fait la romancière polonaise dans les « Croisés ».Des Chinois m’ont vanté l’exactitude des chapitres qui précèdent, dans « Le Champ de Liegnitz » le récit de l’invasion mongole.La « Liberté d’Or » est une magnifique reconstruction du duel que Réforme et Contre-Réforme, démocratie nobiliaire et pouvoir royal se livraient en Pologne de 1600.Enfin, Joseph Conrad a certifié le niveau de « L’Incendie », livre d’impressions vécues, devenu d’une actualité affligeante, par lequel Mme Kossak a marqué son entrée dans les lettres.Le même souvenir de la terreur bolchéviste a dicté à M.Michal Choromanski sa suggestive chevauchée à travers une étendue immense, couverte de neige, enveloppée d’horreur et baignée de sang.L’auteur, en pleine possession de son remarquable talent, ne succombe cependant pas à la tentation romanesque.Il s’annonce d’emblée comme le réaliste impitoyable qui nous décrira « La Jalousie et la Médecine », véritable régal pour Carabins, description minutieuse d’une opération chirurgicale délicate, et ces contes, vraiment extraordinaires, où l’on retrouve E.A.Poe, délesté de son bagage mystique, le système du docteur Goudron et du professeur Plume.La balance est, de nos temps, clairement en faveur du réalisme — à la polonaise, ne l’oublions pas, adoncques dosée d’un minimum romantique inévitable —.Cela appert également d’un coup d’œil final sur la critique littéraire.Nous ne rendrons pas les hommages qu’elle mérite en soi, à la critique universitaire, des Bruckner, Zdziechowski, de MM.Chrzanowski et Kleiner, de tant d’autres professeurs éminents qui ont succédé aux Tarnowski, aux Chmielowski 752 LE CANADA FRANÇAIS de la génération antérieure.Mais nous devons un bref arrêt à 1 attachante figure de Stamslaw Brzozowski, penseur original, s il en fut, venu de la gauche au catholicisme, décédé jeune, poursuivi par la calomnie et aujourd’hui reconnu comme maître.Nous aurons à présenter la seule « école critique » qui existe en Pologne actuellement et qui ressemble, à s’y tromper, à l’« Action Française », le groupe de la « Mysl Narodowa » (La Pensée Nationale) de MM.Zygmunt Wasilewski, Adolf Nowaczynski, Adam Grzy mala Siedlecki, qui se place politiquement sous les auspices de feu Roman Dmowski, le Maurras sarmate.M.Nowaczynski, sosie polonais de M.Léon Daudet, est non seulement un publiciste d’une verve truculente et d’un verbiage parfois énervant, mais aussi l’auteur d’un théâtre historique fort réussi, où l’on relèvera une brillante étude du Grand Frédéric (M.Gaxotte n’y aurait rien à reprendre et Hegemann y aurait beaucoup à apprendre), un charmant « Printemps des nations dans un coin silencieux » (la révolution à Cracovie, en 1848) et un superbe tableau du Second Empire et de ses hôtes polonais, « Le Commandant de Paris » (Jaroslaw Dabrowski, chef de la Commune, tombé en 1871).Écrivain non moins brillant, traducteur incomparable de plus de cent volumes, appartenant tous à la littérature française classique, M.Tadeusz Boy-Zelenski est à la tête de la critique de gauche.Ses comptes-rendus théâtraux ont le bon sens d’un Sarcey, ses études littéraires ont la finesse d’un Sainte-Beuve et s’il a péché par des accès de rabies anticlericalis furibonda, on n’oubliera pas que, non seulement en Belgique, les cabarets et le libéralisme anti-calotin font bon ménage.Or, M.Boy-Zelenski, dans le civil médecin, et même médecin militaire, a introduit en Pologne le cabaret montmartrois.Ses « Petites paroles » se rapprochent du bon et vieux poète Raoul Ponchon : jamais Paris et Cracovie n’ont-elles été aussi proches qu’a-lors, quand ces paroles ailées, poivrées et nullement méchantes résonnaient au « Petit Ballon vert » de la Rome polonaise.C’était immédiatement avant la dernière Guerre.I,’indépendance et la liberté n’étaient pas encore conquises par les descendants de Sobieski et les compatriotes de Pilsudski.Mais le pays prospérait et les lettres en faisaient autant.A quelques exceptions près, toutes les grandes œuvres de la littérature polonaise contemporaine proviennent des COUP d’œil sur les lettres polonaises 753 années de 1895 à 1910.Tuis, les Muses se sont tues, aux son des armes.Et le travail constructif, entrepris après 1918, n’a pas souri aux poètes.On a assisté à un bel essor des Lettres, mais non pas à cette explosion créatrice qui s’est répétée avant chaque lutte décisive du peuple polonais.Voici qu’une telle lutte s’impose, pour la quatrième fois depuis cinq générations.Déclenchera-t-elle de nouvelles énergies poétiques ?Nous pensons que si.Car chez les Polonais, la vie nationale et la vie littéraire ont toujours gardé le contact le plus intime.Une époque condamnée à la grandeur des efforts patriotiques ne saurait engendrer que des poètes, et qu’une poésie, grandis par la souffrance et par la lutte, éternelles génératrices de tout effort héroïque et immortel.O.Forst de Battaglia
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