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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
2e lettre de France
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1940-04, Collections de BAnQ.

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2ème LETTRE DE FRANCE Paris, 25 février 1940.La pensée de la France tout entière est tournée vers ceux qui veillent à ses frontières et la défendent.Ceux-là ne veulent pas qu’on les admire.Il n’y a pas de mots, en effet, pour traduire le sentiment qu’ils eveillent.Mais il faut qu’ils sachent que pas un être humain, digne de ce nom, n’ignore ce qu’est leur vie quotidienne, et qu’il doit s’incliner très bas devant le plus modeste d’entre eux.Car chaque minute est un sacrifice.On dit parfois que « la guerre n’est point encore commencée ».Quelle erreur ! Ceux qui professent pareille absurdité sont ceux qui n’ont pas vu.Ce n’est point parce que, sur le front de terre, aucune grande bataille n’a encore été engagée qu’il faut supposer que la vie du soldat y soit paisible et sereine.Ce n’est pas aux sports de grand air qu’il se livre ! Non ! Il vit dans des trous, l’œil et l’oreille aux aguets, et ces trous ne ressemblent en rien aux tranchées de 1914, qui ne brillaient point cependant déjà par le confort ! Celles-ci formaient un long cheminement, quelque chose comme une immense ruelle vis-à-vis des lignes ennemies.Aujourd’hui, la guerre se fait en rase campagne ; les trous qui abritent soldats et mitrailleuses ne sont point d’ordinaire reliés les uns aux autres : chacun est séparé du voisin par plusieurs centaines de mètres, terrain nu où le Boche s’aventure la nuit, accueilli par des rafales qui l’abattent, ou lui font rebrousser chemin.Mais le terrain n’est pas plus sûr pour nos groupes qui montent en ligne, ou pour les convois qui assurent leur ravitaillement, car les postes allemands sont en face, et ils n’épargnent pas les imprudents.Imaginez aussi ce que peuvent être, pour ceux qui habitent ces trous, le froid, la neige et la pluie.Nous avons en France un hiver très rigoureux — point comparable certes aux hivers canadiens, cependant exceptionnel pour notre pays.Un froid de 10, 15 ou 20 degrés est dur à supporter pour qui n’y est point accoutumé.Et quand, 768 LE CANADA FRANÇAIS à cette température rigoureuse, succède, par intermittences, la pluie abondante, et que, sur un sol glacé, des trombes d’eau s’abattent, occasionnent le plus abominable des « pataugis », ce n’est point seulement le corps qui pourrait se ressentir de tels changements, mais ce serait aussi le moral ! Mais le moral ne faiblit pas ! — les corps non plus, du reste, car l’état sanitaire est excellent.C’est que Britanniques et Français savent pourquoi ils sont là, et sont décidés à « patauger » dans la boue, ou à grelotter de froid, aussi longtemps qu’il le faudra.La pensée est la même chez tous : pour ne pas recommencer tous les 25 ans pareille aventure, vaincre le boche, et le vaincre, cette fois, de façon qu’il n’ait plus d’ici longtemps ni l’envie, ni surtout les moyens de récidiver ! La guerre sera sans doute longue et dure, et la victoire sera, une fois de plus, à celui qui, matériellement et moralement, tiendra le plus longtemps.L’aviation remplit, elle, son rôle d’observation et de reconnaissance, et accumule clichés sur clichés, pour le jour où les opérations, avec la guerre de mouvements qu’elles comporteront, auront été déclenchées.Et les flottes alliées nettoient les mers, entravant, par tout un ensemble de mesures rigoureuses, le ravitaillement de l’Allemagne.C’est sur mer que, ce mois-ci encore, la lutte a été la plus meurtrière.L’Allemagne a continué de torpiller et de couler sans merci bâtiments neutres comme bâtiments ennemis.Elle n’a fait aucune distinction, et fort graves ont été les dommages déjà subis par les neutres.Elle n’a distingué aucune catégorie de bâtiments, s’attaquant même aux plus inoffensifs, comme des chalutiers ou des bateaux-phare.Pour réaliser son œuvre de mort, elle a utilisé toutes les ruses, tous les camouflages, et n’a reculé devant aucun des procédés de destruction, ni devant aucun des engins inutilement cruels, qu’elle s’était cependant engagée, elle-même, à ne point employer.Car ce ne fut pas seulement, par les Conventions qu’elle avait signées à La Haye, lors des Conférences de la Paix de 1899 et de 1907 qu’elle avait accepté de reconnaître des « lois de la guerre ».Tout récemment, il y a 4 ans, le 23 novembre 1936, l’Allemagne hitlérienne avait adhéré à l’article 22 du traité naval de Londres, aux termes duquel il demeurait interdit de couler tout bâtiment, avant que passagers, équipages et livres de bord eussent 2ème lettre de France 769 été mis en sécurité.Le Reich a oublié ce traite-là autant que les autres ! Il n’en est pas à un parjure près! Mais s’il croit que ses torpillages représentent pour lui autant de victoires morales que de succès matériels, il se trompe étrangement ! Les neutres européens ont encore peur de l’Allemagne, mais ils la méprisent profondément.L’affaire de l’Altmark, ce navire auxiliaire allemand, qui contenait dans ses cales 300 malheureux prisonniers anglais, et que le Cossack a enlevé à l’abordage dans un fjord norvégien, a suscité autant d’enthousiasme en France qu’en Angleterre.C’est avec la mise en fuite du Admiral Graf Spee, au large des eaux uruguayennes, la seconde grande victoire, depuis le début de cette guerre, de cette splendide flotte britannique, avec laquelle la marine française a la grande fierté de collaborer.Dans le domaine naval comme en tous les autres, l’union des forces est, au surplus, totale.Et, ce qui plus encore mérite d’être relevé, l’union des cœurs n’est pas moindre.Inquiétudes et succès, difficultés et victoires, tout a été mis en commun depuis le jour où l’Allemagne a déchaîné la guerre.Et, si les admirables concours qui viennent à l’Angleterre de ses Dominions et de ses Colonies, sous les formes diverses qu’ils revêtent, sont par elle salués d’enthousiasme, ils n’éveillent pas une moins fervente admiration dans les cœurs français ! Ceux-ci ont vibré avec M.Anthony Eden quand ils ont appris 1 arrivée en Egypte des belles troupes australiennes et néo-zélandaises, qui vont renforcer, dans le Proche-Orient, les formations qui y sont déjà constituées, et qui, avec elles, auront demain un rôle, peut-être décisif, à jouer dans l’ensemble des opérations, comme ils saluaient hier, de leurs vivats enthousiastes, la fière jeunesse canadienne, venant sur le front de France prendre, encore une fois, sa place dans la défense de la civilisation chrétienne.Ernest Lémonon.
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